‹ Études d'archéologie et d'artChapitre 6 sur 54 · STATUE D'ATHÉNÀ PART HÉ NO S · texte numérisé non relu

STATUE D'ATHÉNÀ PART HÉ NO S

de janvier du Bulletin de correspondance hellénique par un des jeunes membres de notre école d'Athènes, M. Hauvette- Besnault (1).

Si, pour apprécier la nouvelle statue, on se place au point de vue artistique, on la trouvera sans doute fort peu digne du tapage que le démarque d'Athènes a fait un peu étourdiment autour d'elle. C'est une œuvre d'exécution très maladroite, où les proportions mêmes de l'original ne sont assurément pas reproduites avec exactitude, et où les détails sont rendus avec la dernière gaucherie. Les mains sont informes, les doigts des pieds séparés par des stries parallèles comme sur les bonshommes en bois que l'on vend au jour de l'an dans les boutiques en plein vent, le sphinx qui supporte le cimier et les griffons qui le flanquent de droite et de gauche sont tout à fait grotesques. Un effort méritoire a été fait pour rendre la grâce du visage et le sourire de la bouche; mais, hélas! il a complètement échoué. M. Newton fait, à mon avis, beaucoup d'honneur à ce marbre en l'attribuant à l'époque d'Hadrien (2). Je le crois plus récent de soixante ou quatre-vingts ans, c'està-dire que j'en placerais l'exécution dans les dernières années du second siècle, ou même au commencement du troisième. Nous avons, même du règne de Gordien, des œuvres beaucoup plus habiles. Et l'on ne peut attribuer ici, comme dans la statuette découverte au temple de Thésée par Charles Lenormant et publiée ici même par son fds, la grossièreté du travail à la négligence ou à la précipitation de l'artiste. C'est au contraire une de ces œuvres

Où Ton voit qu'un monsieur très sage S'est appliqué

\\) Je saisis cette occasion pour signaler cet excellent recueil qui fait le plus grand honneur à notre école d'Athènes. Quoique consacré en majeure partie à l'épigraphie, il donne aussi une place aux arts, et publie d'excellentes reproductions des marbres, des terres cuites ou des bronzes que Ton découvre en Grèce.

(2) Newton, Academy, 12 février 1881, p. 124.

STATUE D'ATHÉNA PARTHÉNOS.

Au point de vue archéologique, en revanche, notre statue est d'un assez grand intérêt. Non pas qu'elle nous fournisse sur l'œuvre dont elle affiche la prétention quelque peu outrecuidante d'être la copie des révélations inattendues, des renseignements d'importance capitale. Mais elle change en faits certains des hypothèses qui, jusqu'à présent, n'étaient que vraisemblables, et résout des questions sur lesquelles les gens sceptiques pouvaient encore ergoter. Elle confirme presque d'un bout à l'autre les idées de M. François Lenormant, justifie l'importance attachée par lui à la statuette inachevée du Théseion, et prouve l'entière exactitude du texte de Pausanias, dont Simart a eu le tort de s'écarter sur plusieurs points. Ainsi, par exemple, elle montre que le serpent Erichthonios était bien à gauche de la déesse, dans la concavité du bouclier, que le casque n'était surmonté que d'un sphinx flanqué de griffons, et qu'il n'y avait point sur la visière cette garniture lourde et baroque de chevaux lancés au galop que l'on avait empruntée aux tétradrachmes de l'époque macédonienne et à l'intaille d'Aspasios.

La statue du Varvakeion nous donne donc l'ensemble de l'œuvre de Phidias plus complètement que nous ne l'avions jusqu'ici. C'est là son grand, son seul mérite, car, presque pour chaque détail pris à part, nous avons déjà un document plus instructif. Pour le casque , il faut nous adresser à une petite tête en bronze qu'un marchand grec de passage à Paris avait proposée au Louvre il y a trois ou quatre ans et qui a été, si je ne me trompe, acquise par le British Muséum (1). L'un des griffons placés à côté du cimier y est parfaitement conservé et l'allure en est superbe. Pour la position du corps, le mouvement des jambes, la forme de l'égide et l'arrangement de la double tunique, nous ne pouvons souhaiter mieux que le magnifique débris trouvé en 1859 non loin des Propylées. C'est une œuvre presque contemporaine de la Parthénos,

(1) Cette tête est encore inédite.

