CONCLUSION
montrer que Mimnermc n'était pas, à proprement parler, un élégiaque, mais plutôt un gnomique; que les Alexandrins, parmi lesquels j'ai dû m'en tenir à Philétas et à Callimaque, sont les vrais inventeurs de l'Elégie, mais qu'elle n'a pris tout son caractère de poème personnel, triste et passionné qu'entre les mains des poètes latins. J'ai indiqué les principales différences de l'élégie alexandrine et de l'élégie romaine.
On a vu, dans mes considérations sur la personne et sur le talent de Properce, qu'il ne serait pas juste de s'en tenir à des opinions superficielles jusqu'ici trop répandues. Properce est en réalité le plus romain des élégiaques romains-; ce qui déplaît en lui à beaucoup de lecteurs, c'est le caractère sérieux de sa passion pour Gynthie ; ce qui cause une partie de ses défauts littéraires, c'est la complication de sa pensée et le désaccord qui existe entre son imagination prompte et sa lenteur de production. J'espère avoir montré que son cœur était sincère, son âme généreuse, et son esprit élevé; que son talent est plus aimable qu'on ne le croit généralement, en France surtout, et que sa versification mérite une attention spéciale. Je serais heureux si j'ai pu ainsi déterminer quelques bons juges à relire ses élégies; j'ai la ferme espérance qu'une telle lecture, faite sans prévention, confirmerait, dans leur ensemble, les conclusions morales et littéraires que je propose et dont quelquesunes peuvent d'abord surprendre par leur nouveauté.
D'autres questions importantes sur la grammaire, sur la métrique, sur l'authenticité du quatrième livre contestée à tort i)ar un certain nombre de savants, d'autres considérations morales et littéraires sollicitent vivement l'intérêt; j'ai l'intention d'en exposer et de tenter d'en
résoudre au moins une partie dans une nouvelle série d'Études sur l'Élégie romaine, dont j'ai déjà réuni les éléments, et dans une édition des œuvres de Properce, qui est en préparation.
Vu et lit en SorlDonne le 19 février 1883 par le doyen de la Faculté des lettres de Paris,
A. HiMLY.
Vu et permis d'imprimer :
Le vice-recteur de l'Académie de Paris, Gréard.
Manuscrits. — }L Heinrich Schenkl {Wiener Studien (Iritter Jahrgang, 1881, erstes Heft, p. 160) donne des renseignements intéressants sur un manuscrit qu'il attribue au quinzième siècle et qu'il désigne par la lettre C (Corsinianus 43. E. 8). Ce manuscrit tient le milieu entre n et v et concorde généralement avec v m "2; cependant il ne peut avoir été copié sur v postérieurement aux corrections faites sur ce dernier, car il présente dans un assez grand nombre de passages, relevés par M. H. Schenkl, des leçons différentes de v m 2. — c n'a point de valeur philologique par lui-même, mais il offre de l'intérêt en ce qu'il prouve que les corrections de v m 2 dérivent d'une tradition paléographique et ne sont point le fait d'un interpolateur, comme le voudrait iM. Baîhrens.
— En faveur de N, on peut remarquer que ce manuscrit omet le vers 35 de III, 9, lequel est certainement le résultat d'une interpolation :
Non ego velifera tumidum mare findô carina.
La seconde abrégée dans findo, qui n'est pas un mot ïambique, est inadmissible à l'époque classique et chez Properce. Je ne partage donc pas le scrupule de M. E. Es-
chenburg qui n'ose rejeter ce vers (voy. B. Esch., Observ. crit. in Prop. Bonn., 4865, p. 22-23. — Rossberg, Liicubr. Prop., p. 23, le garde également).
Éditions. F. 59. — (Imitateurs de Scaliger; déplacement des distiques). — M. Evald Dietrich {Quœst. Tibull. et Prop. Marb., 1873, p.' 40 sqq.) veut former une élégie des vers 11-46 de II, 8 Mimera quanta dedi, etc., et des vers de II, 44 Scribant de te alii, etc. — Il opère dans II, 6 (voy. même ouvr. p. 23-32) les transpositions suivantes : après le vers 24, vers 36-42, 25, 26, 35, 36,27- 34. — L'argumentation de M . Dietrich est ingénieuse, mais ne m'a pas convaincu ; c'est une méthode condamnable.
P. 62. — L'édition d'Utrecht de 4680, que je cite comme étant de Grœfe et qui en effet porte son nom, n'est point l'œuvre de ce savant ; l'éditeur est un faussaire qui a voulu tromper le public. Le volume ne m'étant parvenu qu'au dernier moment, je me suis laissé induire en erreur ; j'ai ainsi, dans les Notes critiques des trois élégies ci-dessus, attribué à Grsefe des leçons qui ne doivent pas lui appartenir (voy. plus loin aux corrections). Depuis j'ai découvert, un peu tard, mon erreur dans la Notitia literaria mise en tête de son édition de Catulle par Sillig, qui renvoie là-dessus à Heyne, lequel (éd. de ïib. Heyne-Wunderlich de Tib. cod. et éd. p. 55) reproduit simplement V Index de l'édition Bipontine.
Le texte de l'édition de 4680 est très médiocre mais curieux par certaines particularités qui rendraient intéressant d'en connaître la source : par ex. persuadent (I, 2, 43) eiDœlia (III, 42, 38). Je me réserve d'y revenir quelque jour.
Chronologie. — P. 4U7 (aux notes critiques de la citation III, 45, 3-10 qui commence p. 196 in fine). —
M.Si\nds[vom{Emendat. in Prop. Lucan. Valer. Flacc, p. 14-) propose pour le vers 3 :
Ut milii prîciexti pudor est laxatus amictus.
Pour ma part, je suis, à la réflexion, de moins en moins éloigné d'adopter le texte de Carutti :
Ut mihi prœtextœ pudor est velatus amicus.
Amicus se trouve dans N.
Biographie. — P. 245, note 2. — M. Robert Scharf {Quœst. Propert. liai. 1881) a, comme M. R. Voigt, défendu l'authenticité du quatrième livre.
Un certain nombre de livres et de brochures me sont parvenus trop tard pour que j'aie pu en tirer parti. Je regi^ette de n'avoir pas eu plus tôt entre les mains le savant livre de M. Alex. Nicolas, De la vie et des ouvrages de C. Cornélius Gallus, Vixv'is, 1881 ; il m'eût été utile pour l'Etude littéraire. Je n'ai pu me procurer que très tardivement les Analecta Philetœa et Propertiana de M. Robert Unger (Bi^and., 1850), et le travail de M. Sperling, Properz in seinem Verhàltniss zuni Alexandriner Kallimackus (Stralsund, 1879). — Quant aux tentatives de division des élégies en slrophes, faites par MM. Cari. Prien (Die Symmetrie und Responsion der Rom. Elégie, Lùbeck, 1807) et 0. Drenckahn {Die strophische compos. imviert. Bûche des Prop., Stendal, 1868), je n'ai point eu à m'en occuper, n'ayant pas consacré d'Étude à la métrique; je ne puis les discuter ici, et pour l'instant je me borne à dire que je les réprouve absolument.