‹ Etudes d'archéologie et d'histoireChapitre 23 sur 28 · RENOUVELLEMENT DE LA NATION ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

RENOUVELLEMENT DE LA NATION ESPAGNOLE

les IV, Manuel Godoï, voyant Napoléon partir pour la première campagne de Prusse (j8o6), crut la France près de l'abime, et arma l'Espagne conlre elle. L'empereur parla dès lors de se venger. L'année suivante (1807) il conclut une nouvelle convention avec le cabinet de Madrid pour ouvrir un passage à travers la Péninsule à Junot, qui devait aller chasser les Anglais du Portugal, destiné à donner des apanages aux princes espagnols et à Godoï lui-mêmer Ce traité allume la discorde dans la Tamille rovale^ l'infant Ferdinand sei'évolle contre son père, qui le dénonce à l'empereur, mais qui bientôt, effrayé par l'insurrection de la capitale, abdique, souffre qu'on proclame Ferdinand Vil , et presque aussitôt proteste contre l'autorité qu'il lui a laissé prendre. Napoléon lui-même accourt à Bayonne, où déjà s'étaient assemblés ses soldats; il appelle auprès de lui Ferdi* nand, qui est suivi de son père, de sa mère, de Godoï. Alors surviennent au château de Marac des scènes terribles, où le fils attaque dans le ministre son père et sa mère, où le père s'emporte en invectives, où la mère adjure Napoléon épouvanté d'envoyer son fils à l'échafaud. C'étaient les dernières convulsions de la monarchie. L'empereur retint captifs ces grands personnages, qui s'étaient dépouillés euxmêmes de la majesté royale. Bientôt (i8o8)ilassemble à Bayonne une junte de députés espagnols , par lesquels il fait nommer son frère Joseph roi d'Espagne. Mais les idées répandues par noire révolution avaient déjà germé dans cette nation que les rois même préparaient depuis un siècle : à mesure que Murât entrait en Espagne pour y faire reconnaître le non-

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veau roi , des juntes se formèrent spontanément dans toutes les villes. Une junte centrale, qui, suivant la marche de l'invasion, résida à Âranjuès, àSéville, puis dans l'ile de Léon , s'éleva rapidement au-dessus des comités particuliers pour diriger leurs opérations ; puis , manifestant tout d'un coup quels progrès la Péninsule avait faits sous l'influence de la France, convoqua des corlès générales pour rédiger une constitution. Ce n'était pas seulement pour l'indépendance que les Espagnols combattaient; ils s'é* taient levés pour fonder tout ensemble leur unité et leur liberté.

Les cortès générales, formées par Félection du peuple, qui n'avait jamais pris une part directe à leur nomination, convoquées de tous les points de la Péninsule sans ces distinctions de royaumes particuliers qui n'avaient jamais été effacées, se réunirent au mois de septembre 1810, à Cadix, sous le canon des ennemis. Imitant scrupuleusement le modèle que leur avaient donné dans l'assemblée constituante ces mêmes Français qui les tenaient investies, elles abolissaient les institutions qui entravaient sa liberté, et organisaient celles qui devaient régler l'exercice de ses droits. La féodalité, l'inquisition étaient anéanties. La souveraineté du peuple était proclamée; Ferdinand Vil étai> reconnu roi ; absent, il était remplacé par une régence composée de cinq membres. Une constitution, destinée à donnera l'Espagne la forme d'une monarchie représentative, proposée par quinze membres, était adoptée à une grande majorité. Expression des idées que la France avait formulées elle-même en 1791, elle n'admettait

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qu'une chambre, séparait le pouvoir législatif de i'e^iécutify donnait aux cortès la plénitude du premier, traçait les limites du second, attribué au roi y consacrait la liberté de la pensée ^ garantissait la liberté individuelle, réservait l'organisation de la justice, indiquait le mode des changements à faire au pacte fondamental, et, mal instruite par l'exemple qu'elle reproduisait, stipulait que les membres des cortès extraordinaires ne pourraient être réélus aux cortès ordinaires. Fidèle en un seul point à son passé, elle ne reconnaissait d'auti^e religion que la religion catholique.

11 faut s'arrêtera cette grande manifestation , qui explique suffisamment toute la suite des événements écoiilés depuis ce jour. Les rivalités qui divisaient en libérales et en semles l'assemblée où elle se fit ; la délivrance de Ferdinand VII, la restauration de la monarchie en France, du pouvoir absolu en Espagne et dans le reste du continent ; le réveil de la liberté dans cette même ile de I^éon où elle était née ; la captivité nouvelle du roi ; l'intervention de la France; l'émancipation de tous les royaumes du nouveau monde, qui avaient envoyé des députés aux cortès extraordinaires pour réclamer leur indépendance , et qui, dégagés des liens de la métropole, forment des républiques autonomes; la mort du roi; l'avénement de sa fille sous l'influence des idées libérales; la révolte de son frère; la régence de sa femme; la guerre civile; les cortès impuissantes à la terminer; l'élévation d'un soldat de fortune qui la tranche, qui exile la-mère de sa reine, qui en prend la place, qui laisse quelque temps l'Europe dans l'attente et qui

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finit par se retirer à Tétranger ; ks cortès appelées, au milieu Me la discorde renaissante , à décider souverainement de l'avenir d'un des pins beaux pays et de l'un des peuples les plus énergiques de la terre; l'autorité restaurée dans la personne même d'une femme; l'ordre renaissant, et l'industrie s'efTorçant de retrouver, de féconder les trésors d'un sol qui avait fourni à l'antiquité quelques-uns des éléments les plus enviés de ses richesses : ce sont des événements que nous, qui les avons vus et qui en sommes dominés , ne pouriîons raconter qu'avec de longs détails, et que le temps livrera en quelques mots à rhistoire, k qui nous les laissons.

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