‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 133 sur 200 · II.— ÉTUDE D'UN PASSAGE D'OVIDE · texte numérisé non relu

II.— ÉTUDE D'UN PASSAGE D'OVIDE

Ovide, Trist. lY, 10, 51-54

Vergilium vidi tanlum ; nec amara Tibullo

Tempus amicitiae lata dedere meae.

Successor fuit hic tibi, Galle : Propertius illi.

Quartus ab bis série temporis ipse fui.

(( Je n'ai qu'entrevu Virgile ; et la mort amère, en enlevant TibuUe, ne m'a point permis son amitié-. Celui-ci

1. Par conséquent nuisibles. Tous ces systèmes ont quelque côté plus ou moins spécieux, et, si Ton s'occupe de Properce, on est forcé, dans l'état actuel de la science, de perdre du temps à les approfondir.

2. Faut-il comprendre « n'a donné que peu de temps à notre amitié »? Je ne le pense pas. Golbéry (éd. de TibuUe, p. -132) prétend que l'élégie

fut Ion successeur, Gallus; Properce, le sien. Moi, dans l'ordre du temps, je vins le quatrième. »

Sans être à l'abri de toute contestation, le sens de ce passage est suffisamment clair. Ovide, dans les vers précédents (il-50)\ rappelle les noms des poètes qui furent les amis de sa jeunesse : iEmilius Macer, de Vérone; Properce, qui lui lisait tous ses vers; Ponticus, l'auteur d'une TJiébaïde; Bassus, qui se plaisait aux iambes; Horace enfin, l'harmonieux Horace, qui savait tirer de la lyre ausonienne des accords si délicats. l\ ajoute alors, avec un noble regret, qu'il n'a fait qu'entrevoir Yirgile; et cette cruauté du sort, qui lui ravit une si belle amitié, ramène sa pensée vers un autre poète dont l'œuvre et la personne l'intéressent plus directement, vers Tibulle, comme lui un élégiaque. On voit par quelle transition naturelle Ovide, qui tout à l'heure nommait ses amis, dit maintenant ses prédécesseurs dans le genre qu'il a cultivé davantage et qu'il a le mieux aimé, dans l'Élégie : « Tibulle succédait à Gallus; il précéda Pro-

«rOvide sur la mort de Tibulle montre que les deux poètes se sont connus; je ne vois pas en quel passage de cette élégie Golbéry a fait sa découverte. Ovide n'avait que quatorze ou quinze ans quand Tibulle est mort. Voy. «railleurs, sur la date de rélégie d'Ovide, Tcuffel, Gesc/ac/iferfer Rom. liter., l 2i8. note 2, p. 523 de la 4* édition. 1. Ovide, Tnû. IV, 10,11-50 :

Temporis illlus colui foviquepoetas

Quoique aderant vates, rehar adesse deos. Sœpe suas volucres legit mihi grandior œvo.

Quœque necet serpens, quœ juvet herba, Macer. Sœpe suos solitus recitare Properlius ignés,

Jure sodalicii qui mihi junctus erat.

Ponlicus heroo, Bassus quoque clarus iambis

Dulcia convictus membra fuere mei.

Delinuit noslras numerosus Iloralius aures

Dumferit Ausonia carmina culla lijra.

perce; et moi, selon l'ordre du temps, je vins le quatrième. »

C'est là, d'une manière évidente, une chronologie littéraire : série temporis veut dire « selon l'ordre des dates », non point de la naissance de ces poètes^ ou de leur raort'^, mais tout simplement de leur apparition dans le monde des lettres. Le vers 55 confirme cette interprétation:

Utque ego majores, sic me coluere minores.

Majores, ce sont ceux dont la réputation était déjà faite lorsque Ovide composa ses premiers vers; minores, ceux qui débutèrent, alors que, lui, était déjà en possession d'une certaine renommée. Ainsi, d'après le passage d'Ovide, les poètes élégiaques se sont fait connaître dans Tordre suivant : Gallus, Tibulle, Properce, Ovide.

Il est vrai qu'on a soulevé, dans le but de rajeunir

Tibulle, une difficulté grammaticale au sujet du vers 53.

J'ai expliqué ce vers, comme le fait Spolin ^ : ,

Successor fuit hic {Tibullas) libi Galle, Propertius illi (Tibullo).

Le même personnage se trouve désigné dans le même vers tour à tour par les pronoms hic et ille. Cela est-il

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