‹ Etudes d'archéologie et d'histoireChapitre 28 sur 28 · LITTÉRATURE ANTIQUE · texte numérisé non relu

LITTÉRATURE ANTIQUE

sommes-nous fiers, Messieurs? Est-ce d'être nés au bord da nos fleuves célébrés par d'antiques rim#s? Non, c'^st d'être les enFiuits de cette admirable soeiélé française formée par le génie de tant de grands hommes, que la Providence a fail sortir de tous les points divers du pays selon les besoins de ebaque temps.

On a remarqué que la plupart des troubadoui^ appartenaient à la classe aristocratique; on peut voir tout ce que leur poésie a emprunté à leur noblesse.

Le grand seigneur du moyen âge ne raconte pas, ne raisonne pas, ne moralise pas; il a quelque chose de mieux à faire, il vit; cependant, à mesure que la culture se développe, il peut éprouver, comme le resta des hommes, le besoin d'exprimer les sentiments que la vie fait naître en lui; mais alors il ne saurait user des formes lentes, réfléchies, souvent détournées dont se servent les esprits qui ont contracté l'habitude de la méditation et de la dépendance; il chante une mélodie courte, expressive, fière, tendre, acerbe, selon les sensation^ dont il est agité et auxquelles il veut livrer passage; s'il est heureux, il rime une chanson; s'il gronde, une sirvente; quand il se familiarise avec la société de ses semblables, tout ce qu'il peut faire, c'^st de préluder au jeu spirituel de la conversation moderne par les réponses affirmatives du tenson. C'est uqe poésie essentiellement lyrique, destinée à rendre des impressions qui se produisent toutes vives et toutes pures. Avec la différence des temps, ne l'avons^nous pas vue renouvelée de nos jours par ce pair d'Angleterre qui a exhalé en strophes ardentes l'inquié-

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tude de son doute et la lassitude dé ses passions ^ Pendant que les nobjes troubadours remplissent le Midi du bruit de leurs amours et de leurs colères, la pensée et la démocratie commencent à faire leur chetnin de compagnie dans le nord de la France. Une grande question a été débattue entre les réalistes et les nominalistes; il s'agit de savoir si Dieu donne à l'intelligence dé l'homme la participation des divins exemplaires à l'image desquels il a créé le monde, on bien si , esclave de la nature, notre esprit n'en reçoit que des apparences et n'en possède que des signes fictifs. Ainsi sous les arguties de la langue et de. la méthode scolastiques a été posé, dès la fin du onzième siècle, le problème principal de la philosor phie, celui qu'ont agité toutes les grandes écoles et dont la discussion a toujours donné un puissant res?» sort à la raison humaine. Mais à l'époque dont nous parlons, le nominalisme succombe presque en naissant sous la puissance encore entière de l'esprit théocratique; cependant la division qu'il a rendue plus sensible parmi les penseurs se continue et se déve» loppe sous les formes les plus hardies et les plus diverses. Elle se prononce surtout à Paris, qui est devenu la lumière du monde, ou, comme on disait alors, larbre de vie dans le paradis terrestre, la lampe allumée dans la maison du Seigneur; des écoles libres y surgissent de toutes parts, dans lesquelles le zèle de la littérature antique rivalise avec celui delà théologie. Abeilard, le plus audacieux champion de l'indépendance philosophique, est aussi l'humaniste le plus élégant; ses grandes connaissances balancent la réprobation que l'autorité ecclésiastique jette sur lui,

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et lui donnent ces innombrables disciples qull entraine dans ses continuels \oyages et dans ses erreurs. L'Église comprit que Fëducation des peuples pouvait lui échapper, et elle se hâta d'instituer l'ordre célèbre de Citeaux pour opposer l'enseignement de la chaire chrétienne au débordement de la science séculière et profane; cet ordre, dont les prédications cotilrihuèrent sans doute à étendre et à propager notre langue, trouva, vous le savez, dans saint Bernard un chef illustre qui défendit éloquemment la foi contre toutes les entreprises de la raison, et qui représenta avec dignité le pouvoir suprême que la démocratie monastique avait conquis sur l'épi^copat pour le conférer à la papauté.

