AU MUSÉE DE BERLIN
De toutes les collections archéologiques de l'Europe, celle de Berlin est assurément la plus mal logée. Elle étouffe dans l'espace moitié trop petit qu'on a pu lui consacrer, en utilisant tous les coins el recoins , au rez-dechaussée de l'ancien musée et au premier étage du nouveau. Les médailles, qui, à Berlin comme à Londres , à Pétersbourg, à Vienne , à Naples , à Copenhague , sont réunies aux autres antiquités, ont dû descendre dans un sous-sol obscur et humide. Les sculptures sont entassées dans deux grandes et deux petites salles où pénètre horizontalement un jour douteux. Seuls, les petits antiques (vases, terres
(1) Gazette des Beaux- Arts, 1er septembre 1882.
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cuites, petits bronzes, pièces d'orfèvrerie et gemmes) sont en belle lumière, mais les vitrines qui les contiennent sont si pressées Tune contre l'autre qu'on peut à peine circuler entre elles, et les objets placés sur les tablettes sont tellement serrés que le regard ne peut se porter sur l'un d'eux sans être distrait par ses voisins. Aussi les visiteurs ordinaires n'emportent-ils d'une après-midi passée dans ces salles qu'un souvenir confus et quelque peu maussade. Mais pour l'homme du métier, l'impression est tout autre : il parvient bien vite à se reconnaître au milieu de ce dédale ; la simplicité des salles et la pauvreté des vitrines lui sont indifférentes, et il n'a pas besoin qu'un objet soit exposé à son avantage pour en comprendre le mérite. Il ne tarde pas à se convaincre que ces collections, pour être plus inégalement composées que les nôtres, ne leur sont pas, dans leur état présent, de beaucoup inférieures, et que pour peu qu'elles continuent à s'enrichir avec la même rapidité, avant dix ans elles seront plus belles.
Il ne faut pas chercher bien loin pour trouver l'explication de cet état de choses : elle est dans la grande supériorité des sommes accordées chaque année pour les achats. Sur leur budget de 162,000 francs, nos musées nationaux ne peuvent guère, bon an mal an, consacrer aux antiquités grecques et romaines que 25 à 30,000 francs , 4 à 5,000 aux antiquités égyptiennes, et autant aux antiquités orientales : c'est un total de 35 à 40,000. A Berlin, les départements correspondants disposent d'un chiffre régulier et fixé d'avance de 65,000 marks, c'est-à-dire 81,000 fr., soit un peu plus du double. Le directeur du Louvre parvient, il est vrai, de loin en loin, à force d'opiniâtreté et de bonnes raisons, à obtenir, pour ainsi dire de haute lutte, quelque crédit extraordinaire. Mais la Chambre ne cède jamais qu'avec humeur, les jours où, fortune rare, l'opinion du public éclairé parvient à se faire écouter d'elle, et encore alors discute-t-elle centime par centime le chiffre demandé. Qu'importent, en effet, les Musées aux électeurs de Fouilly-aux-Oies , et l'honorable représentant de Fouilly-aux-
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Oies y met-il jamais les pieds? S'il s'agissait de faire rectifier
Ex-voto à la mère des Dieux. (Bas-relief du musée de Berlin, trouvé à Athènes.)
le tracé d'une route nationale ou d'obtenir pour un instituteur
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de village le ruban d'officier d'Académie, il serait tout feu et tout flamme. Mais que lui fait la fresque de Botticelli ou le lécythos athénien dont on lui parle? Sait-il au juste ce que c'est que Botticelli, ou ce qu'on entend par un lécythos? Les réunions électorales, qui ont épluché ses convictions une à une et par le menu, ne le lui ont jamais demandé. Et puis, quelle somme veut-on? cent mille francs pour acheter des objets dont l'entrée au Musée ne lui vaudra pas, aux élections prochaines, une voix de plus! c'est bien cher. Ah î s'il s'agissait de dix millions pour un chemin de fer qui transportera dans l'année une tonne de marchandises , si la récolte des betteraves est bonne, ce serait bien différent. Il voterait alors des deux mains. Je ne veux pas examiner si le Landtag prussien et le Reichstag allemand comptent plus d'hommes instruits que notre Chambre des députés française : à vrai dire, je craindrais les résultats de cette enquête. Mais, en tous cas, ce sont des assemblées beaucoup moins paralysées par la peur des braillards de comités électoraux, et beaucoup plus accessibles à l'intelligence des nécessités de gouvernement. Les crédits qu'elles votent pour la fonte de canons et l'achat de torpilles ne les empêchent pas de pourvoir fort généreusement les grands établissements d'instruction supérieure, les musées et les entreprises scientifiques. Elles ont donné tout ce qu'on a voulu, c'est-à-dire des millions, pour l'achat des tableaux de M. Suermondt, des bustes du palais Strozzi, des médailles du comte de Prokesch-Osten. Un crédit de 850,000 marks (1,062,000 fr.) pour les fouilles d'Olympie , un autre de 400,000 marks pour les fouilles de Pergame, ont passé comme lettres à la poste. Lorsqu'on demandera à notre Chambre de l'argent pour les fouilles de Delphes, elle votera 100,000 francs...., à moins que les invalides du travail ne réclament, car ceux-là ont une voix et savent se faire écouter : les statues ne parlent pas.
Ces subsides supplémentaires fréquemment renouvelés, ces fouilles libéralement subventionnées , ont plus de part encore que les crédits réguliers à l'enrichissement du musée prussien.
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En dix ans, cet enrichissement a été tel que l'importance de certaines collections a doublé. Mais la rapidité de ces progrès matériels n'est pas la seule chose qui frappe le visiteur attentif ; il voit bien vite que la manière de comprendre le rôle d'un musée et les devoirs de ses administrateurs n'est pas du tout la même à Berlin qu'à Paris. Pour nous, un musée est un palais destiné à offrir de temps en temps aux gens de goût une promenade agréable au milieu de belles choses. Il faut que tout y flatte la vue, que les salles en aient une riche décoration, que les vitrines en soient des meubles de luxe, et que la disposition même des objets pique la curiosité par des effets ingénieux de •groupement ou d'opposition. Leur rôle est, avant tout, décoratif, comme celui des bibelots disséminés sur les meubles d'un salon. Que les conservateurs soient assez habiles pour découvrir les pièces qui plairont le plus au regard, qu'ils sachent les ranger avec goût, leur tâche semble aux plus difficiles être remplie. Quant aux badauds, ils sont encore moins exigeants : si les salles sont bien tenues, si l'entrée en est libre pendant un grand nombre d'heures, s'il n'y fait ni trop chaud l'été ni trop froid l'hiver, ils ne demandent pas autre chose.