STATUE D'ATHÉNA PARTHÉNOS.

et dont le dessin, publié par Michaelis, conserve bien à peu près la majesté de lignes, mais ne reproduit nullement la largeur et la souplesse de modelé (1). Pour la base, la statuette du Théseion reste encore le seul document qui complète les textes de Pline et de Pausanias. Quant à la lutte des héros athéniens contre les Amazones, ciselée sur le bouclier, nous en sommes toujours réduits aux médiocres et incertaines indications de cette même statuette et du bouclier Strangford. Les monnaies enfin nous donnent seules la lance que la déesse maintenait du pouce de sa main gauche contre le bord du bouclier; ce sont elles encore qui nous indiquent avec le plus d'exactitude la position de la Victoire : elles nous la montrent complètement tournée vers Athéna. La position de trois quarts adoptée ici par le sculpteur n'est ni admissible pour la logique ni satisfaisante pour l'œil.

Comme compensation pour les problèmes qu'elle résout, la statue du Varvakeion en fait surgir un autre. La Victoire en or et en ivoire que la Parthénos tenait clans sa main droite étendue avait quatre coudées de haut; c'était donc une statue de grandeur naturelle. Même en supposant que l'armature en bois placée à l'intérieur fût aussi légère que possible, que l'or des vêtements fût repoussé au marteau, ce qui permettait d'en réduire beaucoup l'épaisseur, que l'ivoire enfin fût en placage très mince, le poids de cette Victoire ne restait pas moins fort considérable. Une barre métallique placée horizontalement dans le bras droit de la statue suffisait-elle à la soutenir? ou bien un support vertical avait-il été jugé indispensable, quelque disgracieux qu'il dût être? Si ce support n'existait que sur la statue du Varvakeion, on pourrait en attribuer l'addition à la timidité du sculpteur et aux nécessités de la matière employée par lui. Mais il est aussi représenté sur un bas-relief athénien de l'époque de l'indépendance. Ici aucun motif de stabilité ne saurait être invoqué : si l'auteur de ce bas-relief a figuré une

(1) Michaelis, der Parthenon, pl. XV, n° 2.

STATUE D'ATHÉNÂ PAKTHÉNOS.

colonnette sous la main de l'Athéna, c est qu'il avait vu cette colonnette au Parthénon. Maintenant, depuis quelle époque y

Slalue d'Athéna découverte au Varvakcion.

existait-elle? Avait-elle été placée par Phidias lui-même, ou bien avait-elle été ajoutée lors de quelque restauration de son œuvre ? Nous savons en effet que la Parthénos commença de bonne heure à se disloquer. La génération qui l'avait vu mettre

STATUE D'ATHÉNA PARTHÉNOS.

en place en vit une première restauration complète, et de combien d'autres réparations partielles celle-là dut-elle être suivie?

Notre admiration pour le grand maître nous porte instinctivement à préférer cette seconde supposition à la première.

Statuette d'Athéna dite du Théséion.

L'idée qu'il a pu être forcé de recourir à un artifice aussi grossier, nous répugne et nous choque. Néanmoins nos répugnances ne sont point des arguments, et, en dépit de nous, la question reste posée. Il ne faut d'ailleurs pas oublier que dans les nombreux passages d'auteurs anciens où il est ques-

STATUE D'ATHÉNA PARTHÉNOS.

tion de l'Athéna Parthénos (1), sa grandeur, sa richesse sont sans cesse vantées; mais nulle part on ne trouve les indices d'une admiration sincèrement et profondément ressentie, comme celle qu'imposait à tout le monde le Jupiter Olympien. L'Athéna Lemnienne elle-même, bien que de grandeur médiocre et simplement en bronze, est plus louée que la Parthénos. Personne ne se soutient toujours aux mêmes hauteurs, et il est fort possible que Phidias ait été inférieur à lui-même précisément dans celle de ses œuvres pour laquelle il avait eu à sa disposition le plus de ressources matérielles et dont nous autres modernes parlons le plus souvent.

(1) Ils sont tous recueillis dans Michaelis, der Parthenon, p. 266 à 284; dans Overbeck, Antike Schriftquellen, n° 645 à 690; dans Otto Jahn et Michaelis, Pausaniae descriptio arcis Athenarum, 2e édit., p. 14 à 18.