Au milieu de ces hautes luttes de l'intelligence se produit, parmi les populations d^ Nord, une littérature moins savante dans l'expression que la poésie du Midi , mais plus variée et plus ample dans ses formes. Dès le commencement du douzième siècle parait une série de poètes anglo-normands, qui mettent en vers français l'histoire de leurs princes, les antiquités de leurs pays, les connaissances naturelles de leur temps, les maximes des livres sacrés; après ces chroniques et ces sentences rimées, la poésie s'élève à des compositions plus voisines de la véritable épopée; Robert Wace anime les récils qui se rapportent aux deux époques supérieures de la monarchie anglaise; dans le roman de Brut, ou d'Arthur de Bretagne, il rappelle les combats des Saxons et des Cambriens; dans le roman de t\ou ou de Rollon, il célèbre la conquête et la domination des Normands. Chez les Anglo-Saxons , les souvenirs d'Arthur; chez

les Français, ceux de Charlemagne avaient peu à peu remplacé les traditions Scandinaves que ces peuples avaient eues primitivement en commun avec les autres races germaniques ; lorsque les Normands eurent élabli une sorte de communication entre TAngleterre et la France , les traditions de ces deux nations se mêlèrent chez eux ; ainsi unies , elles furent racontées dans nos villes, où elles perdirent insensiblement la forme historique qu'elles avaient conservée parmi les Normands. Les allégories pieuses dont le clergé avait rempli ces récits furent aussi bien vites oubliées et dénaturées; nos trouvères traitèrent assez superficiellement les mystiques symboles du Saint-Graal; ils préféraient l^ncelot, le personnage comique de la Table Ronde, à Tristan, qui en était le personnage élégiaque, à Perceval et à Titurel, qui en étaient les héros religieux et qui plaisaient davantage à l'imagination allemande. Mais, Messieurs , qui aidait les trouvères de pure race française à enlever ainsi aux poèmes du moyen âge le double caractère que le génie sacerdotal et l'esprit de race leur avaient imprimé ? C'était l'antiquité, qui, dès lors, semblait donner aux œuvres de notre nation je ne sais quoi de particulièrement libre et de hautement désintéressé. Chrétien de Troyes, qui, dans le cours du douzième siècle, écrivit en vers français la plupart de ces romans de la Table Ronde, y introduisit à plaisir les épisodes de$ !\létamQrphoses d'Ovide, et par cette application des souvenirs classiques contribua puissamment à faire dériver le genre. Bien plus, Lambert le Court et Alexandre de Paris prirent les expéditions d'Alexandre pour sujet

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du poéoie où ils célébrèrent les exploits de Philippe Auguste Y dans ce gi*and vers accommodé à la noblesse antique et qui finit par prévaloir chez nous. Par les romans, les trouvères rendaient hommage k la féodalité; dans les fabliaux, ils prenaient leur revanche; sous celle forme populaire, dont l'anliquilé avait aussi emprunlé les détours à certaines^ époques, ils prodiguaient aux seigneurs', au clergé, aux moines les censures de leur humeur malicieuse. Toutes ces satires conteuses, déguisées, narquoises aboutirent à un roman d'une nouvelle espèce, dont on pourrait encore trouver l'analogie chez les anciens, et qui, dans la fable d'un renard s'élevant successivement à toutes les dignités, même au pouvoir suprême de la chrétienté, présentait le poème burlesque de la société du douzième siècle.

L'esprit d'indépendance qui se manifestait ainsi dans le peuple du Nord, par les témérités de la scolastique et par la malignité des fabliaux , éclatait par les hérésies dans les populations méridionales. Ij'Église, qui avait couvé la nouvelle société sous ses ailes, la voyait employer les lettres antiques qu'elle lui avait conservées, Tidiome nouveau dont elle avait secondé les premiers bégayements, tout ce qu'elle lui avait donné d'esprit et de savoir à s'affi^anchir de sa domination; elle redoubla de vigilance et se prépara à lutter vigoureusement. Qu'fli-je besoin de vous le rappeler? Le Nord s'arma au nom de cette foi qu'il avait tant raisonnée, à la vbix de '^ dergé sur lequel il avait fait tant de fabliaux , et, i commeucement du treizième siècle, il écrasa les