Pour les Allemands, au contraire, un musée est, avant tout, uniquement un grand établissement d'instruction, au même titre qu'une université. Tout y est fait pour la science : c'est dans le personnel scientifique que l'administration se recrute ; ce sont des préoccupations scientifiques qui déterminent l'achat et le classement des objets, et c'est en vue d'intérêts scientifiques que les règlements sont libellés et interprétés de la manière la plus favorable aux travailleurs. Et pour que des monuments mêmes se dégage d'une manière plus claire et plus frappante l'enseignement qu'ils portent en eux, pour qu'une simple visite au musée soit un véritable cours de choses, des étiquettes multipliées signalent et expliquent sommairement les pièces les plus importantes, de petits guides faits avec le plus grand soin sont mis pour quelques pfennigs à la dispo-
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sition du commun des visiteurs, tandis que les érudits trouvent dans des catalogues volumineux et méthodiques tous les renseignements qui peuvent leur être nécessaires.
Il n'est peut-être pas inopportun de donner, simplement pour les deux départements entre lesquels se divisent les antiquités grecques et romaines, la liste de ces publications.
Pour le public, il y a :
Guide à travers les musées royaux, 2e éd., 1881. Prix : 50 pfennigs (65 centimes). Petit in-8° de 247 pages d'un texte compact, comprenant une description sommaire de tous les départements du musée, avec les plans des salles.
Description des monuments de Pergame, 3e éd. , 1881 . Prix : 10 pfennigs (12 centimes et demi).
Inventaire des moulages en plâtre. Petite éd., 1879, 128 pages. Prix : 60 pfennigs.
Les Motdages des monuments découverts à Olympie. 3e éd., 1880. Prix : 50 pfennigs.
Voici maintenant les publications à l'usage des savants :
Levezow , Inventaire des monuments antiques de Vantiquarium du musée royal de Berlin. lrc partie, galerie des vases. In-8°, 1834, 376 p. et 24 pl.
Gerhard, Monuments antiques nouvellement achetés par le musée royal de Berlin. In-8°, 1836 à 1846, 123 pages et des planches.
Toelken, Inventaire explicatif des pierres gravées en creux de la collection royale prussienne de gemmes. In-8°, 1835, 462 pages.
Toutes ces publications sont officielles. En voici maintenant d'autres qui, pour n'avoir pas le même caractère, n'en sont pas moins les compléments des précédentes et font connaître avec plus de détails certaines séries de monuments du musée :
Friederichs, Monuments antiques de Berlin. 2 vol. in-8°. — Tome 1er, 1868 : Les moulages en plâtre du nouveau musée. — Tome II, 1871 : Ustensiles en bronze de l'ancien musée.
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Fritsche, Terres cuites grecques de Tanagre et d'Éphèse au musée de Berlin. In-4°, 1878.
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Gerhard, Peintures de vases étrusques et campaniens du musée royal de Berlin. In-folio, 3 parties, 1810.
Peintures de vases apuliens du musée royal de Berlin. Grand in-folio, 1845, 35 p. et 21 planches.
A quoi il faut ajouter les publications qui, sans avoir pour sujet exclusif les monuments du musée de Berlin, leur accordent une place prépondérante, comme les Peintures choisies de vases grecs de Gerhard , les Figurines grecques en terre cuite de M. Kekulé, les Mémoires de F académie de Berlin, et surtout la Gazette archéologique , sur la direction de laquelle le musée a la haute main et qui consacre, soit une note, soit un article étendu, soit une gravure, à presque toutes les acquisitions nouvelles.
En regard de ces éléments d'information si multipliés, si copieux, quels secours le département des antiquités grecques et romaines au Louvre offre- t-il, soit aux simples promeneurs, soit aux travailleurs sérieux? La liste n'en est pas longue à faire. De loin en loin, on aperçoit une étiquette dans une vitrine; elle est élégamment imprimée en lettres d'or sur papier cuir, et contient des indications de ce genre : « Vases de style corinthien, » ou bien « terres cuites de Tanagre et de la Grèce propre. » Y a-t-il , dans les vases de style corinthien , des fabriques particulières et faciles à déterminer? On néglige de nous le dire. On juge également inutile de distinguer, dans les terres cuites grecques, celles si reconnaissables de Tanagre, celles de Mégare, celles d'Athènes , et cela lorsque l'on a sur leur provenance les renseignements les plus précis et les plus certains. Pour les vases, on nous dit : « Coupe d*Euphronios : Thésée chez Amphitrite. » Serait-il donc superflu d'indiquer en deux mots ce que venait faire Thésée auprès d' Amphitrite? suppose-t-on que tout le monde le sache? Entre des étiquettes de ce genre et pas d'étiquettes du tout , il n'y a pas grande différence. De catalogues populaires semblables aux guides de Berlin , le Louvre n'en a pas un seul, et l'utilité d'en faire n'y est pas même admise sans conteste. En fait de catalogues
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scientifiques, M. de Longpérier a donné, en 1808, la première partie de celui des bronzes, volume excellent d'ailleurs. Mais quand viendra la seconde partie? M. Frœlmer a publié, en 1869, la première partie de la notice de la sculpture antique. Nous attendons toujours la suite. Du même M. Frœlmer est le catalogue des inscriptions grecques, édité en 1865; à quand celui des inscriptions latines et des additions nouvelles et nombreuses apportées à la série des textes grecs?
On le voit : depuis 1869, dans une période de treize années marquée par un effort universel, par un véritable réveil scientifique, par une transformation complète de renseignement supérieur, le service des antiquités grecques et romaines n'a pas publié une ligne (1). A-t-on du moins préparé quelque chose? Un seul volume, celui des terres cuites. L'œuvre est assez avancée et le nom de son auteur, M. Heuzey, garantit qu'elle sera excellente. Mais voici M. Heuzey passé, comme conservateur, à un autre département, celui des antiquités orientales, où il y a fort à faire. N'en résultera-t-il pas un nouveau retard? Un autre fonctionnaire des antiques travaille, dit-on, à remanier et à compléter le catalogue de M. Frœlmer : dans son intérêt même et dans celui du renom de la science française, on ne peut que lui conseiller de prendre tout son temps. L'achèvement du catalogue des bronzes est laissé de côté. Quant à la série dont il serait le plus nécessaire d'avoir un inventaire , celle des vases, le travail n'est pas même projeté... (2).
Mais ce n'est pas seulement par le classement des objets , par la rédaction d'étiquettes et la publication de catalogues grands et petits que se manifeste l'activité d'un conservateur du musée. Les catalogues ne peuvent être toujours au courant; toutes les questions qui surgissent à propos d'un objet décrit
(1) Je ne m'occupe, je le répète, que des antiquités grecques , étrusques et romaines. Je n'ai donc point à faire entrer en ligne de compte la très bonne notice que M. Héron de Villefosse a donnée de la salle judaïque et chrétienne.
(2) Cet inventaire va prochainement être mis sous presse. — 1888.
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ne peuvent y être abordées. Le conservateur doit pouvoir compléter de vive voix leurs lacunes, suppléer à leur ancienneté, donner au travailleur des conseils, l'aider dans l'examen auquel il se livre, lui suggérer des rapprochements : c'est ce que les fonctionnaires du musée de Berlin sont obligés à faire, et pour leur rendre impossible de se soustraire à ce devoir, on les astreint à être présents depuis l'ouverture jusqu'à la fermeture des portes et on a placé leurs cabinets d'étude de plainpied avec les salles du musée. Ils sont ainsi à la disposition, non du gros public, mais des travailleurs, qui viennent sans cesse recourir à eux. D'ailleurs, la contrainte est superflue : professeurs pour la plupart , habitués à faire travailler des étudiants, et assez sûrs d'eux-mêmes pour ne point redouter les questions , ces messieurs se prêtent aux sollicitations dont ils sont l'objet avec une complaisance inépuisable. Ils ont de plus sous la main une riche bibliothèque dont ils peuvent faire venir les livres , soit pour les consulter eux-mêmes , soit pour les remettre entre les mains de leurs visiteurs. Au Louvre...
