PS ΣΝ
Dans le cours de cette complainte, Xerxès Joue le rôle d’une sorte de Chorége, ou de maître de Chœur, donnant en quelque sorte le ton et le signal des démonstrations de la douleur. C’est comme un dialogue où le Chœur répond, dans chaque strophe et dans chaque antistrophe, et, à la fin, vers par vers, aux pensées et aux sentiments de Xerxès. Tel est du moins le mouvement général du kommos, et c'est aussi l'idée qu’il ne faut pas perdre de vue dans l’analyse et dans linterprétation de ce dernier morceau.
Ainsi, dans la strophe α΄, aux paroles de Xerxès, v. 911-913 :
μέλεος γεννον VE TE πῶώτρωρφ
« Moi que vous voyez, hélas ! misérable, digne de pitié, je suis donc devenu un fléau pour ma famille et pour ma patrie, » le chœur répond, v. 914-917 :
/ / / \ πρός ϑογγόν σοι νόστου τῶν / / / > \ κωκοφώτιδω (oc, κωκομέλετον ia Μαριανδυνοῦ ϑρηνητήρος
πέμψω πολύδωκρυν iaxycv. Din.
« pour saluer ton retour, je t’adresserai la sinistre clameur, le chant lugubre du pleureur Mariandynien, lamentable complainte. »
Dans lantistrophe, v. 918-990 :
ler aiayn πάνδυρτον
Xerxès, se livrant à ce mouvement pathétique, encourage le chœur à élever sa plainte : « faites éclater ces voix lamentables, ces gémissements, ces cris lugubres ; car le dieu (ou génie) qui préside à ma destinée (ὅδε) est changé à mon endroit. »
Les interprètes se sont beaucoup inquiétés de ce ὅδε : « Duplex in scholiis explicatio prostat, una, qua δαίμων de secunda fortuna accipitur: #mmutata mihi est pristina felicitas : in qua explicatione δὲ non apte dictum est: altera, qua δωίμων intelligitur de adversa fortuna. Idque verum videtur, hoc sensu, nam hæc calamitas ad me redit, ut scilicet ad auctorem.» Herm. Ce n’est, à proprement parler, mi l'un ni l’autre : αὖ, simplement parce qu'il y ἃ changement, et ὅδε — ἐμός.
Le chœur répond, v. 921-994 :
ἥσω Toi καὶ πάνδυρτον, λαοπωϑὴ τε σεβίζων dAirura τε βώρη πόλεως γέννας πενϑητήρος *
«oui, je ferai entendre ma voix, et une voix lamentable (mittam equidem vocem eamque (καί) lamen-
tabilem), exprimant mes respectueuses sympathies pour les calamités, coups frappés par la mer, souffertes par le peuple entier d’une ville qui pleure ses enfants, et je donnerai de nouveau cours (αὐ) à mes gémissements et à mes larmes. » Le ἵετ᾽ du vers 918, « donnez un libre cours à cette voix lamentable, » ne faisait que passer condamnation sur la réception faite à Xerxès par le chœur, vers 914 sqq.
