Vie de Slurni, d'Eit^il, de Benoît d'Aiiiane, etc
pendant les dix dernières années du règne de Louis et pendant les trois années qui suivirent bouleversèrent plus d'une école, et les préoccupations presque exclusivement religieuses du roi et de son entourage eurent pour conséquence un affaiblissement du goût et des besoins littéraires ; mais si l'on écrivit une langue moins pure, les intelligences n'avaient rien perdu de leur force. Bien au contraire, nous ne trouvons à l'époque de Charlemagne aucun homme qui égale en portée et en activité d'esprit, en puissance de raisonnement, les Claude de Turin, les Agobard, lesHincmar. Ce sont là des hommes de pensée et des hommes d'action d'une valeur supérieure. Jonas d'Orléans, Raban Maur, Prudence de Troyes, Paschase Ratbert, Hilduin, Hélisachar, Servat Loup méritent d'être cités à côté d'eux, et l'école du Palais, avec l'irlandais Clément, avec Aldric et quelques autres maîtres moins éminents, conserve les traditions littéraires de l'époque précédente. Servat Loup parle de l'éloquence des savants du palais^ et Smaragd félicite les moines du couvent d'Inden, voisin d'Aixla-Chapelle, de pouvoir puiser la science à une source inépuisable 2.
Sous Charles le Chauve, la décadence s'est accentuée, et, sans revenir à l'incorrection barbare du vu" siècle, le latin des écrivains devient pénible, obscur et maladroit; les écrits d'Hincmar en offrent la preuve à chaque ligne. Les guerres civiles, les ravages des Normands jettent le trouble dans les monastères du Rhin, de la Seine, de la Loire, ceux-là même où les études avaient été le plus florissantes. Les moines se dispersent et s'enfuient, emportant leurs reliques. L'Eglise séculière est envahie par les mœurs féodales et les laïques négligent de plus en plus les lettres. Pourtant Charles le Chauve, l'élève de Fréculf de Lisieux, est un esprit cultivé, roi et théologien 3, magnifiquement et puissamment doué par Dieu de talents intellectuels^, passionné pour l'étude^ Il fait les plus grands efforts pour maintenir l'École
1. « Palatina scolasticorum facundia » (lettre à Waltgaud de Liège, dans Arndt, Kleine Denkmxler aus der Merovingerzeit, p. 70-71).
2. « Noverim vos sacrae aulae palatii adsistere fontibus... ab indeficiente vena purissimi fontis sedulo sapientiae haurire fluenta » (Mabillon, AA. SS. 0. S. B., IV, 193).
3. « Rex atque Iheologus idem » (Joli. Scott preces pro Carolo rege, dans Mai, Ctassicorum auct. Spicilegium, V, 437).
4. « Qiieni Dcus talento intellectus magnifiée et potenler ditavit » (Hincmar, De Cavendis vitiis et virtutibus, opp. 11, 30, éd. Migne).