‹ Études d'archéologie et d'artChapitre 15 sur 54 · TEMPLE D'APOLLON · texte numérisé non relu

TEMPLE D'APOLLON

DIDYM E E N.

Une puissante famille sacerdotale, celles des Branchides, qui rattachait son origine au fondateur même du culte, conserva la possession du sanctuaire. L'existence de cette famille était si intimement liée à celle du hiéron, que son nom avait fini par se substituer, dans l'usage courant, à celui de la localité même; on disait : « le temple des Branchides, to kpov to év Bpayyi'ôatç, » ou plus brièvement « les Branchides, oi B? au lieu du « temple de Didymes ». L'oracle dont ils étaient les interprètes héréditaires était vénéré de toute l'Asie Mineure, rivalisait avec celui de Delphes et surpassait en renommée celui de Délos. De toute part on venait le consulter et acheter ou payer une réponse favorable par de riches offrandes. Le roi de Lydie, Crésus, consacrait dans le temple quantité d'objets précieux, et le Pharaon Nechao, après la victoire qu'il remporta en 608 à Magiddo sur le roi de Juda, Josiah, y envoyait le vêtement qu'il avait porté pendant la bataille.

Le temple des Branchides fut incendié, soit par Darius lorsqu'il s'empara de Milet, en 494 n vaut Jésus-Christ, soit par Xerxès après la bataille du Mycale (479), où les Milésiens, chargés de garder les cols par où l'armée perse pouvait faire retraite, s'étaient tournés contre les vaincus et avaient achevé leur désastre. La statue placée au fond du temple, et dont nous parlerons plus loin, fut emportée à Ecbatane, et les Branchides eux-mêmes, soupçonnés par les Perses, accusés de trahison par les Grecs, durent, de gré ou de force, suivre leur dieu dans la haute Asie. Ils s'établirent en Sogdiane, où Alexandre retrouva cent cinquante ans plus tard leurs descendants, et les fit massacrer comme sacrilèges, au nombre de trois mille. A la suite de cette dévastation du sanctuaire et de cette proscription de ses prêtres, l'oracle se tut pendant longtemps, et la source mystérieuse dont les vapeurs inspiraient le délire prophétique cessa, dit-on, de couler.

De ce premier temple de Didymes, dorique très probablement, il ne reste pas une pierre. Mais depuis le port Panormos jusqu'à l'entrée du sanctuaire montait presque en droite ligne

TEMPLE D'APOLLON DIDYMÉEN.

une avenue monumentale, bordée, comme celles qui précédaient les pylônes des temples égyptiens, de deux rangées de monuments votifs, de statues et de tombeaux. Chandler, GelL et plus tard Texier, ont encore vu quelques-unes de ces statues en place; la base seulement en était enfouie, toute la partie supérieure dépassait le niveau des champs. En 1858, M. C.-T. Newton, dont les fouilles à Cnide étaient terminées, résolut d'explorer l'avenue des Branchides ; il trouva sans

Face de base dodécagone ( temple de Didymes).

grande peine et emporta à Londres dix statues, un lion et un sphinx (1). Ces marbres sont placés aujourd'hui dans la salle Lycienne du British Muséum. L'aspect en est peu séduisant, à la vérité; mais la valeur historique en est immense, car de toutes les œuvres du ciseau grec parvenues jusqu'à nous, celles-là sont les plus antiques; les inscriptions que portent plusieurs d'entre elles permettent de les faire remonter avec certitude à la première moitié du sixième siècle. Entre ces dix statues, l'œil ne remarque d'abord aucune différence : toutes représentent des personnages assis carrément dans des sièges à pieds droits et à hauts dossiers, semblables à ceux que les numismates appellent sièges sacrés ou sacerdotaux; dans

(1) C.-T. Newton. Halicqrnassus , Cnidus and Branchidœ.

TEMPLE D'APOLLON DIDYMÉEN.

toutes, les jambes sont exactement rapprochées, les bras collés au corps, les coudes pliés à angle droit, les mains ouvertes reposant sur les genoux; le vêtement se compose toujours d'une tunique talaire à manches courtes et d'un ample manteau, drapé sur une épaule et dont le bord fait par devant, juste dans Taxe du corps, trois plis superposés avec symétrie. Les tètes manquent, sauf une, assez mutilée d'ailleurs. Le travail est gauche et lourd, les formes rondes, les détails peu poussés ; aucune personnalité dans la facture, rien qui montre que ces dix statues ne sont pas de la même main. Cette uniformité va si loin qu'il faut un moment d'attention pour reconnaître que de ces statues, Fune représente une femme. On sent que l'artiste milésien travaillait, comme son confrère d'Égypte, d'après un xavwv immuable. Nous sommes en effet à l'époque où les deux sculpteurs samiens Théodore et Téléclès faisant, l'un à Éphèse, l'autre à Samos, les deux moitiés d'une statue d'Apollon, ces deux moitiés, rapprochées, se réunissaient exactement.

Dans les rapports qu'il adressait au Foreign-Office pendant ses fouilles, et plus tard dans le grand ouvrage où il a exposé les résultats de ses travaux, M. Newton se montre très vivement frappé de la ressemblance que présentent les statues des Branchides avec les œuvres de l'art égyptien. Il rappelle que les Milésiens fournissaient des mercenaires à la dynastie Saïte et avaient obtenu des Pharaons le droit de fonder, sur une des branches du Nil, un comptoir qui devint une ville importante. Les auteurs des statues des Branchides, Terpsiclès et ses collègues, ne se seraient-ils point formés à l'école des sculpteurs égyptiens? Assurément, il n'y a là rien d'impossible, ni même d'invraisemblable; j'avoue cependant que si l'inspiration égyptienne est évidente clans le lion couché, qui rappelle, avec beaucoup plus de lourdeur et de maladresse, les admirables lions saïtes du Louvre, si elle est incontestable clans le sphinx, je la remarque beaucoup moins clans les dix statues d'hommes, œuvres d'art bien plus importantes. Sans doute Fini-

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