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RENOUVELLEMENT DE LA. NATION ESPAGNOLE

conrotities à celle d'Espagne, et qu'il abandonnerait le duché de Parme et ses droits sur la Toscane au duc François de Lorraine, qui lui-tnéme céderait ses États au beâu-père de Inouïs XV, le roi détrôné de Pologne, chargé de les transmettre à la France. La mort de Jean-Gaston de Médicis survint Tannée suivante (1737), Comme pour rendre complète l'exécution de ce traité célèbre, qui établit entre les puissances de l'Europe à peu près le même partage auquel un nouveau traité de Vienne les a ramenées de nos jours. François de Lorraine, marié à la fille de Charles VI, Marie-Thérèse, qui allait se rendre célèbre, assurait^ au milieu de l'Italie, le pouvoir que l'empereur lui-même avait sur le nord de celte péninsule, tandis qu'une branche latérale d'Espagne en occupait le midi et que la France tendait, pour sa part, à gagner ses limites naturelles.

Mais bientôt Charles VI en mourant (1740) donna à l'Europe le signal d'une guerre nouvelle. Le cardinal Fleury, qui ne recommençait qu'à i^gret les coalitions, mourut (174^) après y avoir été entraîné malgré lui. Walpole s'était retiré (174O pour n'en pas courir les hasards. De nouveaux ministres reprenaient avec feu, en France, la politique belliqueuse de Louis XIV contre l'Autriche , en Angleterre la politique jalouse de Guillaume III contre la France. Marie-Thérèse, après ses désastres, ressaisit les États de son père, fit' décerner l'empire à François T', son époux, et vit en lui la maison de Lon^aine prendre exactement la place de la maison d'Autriche.

Louis XV, après la belle retraite du maréchal de Belle-tsie, après Içs glorieux faits d'arniés de Maurice

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de Saxe et de Lowendal y restitua toutes ses conquêtes. L'Espagne seule, au milieu de ce conflit où elle suivit le parti de la France, trouvait l'occasion de faire de nouveaux établissements. Philippe V envoya don Philippe, le frère de don Carlos , tenter la fortune (174^) au delà des Alpes, dans la patrie de leur mère. L'infant disputa successivement la Savoie et le Piémont au roi de Sardaigne, le Milanais et le duché de Parme à l'Autriche. La mort de Philippe V, remplacé par un fils de son premier mariage, ne changea point la politique de l'Espagne, qui, au traité d'Aii# la-Chapelle (1748), obtint pour l'infant Parme, Plaisance et Guastalla, où Bonaparte trouva encore le fils de ce prince.

Ferdinand VI (1746-1759), rendu à la paix, continua à faire dans l'État les améliorations que son père avait commencées. Après l'armée , Philippe V avait réformé la justice d'Espagne sur le modèle de la France; il avait entrepris de guérir la plaie de la mendicité (i 721) en ouvrant des asiles aux infirmes. Son fils fît arrêter les vagabonds, qu'on transporta sur des terres incultes et qu'on força au travail; il favorisa l'industrie en soutenant de grandes manufactures; il traça les routes et les canaux, artères où circule la vie des nations. La Péninsule avait encore fait si peu de progrès dans les arts de la paix que le marquis de la Ensenada^ premier ministre, s'immortalisa en perçant à travers les montagnes le grand chemin deGuadarrama entre les deux Castilles, privées jusqu'alors de communications complètes. Ferdinand VI donna aussi tous ses soins à maintenir la marine espagnole, qui avait dans les royaumes du

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nouveau monde de grands éléments de prospérité, mais qui, depuis le commencement du siècle, était * poursuivie par l'inimitié de FAngleterre.

Ce peuple^ chez qui la religion avait commencé, au siècle précédent, une révolution que le commerce avait achevée , absorbé désormais par une seule pensée, soit que Marlborough le conduisit à la guerre, soit que Walpole lui conservât la paix, était uniquement occupé à trouver des débouchés à son industrie. Non content d'avoir l'empire de l'Océan, il allait chercher dans les déserts mystérieux du nouveau monde la domination absolue des mers de l'ancien continent. Établi au large dans l'Amérique septentrionale, il ne pouvait souffrir d'y être borné au nord par le Canada, qui appartenait aux Français, et de toucher au midi les royaumes que les Espagnols avaient conservés. 11 avait commencé par chercher, aux dépens de ceux-ci, des établissements dans l'Amérique méridionale, et avait fait bombarder Carthagène (1740), sur les côtes de Colombie. Toutpuissant dans le Portugal , qu'il traitait comme une de ses provinces, il pensait en avoir bientôt fini avec l'autre monarchie de la Péninsule, à laquelle il avait déjà dérobé la clef de la Méditerranée. Mais, repoussé par elle, il projetait maintenant de l'attaquer dans la puissance qui la couvrait; il voulait exclure la France du Canada pour se retrouver seul en face de l'Espagne dans le nouvel hémisphère. La France fut forcée à la guerre par l'invasion subite de ses colonies (1755) ; elle entraîna avec elle l'Espagne, l'Autriche et leurs alliés naturels; formant au sein de cette ligue une ligue particulière, le duc de Choiseul

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lia par le pacte de famille (1768) les Bourbons qui * régnaient à Paris, à Madrid , à Naples. Après sept ans de combats^ les plus désastreux peut-être que Dous ayons soutenus, les plus beureux qu'ait livrés l'Anglelerre, la France, en perdant le Canada, la Nouvelle-Ecosse, l'île Grenade et ses colonies du Sénégal, vit sa rivale dominer dans l'Amérique septentrionale, et se frayer en même temps l'empire de l'Orienta. Mais lorsqu'on signa enfin la paix (1768), l'Espagne reçut la I^ouisiane française en échange des îles Philippines et de la Floride, qu'on lui avait enlevées.

