‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 17 sur 56 · Viiiccnl (le Hi-amais, Spec. liisL, \.\lll · texte numérisé non relu

Viiiccnl (le Hi-amais, Spec. liisL, \.\lll

1. Colle loUrc iio (loniie ni le iioiii tlu roi (|iii ItHiit ni le nom decoUii à qui elle est adressée. Mais, «■ouiine M. Jall'é le l'ail reuian|uer {Monum. Cuiolina, 360), les idées exprimées dans ceUe lettre déeèleiit son auteur et rarrlu'vé(|ue disciple de sainl lloniface ne peut être que Lull, (|ui mourut en 786.

« Je m'étonne beaucoup, lui dit-il, que toi qui t'occupes si activement de conquérir avec l'aide de Dieu les âmes des fidèles, tu ne t'inquiètes nullement d'instruire ton propre clergé dans les lettres. Tu vois de tous côtés les cœurs de tes subordonnés plongés dans les ténèbres de l'ignorance, et, lorsque tu pourrais les inonder de la lumière de la science, tu les laisses croupir dans l'ombre de leur aveuglement. »

Ce n'était, en effet, que sur le clergé qu'il pouvait compter pour répandre l'instruction. Aussi le voyons-nous, au moment même où l'influence d'Alcuin était à son apogée, faire appel à tous les évêques pour qu'ils fassent de leurs églises et de leurs monastères des centres d'étude et de travail intellectuel. Les évêchés et les monastères, dit-il dans cette circulaire célèbre qui nous a été conservée par l'exemplaire adressé à Baugolf, abbé de Fulda, indépendamment de leurs fonctions religieuses, « doivent encore s'occuper de l'enseignement des lettres pour ceux qui peuvent apprendre : ..< Etiam in litterarum meditationibus eis « qui, douante Domino, discere possunt, secundum uniuscujusque « capacitatem docendi studium debeant impendere. » Les raisons qu'il en donne sont d'ordre tout religieux. Il veut qu'on plaise à Dieu, non seulement en vivant bien, mais aussi en parlant correctement, car il est dit : « Aut ex verbis tuis justificaberis, aut ex verbis tuis condemnaberis. » Il faut donc savoir prier et parler des choses religieuses en termes corrects, et, de plus, on ne peut bien comprendre les saintes Ecritures sans connaître à fond les formes grammaticales ; on en saisira d'autant mieux l'esprit qu'on aura été mieux instruit dans les belles-lettres. 11 recommande donc de choisir pour donner l'instruction des hommes capables d'apprendre et désireux d'enseigner. Il faut que les clercs et les moines sachent instruire dans la lecture des livres saints et le chant des cantiques *. Peu après l'envoi de cette cir-

1. M. Boretius, Gapitularia regum francorutn, p. 79, place cette circulaire à une époque indéterminée entre 786 et 800. Mais il est vraisemblable que cette circulaire doit être à peu près du même temps que VAdmonUio generalis, doit l'avoir accompagnée ou bien précédée de peu. La lettre relative à l'homiliaire de Paul Diacre serait aussi de la même époque et ces trois actes sont, en effet, inspirés par la même pensée. — D'après un passage de la Chronique d'Adémar de Chabannes, qui semble d'après sa forme emprunté à des Annales anciennes, c'est en 787 que Charles aurait commencé à travailler au progrès des études avec les maîtres de grammaire et d'arithmétique qu'il avait ramenés de Rome : « Et d. rex Karolus a. 787 iterum a Roma artis grammaticae et comi)utatoriae magistros secum adduxit in Franciam et ubique studium litterarum expandere jussit. » Si l'on accorde à ce texte une valeur quelconque, ou doit le rapporter à ce ([ue Charlemagne lit à ce moment pour les écoles.

— séculaire, Charles adressait h tous ses sujets, laïques, moines, clercs et êvêques, une exhortation générale [Achnonitio generalis) qu'il avait délibérée avec ses conseillers laïques et ecclésiastiques et où il prescrivait à chacun ses devoirs. Parmi les recommandations faites aux évoques se trouve (c. 72) celle d'attirer à eux non seulement les enfants de condition servile, mais même les fils des hommes libres, d'organiser dans les églises cathédrales et dans les monastères des écoles pour enseigner aux enfants à lire, à chanter, à compter, enfin de veiller à ce que les psautiers, les livres de musique, d'arithmétique et de grammaire fussent d'une parfaite correction. C'est vers le même temps, un peu plus tard peut-être, qu'il adressa à tous les clercs l'homiliaire de Paul Diacre', dans des termes qui montrent bien que les soins donnés à l'instruction des clercs étaient rattachés dans son esprit au progrès général des lettres : « Comme nous avons souci d'améliorer sans cesse l'état de nos églises, nous nous efforçons de relever par des soins incessants les études littéraires presque oubliées par la négligence de nos devanciers et nous encourageons, par notre exemple, tous ceux que nous pouvons à se consacrer aux arts libéraux. » Ce n'était pas à tort, on le voit, que Godescalc, en écrivant pour Charlemagne le magnifique évangéliaire que nous possédons encore-, le qualifiait de « providus ac sapiens, studiosus in arte librorum. »

La prévoyance de Charlemagne porta rapidement des fruits. Peu d'années après que le clergé avait été exhorté à faire de l'enseignement une de ses premières préoccupations, l'habitude d'envoyer les enfants à l'école était si bien entrée dans les mœurs qu'en 803 un évêque, en dressant une liste de questions pour l'examen des prêtres, des chanoines, des abbés et des laïques de son diocèse, la terminait par cette recommandation : « Que chacun envoie son fils à l'école et qu'il y reste scrupuleusement jusqu'à ce qu'il soit complètement instruit^. » En 813, Leidrad,

1. Boretius, I, 80, fiiit rciaaniuor (|uc, dapros les vers (|ue Paul envoya avec son hoiniliaire à Cliarleinagne, il l'acheva an Mont-Cassin et non dans l'Empire franc, par conséciuenl après TSC) (cf. Dueniinler, Poetae aevi Carolini, 1, t>8). Le travail de correction des manuscrits entrepris sous la direction d'Alcuin était déjà avancé lorsque Cliarlemaj;ne fit distribuer 1 homiliaire de Paul Diacre. 11 le dit dans sa circulaire : « lam |tridem universos... libres, librariorum iinperitia depravatos... correxiinus. »

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