III. — Conclusions de cette enquête
Vinet s'émerveillait que le peintre de Chactas, d'Outougamiz, de Mila, d'Atala, de Céluta ait pu vivre parmi les sauvages « impunément ». Mais, s'il résultait de notre étude qu'il a vu pour tous Algonquins et pour tous Ghipowais, pour tous Natchez et pour tous Siminoles , pour tous Chikkasas et pour tous Muscogulges, pour tous Creeks et pour tous Cherokees, ces « messieurs les Sauvages et ces dames les Sauvagesses » à qui M. VioUet faisait danser Madelon Friquet sous un hangar dans la banlieue d'Albany, tout s'expliquerait.
On dira : si Chateaubriand ne s'était pas enfoncé dans les déserts, pourquoi aurait-il revêtu ce bel équipement : « J'achetai des Indiens un habillement complet : deux peaux d'ours, l'une pour demi-toge, l'autre pour lit. Je joignis à mon nouvel accoutrement la calotte de drap rouge à côtes, la casaque, la ceinture, la corne pour rappeler les chiens, la bandoulière des coureurs des bois. Mes cheveux flottaient sur mon cou découvert, je portais la barbe longue : j'avais du sauvage, du
CRITIQUE DE L'ITINÉRâIRE DE CHATEAUBRIAND 185
chasseur et du missionnaire * » ? Pourquoi se serait-il écrié ; « J'aurais désiré que, parmi ces nations sauvages, Vhomme à la longue harhe^ longtemps après mon départ, eût voulu dire Tami, le bienfaiteur des hommes' »? Si son voyage n'avait été qu'une excursion, pourquoi l'aurait-il si soigneusement préparé avec M. de Malesherbes « le nez collé sur des cartes, lisant les divers récits des navigateurs et voyageurs anglais, hollandais, français, russes, suédois, feuilletant Tournefort, Duhamel, Bernard de Jussieu, Greco, Jacquin' »? S'il n'avait pas même tenté,, faute de s'être avancé jusqu'à l'Ohio, « d'attaquer les Montagnes- Rocheuses », pourquoi aurait-il gardé, trente ans après, tant d'amertume contre la France, « qui abandonne ses explorateurs à leurs propres forces et à leur propre génie*? » Pourquoi, trente ans