Études critiques sur la Bible
Les quatre Éludes qui composent ce volume sont unies par un lien étroit. Non-seulement elles se rapportent toutes au mosaisme, mais encore elles se complètent, s’expliquent, et, en un certain sens, se servent mutuellement de preuves. Rapprochées les unes des autres, elles forment un tableau historique du mouvement des idées religieuses et morales
au milieu de la famille d’Israël, depuis Moïse jus- • 1
INTRODUCTION
qu’au rétablissement de Jérusalem et du temple après le retour de la captivité de Babjlone.
Ce mouvement a son point de départ, plus que cela, ses causes, dans la législation mosaïque, sans laquelle il est inexplicable, et cette législation, où la chercher, sinon dans le Pcntateuqne? Mais c’est un fait aujourd’hui incontestable que ce document, dans sa forme actuelle, n’est pas de la main de Moïse. Est-ce à dire cependant qu’il ne puisse fournir des données certaines sur l’œuvre du grand législateur des Hébreux? Pour savoir à quoi s’en tenir, il est nécessaire de le soumettre à un examen critique. C’est là ce que j’ai essayé de faire dans la première de ces quatre Études. Je pense y avoir montré, d’un côté que le Pentateuque est un recueil de pièces de provenances diverses qui, après avoir passé par différentes pnases d’agrégation, n’ont reçu que plus tard la forme sous laquelle nous les possédons; mais, d’un autre côté, (jue plusieurs de ces pièces remontent à une époque antérieure à l’établis.senient des Israélites dans la terre de Canaan, et
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aous permettent, par conséquent, de reconstruire, du moins dans leurs (grandes lignes et dans leurs traits essentiels, les conceptions mosaïques.
La seconde est consacrée à l’exposition des prin* cipes religieux et sociaux par lesquels Moïse se proposa de donner à la famille d’Israël une idée plus pure de Dieu et un sentiment plus élevé de la vie morale, et en unissant ses diverses tribus en une confédération régulièrement organisée et régie par les mêmes lois, de les faire passer de l'état de pasteurs à celui d’agriculteurs. Je recherche les origines de ces principes et je discute les principales hypothèses qui ont été avancées sur ce sujet. Après quoi j’indique les applications les plus prochaines qui en forent faites par le législateur lui-même dans les institutions qui devaient être la charte des Hébreux.
Une comparaison attentive de ces institutions avec l’histoire du peuple d’Israël met, ce me semble, en une complète évidence, que ces institutions, ou du moins les plus essentielles d’entre elles, ne furent
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jamais en vigueur parmi les Hébreux, et que le inosaïsme, dans ce qu’il a de fondamental, ne fut connu et adopté que d’une très-petite partie de la famille de Jacob, avant les derniers temps de la monarchie. Laissant de côté les idées de convention qu’on se fait d’ordinaire de l’Iiistoirc de ce peuple, et dont !a raison se trouve en partie dans les fausses appréciations des écrivains juifs postérieurs à Esdras, j’ai essayé de rétablir, au moyeu des livres bibliques eux-mêmes, plus sévèrement interrogés, la vérité historique, et j’espère avoir prouvé que le mosaïsme, repoussé dès son origine [>ar la masse de la nation, longtemps méconnu et ignoré, ne pénétra en Israël que lentement, et que ce ne fut qu’après de longues luttes, dont j’ai mari}ué les traces dans les écrits prophétiques de l’Ancien Testament', qu’il triompha décidément, au moment que le royaume de Juda allait disparaître pour toujours sous les
< Dans ta Bible hébraïque, les écrits pro()hétlqucs comprcnncnl non-scuteinciil les livres ü'Esaïe, de Jérémie, d’F.zécbiel cl des douze pciils Prophètes, mais encore ceux de Josué, des Juges, de Samuel et des Rois.
INTROnUCTION
coups des Chaldéens. Tel esl l’objet de la troisième Élude.
La quatrième est relative aux Prophètes, dans lesquels il faut voir avant tout les avocats du mosaïsme dans le sein de la nation hébraïque, et les chefs et les directeurs du parti ou, comme je crois pouvoir l’appeler, de la petite Église qui se rattachait aux enseignements mosaïques. Ce fut grâce à leur persévérance, à leur courage, à leur dévouement, à leur enthousiasme religieux et moral, que les principes proclamés par Moïse ne périrent pas et finirent par triompher dans la maison d’Israël. Le prophétisme ne saurait être expliqué d’aucun autre point de vue. A ceux qui me reprocheraient de le rabaisser par cette explication, je me contenterai de répondre que les Prophètes ont bien d’autres litres à notre admiration et à notre reconnaissance, pour avoir sauvé le spiritualisme religieux et l’avoir légué au monde, que pour avoir opéré des miracles qui ne paraissent pas avoir produit une bien vive impression sur ceux qui en furent les témoins, et
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prononcé des prédictions dont la vérité ne devait devenir manifeste que plusieurs siècles plus tard, et qui, par conséquent, ne pouvaient être ni intelligibles ni utiles à leurs contemporains.
Je crois avoir replacé l’histoire de la famille d’Israël dans son véritable jour. Je renvoie ceux qui me reprocheraient d’avoir forcé les couleurs, aux livres des Juges, de Samuel, des Rois et des Chroniques, et aux écrits des Prophètes. Qu’ils les interrogent en dehors de toute opinion préconçue, et j’ose espérer que, après cet examen, l’explication que je donne de l’histoire des Hébreux ne leur paraîtra pas dénuée de fondement et de vérité.