‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 41 sur 56 · Einhard, Vila Karoli, c · texte numérisé non relu

Einhard, Vila Karoli, c

avec le style de la première partie qui fut probablement, comme nous l'avons vu, rédigée sous l'influence de l'archicliapelain. Les mentions de l'intervention divine à propos de chaque événement heureux: « Domino protegente (788), Domino largiente, Domino perducente(789), cum Dei adjutorio, Christo perducente(791)', » les formules religieuses y frappent d'autant plus qu'elles ne se retrouvent plus dans la suites II faut observer en outre que le roi est encore nommé ici deux fois domnus y^ex Carolus, ce qui est la désignation toujours employée dans les années précédentes, tandis qu'en 792, 793, 795 et dans la suite, l'annaliste dit rex tout court ou domnus rex sans ajouter son nom^. La fin de l'année 788 et les trois années 789-791 paraissent avoir été écrites d'une seule teneur, car, tandis que dans la partie des Annales écrites année après année on répète à chaque instant le mot )'ex, ici le domnus rex Carolus placé en tête de cette partie des Annales sert de sujet à toutes les phrases où il est question de Charlemagne jusqu'au milieu de l'année 791 ; enfin, tandis que l'année 789 est très brève et qu'on se borne, en 790, à dire que Ciiarlemagne n'y fit aucune expédition, l'année 791 contient un récit développé de la campagne contre les Avares à laquelle Angilramn prit part et pendant laquelle il mourut. Je suis donc disposé à croire que ces années 788-791 furent rédigées au retour de la campagne contre les Avares et après la mort d' Angilramn par le même clerc qui, sous sa direction, avait rédigé la première partie des Annales.

De 792 à 794, c'est Angilbert, qui est primicerius aidae, et qui dirige la chapelle, mais, en 792-793, il est en mission en Italie, et Charlemagne séjourne en Bavière. Ce n'est qu'en 794 que Charles revient dans la région rhénane et qu'il y fixe définitivement sa cour, « in palatio quod Aquis vocatur » comme disent les Annales. Les années 792 et 793 ne contiennent que

1. Voy. aux années précédentes : 783 : « Domino auxiliante, » trois fois répété ; 784 : « Auxiliante Domino, volente deo ; » 786 : « Deo largiente, » etc.

2. Sauf, comme l'a fait remarquer M. Manitius (Kurze, Neues Archiv, XX, 40), en 796, la formule o peracta Deo largitori onmium bonorum gratiarum actione, » qui est tout à fait isolée ot est une citation de Prudence. M. Manitius et M. Kurze se trompent en prétendant (jue ces formules se retrouvent jusqu'en 794. Elles cessent avec 791. MM. Diinzelmann, Waitz, Manitius, Kurze ont tous remarqué que le style des années 787 et 788 ne diffère pas du style des années 789-791. Ils ont eu tort de vouloir retrouver cette identité jusqu'en 795.

3. L'année 794, écrite d'un style plus soigné, dil » domnus Carolus gloriosissimus rex. »

quelques lignes fort sèches, mais où l'on trouve cependant mentionnée la mission d'Angilbert en Italie. En 794, le style de l'annaliste prend tout à coup une forme plus littéraire et une certaine solennité. On serait tenté d'y reconnaître l'influence de l'élève de Pierre de Pise et d'Alcuin *.

A partir de 796, le récit prend une ampleur nouvelle; les phrases sont mieux construites et mieux liées, et le remanieur qui bientôt récrira et refera les Annales jusqu'à 801 trouvera bien moins d'additions et de modifications à y introduire. Est-ce Angilbert, est-ce Hildebald qui président à la rédaction des Annales? Peut-être chacun d'eux tour à tour. Tandis qu'à l'année 792 Angilbert était nommé simplement et sans épithète, en 796, lorsqu'il est reparti pour l'Italie, il est qualifié de « dilectus abbas Karoli. » Par contre, Hildebald, absent des pays francs depuis le milieu de 799, ne pouvait pas s'occuper de faire rédiger les Annales qui, pour les années 799 et 800, ont été écrites, comme nous l'avons dit, par un personnage qui était auprès du roi et notait les événements au moment où ils venaient de se produire. Angilbert, nous l'avons vu, assista sans doute à l'entrevue de Paderborn, et il suivit probablement Charlemagne pendant toute l'année 800 après que celui-ci fut venu le voir à Saint- Riquier. Le fait que les Annales ont changé de main en 801 serait une raison de plus de croire qu' Angilbert a été pour quelque chose dans la rédaction des années qui précèdent cette date. Or, à partir du milieu de l'année 801, le style de l'annaliste change tout à coup^ et le récit, au lieu de conserver son ampleur et sa

1. Ce qui corrobore l'hypothèse d'après laquelle les Annales Laurissenses majores de 789 à 791 sont bien un récit demi-ofïiciel sorti de la chapelle du palais, tandis que les Annales Laureshamenses sont, pour cette même époque, un travail plus personnel et plus indépendant, c'est qu'à l'année 792 nous trouvons dans les Annales Laureshamenses un récit assez circonstancié de la conspiration du jeune Peppin, fils d'Himiltrude, tandis que la phrase très courte qui, dans les Annales Laurissenses, fait allusion à ce fait n'appartient certainement pas à la rédaction primitive. Les mômes manuscrits qui ne contiennent pas la phrase relative à la conjuration de Peppin ne contiennent pas non plus à l'année 785 la mention de la conjuration de Hardrad. Le manuscrit de Lorsch (dans Canisius), qui représentait la rédaction la plus ancienne, ne la contenait pas non plus.

2. Ce changement est frappant à partir de la phrase : « Ipsa aestate capta est Barcinona civitas in Hispania jam biennio obsessa. » Le Poeta Saxo qui a mis en vers le TemSiXiiemcnt des Annales Laurissenses avait sous les yeux un texte qui s'arrêtait au paragraphe précédent commençant par la phrase : « Imperator de Spoletio Ravennam veniens... Papiam percepit. » Ces mots sont les derniers qu'il ait empruntés au remaniement.

forme soignée, se compose de i)hrases courtes juxtaposées. Évidemment, tout le récit de la campagne d'Italie, au moins jusqu'au printemps de 801, est d'une seule teneur. Ce qui suit, surtout à partir de 802, a le caractère de notes prises au jour le jour'.

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