On voit que, dans cette paraphrase, j'ai laissé subsister le vers de la tradition
λαοπαϑή τε σεβίζων dAirura τε βάρη,
en supprimant toutefois les deux re, quoique cette leçon, suivie par Wellauer, d’après Lachmann, ne réponde pas régulièrement aux exigences du mètre. La strophe α΄ se compose en effet de sept dimètres anapestiques, dont le premier et le quatrième paroemiaques, et rien n'autorise à suspecter l’authenticité du cinquième : cv ἈΞ Te pas rétabli l'équilibre, quand on ἃ transformé les deux vers correspondants en dochmies non symétriques, en lisant, dans le vers de l’antistrophe, soit σεββίζων avec suppression des deux τε, soit σέβων avec suppression du premier. Le premier re est omis par Ven. A. Ald. Rob. Turn. ; le second paraît se trouver dans tous les manuscrits. Si ce dernier doit subsister, il faut que les notions attachées à chacune des deux épithètes soient suflisamment différentes ou distinctes
pour être liées par la conjonction. Dans ce cas, λώοπαϑή ne pourrait se rapporter qu'aux calamités souffertes par l'armée (les λωοί d'Homère), soit dans la bataille, soit dans la retraite :! du reste cette leçon est vraisemblablement altérée ; mais aucune substitution ne portera un caractère d'authenticité. Dans la leçon proposée par Heimsoeth, die Wiederh., p. 354: ὡλιβαφέω σέβων dArura τε βάρη, la symétrie avec le vers de la strophe κωκοφάτιδω βοάν, κωκομέλετον ἰών, est poussée jusqu'à l’allitération des épithètes; mais les notions des deux adjectifs sont trop voisines pour être liées par la conjonction. Ce qui a été proposé de moins improbable jusqu'ici, est encore la leçon de Hermann :
Ces paroles pathétiques du chœur sur l'immense désastre qui ἃ détruit, sur un champ de bataille maritime, toute une génération d'hommes, éveillent, strophe β΄, dans Xerxès le souvenir, et présentent à son imagination le tableau de cet affreux massacre. L’imparfait ὠπηύρα, comme le ὠπέλειπον, au premier. vers de l’antistrophe, expriment le souvenir vivant d’un témoin oculaire. En même temps nous voyons poindre une dernière fois, confirmée par la bouche de
! Le γάρ de la strophe β΄ exclurait cette seconde alternative,
Xerxès lui-même, comme elle a surgi plusieurs fois des paroles du chœur et de celles de Darius (v. l’introduction), l’idée principale de la pièce, dans cet éloge indirect de la supériorité d'intelligence et de bravoure qu'ont montrée les Athéniens dans le choix de ce champ de bataille (la leçon μυχίων de Hermann. Le sens figuré de γυχίων n’est pas justifiable), autant que dans l’action elle-même, v. 925-998 :
Ξέρξ. Ἰάνων yao ὠπηύρα.
δυσδαίμονω τ᾽ dxray.
« C'est que (γάρ, scilicet) le dieu de la guerre des loniens, de ces maudits loniens, leur Mars armé de vaisseaux, (et par là) donnant force à nos ennemis (Xerxès ne s'attendait pas à cette péripétie), enlevait nos frères (γένναν), moissonnant (sur) un bassin resserré de la mer et (sur) un rivage funeste (Psyttalée). »
Cette description vivante de l’action provoque les questions du chœur sur le sort des principaux personnages auxquels s'attache particulièrement son intérêt. Ce mouvement d'initiative du chœur dans le dialogue se poursuit dans les deux strophes β΄ et γί.
Le premier vers prononcé par le chœur, 929 :
est nécessairement altéré. Je n’ai jamais goûté cet im-
pératif βόα, soit dans ce vers, soit dans le vers correspondant de l’antist. β΄, où Hermann l’a introduit pour la correspondance du mètre, non plus que le passif ἐκπεύϑου « lama οἵ sine omnia ex le quæri» Herm., proclame à haute voix et réponds à toutes mes questions : la restauration de Heimsoeth, die end. Ueberl., p. 100-101, ù dans la strophe: οἱ οἵ, πάντ᾽ ἐκπευϑοίμαν et dans l’antist.: οἱ οἱ ποῦ σοι Φαρνοῦχος ne présenterait pas ce sens impératif; il voit l’origine de ce βόω dans le substantif βοή par lequel un Scoliaste aurait signalé l’exclamation.
Dans la strophe y, 947-995, le récit de Xerxès tombe tout à fait dans le présent ; io ἰώ μοι, τὰς ὠγυγίους κατιδόντες στυγνοὶς ᾿Αϑάνως πάντες ἑνὶ πιτύλῳ, En EM τλάμονες ἀσπαίρουσι χέρσῳ.
Le participe aoriste κατιδόντες est bien en rapport avec le présent ὠσπαίρουσι ; mais il y a dans ce dernier mot un sensus prægnans : « tombés en ayant sous les yeux (en maudissant du regard) l'antique, l’odieuse Athènes, tous simultanément comme d’un seul coup !,
ἡ πίτυλος exprime le mouvement rapide et rhythmique des mains et des rames, répondant aux coups du κελευστής, et le bruit que fait l’eau ainsi frappée : puis, au sens figuré, se dit
je les vois encore palpitants, les malheureux, sur la grève. »
Les deux derniers vers, 958-959, de la strophe γί:
EAUTES ἐλιπες ; à à à δώων.
