Cela serait imprudent dans le cas d'un travail sérieux
2. M. Sutton s*est chargé de Catulle et de TibuUe; M. Wratislaw, de Properce, av^ la revision du tout.
3. Une publication tout, à fait spéciale est celle que M. G. Boot a faite en 1865, à Amsterdam, du texte et du commentaire de la dernière élégie (onzième du quatrième livre) d'après Peerlkamp. C*est une série de transpositions audacieuses, inadmissibles au point de vue de la critique et plus que discutables au point de vue du goût; c'est la continuatioti de Scaliger.
ff ÉTC»CS SUR FROFCRCE.
Le recueil de M. J.-P. Postgate, SeUei Elégies ofFropertius ediied wiih imtroduetiomy noies and appendices (Londres, 1881), présente un vif inlérèl ; mais il importe, en le louant, de spécifler dès Tabord son genre de mérite. Comme dioix d*élégies, le travail de M. Postgate esl des plus déredueux ' ; comme étude sur b vie, le caractère, le talent de Properce, il est au contraire remarquable. Du reste, rintrodudion en cinq chapitres \ les notes explicatives et critiques, les appendices occupent les neuf dixièmes du volume ; c*est de li qu'il tire sa valeur. L'introduction surtout offre, avec des renseignements nombreux sur la grammaire et sur la métrique, des vues morales et littéraires tout à fait pénétrantes* En résumé, ce qu'il y a de répréhensible dans les Select Elégies of Propertius^ c'est que le contenu du volume ne répond pas au titre ; l'introduction a un caractère général, elle ne s'applique pas seulement aux morceaux choisis, elle constitue un véritable livre, une série d'études sur Properce. Malheureusement, par suite de l'adjonction du texte et des notes, ce petit livre d'études excellentes sur Properce se trouve faire partie d'un gros volume mal composé.
M. Samuel Brandt, dans ses Eclogœ pœtarum latinorunij à l'usage des classes (Leipzig, 1881), donne un cer^ tain nombre d'élégies de Properce. Il s'en est tenu, en général, au texte de la seconde édition de Lachmann (1829), tout en consultant l'édition de Haupt, revue par M. Vahlen, et celle de M. L. Mûller.
i. M. Postgate devait-il omettre III, 12, et IV, 1 où Ton saisit au vif le earactère individuel de Properce?
2. Voici les titres de ces chapitres : I. Vie et caractère ; II. CEuvres et style; III. Grammaire et vocabulaire; IV. Métrique et prosodie; V. Histoire littéraire.
Xl« — TRADUeriOllt
Nous n^avons pas en France une bonne traduction de Properce.
La vieille traduction de MarôUe (Paris, 1654, chez Guillaume de Luyne), toute remplie de contresens, n*est peut-être pas la plus mauvaise : une certaine ingénuité a parfois bien inspiré l'auteur et Ta, de loin en loin, sauvé d'une fausse élégance. Il faut rendre à MaroUe la justice qui lui est due : lorsque, pour marquer une transition, pour préciser le sens ou pour donner du nombre à la phrase, il introduit quelque mot dont il n'y a pas la moindre trace dans le texte latin, il l'écrit consciencieusement en italiques ; c'est là un scrupule qui est psissé de mode*»
Un trait commun à tous les traducteurs, c'est Tamour de l'inexactitude, amour poussé jusqu'à la manie et devenant ingénieux pour se satisfaire. Les mots ajoutés, retranchés ou déplacés, les périphrases, les changements de temps ou de personne, les phrases longues abrégées, les phrases brèves allongées, les expressions de galanterie moderne, la pompe artificielle du style, tout est bon pour dénaturer l'œuvre antique et pour donner à croire que Properce écrivait jadis en latin comme de nos jours, en français, le plus prétentieux des rhétoriciens.
i. Par exemple, lorsqu'il n*ote pas traduire Tulle tout simplement par TnUuSy et qa*il se croit obligé d*y ajouter une épithète ennoblissante et sonore, il écrit du moins cette épithète en italique : c illustre TuUus ■. Do même Luxuriœ ninUum libéra facta via est :• Le chemin est trop libre qui mène au luxe et à la dépense •• — Sex superant versus : c il me reste etieore six vers ■, etc. -- C*ést apporter dans Terreur une honnêteté qui lui mérite quelque pardon.