J'aurais encore beaucoup à dire s'il n'était grand temps de mette un terme à ces réflexions amères. Je regrette de m'y être abandonné , mais lorsque je constate en quelque chose une infériorité de la France vis-à-vis des autres pays, je ne puis rester maître de moi. Je ne sais si c'est mon long séjour à l'étranger qui m'a rendu aussi impressionnable. Les gens dont toute la vie s'est passée entre Montmartre et Charonne sont plus heureux : il y a longtemps qu'ils se sont affranchis de cette superstition qu'on appelle le patriotisme.
Parmi tous les départements des musées royaux, celui de la sculpture antique est resté jusqu'à ces dernières années le plus pauvre. Berlin était loin des lieux où se font les découvertes, et le trésor prussien souvent à court; aussi avait-on dû se contenter de morceaux de troisième et de quatrième ordre, sinon de pis. Une amazone beaucoup trop célèbre, une bacchante maniérée, une joueuse d'osselets d'un faire bien sec, ne méritent pas d'arrêter longtemps l'attention. Au milieu de ces médiocri-
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tés, le regard se porte tout de suite vers une statue trouvée à Rome, et qui, après avoir passé par les collections du prince Eugène et du prince de Lichtenstein , fut achetée par Frédéric II et placée par lui à Sans-Souci. Elle représente un jeune homme debout, les mains levées vers le ciel, dans l'attitude de la prière. C'est une figure élégante et d'un beau jet. Je préfère néanmoins à tout cet ancien fonds d'origine romaine quelques fragments récemment achetés et qui ont cette saveur particulière aux moindres œuvres grecques; notamment une tête de femme voilée (1) que l'on prend d'ordinaire, sans l'ombre d'une raison, pour un portrait d'Aspasie, et qui pourrait bien en réalité provenir d'une statue de Déméter. Le voile ramené en avant projette son ombre sur le front, presque entièrement recouvert par les bandeaux plats et ondulés entre lesquels est divisée la chevelure. Le nez est long et droit, les joues amaigries ont de larges méplats, les lèvres sont minces et bien découpées, le menton en pointe. La physionomie, sérieuse et mélancolique, a cette grâce indéfinissable, cette distinction et cette chasteté qui caractérisent les têtes de femmes qu'ont sculptées les maîtres de ce moment de transition si rapide et si intéressant qui relie l'art archaïque à l'art de la grande époque.
La série des bas-reliefs funéraires et votifs est assez nombreuse, grâce à des acquisitions faites pendant ces dernières années. Je passe les banquets sacrés, l'Artémis d'Argos et la stèle de Sparte sur laquelle est sculpté un guerrier : tous ces morceaux sont surtout curieux pour l'archéologue. Mais tout homme épris du beau s'arrêtera avec plaisir devant un ex-voto athénien, une stèle malheureusement brisée à droite et qui représentait une scène d'offrande à la Grande Déesse , la Mère des dieux, dont le sanctuaire était situé au sud de l'Agora et renfermait, outre le temple même, le dépôt des archives de l'État et l'édifice où se réunissait le conseil des Cinq-Cents (2).
(1) Bernoulli, Archœologische Zeitung , 1877, pl. 8.
(2) Curtius, Arch. Zeitung, 1880, pl. 1.
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La partie droite du bas-relief, aujourd'hui manquante, contenait sans doute le groupe des suppliants. A l'extrémité cle la partie gauche est la déesse, assise sur un trône, tendant de la main droite une phiale et tenant le tympanon de la main gauche. A ses pieds, du côté droit, est couché un lion. Devant elle, Phéréphatta, debout, tient une torche. Plus loin, et en partie emporté par la cassure , Hermès Cadmilos s'apprête à verser dans la phiale de la déesse le vin d'un prochoos qu'il tient à la main (voir page 241). Le bas-relief est de la fin du quatrième siècle, et il est malheureusement impossible de savoir si le sculpteur qui l'a fait s'est inspiré de la statue placée au fond du temple, statue qui était l'œuvre de Phidias. En tout cas, s'il a imité ce modèle, il l'a fait très librement, et la figure même de la déesse ainsi que l'ensemble de la composition rappellent bien plutôt le style de Praxitèle que celui de l'auteur du Jupiter olympien. Le dessin des têtes, le modelé des nus et l'arrangement des draperies est de cette élégance un peu molle qui distingue les bas-reliefs de l'époque de Philippe et d'Alexandre, et que l'on retrouve entre autres dans la stèle des fils de Leucon découverte au Pirée.
Malgré l'intérêt de ces quelques pièces, le musée de Berlin n'occuperait encore qu'un rang fort modeste parmi les collections cle l'Europe. Heureusement, depuis trois ans, il s'est enrichi d'un ensemble cle sculptures monumentales considérable par la masse et d'un immense intérêt pour l'histoire de l'art : je veux parler des marbres de Pergame.
On sait la fortune rapide de la dynastie pergaménienne. Son fondateur fut Philétgeros, un simple eunuque de Tieion en Paphlagonie. Lysimaque lui avait confié la garde de son trésor, renfermé dans la citadelle de Pergame et montant à la somme, énorme pour l'époque, de 9.000 talents (54 millions). Philétseros resta longtemps fidèle, mais, à la fin du règne, les intrigues de la reine Arsinoé , les crimes qui ensanglantèrent la famille de Lysimaque, lui donnèrent un motif ou un prétexte pour se révolter. La mort de Lysimaque, celle presque simul-
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tanée de son ennemi, Séleucus, et les désordres qui s'ensuivirent, lui permirent de rester indépendant dans son château, et quand il mourut en 263, à l'âge de quatre-vingts ans, son neveu Eumène Ier recueillit sans difficulté le pouvoir, la forteresse et le trésor. Une victoire remportée sur Antiochus Soter, près de Sardes, assura sa domination sur la plaine tout entière du Caïque. Il mourut en 241, d'une congestion produite par l'ivresse, laissant un État déjà vaste et riche à son cousin Attale Ier. C'était le temps de la grande poussée des populations gauloises vers le levant. La basse vallée du Danube occupée, la Thrace et la Macédoine ravagées tout à loisir, la Grèce tàtée en vain, des bandes de guerriers qui se donnaient à eux-mêmes le nom de Galates, c'est-à-dire les braves, s'étaient présentées sur la côte de l'Hellespont et du Bosphore. Le roi de Bithynie, Nicomède, les prit à son service et leur fournit des vaisseaux pour passer en Asie (278). Ils lui furent en effet d'un puissant secours dans la lutte qu'il soutenait contre son frère Zypoïtès. Aussi, après la victoire, ils obtinrent de lui une partie du pays conquis, et, unis aux prisonnières bithyniennes et paphlagoniennes, y formèrent une population mixte qui prit bien vite quelque chose des mœurs grecques tout en gardant l'énergie brutale et l'humeur aventureuse de la race gauloise. Mis en goût par leurs premiers succès, ils se divisèrent à l'amiable l'Asie, comme on partage une proie, et leurs bandes d'une mobilité extrême jetèrent pendant trente ans tout le pays dans la terreur, depuis l'Halys jusqu'à la mer Égée et le Pont-Euxin jusqu'au Taurus. Tantôt à la solde des rois de Syrie et de Bithynie, tantôt en guerre avec eux, et, dans un cas comme dans l'autre, agissant pour leur propre compte, ils pillaient, rançonnaient, brûlaient.
