VALEUR COMPARATIVE
Le meilleur et le plus ancien manuscrit de Properce est le Neapolitanus ; parmi les autres, ceux qui méritent d'être consultés, ne le suivent que de loin. Ce sont, d'une part, ce qui reste du Vossianus, le Laurentianus et le Hamburgensis ; d'autre part , l'Ottoboniano Vaticanus et le Daventriensis ; enfin le Groninganus. Le Perusinus est presque sans valeur ; le Parisiensis, n'étant pas tout à fait méprisable, a quelque intérêt pour nous autres Français qui le trouvons à Paris.
Il est vraisemblable que l'archétype, quelle que fût sa date et sa nature \ était en fort mauvais état, illisible ou lacéré à certains endroits. Ce qu'il y a de positif, c'est que le texte des Élégies de Properce est un des plus difficile à rétablir parmi les textes latins et que déjà à la fin du quatorzième siècle, les premières copiesqui se répandirent offraient manifestement en maint passage des leçons corrompues. Les éditeurs se servirent d'abord des manuscrits qu'ils pouvaient se procurer, ou lorsqu'un sort favorable leur donna le choix ou que les éditions
1. M. Bœhrens, Prop. El.., Proleg., p. 14, se demande si cet archétype n'était pas du dixième siècle^ en écriture lombarde.
antérieures leur firent connaître des variantes, ils ne mirent dans l'usage presque aucun discernement. Ne songeant que peu ou point à classer les manuscri ts, se trom pant sur leurs dates, ils adoptèrent un système d'éclectisme arbitraire*, et suivirent tantôt Tun, tantôt l'autre, selon l'inspiration du moment et le goût personnel. Ce fut Lachmann qui, le premier, apporta dans la récension du texte la critique diplomatique ; il revint au vrai point de départ; il montra comment l'on devait s'y prendre pour 3'assurer de la juste direction. Ce service est immense, et rien ne doit le faire oublier.
Lachmann commença par éliminer une foule de manuscrits sans valeur, et dans le petit nombre de ceux qu'il retint, il en distingua deux supérieurs aux autres : le Neapolitanus^, qui était en effet le meilleur, et le Groninganus^, médiocre il est vrai, et auquel il eut le tort de donner un peu la préférence ^ Ses successeurs immédiats ^ furent de son avis ; mais, par une contradiction bizarre qui n'a point échappé à l'esprit vif et net de M. Heimreich^, tout en accordant en principe la prééminence au Groninganus, en fait et dans le détail on donnait sans cesse raison au Neapolitanus.
Ce fut Keil le premier qui mit en suspicion le Gronin-
1. Cf. ce qu'en dit Bernhardy, Grundriss der Rom. Litier.^ g 96, p. 617 de la cinquième édition.
2. Le Neapolitanus avait été vu à Naples et compulsé assez négligemment par N . Heinsius. Burmann en cite quelques leçons.
3. Le Groninganus était connu de Paumier, de François Modius, de Broeckhuyzen et de Burmann.
4.* Très peu, il convient de le rappeler : « [Neapolitanus] Groningano vix inferior bonitate. » (Edit. 1816, préf., p. 10).