HISTOIRE NATURELLE
d'un flanc à Taulre, d'environ de large d'une hanche à Tauquatorze pouces; il peut peser ire, et pèsent soixante livres... quarante-cinq livres , sa tôte [P. 96J La tète d'un castor est ressemble à celle du rat; ses à peu près de la figure d'un yeux sont petits, ses oreilles rat de montagne. 11 a... les courtes, nues en dedans, ve- yeux petits, les oreilles courtes, lues en dehors; ses pattes de rondes, velues par dehors, sans devant n'ont guère que trois poil en dedans. Ses jambes pouces de long, et sont armées sont courtes, particulièrement d'ongles creux et aigus; ses celles de devant; elles n'ont pattes de derrière , palmées guère que quatre ou cinq poucomme celles du cygne, lui ces de long;... les ongles en servent à nager; la queue est sont taillés de biais, et aigus, plate, épaisse d'un pouce, re- comme les plumes à écrire, couverte d'écaillés hexagones. Les pieds de derrière... sont disposées en tuiles comme cel- garnis de membranes entre les les des poissons; il use de cette doigts; ainsi le castor nage queue en guise de truelle et de avec la même facilité que tout traîneau. animal aquatique. [P. 97] Sa
queue est épaisse d'un pouce,...
couverte d'une peau écailleuse, dont les écailles sont hexagones... et sont appuyées les unes sur les autres comme
' ^"^^ ^ ' toutes celles des poissons.
Ses mâchoires, extrêmement [P. 96J Ses mâchoires ont
fortes, se croisent ainsi que les une force extraordinaire... elles
branches des ciseaux; chaque se croisent comme les deux tran-
mâchoire est garnie de dix chants des ciseaux... Chaque
dents, dont deux incisives de mâchoire est garnie de dix
deux pouces de longueur : dents, dont deux incisives et
c'est l'instrument avec lequel huit molaires. Les deux incisi-
le castor coupe les arbres, ves supérieures ont deux pou-
équarrit leurs troncs, arrache ces et demi de long. [P. 102] Ils
leur écorce, et broie les bois vivent... d'écorces... et de bois
tendres dont il se nourrit. tendre.
L'animal est noir, rarement [P. 95] Dans les quartiers
blanc ou brun ; jl a deux poils, du Nord les plus reculés, les
le premier long, creux et lui- castors sont noirs, mais il s'y
sant; le second, espèce de en rencontre quelquefois de
duvet qui pousse sous le pre- blancs; dans les pays plus
mier, est le seul employé dans tempérés, ils sont bruns... leur
le feutre. Le castor vit vingt poil est de deux sortes : l'un
ans. La femelle est plus grosse est rude, gros, luisant... Tauque le mâle, et son poil est tre poil est un duvet très fin... plus grisâtre sous le ventre. Il et c'est celui qu'on met en n'est pas vrai que le castor se œuvre. [P. 96] On prétend que mutile lorsqu'il tombe vivant le castor vit quinze ou vingt entre les mains des chasseurs, ans. [P. 99] C'est une folie afin de soustraire sa postérité que de dire... que, quand le à l'esclavage. Il faut chercher castor se voit poursuivi, il se une autre étymologie à son coupe ces prétendus testicules nom. et les abandonne aux chas-
seurs, pour mettre sa vie en sûreté... C'est néanmoins cette fable qui lui a fait donner le nom de castor.
Je ne remarque guère, dans tout ce chapitre du Voyage, qu'un trait propre à Chateaubriand : dans les « palais de la Venise de la Solitude » (« dans cette petite Venise, » disait déjà Charlevoix, p. 100), il y a, assure Chateaubriand (p. 102), « des infirmeries pour les malades ».
Ours, Cerf, Orignal, Bison, Fouine, Renards, Loups, Rat musqué, Carcajou, Serpents.
« Nous avions consacré à l'histoire naturelle des études que nous n'eussions jamais suspendues, si la Providence ne nous eût appelé à d'autres travaux. »
{Génie du Christianisme , I, v, 4.)
Ours.
Voyage, p. 106 = Charfevoix, p. 117.
Quelques traits seulement sont pris à Charlevoix : j'ignore la source des autres.
histoire naturelle 223
Cerf.
Voyage^ p. 107.
La source m'est inconnue. -
Orignal.
