Neues Archiv, XXI, U
Annales perdues de 796 et de 805, c'est alors, si l'on accepte les dates qu'il propose, qu'ont été probablement coordonnées les Annales Petaviani{196), Moscllani [l^'è) , Alamannici {Idd) , Lauveshamenses (792-803), Guelferbytani (801), 5. Amandi (810), Maximiniani . Mais les Annales Laurissenses majores sont de beaucoup les plus importantes parmi les œuvres originales composées à cette époque.
Ces Annales conservent de 801 à 829 le caractère d'Annales absolument contemporaines qu'elles avaient depuis 796 et d'Annales écrites au palais même pour conserver le souvenir des actes de l'empereur. Elles ne nous renseignent que sur ce que fait l'empereur, sur les assemblées qu'il préside, sur les ambassades qu'il reçoit ou qu'il envoie, sur ce qui se passe au palais. Elles indiquent les noms des ambassadeurs, nous décrivent les présents dont ils sont les porteurs. L'auteur va jusqu'à nous donner les noms des éléphants du roi. C'est vraiment un journal, des Nouvelles du palais, que nous avons sous les yeux*. Le caractère contemporain de ces Annales se reconnaît à une foule de signes : l'absence de toute composition et de toute prétention littéraire, sauf dans un ou deux passages où la personne et les sentiments de l'auteur se laissent voir"'; le style haché formé de phrases mal liées entre elles ou réunies par des locutions indiquant un récit où les faits s'ajoutent les uns aux autres à mesure qu'ils se produisent, eodem anno, eodem tempore, et inde, etc. 3, des dates précises de saisons, de mois et de jours,
1. Analysons une des années prise au hasard, l'année 807. Treize lignes sont d'abord consacrées à des observations astronomiques. Puis nous apprenons la mort de Radbert, ambassadeur franc qui revenait d'Orient, et l'arrivée à la cour d'Abdella, envoyé du roi des Perses, puis de Georges et Félix, envoyés de Thomas, patriarche de Jérusalem. Suit une longue description des présents d'Haroun-al-Raschid : pavillons et tentures de diverses couleurs, étoffes de soie, parfums, horloge avec sonnerie et personnages, candélabres de cuivre travaillé. Ces envoyés sont reconduits en Italie. Le comte Burchard est envoyé en Corse contre les Maures, qui sont vaincus. Détails sur les moines vendus en Espagne par les Maures et dont quelques-uns furent rachetés par Charlemagne. Le patriarche Nicétius, qui était à Venise avec une llotle, conclut une trêve avec Peppin jusqu'au mois d'août et retourne à Constantinople.
2. De 819 à 829, lorsque Hilduin s'occupa des Annales, comme nous le verrons plus loin, le style devient plus personnel.
3. Surtout de 801 à 808. 801 : « Eodem anno; ipsa aestate; ipsius anni mcnse... » 802 : « Ipsius anni mense... » 803 : « Ilac hicme circa ipsum palatium; et inde. » 80i : « Eodem tempore. » 805 : « Non multo post; eodem anno. » 806 : « Et inde ; eodem anno. » 807 : « lUo anno. » — A partir de 808, on ne trouve plus « eodem anno ; eodem tempore. » Par contre, « Interea » est fréquemment employé dans la suite.
surtout pour les morts de grands personnages, des mentions de phénomènes naturels et en particulier de phénomènes célestes observés et recueillis par les astronomes de la cour, qui interrompent le récita A l'année 823 on nous raconte qu'une jeune fille de douze ans s'est passée de nourriture pendant dix mois; puis en 825 on ajoute que depuis 823 jusqu'en novembre 825 elle a continué à vivre sans nourriture. M. Kurze a même voulu voir, sans que l'argument me paraisse décisif, une preuve que les Annales ont été écrites au jour le jour dans le fait que le même nom propre se trouve à quelques lignes de distance orthographié d'une manière différente : Capcan et Cagan (805), Eardulf (808) et Ardulf {^09), Albis et Albia, Avari et Avares,
M. Kurze donne encore un autre argument en faveur de la même thèse; c'est les rapports qui existent entre les Annales Laurissenses et les Annales iVfo6fe/^anz jusqu'à 797, les Annales Laureshamenses ^usq\ïk 798, les Annales S. Amanc?z jusqu'à 808. Comme la comparaison de ces Annales avec les LauyHssenses ne permet pas d'admettre qu'elles leur ont servi de sources, il est nécessaire d'admettre que les Laurissenses ont été une des sources de ces Annales comme aussi des Annales perdues de 796 et de 805 et par conséquent qu'elles ont été écrites au fur et à mesure des événements et ont été utilisées en 797, en 803, en 806, jusqu'à ces dates respectives.