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Albigeois dans vos provinces. Patmi les niines qu'il entassé) tombent^ avec les libertés religieuses , la civilisation des villes el le gai savoir des troubadours. Je veux vous montrer toutefois que la croisade faite par le Nord fut aussi faile contre lui, et que le Midj se vengea d'tine façon singulière. Ces écoles de Paris si bruyantes, si hardies, qui jettent la science en des voies nouvelles et dont Philippe-Auguste vient encore d'augmenler Taudace par des privilèges, premiers titres authentiques de FUniversilé, elles vont être tenues en échec, pendant plus de deux siècles, par une de ces puissances que FÉglise sait tirer à propos de ses flancs, et que nous avons vues se succéder de siècle en siècle.

C'est dans votre ville, Miessieurs, et dans les premières années du treizième siècle que saint Dominique fonda Tordre des frères prêcheurs; les frères mineurs avaient été institués vers le même temps par saint François d'Assise. Ces deux communautés^ vouées à la pauvreté absolue et poursuivant l'application des plus rigout*euses conséquences du christianisme, furent au bout de quelques années maîtresses de l'Occident tout entier. Mais savez-vous par quel moyen elles le conquirent ? par le savoir el^ paV le génie. Émue par toutes les questions qu'on soulevait dans les écoles^ Tautorité ecclésiastique venait de condamner et de briiler ces livres d'Aristote, que l'Occident n'avait jattiaiis cessé de posséder, niais dont, au siècle ptécédent, la diffusion et l'aiitorité avaient été plus gl-andes que jamais. Les dominicains sauvèrent la philosophie en s'en emparant et en la ddhiinant. x\lbert le Grande une de leurs

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gloires, étudie Aristole à l'aide des commentaires qu'en avaient donnes les Byzantins et les Arabes; au lieu de s'arrêter à la dialectique du Stagirite, comme on avait fait jusqu'aloi^s^ il pénètre dans sa métaphysique. La voie étant ainsi ouverte , saint Thomas, la véritable lumière de son ordre , put opérer la plus savante fusion qu'on ait encore tentée de la sagesse antique et de la théologie chrétienne, de la raison et de la Toi, tandis qu'un autre frère prêcheur, Vincent de Beauvais, le lecteur de saint Ix)uis, mêlait aussi, dans r£ncyclopédie de son siècle, le savoir des anciens aux opinions du moyen âge. Les franciscains partagent le généreux enthousiasmé des dominicains pour la philosophie grecque, et s'accordent d'aliord assez bien avec eux; saint Bonaventure, l'ami de saint Thomas, et qui éprouva comme lui les répulsions de TUniversité, donne quelque chose de plus à rélément divin de l'intelligence et s'approche du mysticisme; Jean Dans Scott se met déjà, sur Tarlicle principal delà grâce, en opposition avec saint Thomas, et se distingue de lui en métaphysique par une subtilité qui le conduit à des problèmes nouveaux; un élève de celui-ci, Guillaume Occam, vovanl la faveur de la papauté incliner tout entière du côté de l'ordre rival, fait du sien l'appui du pouvoir séculier, renouvelle l'opinion des nominalistes, et en substituant ainsi au problème de la réalité des idées celui de la connaissance des faits, détruit la base des spéculations ontologiques sur lesquelles était fondée toute la puissance des dominicains.

Pendant que la philosophie grecque fournit cette

iiouveUe carrière au sein de la théologie chrétienne, le droit romain, dont l'influence s'accroît aussi considérablement y tend à développer, à sa manière, les formes de. la société antique dans la moderne; après avoir paru d'une certaine façon dans l'affranchissement des communes dès le siècle précédent, en celui-ci il affermit les rois dans l'idée de modeler leur pouvoir sur celui des empereurs, et en leur facilitant la création des parlements il leur donne les moyens de préparer l'unité de la nation.

