‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 18 sur 56 · A la Hihliolhè(|ue nationale de Paris · texte numérisé non relu

A la Hihliolhè(|ue nationale de Paris

3. Ilorelius, 1, 235 : « VI unus(|uis(|ue tilium suum lifteras ad di.scendum miltat, et ibi cum omni sollicitudine permaneat usque dum bene instructus |iervenial. » .M. Hi'idin^er, M. IChcrl vfulenl voir là les ori;;ines de l'instruction

archevêque de Lyon, rendait compte à Charlemagne de la manière dont il avait appliqué ses prescriptions dans son diocèse et lui montrait les écoles de chantres, les écoles de lecteurs, les écoles de scribes en pleine activité. Leidrad rappelle que l'exemple vient du palais lui-même « secundum ritum sacri palatii. » Théodulf, dans son Capitulaire adressé aux prêtres du diocèse d'Orléans (c. 20), leur prescrit de tenir des écoles dans les hameaux et les bourgs et d'y recevoir tous les enfants de leurs fidèles' pour les instruire gratuitement. Les conciles joignent leur voix à celle de Charlemagne pour provoquer la création des écoles comme nous le voyons parle concile de Chalon-sur-Saône en 813^ Plus tard le concile de Paris de 829 demande même la création de trois grandes écoles publiques qui eussent été sans doute comme le renouvellement des anciennes écoles gallo-romaines ou plutôt encore comme des premiers essais d'universités 3.

Dans toutes les parties de l'Empire on voit naître des écoles qui se multiplient encore pendant le ix® siècle. Les villes épiscopales d'Utrecht, de Mayence, de Salzbourg, de Metz, de Verdun, de Lyon, de Reims, de Sens, d'Auxerre, d'Orléans, du Mans, de Pavie, de Vérone deviennent des foyers d'étude; les écoles monastiques de Tours, de Fleury-sur-Loire, de Saint-Denis, de Saint-Germain d'Auxerre, d'Aniane, de Saint-Mihiel, dePrïim, de Corbie, de Saint-Riquier, de Saint-Bertin, de Saint-Wandrille, de Saint-Amand, de Fulda, de Hersfeld, de Corvei, de Reichenau, de Saint-Gall exercent peut-être une action encore plus puissante, car on y est mieux protégé contre les bruits du monde, on y trouve des maîtres qui peuvent se donner plus entièrement à l'étude et à l'enseignement. Tel ce Ratpert de

primaire obligatoire. M. Boretius a fait remarquer avec raison que la série de questions à la suite desc[uelles se trouve cette recommandation n'est pas un capitulaire royal, mais une œuvre toute privée. Il n'en ressort pas moins clairement que l'habitude d'envoyer les enfants à l'école était devenue très générale.

1. « Presbyteri per villas et vicos scholas habeant, et si quilibet fidelium suos par^^llos ad discendas literas eis commendare vult, eos suscipere et docere non renuant... Cum ergo eos docent, nihil ab eis pretii pro hac re exigant nec aliquid ab eis accipiant, excepto quod eis parentes caritatis studio sua voluntate obtulerint. »

2. « Oportet etiam ut, sicut d. imp. Carolus... praecepit, scholas constituant, in quibus... taies erudiantur... qui condiraentum plebis esse valeant » (c. 3).

3. « Suggerimus ut, morem paternum setiuentes, saltem in tribus congruentissimis imperii vestri locis scholae publicae ex vestra auctoritate liant, ut labor patris vestri et vestcr per incuriam, quod absit, labefactando non pereat w (c. 12).

Saint-Gall qui oubliait dans le travail l'heure des messes et des prières et prétendait que la meilleure manière de dire la messe était d'enseigner aux autres à la célébrer. C'est surtout par ces écoles monastiques que la tradition d'Alcuin se perpétua d'Alcuin k Raban Maur et à Haimon d' Alberstadt, de Raban à Servat Loup, de Servat Loup et d'Haimon à Héric d'Auxerre, de Héric à liemi d'Auxerre et à Hucbald le Chauve, et de ceux-ci aux écoles de Belgique, de Reims, de Bourgogne et de Paris. Sans doute ce ne sera pas sans difficultés que les écoles se maintiendront pendant les guerres civiles du milieu du ix" siècle et surtout pendant les invasions et l'anarchie de la fin du ix" siècle et de tout le x"; on ne retrouvera plus alors cette connaissance solide de l'antiquité, cette habileté dans la métrique, ce purisme grammatical qui distinguent les élèves directs d'Alcuin, mais l'œuvre de Charlemagne et des maîtres qui l'ont inspiré et aidé a jeté des racines trop profondes pour pouvoir être extirpées. Dès que le calme se rétablit, que le ciel se montre plus clément, elles donnent naissance à de vigoureux rejetons. Si les lettres cessent, par suite du malheur des temps, d'être cultivées sur un point, elles refleurissent sur un autre. C'est ainsi qu'au x* siècle, sous le pouvoir tutélaire des Otton, l'Allemagne voit une renaissance qui rappelle les temps de Charlemagne, et l'école de Reims, sous la direction de Gerbert, fait de la France un pays de lumières ^ Au XI® siècle, les écoles de Normandie, de Bourgogne, de l'Orléanais, de la Touraine, de l'Anjou voient se produire un mouvement littéraire et philosophique qui a son complet épanouissement au xii" siècle. Les efforts de Charlemagne ne devaient donc pas être perdus, et si l'édifice politique qu'il avait créé et restauré était voué à la ruine, le mouvement intellectuel qu'il avait favorisé de sa toute-puissante protection devait, non sans vicissitudes, continuer après lui malgré tous les obstacles, et produire dans l'avenir une renaissance bien plus belle encore que celle du viii" siècle. Walafrid Strabon avait raison lorsqu'il disait dans son langage expressif et intraduisible : « Regni a Deo sibi commisi nebulosam et ut ita dicam pêne caecam latitudinem totius scientiae nova irradiatione et huic barbariei ante partim incognita luminosam reddidit'^ » et, lorsqu'il s'affligeait de voir la lumière de la science se faire rare-', la décadence qu'il constatait

l. « ïola Gallia, atsi liHoriia ardciilc, vil>ial>iiii(la rcl'iilsil « (Uichcr, lll, -13). '2. Prologus ad Einhardi Vilam h'aroti.