Quelques critiques ont pourtant essayé de dénier aux Annales Laurissenses le caractère de sources directe et contemporaine. M. Bernays a fait ressortir quelques rapports de style entre les Annales Z^aum^en^e^ et la Chronique de Moissac^; il a soutenu que ces rapports ne pouvaient s'expliquer par un emprunt direct et en a conclu que les deux textes ont été puisés à ces fameuses Annales de la cour perdues qui sont si commodes pour mettre fin à toute critique des Annales carolingiennes. Un autre argument qui n'a pas plus de valeur est celui qui est tiré d'une phrase sur Léon III à l'année 808 : « Praeerat tune temporis ecclesiae Romanae Léo tertius; » Léon n'étant mort qu'en 816, M. de Sybel en a conclu^ que l'année a été rédigée au plus tôt en
1. 801 et 802 : tremblements de terre. 807 : observations astronomiques. 808 : peste. 809 : éclipse. 810 : peste, éclipses. 812 : éclipse. 815 : tremblements de terre, inondations. 817 : éclipse, comète. 818 : éclipse. 820 : peste, inondations, éclipses. 821 : divers phénomènes naturels, etc. A partir de 820, les phénomènes naturels sont décrits avec une plus grande complaisance encore et dans un style plus orné.
2. Nous reviendrons sur cette question à propos de la Chronique de Moissac.
3. Hislorische Zeitsclirift, t. XLIII, p. 413. — M. W. de Giesebrecht avait déjà
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817. Mais M. Simson^ a montré que le prétérit a été plus d'une fois dans des cas analogues employé à la place du présent. M. de Sybel a tiré une objection plus facile encore à réfuter des rapports indéniables qui existent entre la dernière partie des Annales Laurissenses et la Vita Karoli d'Einhard ' et d'une phrase de l'introduction de la Vita Karoli où Einhard nous dit : « Ab hujuscemodi scriptione (à savoir : Vitam et co n versa tionem, ut ex parte non modica res gestas domini Karoli) quando milii conscius eram, nullum ea veracius quam me scribere posse... et utrum ab alio scriberentur necesse, liquido scire non potui. » M. de Sybel prétend qu'Einhard n'aurait pas pu écrire les lignes si les Annales de 789 à 813 avaient existé en 814 et si par suite les rapports de textes entre elles et la Vita Karoli s'expliquaient par des emprunts d'Einhard. — Ce serait donc la Vita Karoli qui aurait servi à la composition des Annales. MM. de Giesebrecht, Simson, Ebrard, Dorr, Kurze ont fait observer avec raison que cet argument a peu de force, Einhard ayant pour principale préoccupation de peindre la « vitam et conversationem » de Charlemagne, sa personne et son caractère, et ne donnant qu'une place secondaire à ses hauts faits, « res gestas, » qui trouvent seuls place dans les Annales^. Ils auraient pu ajouter qu'Einhard ne fait allusion qu'à des œuvres biographiques d'un caractère littéraire et personnel^, écrites par des hommes « otio et litteris dediti, » et non à des Annales essentiellement impersonnelles, qui, si elles ont été composées, comme nous le voyons, par des clercs de la chapelle royale, étaient plutôt une sorte de mémorandum, de journal de la cour qui fournissait des matériaux aux historiens plutôt qu'elles ne constituaient une histoire. La liberté avec laquelle ces divers auteurs d'Annales d'ailleurs se copient les uns les autres, se font des emprunts les uns aux autres, montre bien que toutes ces œuvres étaient considérées
relevé cette phrase dans le Miinchener historischer Jahrbuch, 1865, et l'avait considérée sans motif comme une interpolation.