‹ Études critiques sur Properce et ses élégies: ouvrage contenant le fac-similé de six feuilles duChapitre 108 sur 192 · Paldam, Rom. Erot., p · texte numérisé non relu

Paldam, Rom. Erot., p

5. Peut-être arx, arces désignc-t-il à la fois la hauteur sur laquelle est bâtie la ville et les murs eux-mêmes, le tout ne formant, pour ainsi dire, qu'un seul bloc.

S'il était né à Mévanie, il ne dirait pas qu'il est né du côté de Mévanie; personne ne parle ainsi. On objecterait vainement que qua veut dire a dans l'endroit où » ; lorsqu'un poète écrit : « Je suis né dans l'Ombrie, dans V endroit où se trouve Mévanie », cela veut dire clairement : « Je suis né dans Vendroil de VOmbrie où se trouve Mévanie. » Or je demande à un Français si, pour dire qu'il est né à Dijon, il dira jamais : « Je suis né dans l'endroit de la Bourgogne où se trouve Dijon. » S'il s'exprime de cette manière, tout le monde comprendra qu'il est né dans une ville ou dans un lieu quelconque situé dans le voisinage de Dijon. Ainsi donc, le passage qui paraît si concluant aux partisans de Mévanie est justement ce qui les condamne sans appel ; c'est une preuve de plus de la légèreté avec laquelle on lit les textes anciens et du profit qu'il y aurait à les bien lire pour résoudre la plupart des questions.

Scaliger a soulevé contre Mévanie un argument qu'il convient de citer, mais que, pour ma part, je ne vois aucune raison d'approuver. D'après Scaliger, Mevania, dans IV, 1, 123, comme dans deux autres vers tirés de Silius Italicus et dans un vers de Stace, signifierait, non pas la ville de Mévanie, mais la région dans laquelle se trouvait cette ville et à laquelle elle donnait son nom. Voici les passages invoqués par Scaliger :

S\\., Punie, VI,Gi5-G4S

atque ubi latis Projecta in campis nebulas e xhalat inertes Et sedet ingentem pasccns Mevania taurum, Dona jovi.

Var. Scaliger : v. 646 porrecta; v. 647 campum.

ffis ariM» Iraa» *»«: iarti» Btvania frais

lot pTB^teat nraos Oîttinii iwala

Seali;^ aurait pa jiMBttre à ee§ trois citations on vers aaalo^ne de Liuraiii :

LKan.. Mors.. I, IT^iTi

— Èamnfisris obi se SifiaBâ candis Eipficac

Je ne toîs pas que, dans on seul de ces vers, Mevania soit autre €ll0^e qo^on Eom de ville, le nom d^une ville connoe poor ses prairies et sa vallée, et qa^il soit nécessaire, on même naturel, de supposer Texistence d^une région considérable % dont il ne nous serait parvenu aucune notion précise. Je dirai plus : dans la citation de Silius YllI, i58, il est évident que Mevania est un -nom de ville : urbes Armi, Mevania; il faut une certaine impu-

I. La Mevania, d'aprè< Scali^r, serait aoe plaine comprenant la ville de Mévanie « Bera^a)^ cela va sans dire, et s'étendant jusqu'au Vadimoms lacu* 'lago di Bassano). et peut-être au delà : • Sic igttur hic Mœvania est porrecta eampi platiities^ io qua est lacus Vadimunis, quem ips' {Pr(h pertiu») vocat lacum i'mbntm. » Tour avoir une idée de la manière dont Scaliger a traité cette question, que l'on jette un regard sur une carte de rilalie : on verra que trois chaînes de montagnes élevées séparent la plaine où se trouve Bevagna de celle où est le lago di Bassano. Dans la même note, un peu plus loin, Scaliger ne dira-t-il pas : « Lacum VadimotUs Clitumnum vocat, quo ab eo Clitumnus eroitiitur ■ ? Or le Clitumnus (aujourd'hui Clitumno; prend sa source auprès de Spolète, fort loin du lago di Bas5ano.

dence pour citer ce vers comme une preuve du contraire *.

Mévanie ne pouvant pas, plus qu'Araérie, avoir élé la patrie de Properce, c'est entre Assise et Spello que se restreint le débat. Ces deux villes, en effet, répondent Tune et l'autre aux indications données par le poète :

V Toutes les deux sont situées dans l'Ombrie ;

2° Toutes les deux, dans la partie de l'Ombrie qui avoisine Pérouse;

S'' Toutes les deux du côté de Mévanie et du lacus Umber. Le lacus Umber n'est autre chose que le Clitumnus lui-même : Philargyrius (ad Verg. Georg. II, 147) le nomme /acus,et Pline le Jeune, dans une lettre charmante, en commence ainsi la description : Vidislisne aliquando Clilumnum fontem? si nondum {et puto nondum ; altoqui narrasses mihi), vide, quem ego (pœnilet larditatis) proxime vidi. Modicus collis adsurgit, antiqua cupresso nemorosus et opacus. Hune subter exit fons et exprimitur pluribu^ venis sed inparibusj eluctatusque quem facit gurgitem lato gremio palescit purus et vitreus, ut numerare jactas stipes et relucentis calculos possis *. On le voit : le Clitumnus, au témoignage de Pline, présentait, au moins dans une certaine partie de son cours, une étendue d'eau large et calme qui justifie parfaitement l'emploi du mot lacu^. D'ailleurs on n'a pu lui opposer que le lacus Vadimonis (Scaliger) et le lacus Velinus (Beroaldo), aujourd'hui lago di Rieti^ Or l'un est en Étrurie, et l'autre dans la Sabine : le nom de lacus Umber ne saurait donc

1. Donnola donne raison i\ Scaliger sur ce poinl; car il veut, par tous les moyens, combattre Mévanie en faveur de Spello, comme Scaliger le fait en faveur d'Âmérie. Voy. Th. Donnola, éd. Schurzneisch, § 4-3, p. 38-39.

Page 1