Πέρσωις ὠγωυοὶς κακοὶ πρόκωκῳ λέγεις. Din.
présentent des difficultés qu’on ne peut résoudre que d’une manière artificielle. Ou bien le chœur est censé attendre une réponse avant de pousser l’exclamation à ὦ dau, et il conclut, du silence, à une réponse affirmative ; ou bien il faut terminer le dernier vers par un second point interrogatif: « as-tu à annoncer des maux qui dépassent tous les maux ? » La solution de Hermann, qui lit:
«an etiam Alpistum οἱ Parthum et Oebaren reliquisti, prout, hei, hei, ex illis colligo, que strenuis Persis ingentia accidisse mala narras?» n'a pas chance d’être ratifiée. Je ne cite que pour mémoire la correction « λέγειν,» complément de xaxa πρόxaxæ, proposée par Lachmann, d’après Wellauer. On lira avec intérêt la discussion dans laquelle Heimsoeth, die ind. Ueberl., p. 94 sqq., fait ici la tentative d’exhumer, par sa méthode, des anciennes scolies grecques le texte original. En voici le résumé
de tout mouvement rapide et rhythmique accompagné de bruit
(ν. Passow).
dans l'intérêt de ceux de mes lecteurs qui ne lisent pas l'allemand : |
Heimsoeth considère l’altération de ces deux vers comme solidaire de celle des deux vers correspondants dans l’antistrophe, 971-972 :
éraDoy, ἐταῷον οὐκ ὠμφὶ σκηναὶς τροχηλάτοισιν ὄπισϑεν δ᾽ ἑπόμενοι et il les traite simultanément et par des raisonnements analogues.
Quant aux deux vers de la strophe, 1] voit dans les derniers mots κακαὶ πρόκακω λέγεις une intercalation tirée des mots πρόκακω λέγων de la réponse que fait Xerxès à l'interrogation ἐλίπες, ἔλιπες ; au commencement de l’antist. y, v. 960 sqq. :
ivyY μοι δῆτ᾽
Hermann sentait déjà la difficulté de mettre les mots AT ..... λέγων dans la bouche de Xerxès parlant du chœur, surtout après les expressions κακὼ πρόκ. λέγεις du chœur s'adressant à Xerxès, et il croyait y remédier en ponctuant fortement d’un point
! Ce vers a une syllabe de trop, pour correspondre au second vers de la strophe. Hermann y remédie en lisant ὑπορίνεις, On pourrait aussi ajouter un monosyllabe au vers de la strophe (comme Φεῦ, τας, Teuf.).
après ὑπομιμνήσκεις (ὑπορίνεις), et d’une simple virgule après λέγων,
Bref, Heimsoeth a fondu les deux vers en un seul, qu'il lit :
Il change ainsi δαΐων en δωμότως, et pense que le Πέρσαις provient d’un Πέρσας, donné d’abord comme interprétation de dœucras, et transformé en datif quand on ἃ voulu organiser l'intercalation. Enfin, 1] n'écrit l’interjection qu’une fois (avec Ven. B), et la considère comme une introduction pathétique aux mots δωμότας dyavous, apposition des personnages qui précèdent.