Attale Ier de Pergame (241-197) fut le premier qui osa leur refuser de l'argent et leur tenir tête ; il les vainquit dans une grande bataille, les rejeta vers les sources du Sangarios, dans la contrée montagneuse qui garda le nom de Galatie, et les força à y rester à peu près tranquilles. C'est à la suite de ces exploits
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que, le premier de sa famille, il prit le titre de roi, et que, pour consacrer sa gloire, il érigea sur l'Acropole d'Athènes, au-dessus du mur méridional, une suite de bas-reliefs qui formaient au terre-plein de la citadelle comme une longue balustrade.
La fin du règne d'Attale ne fut pas moins glorieuse que le début et étendit jusqu'au Taurus les limites du royaume dePergame. Cette prospérité continua sous Eumène II (197-159), grâce à l'alliance romaine, soigneusement cultivée et habilement mise à profit. C'est sous le règne de ce dernier prince que fut achevé l'ensemble de monuments qui fit de Pergame une des plus belles villes du monde grec, et surtout cette vaste bibliothèque rivale de celle d'Alexandrie.
Parmi les édifices de la capitale des Attalides, il y en a un qu'Ampélius, obscur compilateur du troisième siècle, range au nombre des merveilles du monde : « A Pergame, dit-il, est un autel haut de quarante pieds, avec de très grandes sculptures ; il contient une gigantomachie (1). »
Cette phrase, perdue dans un livre insignifiant, est le seul texte qui fasse connaître l'existence de cet autel monumental. Elle ne nous dit même pas s'il était dans la ville ou sur l'Acropole, ou hors des portes. Il y a quelques années, on n'en voyait aucune trace et on pouvait le croire entièrement détruit. La petite ville commerçante de Berghama occupe l'emplacement même de la cité hellénique et en recouvre , à peu d'exceptions près, les derniers restes. Quant au sommet de la colline assez haute qui formait l'Acropole , il était couronné par une ancienne église et un château byzantins, eux-mêmes en ruines, et exploités comme une carrière. Tout au plus, des chapiteaux et des tambours de colonnes, apparaissant çà et là dans les murailles et au milieu des décombres, abandonnés à qui voulait y cuire de la chaux ou y chercher des pierres, donnaient-ils à penser qu'à cette place il y avait eu dans l'antiquité quelque construction importante dont rien ne permettait de deviner la nature.
(1) Ampelius, Miracula mundi , XIV.
LES ANTIQUES AU MUSÉE DE BERLIN. 257
En 1866, un ingénieur allemand, M. Cari Humann, qui avait emporté de l'Université quelques notions élémentaires sur l'his toire de l'architecture et de la sculpture antiques, et qui était venu chercher fortune au service de la Turquie, fut chargé par le gouvernement ottoman d'étudier le tracé d'une route à cons-
Gucrricr trouvé à Dodone. Petit bronze du musée de Berlin.
truire entre Constantinople et Smyrne. Ces études le conduisirent à Pergame, et là il vit, sans y prêter grande attention, chez un vieux médecin grec, M. Rhallis, un fragment de sculpture en haut relief qui venait d'être trouvé par des chaufourniers sur le sommet.de l'Acropole, et que M. Rhallis avait acheté pour l'envoyer à Constantinople , au prince Alexandre Karathéodoris : ce marbre représentait un lion attaquant un homme. Trois ans
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plus tard, en 1869, M. Humann, ayant conclu un traité avec le gouvernement turc pour la construction de diverses routes dans le vilayet d'Aïdin , revint à Pergame, y établit son quartier général et se mit à exploiter lui-même et à faire exploiter par ses entrepreneurs les ruines de l'Acropole. Un jour, il y vit trouver une grande plaque, en haut relief encore , sur laquelle était un personnage dans l'attitude de la lutte; il fit creuser plus profondément en cet endroit , et découvrit les restes d'un escalier. Ses autres travaux et une attaque de fièvre l'empêchèrent de poursuivre ses recherches, mais le marbre de M. Rhallis et celui qu'il avait trouvé lui-même lui avaient, comme on dit, mis la puce à l'oreille, et ayant un jour, à Constantinople , rencontré M. Curtius, le directeur de l'Antiquarium de Berlin, il lui parla de ses découvertes et le décida à venir à Pergame. Les ouvriers s'étaient, pendant ce temps , attaqués aux murs de la forteresse byzantine et, en les démolissant, ils avaient trouvé d'autres fragments de même style , assez nombreux pour qu'on pût reconnaître qu'ils appartenaient à une gigantomachie. Il fut dès lors convenu que M. Humann continuerait sans bruit et petit à petit ses fouilles et enverrait au consulat allemand de Smyrne ce qu'il découvrirait. Une visite de M. Hirschfeld, en 1874, lui apporta de nouveaux encouragements. Enfin, en 1878, l'importance de l'entreprise devenant difficile à cacher et M. Conze, devenu depuis peu directeur du département de la sculpture antique , s'étant avisé du texte d' Ampélius qui indiquait à quel monument on avait affaire , le gouvernement allemand demanda à la Sublime Porte une autorisation régulière. Dès lors, les fouilles se poursuivirent au grand jour, d'une manière scientifique , et sous la direction d'archéologues et d'architectes attitrés. En trois^campagnes énergiquement conduites, le sommet de l'Acropole fut presque entièrement déblayé et laissa réapparaître tout l'ensemble de constructions dont les Attalides l'avaient couvert (1).
(1) Conze, Humann, Bohn, etc. : Die Ergebnisse der Ausgrabungen zu Pergamon, 1880 et 1882.
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Le sommet assez escarpé de la montagne avait été transformé par des remblais et des murs de soutènement en une série de terrasses dont la première, en venant de la ville, renfermait l'autel mentionné par Ampélius , une seconde le temple d'Athéna Poliade Nicéphore, et dont la troisième fut plus tard surmontée d'un temple d'Auguste. L'autel était un immense rectangle, échancré sur un de ses petits côtés par l'escalier dont M. Humann avait retrouvé les marches , et circonscrit sur ses autres faces par des murs revêtus de dalles de marbre et décorés de reliefs. Sur trois des côtés de la plate-forme, celui de l'escalier excepté, régnait un double portique ionique qui enclavait la place où avaient lieu les sacrifices et permettait d'assister, sans craindre le soleil ni la pluie, aux cérémonies du culte.