J'insiste sur ces développements de la métaphysique et du droit, parce que ce sont à peu près les seules faveurs que l'antiquité ait faites au treizième et au quatorzième siècle. Il faut le reconnaître, Messieurs, ces ordres mendiants qui étaient parvenus à dominer la société, en imprimant le mouvement à sa pensée, négligèrent les lettres antiques, qui étaient avant eux si florissantes. Le latin devint plus barbare qu'il n'avait jamais été ; l'enseignement de la rhétorique fut presque entièrement supprimé; les disputes sur Aristote, les gloses sur Justinien absorbaient tous les esprits. Le moyen âge, ce temps de culture mêlée, où l'esprit humain oscilla sans cesse entre une civilisation passée et non éteinte et une civilisation naissante et encore informe, poussait alors à leurs extrémités les deux éléments également incomplets dont il était composé. D'un côté, nous venons de le voir jouer avec la philosophie et le droit , les deux résultats suprêmes des deux sociétés grecque et romaine, dont il semble qu'il ait épuisé les bienfaits; de l'autre, il achève de produire les IL a6

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foriueii destinées à couronner rexistenoe du géoie rooian .

Après tant de poèmes insensiblement dérivés de la légende et de rbisloire^ Guillaume de Lorris entreprend, au commencement du treizième siècle, et Jean de Meung achève, quarante ans après, ce roman de la Rose qui marque le dernier degré de la subtilité, venue au point de se dépouiller entièrement du caractère héroïque et religieux , et de renchérir néanmoins sur tous les raffinements des époques sérieusement symboliques. Le drame romao, c'est-à'dire le mystère éciit en vers vulgaires, prend à la même époque une importance réelle; par la main des confréries laïques, il a été tiré de la dépendance du clergé, qui^ dans le sanctuaire même, Tavait associé, comnre un dernier ornement, aui pompes de la liturgie, Au treizième siècle, il reçoit d'Adam de la Halle, de Jean Bodel, de Kutebœuf une ordonnance plus ingénieuse qui lui ouvre l'accès de la maison des princes. Tandis que la légende, qui s'était élevée à la forme épique dans les fictions du Saint-Graal, trouvait dans les mystères sa dernière évolution, le fabliau, qui avait aussi pris avec le roman du Renard lallure du poëme, achevait sa carrière naturelle dans les soties et les moralités que les clercs de la basoche jouaient sur la table de marbre du palais. Arrivée à ce terme, la poésie du moyen âge était complète; aussi n'alla- t-elle pas plus avant, et je montrerai comment se range parmi les monuments de l'ère moderne tout ce qui dépassa les limites q.ue je viens de tracer. Au même monieut la prose, qui succède ordinairement à la poésie,

^'oit commencer son règne; sur le seuil du treizième siècle, Ville-Hardouin la manie avec une mâle ihidesse; cinquante ans plus tard, Joinville la pare de toutes les grâces naïves; au quatorzième siècle, Froissard la trouve déjà assez riche pour lui emprunter les tons les plus variés et les traits les plus vifs.

Si je n'ai plus que des historiens à vous citer, c'est que la politique a pris dans le monde une importance souveraine. Les dominicains et les franciscains, qui peu à peu se substituaient partout nonseulement aux universités, mais au clergé lui-même, et qui les tenaient soumis avec Tappui de Rome, virent toute leur autorité chanceler lorsque, dans la seconde moitié du quators^ième siècle, le schisme d'Occident, en opposant pontife à pontife, permit aux pouvoirs que la papauté avait courbés de relever tout à coup la tête. Alors il se passa dans l'Église (|uelque chose de semblable à ce qui avait lieu dans l'État, où les grands vassaux avaient pareillement repris leur empire, et où il y eut aussi deux rois, l'un Anglais et l'autre Français. Au milieu de ces dissensions, soutenue par le clergé et par le parlement , l'Université reconquiert la haute position qu'elle avait eue au douzième siècle, et que les ordres mendiants lui avaient enlevée; elle met à plusieurs reprises hors de son sein les dominicains, qui s'y étaient établis maîtres; elle s'interpose avec une sagesse et une puissance surprenantes pour terminer le schisme au profit de la civilisation ; elle prépare les conciles qui doivent donner une nouvelle constitution à l'Église; elle domine leurs assemblées par les