Athéna, sur un bas-relief attique du musée de Berlin.

DODONE ET SES RUINES 11

Constantin Carapanos. Dodone et ses ruines. Paris, 1878. Hachette éditeur.

Caché au fond d'une étroite vallée de FÉpire, au pied du mont Tomaros jadis couvert de forêts de chênes, le sanctuaire de Dodone est. de toute la Grèce, celui dont la célébrité remonte à l'époque la plus reculée.

Lorsque les tribus helléniques, après être restées longtemps sur les hauts plateaux de la Macédoine et de la Thrace occidentale , descendirent lentement par les deux côtés de la chaîne du Pinde vers le pays où elles devaient définitivement s'établir, FÉpire fut une de leurs routes et Dodone un des points où elles fixèrent le séjour de leurs dieux. Le couple divin qui y fut adoré, celui de Zeus Naïos et de Diona, appartient en effet en propre à la race hellénique, de même que le couple analogue d'Apollon et d'Artémis appartient plus particulièrement aux tribus, proches parentes des premières, qui vers la même époque venaient occuper la côte d'Asie et les îles de la mer Égée. Transporté ainsi par les Hellènes des pays du Nord vers leur nouvelle patrie, le culte

(1) Gazette des Beaux-Arts, 1er mai 1878.

Satyre dansant. Bronze de la collection Carapanos (Fouilles de Dodone).

Satyre dansant. Bronze de la collection Carapanos (Fouilles de Dodone).

DODO N E ET SES RUINES

de Zens Naïos et de Diona garda le caractère austère et sombre que l'on rencontre le plus souvent dans les religions des contrées où le climat est dur et le sol couvert cle grands bois; il se confond presque avec le culte des arbres, des oiseaux et des vents; il impose à ses ministres des pratiques ascétiques qui rappellent plutôt le genre de vie des druides que les sacerdoces du monde grec. C'est dans l'arbre des pays du Nord, dans le chêne, que résident les dieux de Dodone; c'est par le bruissement du feuillage, par les allures des colombes perchées dans les branches, par le murmure du vent sur les lèvres d'un grand bassin de métal, qu'ils se révèlent aux mortels et font connaître leur volonté. Les prêtres du sanctuaire, les TOtAOUpOt , sont astreints à une vie sévère : ils ne doivent ni se laver les pieds ni coucher autrement que sur la dure; les prêtresses, obligées à une perpétuelle virginité, portent le nom étrange de ou colombes. Elles seules savent comprendre et traduire en langage humain les signes envoyés par Zeus; elles seules, après que les fidèles ont écrit leurs demandes sur des plaques de plomb, peuvent communiquer aux dieux ces demandes, recevoir leurs réponses et les transmettre.

Ce n'étaient pas seulement les peuples voisins de Dodone, Thesprotes, Molosses, Acarnanes, Étoliens, Corcyréens, qui consultaient l'oracle en toute occasion. De toutes les villes de Grèce, on envoyait des théores à Zeus Naïos et à Diona. C'est sur la foi d'un oracle de Dodone que les Athéniens entreprenaient la folle expédition de Sicile; c'est en leur citant la réponse du dieu qu'Agésilas obtenait des éphores lacédémoniens leur consentement à l'expédition qu'il projetait de faire en Asie. Il va sans dire que ces consultations n'étaient pas gratuites; il fallait acheter l'attention des dieux par des sacrifices et des promesses, et témoigner par des dons sa reconnaissance pour les avis utiles qu'on avait reçus. Aussi le sanctuaire s'était-il peu à peu rempli d'ex-voto de tout genre, et lorsque en 220 avant J.-C. le stratège étolien Dorymakhos incendia Dodone et la détruisit de fond en comble, il dut y

DODONE ET SES RUINES

trouver un riche butin. Beaucoup de menus objets en bronze et en plomb furent toutefois laissés par les pillards, recouverts par les décombres et peu à peu profondément enfouis par l'ex-

Joueuse de double Hùie. Bronze archaïque de la collection Carapanos.

haussement du sol. Lorsqu'en en 168 Paul Émile pilla méthodiquement TÉpire, il ne dut plus trouver à Dodone grand'chose à prendre. Quand la domination romaine eut rendu la paix à FOrient, le temple et les édifices qui y étaient attenants furent restaurés, mais jamais l'oracle ne recouvra son ancienne

DODONE ET SES RUINES

célébrité. Au commencement du moyen âge, le sanctuaire fut «le nouveau détruit, et définitivement cette fois. Il y a quelques années, on ne voyait plus à la surface du sol que les restes d'un petit théâtre et les débris d'un mur d'enceinte, ruines insignifiantes qui n'avaient guère fixé l'attention des voyageurs et sur l'identification desquelles on n'était pas d'accord.

