Tib. IV, 1 (Panégyrique deMessalla
Languida non noster peragit labor otia^ quamvis Fortuna, ut mos est illiy me adversa fatiget, Nam mihi cum magnis opibus domus alta niteret, Cui fuerant flavi ditantes ordine sulci Horrea fecundas ad deficientia messes, Cuique pecus denso pascebant agmine colles {El domino satis et nimium furique lupoque), Nunc desiderium superest : nam cura novalur, Cum memor ante actos semper dolor admonet annos, Sed licet asperiora cadant spolierque relictis, Non te déficient nostrœ memorare Camenœ,
L'observation de Barth est soumise, il est vrai, à l'authenticité du panégyrique de Messalla, laquelle est contestée; toutefois on n'a pas encore
ilO ÉTUDES SUR PROPEBGE.
Tadverbe mox (v. 131) pour soutenir que Properce dut revêtir la toge virile au lendemain de la répartition des terres; M. Liitjohann le reconnaît. Mox^ comme Fa bien vu Hertzberg, s'applique ici à l'ordre dans lequel se suivent les événements, non à l'intervalle de temps qui les sépare ; c'est pourquoi j'ai traduit ensuite et non bientôt^ Ainsi ce passage des œuvres de Properce, d'où l'on pouvait espérer quelque lumière puisque le poète y parle d'un événement historique, n'est pas en contradiction avec les vers d'Ovide, Trist. IV, 10, 51-54, mais il ne nous fournit aucune indication nouvelle.
b) Prop. III, 24, 23. Properce à Cynthie :
Quinque tibi potui servire fideliter annos.
« Cinq années, j'ai pu être ton fidèle esclave. » Ce vers se trouve dans la dernière élégie du livre 111, dans laquelle Properce dit adieu à Cynthie. Il importe peu, au point de vue qui nous occupe, que les deux amants aient renoué dans la suite, comme il n'est pas interdit de le supposer : cette élégie 24 est la dernière des élégies adressées à Cynthie. Au moment où Properce l'a composée, il aimait Cynthie depuis cinq ans. Le vers 23, en effet, du propre aveu de Lachmann qui ne prend
démontré d'une manière satisfaisante que ce fastidieux poème n'appartienne pas à Tibulle. — Cf. G. Larroumet, De 4' Tib. Ubro, Paris^
1. Voy. Hertzb., Frop, EL T, II!, Commentar., p. 415. — Cf. la noie de Passerat, prœlect. solenn. in Prop. au vers Exustœque tuœ mox, Po/»/pkeme, genœ (III, 12, 26) : Mox, deinde, ac paulo posteriorem ordinemhic potius quam celeritatem temporis notât. — Voy. aussi Florus, II, 7 (19), texte de C. Halm, p. 71 : Mox imperio per diversa terrarum occupato, etc.
pas garde que cela ébranle tout son système, veut dire : « J'ai pu t'aimer fidèlement pendant cinq années K »
Puisque Properce rappelle àCynthie, en lui faisant des reproches, le temps pendant lequel il Ta aimée, il est invraisemblable qu'il en diminue la longueur en retranchant, comme le veut Lachmann, deux années de liaison antérieures au discidium et Tannée du discidium ellemême. Hertzberg Fa bien compris pour les deux années de liaison : « Les omettre, dit-il, ne convient pas à quelqu'un qu'anime la colère et qui reproche ses services^. » Il faut reconnaître, en effet, que Properce aurait été, dans sa propre cause, un avocat bien maladroit. Mais ce que Hertzberg a vu pour les deux années de liaison, il ne l'a pas vu pour le temps du discidium : il prétend, . avec Lachmann, que cette année n'est pas comprise dans les cinq années du vers Quinque tibi potui^ etc. Cependant, puisque Properce se vante de sa fidélité, c'est surtout de celle qu'il avait gardée pendant le discidium qu'il devait se prévaloir.
Lachmann et Hertzberg ^ trouvent un obstacle dans les vers 7-10 de HI, 15. Je rappelle ces vers; il s'agit de Lycinne; Properce parle à Cynthie :
Tertius haut multo minus est cum ducitur annus, Vix memini nobis verba coisse decem.
1. Lachmann, Prop, Carm,f Lips., 1816, Prœf., p. 23 : Propertius ipse sibi teslis est Cynthiam per quinque annos fideliter amavisse,
2. l^erizb. y Prop, El. T, /, Quœst., p. 16 : Nam quod Lachmannus eos annos, qui illtul discidium prascessissenty omissos esse didt, id certe non quadrat cum animo irato et officia sua exprobrante.
3. M. Lûtjohann a suivi leur opinion, Commentât, Propert,, p. 80 in fine.
9\t ÉTUDES SUR PROPERGE.
Cuncta tuus sepelivit amor, nec fcmina post te Ulla dédit collo dulcia vincla meo.