Tout le pourtour du soubassement avait été orné d'une frise haute de 2ra,30 et surmontée d'une moulure très saillante : on avait couvert de sculptures même les deux parois décroissantes de hauteur et entaillées par les marches qui bordaient l'escalier. Cette frise se développait sur une longueur de plus de 120 mètres; les morceaux retrouvés forment plus de 80 mètres. Sur les dalles de marbre qui la composent sont sculptées des figures en très haut relief, présentant même assez fréquemment des parties détachées en ronde bosse. Des accessoires de métal, aujourd'hui disparus mais dont les tenons se voient, complétaient sur plusieurs points le travail du marbre. Le sujet représenté était bien, ainsi que le dit Ampélius, la lutte des dieux de l'Olympe contre les géants fils de la Terre. Bien souvent déjà cette victoire des Olympiens avait fourni une matière aux artistes chargés de décorer les temples de la Grèce ; elle avait été représentée sur le fronton du grand temple de Jupiter à Agrigente , sur le bouclier de l'Athéna Parthénos , sur la frise intérieure du temple d'Athéna Poliade à Priène. Des épisodes de la même lutte avaient été figurés sur les métopes d'un des temples de Sélinonte et sur quelques-unes de celles du Parthénon , de l'Hérgeon d'Argos, du temple de Delphes.
Si cette guerre mythologique fut choisie pour la décoration
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de l'autel de Pergame, ce n'est sans doute pas seulement parce qu'elle permettait une composition de grand effet et facile à allonger indéfiniment , mais parce qu'elle formait une allusion transparente à la victoire de la civilisation grecque et de ses défenseurs les Attalides sur le désordre et la barbarie représentés par les Galates.
Mais si le sujet était bien vieux, si vieux qu'on eût pu le croire épuisé, la manière dont il fut traité était toute nouvelle.
Certes, c'est une grosse erreur que de regarder Fart grec comme un art froid, immobile dans la pureté de ses lignes et figé dans sa majesté. Immobile, la victoire de Pseonios ou celle de Samothrace? Immobiles, les dieux des frontons du Parthénon, les amazones de la frise de Bassas, les Centaures et les Lapithes du fronton d'Alcamène à Olympie? Les emportements des passions ne sont pas restés plus inconnus aux sculpteurs de la Grèce qu'à ses poètes tragiques. On pouvait même soupçonner qu'en Asie Mineure, sous les successeurs d'Alexandre, aune époque où le goût blasé voulait pour le réveiller des émotions plus fortes, et au milieu d'une population chez laquelle les soubresauts de l'âme étaient plus violents que chez les Hellènes , cet amour des choses dramatiques avait été poussé fort loin. Aux antithèses heurtées, à l'emphase d'expressions de l'éloquence asiatique, devait correspondre un art ami , lui aussi , des oppositions violentes et de l'exagération des effets. Et, de fait, les quelques œuvres de cette époque et de ce pays que nous avons conservées , le groupe si tourmenté du Laocoon , œuvre d'Agésandros de Rhodes, le supplice de Dircé, sculpté à grand fracas par Apollonios et Tauriscos de Tralles (1) et la mêlée furieuse de Grecs et d'Amazones qui se développe sur la frise du temple construit par Hermogène à Magnésie du Méandre, prouvaient qu'il en était bien ainsi, et que l'art asiatique au troisième et au deuxième siècle avait recherché avant tout l'énergie des attitudes et l'intensité de l'expression.
(1) C'est le groupe désigné d'ordinaire par le nom de Taureau Farnèse.
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Toutefois, aussi bien dans le Laocoon que dans le supplice de Dircé, la violence n'est qu'apparente et superficielle. On sent, en les examinant de près, qu'un sculpteur fort calme a cherché lentement, péniblement, et d'après les règles de l'école, comment il devait exprimer le paroxysme de colère d'Amphion et de Zéthus. Le Laocoon est un acteur qui étudie son rôle et cherche devant sa glace l'effet que produit la contraction de son visage; les deux fils d'Antiope sont des gymnastes qui prennent des poses. Et cet art qui veut paraître pathétique et brutal, est en réalité, un art indifférent et sans force. La frise de Magnésie, antérieure d'un siècle environ, laisse voir sous son exécution lourde et inachevée plus de vigueur véritable. Mais c'est bien autre chose dans les marbres de Pergame. Ici le brio n'est pas seulement dans le dessin, dans la facture : il est dans l'invention même. Dans cette mêlée furieuse, où s'entrechoquent de mille manières des êtres de natures différentes, les uns de race divine et conservant jusque dans leur fureur leur dignité olympienne, les autres nés de l'air ou de la terre, moitié hommes et moitié monstres , décelant, par leur conformation bizarre , leur caractère chaotique et exprimant sur leur visage les passions les plus farouches, il y a une fougue spontanée, une fertilité naturelle d'imagination qui frappent au premier coup d'œil et forcent l'admiration.
Dans cette époque de décadence on ne s'attendait pas à rencontrer une si vigoureuse poussée de sève.
Mais hélas! ce sont là dons d'imagination seulement, et où l'âme n'est pour rien. Avec le Laocoon et le Taureau Farnèse nous étions en présence d'habiles metteurs en scène ; maintenant nous avons affaire à des dramaturges de race, mais toujours à des dramaturges. Ces fureurs qu'ils représentent, ils ne les ressentent un moment que par un effort de la volonté. Ces géants dont ils font battre violemment les ailes ou dont ils allongent les jambes en replis monstrueux de serpents, ils savent bien qu'ils n'ont jamais existé. Ils développent avec une verve étourdissante un thème qui les intéresse; mais ils ne croient plus.
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L'auteur du Jupiter Olympien et de la Naissance d'Athéna croyait, lui, et c'est pour cela qu'après vingt-trois siècles il parle encore à notre âme et en fait vibrer toutes les fibres.
Les preuves de ce scepticisme abondent : parfois l'artiste nous laisse voir qu'il s'amuse des monstres qu'il produit; il relie par des feuillages architecturaux la cuisse humaine de certains de ses géants au corps de serpent qui la prolonge; çà et là, il entremêle à leurs écailles de petites feuilles d'acanthe. Les plumes qui recouvrent les nervures des ailes de tel ou tel personnage sont tout à fait chimériques. Les lions de Cybèle et les chiens cl'Artémis sont des animaux purement décoratifs; le pied droit de la déesse, placé en avant, est en pleine lumière; tout aussitôt l'artiste l'entoure d'une chaussure ciselée avec amour, qui attire le regard aux dépens du reste ; le foudre de Jupiter est un instrument de serrurerie des plus compliqués, un vrai chefd'œuvre de maîtrise. On sait avec quelle conscience sont exécutés les moindres détails des motifs de décoration dans les monuments athéniens. Ici l'exécution est d'une inégalité d'autant plus choquante que ces reliefs étaient sous l'œil du spectateur, et trahit en beaucoup de parties une négligence, une insouciance qu'explique mais ne justifie pas la nécessité de travailler vite et d'employer un grand nombre de praticiens. L'homme qui a conçu cette immense composition et qui a fait, sans doute avec l'assistance de plusieurs élèves, les maquettes de ces centaines de figures , était certes un artiste de tempérament, un de ces maîtres qui, naturellement, sans effort, voient plein et font gras. Les parties qu'il a faites lui-même, parce que leur position les mettait plus en vue ou qu'elles l'intéressaient davantage , sont d'une exécution large , savoureuse , vraiment grecque. Mais l'œuvre dépassait évidemment les forces d'un homme : il aurait fallu au travailleur le plus actif des années pour l'étudier, des années pour la tailler dans le marbre. Pour bien des parties il a dû dessiner de chic, sans modèle sous les yeux; il a cédé au désir de simplifier sa besogne en pillant çà et là ses devanciers, en introduisant dans ses groupes telle figure,
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tel détail emprunté à des compositions célèbres; l'Ilissus du fronton ouest du Parthénon est devenu un géant tombé. Il y a à Pétersbourg un bas-relief qui représente les Niobides : l'œuvre n'est pas très ancienne , mais l'original dont elle est la copie ou
1i wUtu,
Thésée et le Minotaure, groupe en bronze découvert à Aphrodisias, en Carie. Musée de Berlin.
