‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 15 sur 56 · était né vers · texte numérisé non relu

était né vers

Il y eut, comme on le voit, trois périodes dans le mouvement de renaissance sous Charlemagne. De 773 à 780, la première place appartient aux Italiens, Paulin d'Aquilée, Pierre de Pise, Paul Diacre, qui vinrent donner une culture plus raffinée h un terrain déjà bien préparé par des maîtres anglo-saxons et irlandais. De 780 à 800, c'est le règne d'Alcuin ; il hérite du travail de ses devanciers et il a la gloire d'être le représentant principal de la période littéraire la plus brillante du règne de Charlemagne. Il est entouré d'élèves qui, à leur tour, en formeront d'autres, en })articulier, Sigulf, custode de l'Eglise d'York, qui l'avait précédé à Metz {Vita Aie, 5), Witton et Fridugise, qu'il désigne toujours sous les noms de Candidus et de Nathanael, Osulf, qui, comme les précédents, était venu d'Angleterre. Ils ont beau quitter le « nid paternel, » comme le leur dit Alcuin (cf. 180), et voler de leurs propres ailes, c'est toujours la doctrine d'Alcuin qui est répandue par eux. A ces disciples de la première heure viennent se joindre les nombreux élèves du palais et ceux de l'Ecole de Tours. A partir de 800, il n'y a plus d'influence dirigeante. Théodulf, Angilbert, Einhard, Dungal jouent chacun leur rôle. La cour n'est plus d'ailleurs ce qu'elle était quand Alcuin y enseignait les règles orthodoxes de la grammaire et la foi. Les désordres s'y glissent, au moment même où Charlemagne victorieux va jouir en paix du fruit de ses victoires, et le premier soin de Louis le Pieux sera de purifier ce palais souillé par tant de péchés.

Je n'ai pas indiqué dans ce tableau quel avait pu être le rôle des moines celtes, de ces moines irlandais qui, de l'aveu même d'Alcuin, avaient fourni les maîtres les plus savants à l'Angleterre, à la Gaule et à l'Italie i. Si leurs écoles n'étaient plus aussi florissantes qu'au vu" siècle, elles n'avaient cependant pas disparu et on y cultivait la science d'une manière plus profonde et plus désintéressée que partout ailleurs. La manie voyageuse des Celtes n'était pas non plus calmée- et il y en eut certainement plus d'un à la cour de Charles ou dans les monastères de son

1. « Vakle inc gavismii fateor, qiiod Doiniiuis Jésus iii hoc ruinoso cadentis saeculi fino tantos sui santiissimi nomiiiis lamlatoios, et veritatis praediialores, et sanctae sapionliae soctatores probatur haheic (|uaiUos audio inclylam lliberniae insulam us([ue hodie possiilore... Anli(|iio leinporc doctissiuii solebanl mat^islri ex llilx'iiiia liritaiiniam, Ualliam, Ualiaiii vonire... » (Alcuin, Epistola ad fratres qui in JJibernia insula per diversa loca Deo inservire videnlur).

2. « Natio Scutturuhi, ([uibus cunsuotudo |)oregrinaiuli juin penc in naturani conversa est » (Vita S. Galli, II, -i?).

royaume. Nous ne savons pas ce qu'il y a de vrai au fond de l'anecdote fantaisiste par laquelle s'ouvre le livre du Moine de Saint-Gall, et d'après laquelle deux Irlandais d'une science incomparable s'en allaient sur les marchés offrant la sagesse à qui voulait l'acheter. Charlemagne les aurait fait venir, aurait gardé l'un d'eux, Clément, auprès de lui et aurait donné à l'autre l'abbaye de Saint-Augustin de Pavie. — Ce Clément paraît être celui qui dirigea l'Ecole du palais à l'époque de Louis le Pieux. Il peut en effet être déjà venu à la cour au temps de Charlemagne ^ mais il n'y précéda certainement pas Pierre de Pise ni Alcuin. Peut-être faut-il identifier l'autre Irlandais avec Dungal, que nous retrouvons en 810 à Saint-Denis, d'où il écrit à Charlemagne pour lui donner une leçon d'astronomie au sujet de l'éclipsé de soleil de 810- et à qui l'on attribue les vers d'un certain Hibernicus exuP. — En 793, Alcuin ramena avec lui un Irlandais nommé Joseph, qui fut abbé et composa un commentaire sur Isaïe et des acrostiches d'une bizarre ingéniosité^. Il y en eut certainement d'autres encore. Ces Irlandais n'étaient pas aimés de tous et nous trouvons dans un des poèmes de Théodulf une virulente invectîve contre un de ces Scoiti"^, qu'Einhard détestait aussi et qu'on a identifié, sans raison, tantôt avec Clément, tantôt avec Dungal. — Ces Scotti ont joué certainement un rôle dans la renaissance carolingienne, surtout peut-être pendant la dernière période que j'ai indiquée plus haut et où il n'y a plus de maître dirigeant.

Quelque grande qu'ait été l'action de tous ces hommes, elle n'a pu s'exercer et elle n'a été aussi féconde que grâce à celui qui les a réunis autour de lui, qui, après avoir docilement écouté leurs leçons, les a comblés d'honneur et de faveurs, les a mis à la tête de ses abbayes et de ses villes épiscopales et en a fait les plus utiles instruments de ses vues politiques. Charlemagne, en mettant sa puissance au service de ces maîtres éminents et en se servant d'eux pour civiliser et ordonner son empire, a donné à la renaissance du viii^ siècle une portée qu'elle n'aurait pas eue sans lui. La renais-

1. Le catalogue des abbés de Fulda {Monum. Germ., SS., XIII, 272) parle de Clément Le Scot comme enseignant à la même époque qu' Alcuin et Einhard.

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