‹ Études critiques sur les sources de l'histoire CarolingienneChapitre 53 sur 56 · LE POÈTE SAX0N · texte numérisé non relu

LE POÈTE SAX0N

A la fin du ix' siècle, entre 888 et 891 3, un Saxon, dont le

1. Les ressemblances de style relevées par ces savants sont aussi frappantes dans les années 820 à 829 que pour les précédentes, peut-être plus encore, et pourtant je crois ([ue l'attribution de ces années à Einhard doit être définitivement abandonnée.

2. Ce poème nous est connu par un seul manuscrit du xii° siècle provenant du monastère de Laminspring, au diocèse de Hildesheim, conservé à la bibliothèque de Wollenbuttel. Une copie du xv° ou du xvi° siècle se trouve à la bibliothèque de Bruxelles. La première édition du poème fut donnée par R. Reineccius, ;\ Ueliiisladt, en 159'i. La dernière et la meilleure se trouve dans les Monumenla CaroUna de JaÛé {Bibl. rerum Germanicarum, t. IV). Voy. aussi les éditions de I). Houtiuet, t. V; de Pertz, Monum. Gennaniae, t. 1 ; de Migne, t. XCiX.

3. Les vers 415 à 424 du liv. V nous prouvent ([ue l'auteur écrit dans les pre-

nom est resté inconnu^, mais qui était évidemment un partisan dévoué du Carolingien Arnulf, a composé en vers hexamètres une vie de Giiarlemagne divisée en quatre livres. Il y a ajouté un cinquième livre en distiques d'une allure enthousiaste et lyrique, où il résume la biographie de son héros et célèbre les vertus de Giiarlemagne, apôtre des Saxons.

Le Poète Saxon commence l'histoire ,'de Charlemagne en 772, quand il devint seul maître de l'empire franc. De 772 à 80i, le poème suit exactement année après année le remaniement des Annales Laurissenses-. M. Piickert a fait remarquer des détails de style assez nombreux qui prouveraient que le poète a aussi eu sous les yeux la chronique de l'année 805 qui a servi plus tard de source aux Annales Mettenses^. De l'année 802 à l'année 813, le poète n'a certainement pas eu sous les yeux le texte des Annales Laurissenses, mais d'abord les Annales Laureshamenses de 802"', puis des annales beaucoup plus courtes qui étaient ou un appendice aux Laureshamenses ou un extrait assez court et incorrect des Laurissenses^; il y a mêlé des passages empruntés à la Vita Caroli d'Einhard. D'après M. Simson, il se serait servi de notes historiques écrites en Saxe, à Hal-

mières années cl'Amulf, probablement avant sa victoire de la Dyle sur les Normands.

1. Pertz [Monum. Gerinaniae SS., IV, 165) a voulu l'identifier avec le moine Agius de Lammspring ou de Korvei, auteur de la vie en vers de l'abbesse Hatliumod de Gandersheim, qui vivait à la même époque ; mais il n'a pu fournir aucun argument direct en faveur de cette hypothèse.

2. Les dates données d'après l'an de l'Incarnation et l'indiction n'ont été conservées dans le manuscrit qu'aux années 782, 784-790, 792-800, 810-813 ; mais elles ont dû à l'origine se trouver partout.

3. Voy. Bericht der k. sxchsischen Gesellschaft der Wissenschaften, 8 juillet 1884.

4. A l'année 802 il célèbre l'œuvre législative de Charlemagne, dont parlent les Annales Laureshamenses, mais non les Laurissenses.

5. On retrouve, en effet, dans les Annales Laurissenses, tous les faits rapportés par le poète, mais aussi beaucoup d'autres dont il ne dit rien. On s'étonnerait qu'il n'eût rien dit du roi normand Godefroid s'il avait connu ce qu'en disent les Annales Laurissenses. Ce qu'il dit à l'année 807 d'un prétendu roi normand Alfdenus semble bien être le résultat d'une confusion avec ce que les Annales Laurissenses rapportent du roi des Northumbres Eardulf. Il place immédiatement après l'expédition du jeune Charles contre les Slaves, en 808, la peste qui eut lieu en réalité en 810. La Chronique de Moissac, qui, comme le poète, appelle Lina'i (Lini) les Slaves que les Annales Laurissenses nomment Linones, met aussi cette peste en 809. Ailleurs, il s'étend sur des faits sommairement rapportés dans les Annales. Ainsi, ce qu'il dit du partage de l'Empire en 806 paraît pris directement des Capitulaires de Charlemagne.

berstadt probablement, et dont on retrouve des traces dans le Chronicon Quedlinhurgense {Mon. Genn. SS., t. III), dans VAnnalista Saxo {IbicL, t. VI) et dans les Gesta episcoporum llalberstadensium {Ibid., t. XXIII). Il appuie cette hypothèse sur le récit qui est fait à l'année 803 de l'accord conclu à Salz entre Charlemagneet les Saxons et par lequel la soumission et la conversion définitives de la Saxe auraient été consommées*. L'hypothèse est plausible, mais il est possible aussi que le Chronicon Quedlinhurgense , composé vers l'an 1000, se soit servi du Poeta Saxo.