Ferdinand VI était mort laissant la coui*onne à son frère don Carlos, qui avait conquis un royaumiB en Italie, et'qui, maintenant laissant les Deux- Siciles à son propre fils, vint régner à Madrid sous le nom de Charles III (1759-1788). Ce prince est l'un des plus grands bienfaiteurs de l'Espagne. Il a commencé à donner à la Péninsule ce qu'elle attendait depuis deux siècles, la vie matérielle, c'est-à-dire des routes, des canaux, des ponts, des manufactures, des fermes, des colonies de cultivateurs, des sociétés économiques, un crédit public. Non content de fonder ainsi la richesse réelle, il en garantissait l'avenir, en la défendant contre les envahissements de l'Angleterre. A la direction des intérêts il joignit celle des idées. L'exemple de la France produisait ces résultats. Sous son influence, des changements considérables s'opéraient déjà dans l'esprit des Espagnols, et se manifestaient par les métamorphoses de leur goût. L'Académie royale, instituée (1714) pour lutter contre le Gongorisme, l'A-

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cadémie de Thistoire, établie (i735) pour purger les aunales nationales des fables dont elles étaient remplies, portaient leurs fruits. Un ministre de Pbi* lippe V, Jgiiacio de Luzan, avait publié, en 1737, une volumineuse poétique, qui, au nom du goût antique adopté par la France, signalait les défauts de la littérature espagnole et lui traçait des règles nouvelles. Ce livre, qui devint la base de la critique nouvelle, fut suivi de plusieurs essais de tragédies et de comédies régulières. Par Timitation du siècle de Louis XIV on revenait à celui de Cbarles-Quint, qui avait créé aussi tout un parti de critiques et de poètes dévoués aux principes de la renaissance. Les protestations qui s'élevèrent contre cette réaction en subissaient elles-mêmes l'influence. La Huerta, qui avait la prétention de venger l'ancien théâtre espagnol, imitait le théâtre français dans ses propres pièces, qu'il empruntait à Eschyle et même à Voltaire; et lorsque, pour achever son triomphe, il rassemblait dans un recueil les chefs-d'œuvre déjà oubliés de la scène nationale , il avait soin de n'y admettre que ceux qui s'approchaient de nos mo* dèles, présents alors à tous les esprits. Au même temps paraissait, dans la vieille université de Salamanque, Melendez Valdès, le poète de l'élude et des grâces, qui, admiré par les deux partis, montrait quel essor nouveau le goût français pouvait communiquera la poésie castillane; tandis que l'illustre Moratin, dont la Péninsule vient de nous redemander les cendres, écrivait à Paris même, entre Térence et Molière, ces comédies élégantes et sensées qui causaient aux spectateurs de Madrid et de

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Séville des plaisirs jusqu'alors inconnus. Par les traductionsy qui s'emparaient des ouvrages les plus légers et aussi des plus savaiils, l'esprit de la France pénétrait plus directement encore et plus abondamment au delà des Pyrénées. La langue y qui délaissait de plus en plus le vocabulaire arabe pour retourner au vocabulaire roman , et qui se dépouillait peu à peu de ses idiotismes pour adopter les nôtres, montrait, dans sa déchéance même, que le peuple qui la parlait, délié par nous des dernières et fatales attaches de l'Orient, était rendu à la civilisation de l'Europe.

Il manquait encore à l'Espagne refaite ainsi peu à peu , dans sa forme matérielle et dans ses idées, de recevoir de nos lois la garantie de la vie civile à laquelle elle commençait à naître : elle n'attendit pas longtemps ce bienfait. Charles IV (1788- 1808), qui succéda à Charles III, son père, et qui reçut de lui l'illustre ministre d'Aranda, monta sur le trône pour être témoin de la révolution française. Il ne la combattit pas d'abord; mais bientôt, cédant aux efforts de la politique anglaise, il allait passer les Pyrénées lorsque la république française le prévint, et fit entrer en Espagne (1794), par le rivage de l'Océan et par celui de la Méditerranée , deux armées qui , conduites par Dugommier et par Moncey, soumirent rapidement le bassin de l'Ebre. La paix de Bâle (179^^) rendit aussitôt celte belle conquêle à l'Espagne , qui en échange nous céda ses propriétés de Saint-Domingue. Les anciennes relations furent reprises entre les deux peuples, jusqu'à ce que le nouveau ministre qui menait le malheureux Char-

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