94 ÉTUDES SUJl PROPERCE.
La passion de Tinexactilude joue parfois de mauvais tours à ceux qu'elle possède : je n'en veux pour exemple que M. J. Genouille, auteur d'une traduction répandue (collection Panckoucke, Cat.^ Tib.yProp. par MM. Héguin de Guérie, A. Valatour et J.Genouille, nouvelle édition très soigneusement revue par M. A. Valatour, chez Garnier frères). M. J. Genouille 1, 13, 25 éprouve le besoin de nommer la maîtresse de Gallus que Properce ne nomme pas ; el quand il y a dans le texte Mam tibi non tepidas subdidit iila faces^ il traduit : m C'est que Lycoris a embrasé ton cœur du feu le plus ardent. » Nous apprenons ainsi qu€ M. J. Genouille confond Gallus^ l'ami de Properce, avec Cornélius Gallus.
J'ai parfois ouvert la traduction un peu moins mauvaise de Delongchamps (2 volumes in-8% nouvelle édition, Paris, 1802) ; on y trouve un véritable instinct littéraire, mais une connaissance tout à fait insuffisante de la langue et de l'antiquité latines.
J'indique pour mémoire les traductions ou plutôt imitations en vers de G.-L. Mollevaut (Paris, 1816), de J.-P. de Saint-Amand (Paris et Bourges, 1819), de P. Denne- Baron (Paris, 1826). J.-P. de Saint-Amand est le seul qui ait eu le courage de traduire l'œuvre entière; il juge avec modestie, et il n'a pas tort S que c'est là son seul avantage sur ses prédécesseurs. Denne-Baron a semé
1. Parmi ses prédécesseurs, J.-P. de Saint-Amand nomme Giliel de Moivre. L'ouvrage de ce dernier, La vie et les amours de Properce, chevalier romain, Amsterdam, 1744, est un des livres les plus curieux qui se puissent lire, et certainement l'un des témoignages de la folie humaine. On y apprend que Virgile s'en tenait pour ses v?rs aux décisions de Cynthie (préf., p. 3), que Properce invita Horace à un repas superbe (p. 41 et suiv. du livre) et bien d'autres choses dontGillet de Moivre a été le premier et est demeuré le seul à s'apercevoir.
quelques vers assez fermes parmi beaucoup d'autres faibles et dépourvus de toute couleur antique. Quant à G.-L. Mollevaut, c'est le plus mauvais de ces trois mauvais traducteurs*.
Parmi les traductions étrangères, j'ai toujours consulté dans les passages difficiles, souvent avec fruit, les traductions allemandes, en vers, de J.-H. Voss (Brunswick, 4830), de Hertzberg (Stuttgart, 1838), de Fr. Jacob, achevée et publiée après la mort de l'auteur par le D'W. Binder (Stuttgart, 1860). Elles m'ont paru, en plusieurs passages, remarquables et aussi fidèles que peuvent Têtre des traductions en vers.
Le vers anglais se prête moins que le vers allemand à la reproduction du latin; toutefois la traduction de M. James Cranstoun (Edimbourg et Londres, 1875) mérite d'être consultée ; elle est souvent exacte et contient, en tout cas, d'heureuses imitations.*
1. Une traduction en prose, par F.-P. Piètre (Maestricht, chez Th. Nypels, et Paris, chez différents Irbraires) parut en l'an IX ; elle ne vaut ni plus ni moins que les autres et renferme un grand nombre de contresens. Le
le est celui de Tépoque.