‹ Études critiques sur Properce et ses élégies: ouvrage contenant le fac-similé de six feuilles duChapitre 76 sur 192 · Heimreich, Qwest. Prop., Bonn., 1863, p · texte numérisé non relu

Heimreich, Qwest. Prop., Bonn., 1863, p

lOii ÉTUDES SUR PROPKRCE.

livré*. » Laissons de{ côté l'erreur de Paldam relative à Scaliger, signalée plus haut : y a-t-il dans cette phrase autre chose que l'opinion de Beroaldo et de Passerai? à savoir que Properce avait le désir et l'intention de porter à trois le nombre de ses livres sur Cyntliie ?

Cette opinion est de toutes la plus sensée et la plus vraisemblable. M. Faltin l'a, mieux que personne, mise en lumière : « Comment ces mots {sat mea, $at magna est^ etc.) peuvent-ils être interprétés en ce sens que, lors de leur composition ou de leur publication, deux livres déjà dussent exister? Je n'y vois rien de plus que le désir de porter à trois le nombre de ses livres de poésies*. » Il faut ajouter que le tour essentiellement conditionnel : si très sint libelli, donne raison à M. Faltin. Les partisans de la division en cinq livres citent ce passage comme s'il voulait dire : « Ce m'est un assez beau cortège d'avoir trois livres d'Élégies », etc. Mais ce n'est pas ce qu'a dit le poète; il a dit : « Ce m'est un assez beau cortège si j'ai trois livres », etc. 11 y a là un désir et un doute. J'observe enfin que rien n'est plus naturel chez Properce que ce désir dans sa précision artistique ; rien n'est plus conforme à la nature de son esprit, qui dut être prévoyant et calculateur.

A côté de cette explication, il y en a une autre admissible, ou tout au moins assez curieuse pour mériter que Ton s'y arrête. C'est M. Richard Voigt qui nous la fournit dans un

1. Paldam, Rômische Erotik, p. 71 : a Ich denke, dass Scaliger am einfachsten und richtigsten, und âhnlich vor ihm schon fieroald, dièse Stelleso erkiart, der Dichter wunsche noch eins zu vollenden. » Et Prop. Carm.y Prœf.y p. 24 : « Quid igitur mirunif si poeia, in componendo II libro occupatus, unius tantum perfectionem petit ? »

2. Prof, Dr. Faltin, Zur Propenkritiky Eisenberg, 1876, p. 19.

DE.IA DIVISION EN LIVRES. iOK

dêveloppementtrèsnet'.JeregretteseulementqueM.Voigt n'ait pas jugé à propos de nommer G.F-.-A. Nobbe et d'indiquer, fût-ce en passant, la brochure, aujourd'hui bien oubliée» que Nobbe publia à Leipzig en 1818, Observationum in Propertii carmina spécimen. Que M. Voîgt ait corrigé et renouvelé l'argumentation de Nobbe, qu'il Taît présentée d'une manière plus large et plus heureuse, cela n'empêche pas qu^elle n^appartienne en partie à Nobbe, et il eût peut-être été bien de ne pas le laisser ignorer.

En tout cas, voici comment M. Yoigt présente }a question.

Très libelli ne veut pas dire « trois livres,».

a) Libellus.

Brunér ' avait déjà remarqué « que Properce, qui emploie cinq fois le mot libelluSy ne le fait nulle part dans le sens de liber, c'est-à-dire réunion en un seul volume d'un certain nombre d'élégies; que, à coup sûr, il n'est nulle part nécessaire de lui donner ce sens, mais qu'il y a même des cas où en aucune façon il ne peut l'avoir » .

I, il, 19

Ignosces igitur siquid tibi triste libelli Attulerint nostri : culpa timoris erit.