l'imitation devait remonter au quatrième siècle. Or, nous retrouvons ici un des personnages de cette scène. Nous y reconnaissons encore une des figures d'un beau bas-relief athénien , un fantassin renversé par un cavalier. Si nous avions un plus grand nombre de statues et surtout d'ensembles décoratifs du cin
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quième et du quatrième siècle, il est vraisemblable que ces plagiats nous apparaîtraient bien plus nombreux (1). Enfin, dans l'exécution même, il a fallu confier les figures les moins exposées au regard et la plupart des parties accessoires à des ouvriers dont tous n'étaient pas de premier ordre. De là des corps de toute beauté terminés par des mains et par des pieds détestables, des serpents sans réalité, espèces de sacs de son entourés d'écaillés, des morceaux informes à côté de morceaux superbes.
Les groupes de Jupiter et d'Athéna occupaient, des deux côtés de l'escalier, les deux moitiés entre lesquelles était partagée la façade principale. C'est eux que l'on apercevait en arrivant, et d'après eux se formait la première impression sur l'ensemble de l'œuvre. Il était donc naturel qu'ils fussent traités avec un soin tout particulier; et, en effet, ils sont très supérieurs au reste , à la fois pour la composition et pour la facture. Le groupe de Jupiter surtout est une œuvre magistrale. Le dieu marche d'un pas rapide vers la gauche, tendant en avant, pour se couvrir, son bras gauche enveloppé de l'égide et brandissant dans la main droite un foudre. Ses draperies, dérangées par la violence de son action, découvrent son torse puissant. A ses pieds se débattent deux géants; l'un, la cuisse traversée par un coup de foudre , a été renversé en arrière , mais cherche encore à résister. L'autre, frappé au dos et tombé sur ses genoux, semble renoncer à se défendre. Un troisième, dressé sur les enroulements de serpents qui lui servent de jambes, la mine farouche et les cheveux au vent, combat contre l'aigle du maître de l'Olympe. Dans ce groupe si serré il n'y a ni enchevêtrement ni confusion. Les grandes lignes sont aussi simples et aussi harmonieuses que les détails sont beaux.
Le groupe d'Athéna est, à mon avis, sensiblement inférieur. Les lignes y sont plus compliquées, les détails plus mesquins,
(1) La frise de Pergame a, d'ailleurs , éprouvé un traitement pareil : elle a été mise à contribution par les auteurs du Laocoon et par le sculpteur d'un sarcophage qui est à Rome.
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l'exécution plus pauvre et plus sèche. Les plis profondément refouillés des étoffes donnent des ombres trop noires qui trouent la composition et blessent le regard. La déesse saisit par les cheveux un géant, tandis que son compagnon ordinaire, le serpent Erichthonios, le mord avec fureur au sein.
Le fils de la Terre, accablé par cette double attaque, tombe sur le genou et, dompté, impuissant, ses ailes battant Pair en vain, il lève au ciel un regard désespéré et tend son bras défaillant vers sa mère Gé , qui , sortant à moitié du sol , semble implorer pour lui la pitié de Pallas. L'idée est heureuse, quoique un peu raffinée , mais elle est exprimée avec trop de recherche et par de trop petits moyens. Le mouvement du géant est beau, mais son corps est trop détaillé et ses yeux, enfoncés à l'excès, ne rappellent en rien la nature. L'angoisse poignante du visage de Gé nous toucherait davantage, si ses cheveux, ciselés avec un soin minutieux, n'interrompaient, en attirant notre attention, le développement de notre sympathie. La pose d'Athéna est banale et il est bien difficile de s'expliquer comment est fait le corps de la Victoire qui vole vers elle et lui tend une couronne.
Un autre fragment peut être comparé à ces deux groupes : c'est le débris d'un attelage d'hippocampes. La poitrine de ces animaux est superbe et des espèces de nageoires placées sur les épaules dissimulent adroitement l'attache de leur corps de dragon à leur avant-train de cheval. Très beau également le torse d'Apollon, et môme d'un style plus pur que le reste. L'artiste a encore très habilement disposé les trois têtes et les six bras d'Hécate ; tout en marquant d'une manière assez précise ce type imposé par la tradition, il en a dissimulé la bizarrerie. Mais dans le reste, à côté de quelques belles parties, que de choses médiocres ou même absolument mauvaises î Que dire de cette Cybèle à longues tresses qui pousse à travers la mêlée son attelage de lions Louis XIV, et des animaux chimériques qui forment la meute d'Artémis?
Telle est cette œuvre colossale et étonnante. Les archéologues
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de Berlin ont trop longtemps souffert de ne posséder dans leur galerie de sculpture aucun morceau de premier ordre , pour que Ton puisse être surpris de l'enthousiasme avec lequel ils ont accueilli la découverte de la frise de Pergame. A en croire certains d'entre eux, les marbres d'Elgin auraient maintenant des rivaux. Mon admiration va beaucoup moins loin et bien des réserves s'y mêlent. Je reconnais bien la Grèce dans la puissance de l'invention , dans le faire souple et robuste du Jupiter et des géants qui l'entourent; je la cherche en vain dans l'Artémis, le Dionysos, la Cybèle. Ce mélange d'outrances et de défaillances, ce heurt perpétuel du style et du mauvais goût me déroutent et me choquent. Je suis d'ailleurs, je l'avoue, un juge mal disposé, n'ayant jamais eu grand goût ni pour le roman de cape et d'épée ni pour le mélodrame du boulevard. Involontairement, en face des plus beaux morceaux de la frise de Pergame, je songe à cet admirable groupe du Départ, que Rude a sculpté sur l'Arc de Triomphe. C'est peut-être, chose étonnante , le morceau de sculpture qui présente le plus d'analogies avec les marbres du musée de Berlin. Mais le rapprochement est loin de tourner au désavantage du sculpteur moderne. Certes, il a bien moins que son prédécesseur la forme humaine au bout des doigts, mais il a de plus que lui la foi profonde. L'enthousiasme qui éclate dans son œuvre nous empoigne et nous transporte : la frise de Pergame nous surprend par sa fougue, nous séduit par sa variété. Entre le Départ et elle, il y a la même différence qu'entre le Cid et la Tour de Nesle. ^~Nous ne connaissons ni la date exacte à laquelle l'autel a été construit, ni les noms des artistes qui le décorèrent. C'est Attale Ier qui remporta la victoire sur les Gaulois et c'est lui, les auteurs le déclarent et quelques débris d'inscriptions le confirment, qui consacra les groupes monumentaux destinés à rappeler cet événement. Mais est-ce également lui qui érigea l'autel de Zeus et d'Athéna? Ne serait-ce pas plutôt Eumène, qui semble avoir eu encore davantage le goût des constructions fastueuses? La forme des lettres dans les inscriptions gravées à
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côté ou au-dessus de certains personnages de la frise semble à M. Conze se rapporter plutôt au règne de ce dernier prince. Pline nous indique les noms des artistes auxquels Attale confia l'exécution des groupes de Grecs et de Galates : Isigonos , Phyromachos, Stratonicos de Cyzique, Antigonos. Sans doute c'est parmi ces noms qu'il faut aussi chercher ceux des auteurs de la Gigantomachie. Mais lesquels choisir?
