‹ Études critiques sur Properce et ses élégies: ouvrage contenant le fac-similé de six feuilles duChapitre 150 sur 192 · Gnippe, loc. cit · texte numérisé non relu

Gnippe, loc. cit

ses ÉTUDES SUR PROPERGE.

On le voit : c'est là Texpression d'idées tout à fait générales. Rien ne montre que le poète s'adresse à Nanno ou à quelque autre femme déterminée ; bien que dans un vers il parle à la première personne, Te6va(iQv, on ne peut dire cependant que ce soit de la poésie personnelle. Il en va de même du deuxième fragment : Mimnerme commence par comparer, comme jadis Homère, comme plus tard Simonide, la jeunesse de rhomme aux feuillages éphémères du printemps ; quand cette jeunesse rapide nous échappe, la mort, dit-il, dévient préférable à la vie :

« Aussitôt, mourir vaut mieux que vivre. » Des maux inévitables viennent avec l'âge ; chacun de nous en a sa large part : % Il n'est aucun des hommes à qui Zeus n'envoie beaucoup de maux. »

. . . oOôs t(ç éoTiv dcvOptoirwv (|> Zeùç (xrj xoxà TToXXà ôtôoï.

La forme sentencieuse dans laquelle le poète s'exprime continuellement, ramène la pensée non vers l'élégie, mais vers la poésie gnomique. C'est ce que Gruppe indique avec beaucoup de jugement*: certains fragments de Mimnerme sont des méditations morales qui ne diffèrent point, comme genre littéraire, des fragments de Solon. On est confirmé dans cette manière de voir par

1. Gruppe, si répréhensible dans la critique des textes^ fait preuve parfois de finesse et de bon sens dans les questions morales ou purement littéraires.

des vers comme ceux-ci dont les deux derniers au moins sont certainement de Mimnerme >

M-fytz Tivà l^£{v(jt>v dif]X£0[Ji£voç ^pY(JLa(7i XuypoTç,

TJ^v a* àuToO (ppéva TÉpxs, ôuoTjXeyéwv ôà xoXitûv âXXoç tIç ae xoexûç, âXXoç à[jieivov épet ^.

« Si à nul étranger, à nul compatriote tu ne fais du tort et suscites des obstacles, si au contraire tu es juste, apaise et adoucis ton cœur : parmi les citoyens bavards, l'un dira du mal de toi, un autre dira du bien. »

Voici encore un distique; il est inscrit par Stobée sous la rubrique 'Ex Mipép(xou NavvoOç :

Ti6b>v43 [xàv ^dci>XEV i)(tv^ XOXOV à^OlTOV ZzÙÇy Y^paç, ô xal OocvdcTou ^(yiov dpyoXéou.

e Tithon a reçu de Zeus un mal éternel, la vieillesse plus affreuse même que la triste mort. >

Je conclus : les poésies de Mimnerme n'ont pas reçu de lui le titre de Nanno ; ce titre est probablement une invention de la science moderne. En supposant qu'il vienne des grammairiens alexandrins, ou ne serait pas pour cela en droit de penser que Mimnerme chanta Nanno, comme Philétas Battis ou Properce Cynthie. Il suffisait que la pièce la plus célèbre, peut-être tout simplement la première du recueil, fût dédiée à Nanno ou composée à

1. Les quatre vers se lisent dans les œuvres de Théognis, mais les deux derniers ttjv <r*àuToO, etc., se trouvent dans TAnthologie palatine sous le nom de Mimnerme (Editions Jacobs et Didot, IX, 50. Planud. I, 89. Analect. Brunck. I, 62). Welcker pensait qu*on avait cousu ensemble des distiques de Mimnerme et de Théognis; N. Bach {Mimn, Coloph, carm. quœ tupers., p. 37-38), avec assez de probabilité, restitue le tout à Mimnerme.

9U tTir»CS SVE FEdrEECE.

son sujet, oo bien que le nom de Xanno, désgmnt peutêtre one maîtresse imaginaire, se retroofâl dans deux oa trois poèmes * : les grammairiens d^^Iexandrie, en donnant ce nom pour titre coUeetif, auraient alors, assez mal i propos, sniTi Tiisage de leor temps. D ressort d'une manière évidente des fragments parvenus jusqu'à nous que Mimnerme se tint presque toujours dans le domaine des idées générales exprimées sous une forme sentencieuse. On ne doit pas le ranger parmi les élégiaques : c'est en réalité un poète gnomique.

Que les élégiaques romains aient pratiqué son oeuvre, qu'ils raient aimée et qu'ils en aient tiré quelque fruit, c'est Ih une autre question : ils lisaient aussi Homère et Sophocle, et cette lecture ne leur demeurait point inutile. La poésie de Mimnerme n'était qu'un des éléments nombreux et variés de leur éducation littéraire : ce n'était point un de leurs modèles proprement dits, une des expressions du genre qu'ils cultivaient. Ceux d'entre eux qui étaient le plus épris d'archaïsme faisaient peutêtre de Mimnerme le créateur de l'élégie erotique ; mais il est permis de douter de leur entière bonne foi. Properce, nous l'avons vu, ne l'a nommé que dans un seul passage, et ce nom ainsi placé n'a d'autre valeur que de représenter une poésie amoureuse et molle en face d'une poésie héroïque. A ce point de vue, Properce ne pouvait mieux choisir : Mimnerme est un charmant poète. On a reproché à sa muse de manquer d'élévation, d'être descendue des hautes régions du patriotisme et de la morale

1. Rien n'aatorise à conclure davantage du vers d^Hermésianax, lequel est bien postérieur à Mimnerme; celui-ci n'eût-il nommé Nanno qu'une seule fois, c*était plus qu'il n'en fallait pour Hermésianax qui fait Hésiode amoureux d'Eoé d'Ascra et Homère épris de la sage Pénélope (Fragment d'Ilorniés. déjà nié, vois 23-24, 29-30).

HISTOIRE DE L'ÊLÊGIE. 265

civique jusqu'à celles du plaisir et des regrets sans dignité ^ Cependant cette tristesse antique a tant de naturel qu'elle n'est point sans grandeur : elle n'a pas trop vieilli et ne risque point de le faire tant que les hommes trouveront la fm de la vie moins belle que le commencement.

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