L'honneur d'avoir démontré que ces ruines étaient celles de Dodone, de les avoir explorées à fond et d'avoir fait connaître au monde savant les résultats scientifiques de celte exploration, appartient à un banquier de Constantinople, M. Carapanos. Originaire de l'Épire et passionné pour les antiquités de sa patrie, M. Carapanos était depuis longtemps préoccupé de la pensée de retrouver l'emplacement de Dodone. La comparaison des textes anciens et une étude détaillée du pays lui avaient fait penser que cet emplacement devait être cherché dans la * vallée de Tcharacovista; la nouvelle que les paysans de ce village trouvaient, dans les ruines du paléo Castro de la vallée, de nombreuses monnaies et de grandes quantités de plomb qu'ils fondaient pour faire des balles, acheva de le convaincre et de le décider à entreprendre sur ce point des fouilles méthodiques, qui lurent continuées pendant dix mois et s'étendirent sur un espace de deux hectares. Quel a été le succès de ces fouilles, c'est ce que montrent les deux beaux volumes que nous avons aujourd'hui le plaisir de signaler.

Parmi les trouvailles de M. Carapanos, les demandes adressées à l'oracle tiennent une place importante, et quoique ces demandes n'aient rien de commun avec l'art, quoique l'intérêt qu'elles présentent soit uniquement archéologique, mes lecteurs ne me reprocheront pas, je l'espère, de leur en dire quelques mots. Elles sont tracées à la pointe sur de petites plaques de plomb. L'écriture en est très fine et très cursive, la rédaction d'ordinaire assez maladroite et l'orthographe très capricieuse; souvent plusieurs demandes ont été gravées sur la même feuille de métal, les unes en long, les autres en travers. Si l'on ajoute à cela que les plaques sont fortement oxydées, qu'elles ont été

DODONE ET SES RUINES

froissées, pliées, brisées souvent, Ton comprendra que la lecture de ces textes n'est pas précisément facile; un petit nombre, en effet, ont pu être déchiffrés assez complètement pour qu'on puisse en comprendre le sens. Ce sont en général des questions vagues, de gens qui ne savent trop ce qu'ils désirent et craignent de se compromettre en livrant au dieu et à

Plaque en bronze repoussé de la collection Carapanos.

ses ministres leurs petits secrets : « Évandros et sa femme demandent à Zeus Naïos et à Diona auquel des dieux, des héros ou des génies, ils doivent adresser des prières et faire des sacrifices pour obtenir d'être heureux, eux-mêmes et leur maison, maintenant et à toujours. » Remarquez qu'Évandros ne < lit pas auxquels, mais auquel; un seul protecteur lui suffira, deux coûteraient trop cher; encore faut-il que la protection obtenue soit de longue durée. Un certain Socrate voudrait savoir quel métier il lui sera plus profitable d'exercer; un

DODONE ET S E S R CINES.

berger demande s'il trouvera à vendre avec bénéfice son troupeau; un négociant, homme prudent et avisé, interroge l'oracle sans lui confier son nom, pour savoir « s'il réussira en faisant le commerce comme il lui semble bon et en allant où il lui semble bon. » Parfois les questions faites sont des plus naïves : « Agis interroge Zeus Naïos et Diona au sujet des couvertures et des oreillers qu'il a perdus. Est-ce quelqu'un de la maison qui les a volés, ou un étranger? » Jupiter entrait ainsi dans la confidence de bien des secrets intimes : « Lysanias demande à Zeus Naïos et à Diona si l'enfant qu'Annyla porte dans son sein n'est pas de lui. » N'est-il pas fâcheux que nous ignorions comment les dieux répondaient à des questions aussi embarrassantes?