Les petites antiquités, vases, gemmes, petits bronzes et terres cuites, forment, je l'ai déjà dit, un département séparé et sont placées dans deux grandes et trois petites salles, au premier étage du nouveau musée. Les premières vitrines que Ton rencontre renferment les bronzes : une remarquable suite de miroirs étrusques, quelques miroirs grecs, les uns montés sur des pieds en forme de statuette d'Aphrodite , les autres renfermés dans des boîtiers ornés de reliefs (deux de ceux-ci sont fort beaux) ; plusieurs cistes prénestines et un assez grand nombre de statuettes , dont aucune n'a l'importance de notre Apollon de Piombino , mais dont plusieurs sont fort intéressantes pour l'histoire de l'art. La perle de la collection est, à mon sens, le petit guerrier dont nous donnons un dessin à la page 257 (1) ; il a été trouvé à Dodone et la courbure de la base sur laquelle il est posé donne à penser qu'il était placé sur le rebord d'un vase , avec le combattant qui lui faisait vis-à-vis. Le bouclier en avant, les jambes bien ouvertes, la tête surmontée d'un casque très haut, il brandit de la main droite sa lance. C'est presque l'attitude dans laquelle Tyrtée nous représente l'hoplite au milieu du combat : « Qu'il se tienne ferme, les jambes bien écartées, affermi de ses deux pieds sur le sol, les cuisses et le bas des jambes et la poitrine et les épaules abrités dans le ventre de son large bouclier! Que dans sa main droite il brandisse sa forte lance et qu'il secoue
(1) Engelmann, Arch. Zeitung, 1882, pl. 7.
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sur sa tête son terrible cimier! » Bien modelé , retouché soigneusement au burin, recouvert d'une de ces patines minces et brillantes, d'un vert bleuâtre, si chères aux collectionneurs, cette
petite statuette est un des plus jolis monuments qui nous restent de Fart du bronze à la fin du sixième siècle.
Une canéphore provenant de Passtum et postérieure de quelque dix ou vingt ans à peine, est d'un travail moins fin, mais d'une
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grâce plus suave. Debout, dans une attitude déjà assouplie, le bras droit levé pour soutenir la corbeille sacrée (aujourd'hui manquante) , elle pose ses pieds nus sur l'abaque d'un chapiteau ionique, qui sans doute était placé sur une petite colonnette.
Tout autour du chapiteau est gravée une inscription : Taôavat <ï>dAw XapfxuXt'Sa ôsxaxav « à Athéna, Phillo, fille de Charmylidas, a consacré ceci comme dîme (1). »
Un Apollon provenant de Naxos et datant aussi des environs de l'an 500 a des formes un peu plus lourdes et plus gauches (2). Le dieu est dans cette attitude de marche lente que les artistes primitifs lui ont si souvent donnée. Sa chevelure est, comme toujours, peignée avec grand soin, et, à l'ordinaire encore, trois longues boucles descendent de derrière ses oreilles et vont s'étaler régulièrement en avant des épaules. L'intérêt de cette figurine vient surtout de l'inscription gravée sur la base : leivayopyiç [x'av£6r,x£v 'ExriêdXw 'Atto'XXwvi : « Deinagorès m'a consacré à Apollon qui lance ses traits au loin. »
Une tête de femme provenant de Sparte et malheureusement très fruste, plusieurs répétitions de l'Hermès Criophore, dont l'une, trouvée en Crète, est curieuse par sa grande antiquité et la sauvagerie de son exécution , enfin une Gorgone étrusque qui formait le pied d'un grand vase, complètent la collection des bronzes archaïques. La grande époque de l'art, le cinquième et le quatrième siècles, sont, là comme partout, mal représentés , et pour retrouver des pièces de valeur, il faut descendre jusqu'au temps des successeurs d'Alexandre.
Le Thésée terrassant le Minotaure, qui a été trouvé en Carie, à Aphrodisias, et qui est reproduit à la page 263, appartient en effet à cette suite que l'école de Lysippe a eue en Asie Mineure pendant le troisième siècle (3). C'est un groupe d'une composition fort originale : destiné à servir d'applique et à être fixé soit sur un vase , soit sur un meuble , il ne pose point sur le sol
(1) E. Curtius, Arch. Zeitimg, 1880, pl. G.
(2) Frsenkel, Arch. Zeitung, 1879, pl. 7.
(.3) Conze, Thcseus und Minotauros. Berlin, 1878.
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et les deux personnages dont il est formé semblent comme suspendus. Thésée bondit sur le dos du monstre déjà vaincu et tombé sur ses genoux, et, appuyant vigoureusement, pour prendre un point d'appui, la main droite sur son épaule, il saisit de l'autre une de ses cornes et s'apprête à la briser. Les proportions ont cette sveltesse systématiquement exagérée que le maître de Sicyone avait mise à la mode ; les têtes sont extrêmement petites, les muscles indiqués avec une précision qui confine à la sécheresse. Mais l'arrangement est habile, les lignes s'enchevêtrent sans confusion et laissent entre elles des jours qui donnent à l'ensemble une grande légèreté.
L'Antiquarium ayant eu longtemps pour directeur l'homme que l'on peut appeler le fondateur de la science céramographique, Édouard Gerhard, il n'est pas surprenant que la collection de vases soit fort belle. Un beau fragment de vase de Théra, avec une Artémis ailée tenant un lion par la queue, est un bon échantillon de la poterie primitive des îles. Les débuts de la céramique athénienne sont brillamment représentés par une grande amphore trouvée en 1880 sur l'Hymette; c'est un vase à fond couleur de terre et à figures brunes, dont le dessin enfantin rappelle à la fois le style des îles et le style de Mycènes. De chaque côté du cou est un couple de guerriers combattant; sur chaque face de la panse, entre les attache des anses, un tableau représente un homme monté sur un char à deux chevaux et suivi d'un cavalier. La décoration se termine par une bande Circulaire de palmettes renversées. Une chytra à trois pieds, trouvée àTanagra, et une sorte de boîte rectangulaire provenant de Thèbes, comptent parmi les monuments les plus anciens et les plus curieux de la fabrique béotienne.