L'année 813 du Poeta Saœo et tout le cinquième livre de son poème où il récapitule la vie et l'œuvre de Charlemagne sont empruntés à la Vita Caroli. L'emploi qu'il a fait du remaniement des Annales Laurissenses et de la Vita Caroli simultanément nous porte à croire qu'il avait sous les yeux un manuscrit où se trouvaient réunis la Vita Caroli et le remaniement jusqu'à l'année 801 à la phrase : « Imperator de Spoletio Ravennam veniens... Papiam perrexit^ »

Qui était l'auteur de ce poème et où vivait-il? II était certainement un clerc, et un clerc occupant une situation assez élevée, car il attache une importance extrême à tous les événements qui

1. Le récit sur la paix de Salz semble bien provenir d'une confusion entre ce que rapportent les Annales Laurissenses (et que le poète aura pris soit dans la Chroni(iue de 805, soit dans les Annales ])lus courtes de 802 à 805 qu'il avait sous les yeux) sur la paix signée à Salz avec les envoyés de Nicéphore et ce (jue raconte Einhard dans la Vita Karoli sur la soumission définitive de la Saxe. M. Simson, dans son excellent article Der Poeta Saxo und der Friede von Salz {Forschungen zur deutschen Geschichle, t. I, p. 301 et suiv.) et dans l'appendice III du tome II des Jahrbiicher des fiwnkiichen Reichs unter Karl dem Grossen, tout en montrant (jue cette soi-disant paix de Salz est une légende, en fait remonter la mention première à cette chronique supposée de Halberstadt et même à un document faux donnant le texte de la paix accordée par Charles aux Saxons. Il fait remarquer aussi que le récit de la mort d'Attila, tué par sa jeune femme qui veut venger la mort de son père (Anno 791, liv. III, vv. 25-34), est un résumé de deux lignes de la Chronicjue de Quedlinbourg. Il aurait pu rapprocher aussi ce que dit le poète des Vulgaria Carmina où sont chantés les ancêtres de Charlemagne, les Hludovici et les Theodorici (liv. V, vv. 117-119), du passage de la Chronique de Quedlinbourg sur Dietrich de Bern (Théodoric de Vérone), de que cantabant rustici olim. Le rapport exact de ces textes est difficile à déterminer.

2. Nous avons dit (jue tous nos manuscrits du remaniement contiennent aussi la Vita Caroli et les Annales Laurissenses jus(|u'i\ 829. Mais le texte du Poeta Saxo esl à nos yeux, comme on l'a vu, un des arguments ([ui nous font placer entre les années 802 et 805 la date de la composition du remaniement (cf. supra, p. 145J.

se rapportent à la conversion des Saxons et il adresse à Arnulf de pressantes exhortations pour qu'il vienne au secours de l'Église menacée ^ Bien qu'il suive de très près le texte du remaniement des Annales Laurissenses, il conserve dans son récit les allusions à l'intervention de la Providence divine dans les victoires de Charlemagne, allusions qui se trouvent à chaque instant dans les Annales Laurissenses et qui se trouvaient aussi dans la Chronique de 805, mais que le remaniement a partout supprimées.

Les descriptions que nous donne le poète de Paderborn-, du pont du Rhin à Mayence^, nous font croire qu'il n'était pas un moine enfermé dans son couvent, mais qu'il avait voyagé et peutêtre résidé à la cour. M. Piickert et M. Simson ont émis l'opinion qu'il avait peut-être séjourné à Metz, à Saint- Arnulf. C'est là qu'il aurait connu la chronique qui a plus tard servi à la composition des Annales Mette^ises. C'est pour cela qu'il aurait parlé en termes si pompeux de l'évêque Saint Arnulf, qu'il aurait tenu à rappeler que Saint-Etienne de Metz fut la seule, église qui échappa à la fureur dévastatrice d'Attila^. On trouverait enfin dans son poème un écho des plaintes formulées par le synode tenu à Metz au commencement du règne d' Arnulf, sur l'état lamentable de l'Eglise^ Quoi qu'il en soit, l'auteur est un Saxon très attaché à son pays et à sa race; c'est en Saxe que son poème a probablement été écrit et qu'il a été conservé.

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