Ces vers se trouvant dans le premier livre, libelli nostri ne peut pas signifier € nos livres d'élégies » ; il est hors de doute que cela veut dire a nos Élégies, nos écrits »•

1. De quarto Prop, libro Mag. Rich, ,Voigtius, Helsinforsiœ,' 1872, p. 3-17.

2. Brunér, De ordine et temporihus carmin* Catull. In Act. soc. scient. Femùcft, t. VII, p. 603.

118 ËTUDE& SUR PROPERGE.

Laus in amore mort, laus altéra si datur uno < Fosse frui : fruar o solus amore meo !

c C'est une gloire de mourir en aimant, une autre gloire si Ton peut jouir d'un unique amour : 6 puissé-je être seul à jouir du mien! »

On le voit : le dédoublement de II, 1 ne doit pas être accepté, ni par conséquent l'argument que M. Heimreich en tire contre l'authenticité des vers 17-38.

Deuxième argumenté — Ces vers sont une flatterie plate et froide.

M. Heydenreich accorde que Properce eût pu s'exprimer avec plus d'élégance ; mais il n'admet point qu'il y ait là une raison suffisante pour croire à une interpolation.

Je ne ferai point la même concession que M. Heydenreich. Au point de vue littéraire, les vers ont de la valeur : ils sont larges, fermes et sonores; les grands souvenirs y sont rappelés avec choix, les grands noms placés heureusement. Au point de vue moral, j'espère montrer, en

1. J'écris uno avec les Mss. et Lachmann, Jacob, Keil, Haupt et Vahlen, L. Millier, Paley, K. P. Schulze. — La leçon unif généralement attribuée à Hertzberg et que M. Bœhrens dit être de Hœufftius et de H. Bosscha, qui est suivie d'ailleurs par Hertzberg, Wralislaw, Baehrens, Palmer, doit être rejetée pour deux raisons principales : 1* Tautorité des manuscrits ; 2° les habitudes d'esprit de Properce ; avec uno, il y a une certaine brusquerie, quelque chose de rapide et d'imprévu qui est bien dans la nature du poète ; avec unif la suite des idées est plus simple, mais il y a lenteur et presque répétition, ce qui est bien rare chez Properce. On pourrait ajouter que l'assonance des deux hémistiches du vers 47 (mon, uni), sans que cette assonance soit justifiée par la relation syntaxique des deux mots, n*cst pas fréquente chez les bons poètes. — Voy. aussi, en faveur de unOi la note de Lachmann à ce vers, édit. de 1816; celle de Paley; contray Hertzberg, Prop. EL T. ///, Comment, p. 85-86.

réfutant le sixième argument, que Properce y a sauvegardé sa dignité et même son indépendance.

Troisième argument. — Les vers 17-38 sont contredits par les vers 39-42. Le poète vient de proclamer que s'il était né pour la poésie épique, il chanterait la gloire • d'Auguste (v. 17-38) ; aussitôt (v. 39-42) il nous dit qu'il ne convient pas à son genre de talent d'aller chercher à Auguste des aïeux phrygiens. Il y a contradiction.

Ainsi raisonne M. Heimreich. Ce raisonnement est fait pour surprendre. « Si j'étais de force, dit Properce, à traiter un sujet épique, je choisirais les hauts faits d'Auguste ; mais pas plus qu'il ne convenait à Callimaque de chanter la lujte de Jupiter et d'Encelade, il ne me convient, à moi poète élégîaque comme lui, de chanter l'origine phrygienne d'Auguste. » Cela s'enchaîne tellement bien que, si l'on modifiait quoi que ce soit dans la suite des idées, la logique en souffrirait.

Quatrième argument. — Au vers \ , le poète s'adresse à tous les lecteurs :

Qtiœritis unde mihi totiens scribaotur amores.

Au vers 17, tout à coup il s'adresse à Mécène :

Quod mihi si tantum, Mœcenas, hiSi dédissent,

nouvelle contradiction.

M. Heydenreich * renvoie là-dessus à Hertzberg qui a montré * que Pro'perce use fréquemment de cette mutation de personnes. L'argument est bon : il n'est pas

Page 1