‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 21 sur 56 · Versus de Sanctis Eboracensis ecclesiae, vv · texte numérisé non relu

Versus de Sanctis Eboracensis ecclesiae, vv

l'historiographie? Il a été plus grand qu'on ne se l'imaginerait k première vue. Si importante, en effet, qu'ait été l'action des causes extérieures, des événements historiques eux-mêmes et des grands hommes dont on a raconté l'œuvre et la vie, c'est la renaissance des études qui a formé des esprits capables de "concevoir des œuvres historiques nouvelles et qui leur a enseigné à exprimer leurs idées dans une langue correcte et expressive. Prenons un à un les divers genres de littérature historique qui ont été cultivés à l'époque carolingienne, nous reconnaîtrons partout la trace des maîtres que l'Angleterre et l'Italie ont donnés à l'empire franc. La composition des Annales a évidemment pour principale cause les circonstances historiques elles-mêmes, mais on ne doit pas oublier que les tables de Pâques sur lesquelles elles ont tout d'abord été écrites venaient d'Angleterre, et probablement aussi les premiers modèles d'annales ' , que c'est en 787-788, au moment où l'École du Palais prend avec Alcuin sa plus grande activité, que sont rédigées les premières Annales royales, enfin que ces Annales, écrites dans une langue d'abord rude et incorrecte, puis de plus en plus soignée et élégante, ont été ensuite remaniées d'un bout à l'autre pour répondre à des besoins littéraires nouveaux. L'Histoire universelle de Fréculf de Lisieux est un livre d'enseignement historique qui résume tout ce qu'on apprenait dans les écoles d'alors sur l'histoire sacrée et profane; celle d'Adon de Vienne est une imitation des chroniques de Bède et d'Isidore. Les histoires de Nithard, les biographies de Charlemagne et de Louis le Pieux sont directement inspirées par l'étude de Salluste et de Suétone. C'est Paul Diacre, nous l'avons dit, qui donne le premier modèle d'une histoire épiscopale, et si de nombreuses histoires épiscopales et monastiques ont été composées à l'imitation des G esta episcoporum Mettensium , elles l'ont été précisément dans les églises et dans les monastères où avaient prospéré les écoles créées par Charlemagne. L'hagiographie, qui ne produit plus autant d'œuvres originales qu'aux siècles précédents, devient pour Alcuin et ses élèves l'objet d'un travail de remaniement. Ils récrivent en entier des vies de l'époque précédente pour les mettre en meilleur style et en tirer des enseignements religieux plus développés. Nous regrettons aujourd'hui un travail dont le mérite ne nous touche guère et qui a été cause de la perte des œuvres originales, bien plus instructives et plus expressives

l. Les Annales Cambriae paraissent contenir les plus anciens fragmenta d'Annales connus.

dans leur barbarie pittoresque que la phraséologie des remanieurs ; mais on doit à ces efforts littéraires quelques vies de saints contemporaines ' , qui , par leur étendue, la richesse de leur contenu liistorique et leur forme soignée, l'emportent de beaucoup sur les œuvres hagiographiques antérieures. Si l'on n'y retrouve pas le doux parfum de piété mystique et de tendresse qui fait le charme de l'hagiographie de la décadence romaine, elles ont le mérite d'être écrites à un point de vue plus large, moins étranger aux passions du monde, à la vie du siècle. L'Eglise tient une telle place dans la société que l'hagiographie perd de plus en plus son caractère étroitement religieux et édifiant pour se confondre avec la littérature biographique en général. Ce que nous disons des histoires épiscopales ou monastiques et des vies de saints peut s'appliquer aussi aux recueils de miracles qui tiennent le milieu entre les deux genres d'ouvrages. Ils deviennent une sorte d'histoire du sanctuaire où sont conservées les reliques miraculeuses, et le récit des événements politiques y tient une place assez large.

Nous faisons aussi rentrer dans l'historiographie quelques poèmes narratifs et épiques de l'époque carolingienne. Ces poèmes sont le fruit le plus certain des leçons de Pierre de Pise, de Paul Diacre, d'Alcuin, de Théodulf. Au point de vue littéraire, ils ne peuvent pas être étudiés séparément des nombreux poèmes composés dans l'Empire franc au viii® et au ix^ siècle. Rien n'a plus charmé les esprits nouvellement éclos k la vie littéraire que les jeux de la métrique ; le vers parut le plus digne ornement de la vie princière et le langage le mieux fait pour rendre hommage à Dieu et aux saints. On écrit en vers des lettres, des dédicaces, des inscriptions, des vies de saints, des martyrologes, des panégyriques, et il est peu de ces poésies dont l'histoire ne puisse faire son profit. Dans aucune branche de la littérature l'influence de la renaissance des lettres ne s'est fait aussi directement sentir.

Nous suivrons pour chacun de ces genres d'écrits les transformations que lui ont fait subir les vicissitudes politiques de l'époque carolingienne. Jusqu'à la fin du règne de Charles le Chauve, la cour et l'Ecole du Palais continuent à exercer une certaine action sur la littérature. C'est sous Louis le Pieux que l'on voit se manifester avec le plus de force la puissance du mouvement intellectuel qui avait commencé sous Gharlemagne. Ce n'est pas tout à fait sans raison, il est vrai, que les contemporains parlent de décadence littéraire. Le guerres civiles qui désolèrent l'Empire

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