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lumières et par Téioqaeoce de ses ambassadeurs. A Fiolérieur, elle reprend renseignement de la théologie, qui lui avait échappé ; elle relève le nominalisme, qui la défend contre les envahissemoits de Fe^rit théocratique et auquel elle joint, par la main de Gerson. les consolations du mvsticisme nécessaire aux âmes tendres et lassées de ce temps. Tout en faisant ces grandes choses , elle rend peu à peu à la culture des lettres latines son ancien éclaL Elle donne une institution plus ferme à des chaires de grec et de langues orientales, dont on trouve quelques faibles marques dans les siècles précédents, et qui recommencent à répandre un enseignement désormais constant. EJIe est prête à recevoir les Grecs, réveillés^ comme on Fa admirablement montré , par le mouvement de Fesprit occidental, et envoyés en députation pour solliciter les secours du monde romain , qui s'obstine dans sa vieille rivalité et laisse périr leur empire ; elle attend au:^ Fimprimerie, à qui elle ouvrira, à Paris, son premier asile, et à Faide de laquelle elle va hâter la diflTnsion des lumières et consommer raflfranchissement de la pensée.

Cette domination de FCniverâté de Paris, dont le quinzième siècle est plein, est une des mauifeslations les plus remarquables du mouvement qui porte les esprits à faire succéder la vie de la société politique à celle de la société ecclésiastique, et qui produira en Allemagne la réformalion déjà commencée en Angleteire par Wiclef, en Bohême par Jean Huss. Le moyen âge est clos. La société modertie a atteint Fâge viril ; elle va figurer pour son propre compte sur la scène du monde; et nous pouvons

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terminer ici ce tableau des premiers pas qu'elle a faits sous la protection de la civilisation antique. Vous le voyez, Messieurs, les efTorls sont pénibles, les hommes disparaissent vite au milieu de ce tourbillon des âges et des idées; le développement est lent, mais il est sûr; les générations avancent, et les nations, en subissant la loi rigoureuse de leur croissance, n'ont jamais manqué de lumière ni même de gloire. 11 y a pourtant, je ne veux pas le cacher, quelque chose de triste dans cette longue suite de monuments que je viens d'exposer à vos yeux, dans ce dénombrement d'hommes si énergiques, et qui ont pu si peu, et qui sont si peu connus. Tous ces noms, relevés sur des tombes désertes au milieu de la poussière des siècles, nous troublent au fond de nous-mêmes, et font que nous nous demandons si, perdus au milieu de la marche tumultueuse de notre espèce, nous ne sommes que ses instruments et ses jouets. J'ai hâte. Messieurs, de vous convier à des spectacles plus consolants. Nous approchons d'une époque où tous les progrès sont rapides, soudains, merveilleux, où les individus sont aussi grands que les temps. Aussi désormais, au lieu déjuger les hommes de loin, confondus dans le cours des époques, nous nous approcherons d'eux, nous pénétrerons dans leur existence, nous considérerons le monde de leurs sentiments et de leurs pensées: au lieu de les montrer perdus dans la société et dans la nature, nous observerons en eux la nature et la société qui semblent aussi n'être qu'une partie d'eux-mêmes , puisqu'ils les contiennent h leur tour et qu'après les avoir animées ils leur

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échappent. -Ainsi nous prendrons une juste idée de leur grandeur. Mais nous n'oublierons pas que ce qu'il y a en eux d'impérissable et de divin leur a été donné, afin qu'ils sortent sans cesse d'euxmêmes , afin que par un continuel sacrifice de leur vie immortelle ils fécondent le monde où ils sont placés. Car au milieu de tant de choses dont nous venons de voir la ruine il en est une que nous avons laissée debout et s'élevant chaque jour, qui grandit encore sous nos yeux , qui mérite tous les dévouements, notre patrie. Je suis fier, Messieurs, d'avoir à vous offrir dans l'histoire de sa littérature celle de sa puissance, d'avoir à vous montrer qu'ayant été l'institutrice des nations elle en est devenue la reine.

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