‹ Études critiques sur Properce et ses élégiesChapitre 155 sur 200 · IL — MIMNERME · texte numérisé non relu

IL — MIMNERME

Si l'on admet les considérations que je propose, quelle part convient-il de faire à Mimnerme dans la création et le développement de l'élégie? Les fragments qui nous sont parvenus ne permettent pas, à eux seuls, de trancher la question : ils ont trop peu d'étendue et d'importance. Il faut, pour aboutir à une conclusion, s'aider du témoignage des anciens. Horace parle d'un poète élégiaque avec lequel il échange des compliments ampoulés: ce poète salue Horace du nom d'Alcée, et pour lui rendre sa politesse, Horace le traite de Gallimaque et mê^ne de Mimnerme :

Discedo Alcceus punclo illius; ille meo quis? (juis nisi Callimachus? si plus adposcere visus, Fit Mimnermus, otoptivo cognomine crescil *.

« Quand je lequiUe, je suis, à son compte, Alcée; et lui qui est-il au mien? qui, sinon Gallimaque? S'il paraît désirer davantage, il devient Mimnerme, et le voilà grandi par le surnom à son gré. »

D'après ce passage, il est évident que les élégiaques romains, ou au moins quelques-uns d'entre eux, se récla-

1. Horace, Epist. 11,2, ÎOI. — Horace nomme Mimnerme dans un autre passage, Epist. I, 0, G5 : Si, Mimnermus uti censet, sine amore jocisque Nil est jucundumy viuas in amore jocis(iue. « Si, comme le |)ense Mimnerme, il n'y a ricni d'agréable sans l'amour et le plaisir, vis dans l'amour el le plaisir. »

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niaient de Mimnerme et qu'à un certain point de vue ils le mettaient au-dessus de Gallimaque ; à quel point de vue, c'est ce qu'il s'agit de déterminer. Faut-il croire que l'élégie de Mimnerme et l'élégie latine furent bien un seul et même genre, et que Mimnerme cultiva ce genre plus heureusement que Gallimaque? Je ne le pense pas, et voici pourquoi.

Catulle nomme deux fois Gallimaque ^ ; Ovide parle de lui neuf fois % et de Philétas trois fois\ Ni Catulle, ni Ovide ^ n'ont rien dit de Mimnerme.

Properce nomme six fois Gallimaque -', et cinq fois Philétas^; une seule fois Mimnerme'.

Si Ton ajoute à cela que Quintilien le passe sous silence ^, on ne peut s^empêcher de croire que les élégiaques romains, dans le fond, se souciaient médiocrement de Mimnerme et que leur genre ne se rattachait guère au sien. S'ils l'invoquaient, c'est qu'ils voyaient en lui le créateur lointain, j'allais dire mythique, de l'élégie amoureuse, et la seule supériorité qu'ils aient pu lui attribuer sur Gallimaque, est l'antériorité. Sans doute, le poète rencontré par Horace était un enragé d'archaïsme. Le

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