Les deux vers de l’antistrophe sont traités plus laborieusement encore. Il change d’abord le ἐτωφον des manuscrits en ἐτώφεν, qu'il tire de l'interprétation ἀντὶ ἐτώφησων du Scol. À et des gloses interlinéaires de Vit. Lips. G. Vind. Cette leçon lui semble tracer la direction générale et le mouvement interrogatif de la pensée, comme le ἔλιπες dans la strophe, et c’est aussi dans la réponse de Xerxès, v. 975, str. δ' (ainsi corrigée précédemment, ο. c. p.6:
βεβῶσιν οὐχ, Tee ὠκρῶται στρατοῦ) et dans les interprétations des Scoliastes qu'il trouve les éléments de l’intercalation, réduisant les deux vers à cet unique :
» » ᾽ “ Ι eTaDev, ἐτωῷεν εὐναῖς τροχηλωτοισὶν ;
c'est-à-dire εὐσχημόνως ; ἔϑος yao ἦν τοῖς Πέρσαις
(Scol. A) σκηναῖς (= εὐνάς ?) τῶν ὡμαξῶν ἄνωϑεν ποιουμένοις ἐπιφέρειν ἐκεῖσε τοὺς νεκρούς, καὶ οὕτως αὐτοὺς προπέμποντες Sarre. L'explication introduite dans l'interrogation comprenait la réponse elle-même: (Scol. A) ἐτώφησαν οὐχὶ ἑπόμενοι (pris pour un passif, dans le sens de προπεμπόμενοι) ὅπισιϑεν ἐν σκηvais τροχηλώτοις, οἷον Savoy, οὐκ εὐσχημόνως δὲ ἐτώ- Φησαν. On comprendrait dès lors la suppression de la forme interrogative, et la naissance de la négation οὐκ. Ainsi l'interprétation est devenue texte. Placé comme il l’est dans les manuscrits, « ἐτάφησαν οὐκ ἐν avais τροχηλάτοις ὄπισϑεν ἑπόμενοι, » le οὐκ donna, de son côté, naissance à un δέ: ὄπισϑεν δ᾽ ἑπόμενοι. Enfin le ὠμφί serait d’une date antérieure à lintercalation du δ΄,
Certes voilà un tour de force qui ne manque ni de verve n1 de sagacité. La principale objection que J'aurails à faire à cette restauration de Heimsoeth se tire du sens même qu’elle présente. Est-il bien naturel que le chœur, qui vient d'apprendre que la bataille s’est terminée par un sauve qui peut et par une fuite précipitée, demande à Xerxès si ces personnages ont été ensevelis avec les voitures de parade et avec la solennité due à leur rang? En attendant que la critique ait donné son dernier mot, l'interprétation de Hermann est satisfaisante :
éraDov, éraDov οὐκ ἀμφὶ σκηνωὶς (εἰσι)
« At vero, inquit, alium quoque desideramus, Mardorum ducem Xanthim, et Ancharen, aliosque. Miror, miror : non circa carpentum luum sunt, pone sequentes.» J'ai été frappé d'étonnement, de stupeur, en ne les voyant pas autour de ta litière, suivant par derrière. Le passage d'Hérodote VIT, 41, suffit pour nous rassurer sur le sens donné aux deux vers d'Eschyle, et les scolies n'auraient d'autre source que imagination des interprètes, embarrassés, comme l'ont été les nôtres, sur le sens de notre texte.
STROPHE δ᾽ 973 - 918
Si l'interprétation précédente doit prévaloir, la correction de Heimsoeth, au premier vers de la strophe 9" (v.s.), ne répondant pas à une Imterrogation, n’a plus de raison suffisante.
Aux quatrième et cinquième vers de la strophe, la leçon adoptée par Herm., δαίμονες (avec ou sans δ᾽) ἐϑεντ᾽, me paraît ici préférable à l’invocation directe δαίμονες, ἔϑεσιϑ᾽, Sa correction de δέδορκεν en δέδρωκεν est une simplification suspecte. La paraphrase par laquelle Schütz interprète la vulgate, « quale cum
voluptate spectat Ate» me plait médiocrement. Ce serait plutôt, en mettant une virgule après κακόν, et en retranchant celle que l’on place après διωπρέπον (soit qu’on admette la régularité du mètre διωπρέπον wvv, soit qu'on change cet adjectif en ζαπρέπον), qualia vel maxime insignia in vultu habet, meditatur, minatur, Afe. La strophe se lirait donc ainsi :
“ \ / » ἣν ἔκ ΞΕ. βεβᾶσι γάρ τοίπερ ὠγρότωι στρώτου, nn 3, A * ΧΟ. ReBacuw, οἵ, νωνυμοι.