« Voici, il ne s'en faut guère, la troisième année qui s'écoule : à peine, depuis ce temps, me souvient-il qu'elle et moi ayons échangé dix paroles. Ton amour a tout enseveli, et nulle femme après toi n'a mis à mon cou les doux liens de ses bras. »
Comment Properce aurait-il osé, après le discidiuniy dire à Cynlhie : « nulle femme, après toi, n'a mis à mon cou les doux liens de ses bras, » alors que, de son propre aveu, il avait passé toute cette année du discidium dans la débauche (Cf. 1, 1, 5-6)? alors qu'il avait eu des relations plus ou moins brèves avec une autre femme (Cf. III, 10, 9)? Sans doute, il pouvait dire à Cynthie qu'il l'avait aimée pendant ce temps, mais pouvait-il lui dire qu'il l'avait aimée « fidèlement, » Quinque tibi poixU servira fi déliter annos? Voici les deux passages que Ton indique :
Cynthia prima suis miserum me cepit oceliis
Contaclum nuilis ante cupidinibus.
Tum mihi conslanlis dejecit lumina faslus
Et caput inpositis pressit Amor pedibus, Donec me docuit castas odisse pueilas 5
Improbus, et nullo vivere consilio.
Et mihi jam tolo furorhic non déficit anno
Cum tamen adversos cogor habere deos.
(( Cynthie la première m'a, pour mon malheur, fait captif de ses yeux, moi qu'auparavant n'avait atteint nul
désir. C'est alors que l'Amour fit tomber la présomptueuse fermeté de mon regard et qu'il me pressa la tête de ses pieds jusqu'à me faire prendre en dégouttes chastes jeunes femmes, le pervers ! et à vivre sans nulle raison. Et voilà déjà toute une aminée que cette folie ne me lâche pas et qu'il me faut cependant avoir les dieux contre moi. »
Peccaram semel, et totum sum pulsus in annum.
« J'avais péché une fois, et je fus chassé tout le cours d'une année. »
Il ne me paraît pas douteux que dans l'un et dans l'autre de ces passages Properce ne fasse allusion à' l'année du discidiunij et que, par conséquent, les vers 7-10 de III, 15 où le poète se vante de safidélité, ne soient postérieurs à cette année. Dans le premier des deux passages, un peu obscur et très discuté. Properce, dit-on, avoue qu'il mène depuis un an une vie déréglée et qu'il se livre aux amours les plus vulgaires* ; c'est y voir trop de choses. Properce dit en substance : « Cynthie est la première femme que j'ai aimée; je l'aime au point que toute autre femme me déplaît; cet amour insensé dure depuis un an, bienqu'ilnesoitcouronné d'aucun succès.» On demandera ce que devient, dans cette interprétation, le mot castas du vers 5. Le sens du vers 5 est si peu clair et tellement controversé, qu'il pourrait fournir la matière de toute une dissertation : je me bornerai donc à dire comment je l'entends, sans justifier ici mon opinion et
1. Voy. Lachmann, Prop. Carm.y Lips.,1816, Prœ/*., p. 23-24; Hertzb., Prop. El. T. /, Qaœst., p. 41.
sans discuter les avis différents. Je crois que Properce désigne par les mots castœ puellœ toutes les femmes que Ton peut décemment aimer, pour lesquelles on peut éprouver un véritable amour : « Cynthie me repousse depuis un an et je l'aime à un tel point, que toute autre femme, parmi celles qui peuvent plaire, me déplaît. » Il s'obstine à vivre sans maîtresse, son amour pour Cynthie lui faisant prendre en dégoût les autres femmes, même les moins vulgaires. S'il y a dans ces vers un aveu d'inconduite, il est certainement bien détourné *.
Quant au vers 9 de III, 16, où tous les commentateurs voyaient jusqu'ici l'aveu d'une infidélité, voici M. Hermann Knauth qui propose, non sans vraisemblance, de l'expliquer tout autrement : Cynthie se trouvant à la campagne, aurait appelé Properce auprès d'elle ; Properce qui, pour un motif ou un autre, pouvait difficilement quitter Rome, ne se serait pas rendu à cet appel, et de là serait né le discidium^. L'explication de M. H. Knauth, je le veux bien, repose sur une hypothèse : mais n'en est-il pas de même de l'interprétation de Lachmann et de Hertzberg? Une infidélité peut, à coup sûr, déplaire aune maîtresse et devenir une cause de rupture : mais vingt, mais cent autres choses peuvent aussi lui déplaire, et l'on ne devrait pas affirmer ce que l'on ne peut pas savoir.
Toutefois, même si j'accordais à Lachmann et à Hertzberg que Properce avoue dans ces deux passages s'être abandonné à des amours vulgaires et avoir, au moins une fois, manqué de fidélité envers Cynthie, je leur con-
1. Pierre Fontein a proposé de lire cunctas au lieu de castas. Voy. Bœhrcns, Prop. ELjProleg.y p. il-iS.