Ainsi que dans tous les musées d'Europe, sauf celui d'Athènes, les vases corinthiens sont peu nombreux et sans importance. Mais, en revanche, le musée de Berlin a recueilli la majeure partie de cette curieuse trouvaille de plaques votives faites il y a trois ans sur l'Acrocorinthe (1), près du hameau de Pendé-
(1) J'ai donné dans la Gazette Archéologique (1880, p. 101) quelques dé-
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Skouphia. Le Louvre ne possède qu'une dizaine de ces plaques; encore a-t-il fallu les instances réitérées de plusieurs personnes pour obtenir qu'on les achetât : le musée de Berlin en a environ 400. Jetées hors d'un temple lors de quelqu'une de ces expurgations que l'accumulation des offrandes rendait périodiquement nécessaires, la plupart sont brisées. Mais les inscriptions
Patcre du trésor d'Hildesheim. (Musée de Berlin.)
qu'elles portent n'en sont pas moins le document le plus précieux pour l'histoire de la paléographie corinthienne, en même temps que les représentations dont elles sont ornées sont des plus instructives au point de vue de la mythologie et de l'histoire des mœurs. A côté de nombreuses images des deux grandes divinités de l'isthme, Poséidon et Amphitrite, nous y voyons en effet des scènes de la vie journalière, des chasseurs poursuivant le gibier, des mineurs occupés à creuser le sol et à
tails sur cette trouvaille, et M. Collignon a décrit sommairement la collection de Berlin dans les Annales de la Faculté de Bordeaux (1882).
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extraire le minerai, et surtout très fréquemment des potiers dans toutes les occupations de leur métier; là, la fournée est faite, la flamme sort du gueulard et le chauffeur surveille la régularité de la cuisson ; ici est la section horizontale d'un four, et nous apercevons à l'intérieur des pots rangés côte à côte , sans gazettes pour les protéger. Ailleurs est un potier tournassant un vase sur un petit tour qu'il manœuvre avec une main. Sur une dernière plaque enfin est figuré un bateau de commerce amarré au quai d'un port et à la vergue duquel, enseigne parlante, est suspendue une rangée de pots.
Parmi les vases de la fin de l'époque archaïque, je ne vois plus à signaler que deux belles coupes de Nicosthènes et un vase en forme de tête portant en graffito la signature de Proclès. Il n'y a rien de bien remarquable parmi les vases à figures noires de la première moitié du cinquième siècle. Les vases à figures rouges de la fin du cinquième et de toute la durée du quatrième siècle sont beaucoup plus nombreux , et il m'est impossible de citer tous ceux qui mériteraient de l'être. La grande coupe de Sosias, dont l'intérieur représente Achille pansant le bras de Patrocle et sur la face extérieure de laquelle est peinte une assemblée des divinités de l'Olympe, est un des chefsd'œuvre de la céramique grecque (voir page 268.) Notons encore une des plus belles coupes d'Hiéron, avec Hermès conduisant les trois déesses auprès de Paris, assis au milieu de ses chèvres sur les rochers du mont Ida (page 245) ; une seconde du même peintre , avec des Ménades sacrifiant à Dionysos Dendritès ; une troisième de Doris, sur laquelle est peinte une scène d'école, une leçon de récitation et de chant; une œnochoé de Capoue, qui nous montre Athéna modelant en terre le corps d'un cheval, etc., etc. Je ne peux non plus que signaler en bloc une belle suite de lécythes polychromes d'Athènes, une série encore plus remarquable de petits vases athéniens à figures rouges relevés d'engobes blanches et d'or, notamment la ravissante œnochoé sur laquelle est figurée la Victoire montée sur un quadrige, entre Chrysos et Ploutos, et une trentaine de vases en formes de figurines, parmi lesquels quel-
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ques-uns sont délicieux, surtout celui dont nous donnons en tête de cet article un croquis rapide (page 239) ; sur le devant est modelé le groupe tendrement enlacé d'Aphrodite et d'Adonis. Mais il faudrait plusieurs pages pour énumérer les principales richesses d'une collection aussi remarquable.
Les plaques estampées et découpées sont assez nombreuses et, parmi elles, deux sont d'un grand intérêt; l'une représente Athéna confiant, en présence de Cécrops, le petit Erichthonios à Gé; l'autre nous montre Dionysos assis sur son mulet et soutenu par Silène. Nombreuses également, et fort bien choisies, les terres cuites archaïques. On remarque notamment plusieurs idoles en forme de ;oava ou troncs d'arbres à peine dégrossis, et trois superbes spécimens de ce type si fréquent de déesse assise sur un trône, qui est tantôt une Déméter, tantôt une Athéna. Sur l'une de ces trois figures, trouvée à Athènes, le gorgonion caractéristique de la seconde de ces déesses est parfaitement visible.
J'avais beaucoup entendu vanter la collection de terres cuites tanagréennes. En réalité, elle est fort inférieure à celle du Louvre. Elle ne compte guère que soixante-dix pièces , dont un grand nombre sont audacieusement repeintes. La plus intéressante de toutes est une grande figurine dorée, de la même trouvaille et du même style que celle de notre musée. Un groupe grotesque, un homme assis sur un escabeau et attendant avec une patience résignée qu'un coiffeur, debout derrière lui, ait fini d'arranger sa chevelure , est d'une verve comique bien amusante. N'oublions pas deux groupes de figurines dorées, trouvées à Tanagra et disposées en deux frontons , dont l'un représente le Rapt cle Coré par Hadès, l'autre l'Enlèvement d'Hélène par Thésée. Quoique les deux compositions soient fort mutilées, la délicatesse avec laquelle elles ont été modelées et le fait qu'elles sont uniques en leur genre leur donnent une grande valeur.
Je ne dirai que quelques mots du cabinet des bijoux et des gemmes. Tout le monde connaît, ne fût-ce que par les reproduc-
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tions qu'en a faites la maison Christofle , son principal trésor, cet amas de vaisselle romaine en argent relevé de dorures qui a été trouvé en 1868 près d'Hildesheim (1). A part ces superbes pièces, auxquelles la ciselure a donné une netteté et une vigueur de dessin que la galvanoplastie a été impuissante à rendre, le musée de Berlin n'a pas, en fait d'orfèvrerie, d'objets fort importants.
Pour les camées et les intailles, il est beaucoup plus pauvre que nous en œuvres des époques macédonienne et romaine , et beaucoup plus riche en spécimens de l'art archaïque, grec aussi bien qu'étrusque. J'ai revu là une quinzaine d'admirables scaraboïdes, trouvés en Grèce, qu'un de mes amis d'Athènes m'avait, au temps jadis, chargé de proposer en son nom à notre Cabinet des médailles et antiques , et qui avaient été refusés comme faux. C'a été pour moi un regret de plus, ajouté à beaucoup d'autres.
(1) Voir l'article de M. F. Lenormant, dans la Gazette des Beaux-Arts, t. II, 2e période, p. 408.