Voyage, p. 107. ' Gharlevoix, p. 126-8.
L'orignal a le muOe du [P. 126] L'orignal à le muchameau , le bois plat du fle gros et rabattu comme cedaim, les jambes du cerf. Son lui du chameau ; son bois est poil est mêlé de gris, de blanc, plat et fourchu comme celui de rouge et de noir; sa course dû daim... il a des jambes de est rapide. cerf... [P. 128] Son poil est
mêlé de gris-blanc et de rougenoir. [P. 121] L'orignal va toujours au grand trot...
Selon les Sauvages, les ori- u court parmi ces barbares gnaux ont un roi surnommé une assez plaisante tradition ie grand orignal; ses sujets d'un grand orignal,.. Il ne lui rendent toutes sortes de manque jamais d'avoir à devoirs.^ Ce grand orignal a sa suite un grand nombre les jambes si hautes, que huit d'orignaux qui lui rendent pieds de neige ne 'l'embarras- tous les services qu'il exige sent point du tout. Sa peau d'eux... II a, disent-ils, les est invulnérable; il a un bras jambes si hautes que huit qui lui sort de l'épaule, et dont pieds de neige ne l'embarrasil use de la même manière que sent point. Sa peau est à l'éles hommes se servent de preuve de toutes sortes d'arleurs bras. mes^ et il a une manière de
bras qui lui sort de l'épaule, et dont il se sert comme nous faisons des nôtres.
Les jongleurs prétendent [P. 128] L'on prétend que que l'orignal a dans le cœur l'orignal a dans le cœur un un petit os qui, réduit en pou- petit os, lequel, réduit en poudre, apaise les douleurs de dre, facilite les couches et l'enfantement; ils disent aussi apaise les douleurs de l'enfanque la corne du pied gauche tement... [P. 126] On prétend
de ce quadrupède, appliquée que Torignal est sujet à Tépi-
sur le cœur des épileptiques, lepsie et que, quand ses accès
les guérit rapidement. L'ori- le prennent, il les fait passer
ginal, ajoutent-ils, est lui-même en se grattant Toreille de son
sujet à Tépilepsie; lorsqu'il pied gauche de derrière, jus-
sent approcher Tattaque, il se qu'à en tirer le sang; ce qui a
tire du sang de Toreille gauche fait regarder la corne de ce
avec la corne de son pied pied comme un spécifique
gauche, et se trouve soulagé, contre le haut mal.
Bison.
Voyage^ p. 108-9 = Charlevoix, p. 131.
Le premier alinéa seul est pris textuellement à Charlevoix. Je n'ai pas retrouvé la source des autres.
Fouine.
Voyage^ p. 110; cf. Charlevoix, p. 133.
Chateaubriand ajoute à la description de Charlevoix certains détails, que j'ai certainement lus chez Bartram, ou chez Carver; je ne puis retrouver le passage.
Renards.
Voyage^ p. 110 = Charlevoix, p. 133.
Loups.
Vomae d 111 Bartram, t. II, p. 28
voyage, p. m. (Dublin, p. 278).
Il y a en Amérique diverses Les renards {Ihe foxes) de sortes de loups : celui qu'on la Caroline et de la Floride appeUe cervier vient pendant jappent la nuit autour des
la nuit aboyer autour des habitations, mais jamais ils
habitations. Il ne hurle jamais ne jappent deux fois au même
qu'une fois au môme lieu; sa endroit. Ils changent de place
rapidité est si grande qu'en précipitamment, et l'instant
moins de quelques minutes d'après qu'on les a entendus
on entend sa voix à une dis- d'un côté, on les entend de
tance prodigieuse de l'endroit l'autre à une grande distance, où il a poussé son premier cri.
Rat musqué.
Voyage, p. lii = Charlevoix, p. 107 et p. 399.
Carcajou.
Voyage, p. ill-2 = Charlevoix, p. 129.
Serpents.
Voyage, p. 113-5.
Je reproduis, presque en son entier *, Tarticle des serpents, parce qu'il nous enseigne avec netteté le procédé matériel de composition de Chateaubriand.
Charlevoix, Hist. de la Nouvelle-Fr., t. II, p. 272.