3. « Holaht'iilihiis in coiiliaria sliidiis. liiiiuMi sapieiiliai' rarescil in pluiiniis M (Ibiil.j.

n'était que superficielle et passagère. Cet amour de la science dont étaient animés le roi des Francs et les savants qu'il attirait auprès de lui^ ne devait plus s'éteindre en Occident.

Quelle était l'instruction donnée dans les écoles carolingiennes? Quelles étaient les études que la renaissance du viif siècle a remises en honneur? Quels aliments fournissaient les maîtres de cette renaissance aux esprits avides de s'instruire qui venaient leur demander la science? L'ouvrage de Cassiodore, Institutiones divinarum et saecularium lectionum, qui fut un des manuels de ce temps, peut en donner une assez juste idée : en premier lieu les sciences divines, en second lieu les sciences humaines résumées dans les sept arts libéraux tels que Martianus Capella lésa exposés au second livre de ses Noces de Mercure et de la Philologie.

Nous avons déjà montré que la religion et le culte ont tenu la première place dans les préoccupations de Charlemagne et de son entourage. Il semblerait même qu'en cherchant à développer l'instruction ils n'ont eu en vue que la gloire de Dieu et la dignité de son culte. Le caractère religieux, liturgique et théologique de la renaissance carolingienne, non seulement ne s'effaça pas, mais s'accentua sous l'influence exercée par Alcuin dans l'école de Tours et par les élèves qu'il y forma. — Il est vrai que les sciences sacrées comprenaient bien des choses, et, par plus d'un côté, se rattachaient aux sciences profanes du trivium et du quatrivium. Il n'y avait pas de séparation, comme nous l'avons dit, entre l'Eglise et l'Ecole,

Au premier rang, parmi les sciences qu'on entreprit de réformer, se plaçait le chant sacré. C'était sous Peppin que cette réforme avait commencé. Cliarlemagne la continua^ en faisant adopter partout le chant grégorien. Ce n'était pas seulement une réforme liturgique, c'était aussi une réforme musicale qui se rattachait à une des quatre sciences du quatrivium. Alcuin écrit un opuscule de Musica, et, dans son Admonitio generalis, Charles

1. « Omnium regum avidissimus sapientes diligenter inquirere, et, ut omni cum deloctatione philosopharentur, excolere » (Ibid.).

2. Admonitio generalis, 989, c. 80 : « Ut cantum Romanum pleniter discant, et ordinabiliter per nocturnale vel gradale offîcium peragatur, secundum quod b. momoriae genitor noster Pippinus decertavit ut (ieret. » Cf. Cap. de examinandis ecclesiasticis, 802, c. 2. — Ckron. Moissac. — Ademar Cab. — Vila Greg. M. a Joanne diacono. — Voy. aussi la circulaire relative à l'homiliaire de Paul Diacre : « Pippinus... qui totas Galliarum ecclesias Romanae tradilionis suo studio cantibus decoravit » (Jafié, Monum. Carolina, p. 373).

recommande l'étude de la nnisique. On établit de nombreuses svholae cantorum. Cette réforme du chant est étroitement unie à celle de la liturgie tout entière, car le but de Charles est d'établir, comme l'a voulu aussi son frère, « Unanimitatem apostolicae sedis et Sanctae ecclesiae Dei pacificam concordiam*. » Alcuin écrit un missel selon le rite romain qui de tout temps a régné dans l'Eglise anglo-saxonne. C'est au ix" siècle que les questions liturgiques exerceront surtout la plume des lettrés^, mais dès le VIII* on étudie dans un intérêt surtout liturgique les questions d'astronomie et de chronologie qui sont essentielles pour la fixation des fêtes religieuses.

C'est aussi l'importance extrême attachée aux formes et aux formules liturgiques, au texte exact des livres sacrés qui poussa Charlemagne et Alcuin à attacher tant de prix à l'art des scribes. De là ces beaux manuscrits composés à la demande de Charles ou à son intention , de là ces écoles de scribes fondées dans divers monastères, en particulier à Tours, et qui nous ont laissé tant de preuves de leur habileté. C'est à ces scribes que nous devons la belle écriture dite minuscule carolingienne qui procède directement de l'écriture anglo-saxonne^.

Pour être bon scribe il ne faut pas seulement être habile à tenir le roseau et le pinceau, il faut encore être assez instruit pour corriger les fautes des manuscrits qu'on copie. Aussi les trois sciences du trivium, grammaire, dialectique et rhétorique, mais surtout la grammaire, seront-elles étudiées avec zèle dans les écoles ecclésiastiques. Cette étude de la grammaire amène un rapide progrès dans le style des écrivains du viif siècle; ils deviennent bientôt capables d'imiter avec intelligence les modèles de l'antiquité. Les maîtres austères, conmie Alcuin, éprouvaient bien certains scrupules à recommander la lecture des auteurs païens et surtout des poètes ; il réprouve même les mensonges de Virgile^ et il adresse d'afifectueux reproches à Ricbod, arche-

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