Les ex-voto retrouvés dans les fouilles se composent de quelques rares fragments de statues, de nombreuses statuettes, et d'une foule d'objets d'usage, vases, supports de vases, armes, ornements d'armures de parade. Tous ces objets sont en bronze mêlé d'argent et se sont recouverts avec le temps d'une admirable patine, mince, lisse, brillante, et d'un curieux ton bleuâtre.

La plupart des statuettes appartiennent au sixième siècle, à cette période où l'art grec prit un si prodigieux essor, et où ses œuvres présentent cette sincérité naïve et en même temps cet instinct du beau, ce mélange d'inexpérience enfantine el d'habileté déjà grande, ce charme étrange et pénétrant qu'ont aussi les œuvres du quinzième siècle italien ; période bien mal connue encore, et dont l'étude promet encore bien des découvertes. Le morceau le plus remarquable de cette série est un satyre à pieds de cheval, haut de 20 centimètres ; le front très bas, les yeux bridés, le nez retroussé, les lèvres lippues donnent à sa face une expression bestiale ; la main droite posée sur la hanche, le bras gauche levé, il exécute une danse de caractère; la lourdeur de ses mouvements, le sérieux de sa physionomie produisent l'effet le plus comique. Une Atalante court vêtue, dont M. Varin a malheureusement fait une assez faible gra-

DODONE ET SES RUINES

vure, est d'un mouvement énergique et d'un grand caractère. Une joueuse de double flûte, la bouche entourée de la bande de cuir (cpopêeioé) qui servait à soutenir les joues et aidait à produire avec moins d'effort un son plus plein et plus tenu, et un personnage assis, drapé dans le long manteau royal et coiffé d'une

Scylla. Plaque on bronze repoussé de la collection Carapanos.

tiare conique, sont plus particulièrement intéressants au point de vue du costume. L'art mouvementé et pourtant encore sévère du quatrième siècle est représenté par une superbe Ménade , reste de quelque groupe dont il est difficile de comprendre le sujet.

Non moins curieuses sont les plaques en bronze repoussé, ornements de baudriers, de fourreaux d'épées, de casques el de cuirasses en cuir, et qui ont survécu à la destruction des

DODONE ET SES RUINES

objets plus fragiles sur lesquels elles étaient cousues. Sur la plus belle, M. de Witte, à la science toujours obligeante duquel M. Carapanos doit la description de ses bronzes, reconnaît avec beaucoup de vraisemblance le combat de Pollux contre Lyncée. Une autre, fort remarquable également, non seulement par la fermeté un peu sèche peut-être du modelé, mais encore par l'habileté de composition et d'agencement, représente Scylla se dressant au-dessus des flots de la mer. Une troisième enfin, d'un art un peu maigre, mais bien distingué , a pour décoration deux griffons affrontés.

Parmi les armes et les ustensiles, on rencontre encore des chefs-d'œuvre d'habileté et d'élégance. Le trépied fort simple consacré par le rhapsode Terpsiclès, et môme certaines anses d'aiguières et de bassins sont de véritables merveilles. M. Heuzey a fait de tous ces objets une étude détaillée et où Ton retrouve cette science scrupuleuse, ce sentiment délicat de l'art grec, et, ce qui ne gâte rien, ce charme de style que les lecteurs de la Gazette n'ont malheureusement que de trop rares occasions d'apprécier. Mais la pièce la plus étonnante de cette catégorie est un couvre-joue de casque, reproduction fidèle de la portion du visage qu'il était destiné à protéger. La frisure de la barbe est ciselée avec un soin minutieux, et la fine moustache qui

Tèle de lion suspendue à un anneau.

DODONE ET SES RUINES

recouvre la bouche largement ouverte est tordue avec une maestria sans égale.

Telle est cette magnifique collection. Les amateurs de Fart antique vont d'ailleurs avoir l'occasion d'en apprécier la richesse bien mieux qu'ils ne le peuvent faire par la lecture de cette courte notice. Les bronzes de Dodone seront en effet avant peu de jours exposés par leur libéral possesseur dans les vitrines du Trocadéro, et dans cette réunion d'antiques que tout annonce devoir être fort nombreuse et fort belle, ce ne sera certainement pas la partie qui attirera le moins l'attention des connaisseurs.

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