Un serpent noir, qui porte On voit [chez les Iroquois] un anneau jaune au cou est un serpent noir, qui monte assez • malfaisant : un 'autre sur les arbres et qui n'est pas serpent tout noir, sans poison, venimeux, monte sur les arbres et donne la chasse aux oiseaux et aux écureuils. 11 charme l'oiseau par ses regards, c'est-à-dire qu'il l'effraie. Cet effet de la
1. A Texception dos vingt premières lignes (description du serpent à sonnettôs et généralités), dont je n'ai pas retrouvé l'origine.
peur, qu'on a voulu nier, est
aujourd'hui mis hors de doute :
la peur casse les jambes à
rhomme; pourquoi ne brise- Bartram, t. II, p. 17, 18
rait-elle pas les ailes à Toi- (Dublin, p. 271).
seau? ' ^ '
Le serpent ruban, le serpent décrit en une même page le vert, le serpent piqué, pren- * serpent ruban >», le serpent nent leurs noms de leur peau ; « vert * et le serpent « piqué -, ils sont parfaitement innocents comme de beaux serpents inofet d'une beauté remarquable, fensifs.
Bartram, t. I, p. 337 (Dublin, p. 194).
Le plus admirable de tous La couleur générale de Vanest le serpent appelé de t^^rre, 9^^ fragilis est bleue, ou verà cause de la fragilité de son ^'^^^^ » transparente comme corps, qui se brise au moindre ^^^'^ du verre, ce qui, en contact. Ce reptile est presque même temps que sa fragilité, transparent, et reflète les cou- ^^^^it croire... quMl est réelleleurs comme un prisme. 11 vit ^^^^ ^^ cette substance. Il d'insectes et ne fait aucun Paraît doux et aussi peu danmal : sa longueur est celle gereux qu'un ver. Lorsqu'il d'une petite couleuvre. atteint toute sa croissance, il
a deux pieds et demi de long.
Bonnet, Les États-Unis (VAmériqueàlafinduXVlIl* s., p. 357.
Le serpent à épines est Le serpent à queue épineuse court et gros. Il porte à la ®st ainsi appelé à cause de queue un dard dont la blés- deux épines qu'il a au bout de sure est mortelle. la queue, avec lesquelles il
pique mortellement.
Bonnet, ibidem.
Le serpent à deux têtes est H est douteux que le serpent peu commun : il ressemble à deux tôles forme une espèce, assez à la vipère; toutefois ses On n'en a encore vu que deux : têtes ne sont pas comprimées, l'un qui fut pris près du lac
Champlain et donné en présent
à Lord Araerhst, et Taulre conservé dans le musée du collège dTale.
Carver, p. 117. î
Le serpent siffleur est fort Le serpent siffleur est de la |
multiplié dans la Géorgie et petite espèce des serpents ta-
dans les Florides. Il a dix- chetés. Lorsque quelque ani- I
huit pouces de long; sa peau mal approche de lui, il s'apla-
est sablée de noir sur un fond tit aussitôt et Ton voit ses tà-
vert. Lorsqu'on approche de ches , qui sont de diverses
lui, il s'aplatit, devient de couleurs, devenir aussitôt plus
différentes couleurs et ouvre colorées. Il pousse en même
la gueule en sifflant. II se faut temps de sa bouche un vent
bien garder d'entrer dans subtil et nauséabond ; et, si ce
l'atmosphère qui l'environne; vent est malheureusement res-
il a le pouvoir de décomposer pire par quelque voyageur
l'air autour de lui. Cet air imprudent, il éprouve une ma-
imprudemment respiré fait ladie de langueur, qui, en peu
tomber en langueur. L'homme de mois, le conduit au tom-
attaqué dépérit, ses poumons beau, se vicient, et, au bout de quelques mois, il meurt de consomption : c'est le dire des habitants du pays.
On voit clairement que Chateaubriand opérait sur une collection de fiches. Pour écrire ce petit chapitre, il en maniait au moins huit, compilées au hasard de ses lectures, d'après Charlevoix, Bartram, Carver, Bonnet, et d'après un cinquième naturaliste que nous ne connaissons pas. Nous n'avons pu reconstituer que six de ces fiches, et (il manque encore à notre musée le serpent à sonnettes\et certain serpent noir et jaune. Du moins avons-nous eu la joie de retrouver le serpent à deux têtes; nous l'avions recherché avec un acharnement de collectionneur, car il est « peu commun ».