DE LA LITTÉRATURE ANTIQUE
très-avancée des mathémaliques, qui était salué par Tempereur d'Allemagne comme le plus habile des philosophes et qui , dans la dernière année du dixième siècle, fut élevé à la papaiuléy propler sunimuni philosophiam . Dans les écoles épiscopales ou recevait une instruction étendue, où la médecine et le droit civil avaient déjà leur part. Le grec n'y était point oublié ; il florissait surtout alors sur la frontière orientale de la France. L'étude en fut introduite à la cour des empereurs saxons par leurs relations et par leuis alliances avec l'Orient ; elle fut encouragée à Cologne par l'archevêque Brunon, qui appartenait à leur famille ; elle se répandit de là en Lorraine, dans le diocèse de Toul.
Au onzième siècle, le clergé devait signaler le plus haut point de sa puissance par deux grandes choses, dont l'une était tout antique et l'autre toute moderne, la scolastique et la croisade; il en obtint un effet différent de celui qu'il attendait. Car en crovanl enchaîner à jamais la pensée et la société, il leur fournit les moyens de lui échapper et de préparer un ordre nouveau. Hugues Capet, étant à Rome en 981 pour négocier avec l'empereur Olhon son élévation, qu'il attendit encore six ans, fut obligé de se servir d'un interprète, parce qu'il ne parlait ni le latin ni le ludesque. L'avènement de cette dynastie, qui ne savait d'autre langue que la romane et qui était née du sol, dut hâter l'épanouissement de l'art moderne. Les Normands, qui depuis deux siècles ne semblaient faits que pour porter en tous lieux la désolation et les ténèbres, contribuèrent plus vivement encore aux
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progrès de notre idiome et à l'avancement de notre esprit, qu'ils tinrent étroitement uni à l'esprit antique. Comme les Goths sons Thëodoric, comme les Francs ripuairessousCharlemagne, comme lesSaxons sous les Othon, ils donnèrent le singulier exemple d'un peuple barbare s'éprenant pour la civilisation , auiisitôt qu'il est assis , d'un amour plus vif et plus fécond que celui des races qu'elle a mûries et énervées. La religion, qui fut leur institutrice, fit parai* trechez eux des lumières qu'on n'avait encore vues briller nulle part; elle conduisit dims leur pays et plaça à la tête des célèbres abbayes de Jumiége et du Bec une suite de moines lombards, Guillaume de Verceil, Lanfranc de Pavie, Anselme d'Aoste, qui, tout en s'attachant à épurer les formes de la langue savante,im|ti*imèrent à la théologie un essor nouveau, et la firent avancer, contrairement à ce qui avait eu lieu dans les premiers siècles du christianisme, de l'ordre de la foi vers celui de la raison. Alcuin avait écrit, sur l'autorité de saint Augustin^ qu'on ne peut entendre la Trinité qu'à l'aide des catégories d'Anstote. Cette parole, qui exerça si vivement le moyeti âge et qui renferme toute la scolastique, peut déjà vous faire connaître. Messieurs^ que la métaphysique grecque, non plus que la littérature latine, ne cessa jamais d'être présenta d'une certaine manière à l'esprit des hommes de ces siècles éloigné^; mais j'en veux aussi prendre texte pour montrer l'empire qu'a dû exercer la philosophie ancienne sur la formation de notre langue, dont le onzième siècle voit naitre les premiers ouvrages suixis et complets.
T^a décadence naturelle des populations romaines
i^ l>K LA. .UTTÉftATUAE AJVTIQUE
avait couimancé à altérer lelaûn ; \e choc des popalation$ baiii^irfês en hàla la corruptiofi; les prooédl^ analytiques que la langue des Grecs connaissait déjà, el qui avaient même pénétré dans celle de Borne , plus orieiilâle et plus primitive, sans doute en raison de ses arfinités avec TÉtrurie, furent pleinement introduits dans Tidiome roman plutôt par Teifet naturel des progrès de l'esprit humain que par le contact des dialectes synthétiques de Tan* cienne Germanie; Taccentuation des conquérants, qui portait sur les syllabes radicales placées le plus souvent au milieu des mots^ se combinant avec rat> oentuation des peuples soumis, que leur origine romaine avait habitués aux désinences riches et sonores, força les mots à se conformer à celte prosodie mixte qui appuie à peu près également sur les ra*^ dicaux et sur les terminaisons, et dont les modula^ tions* pour devenir plus délicates, n'ont pas cessé detre harmonieuses. Cependant la langue française ne prend son véritable caractère et n'achève de se former que lorsque, contrairement aux langues antiques, où l'inversion offre les images dans Tordre naturel de la sensation, elle s'élève à la construction directe qui présente les objets dans l'ordre logique de la pensée. Cet avantage, qui a fait sa clarté, sa grandeur, son universalité, lui*a été préparé par tout le travail delà philosophie antique; mais à qui doitelle de s'en être si heureusement et si particulièrement emparée? A la scolastique, qui fit rentrer les esprits dans le mouvement de la métaphysique grecque.
Au onzième siècle la langue française, à peine née.
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est déjà mêlée aux événements qui changent l'aspect du monde. C'est avec la romance de Roland que Guillaume le Bâtard remporte la victoire d'Hastings, qui lui livre l'Angleterre; il écrit dans les loi$ la langue qu'il a chantée dans la bataille. Robert Guiscard porte la même langue dan^ la Galabre, en Sicile; il la mèneavec son armée jusqu'aux portes de Constantinople. Au centre de l'Italie^ au fort des grandes luttes du sacerdoce et de l'empire, )a comtesse Mathildela parlait à Grégoire VII, qui avait dà l'apprendre à Cluny. Chose plus extraordinaire! Au milieu de ce onzième siècle, un bourgeois de Paris non^mé Adam , versé dans les arts libéraux, entreprend pour s'instruire le voyage de Grèce, et s'en va parler le français à Athènes. Enfin quand cette pensée des croisades, qu'un Français, Gerbert, avait conçue le premier dans la chaire de saint Pierre, y eut été émise par un autre Français, Urbain n, ce fut en français qu'on prêcha la guerre sainte, en français qu'on commanda l'assaut de Jérusalem, en français qu'on rédigea les lois de ce nouveau rovaume chrétien.
Il semble qu'une langue qu'on parlait au milieu de si grandes affaires devait avoir déjà des monuments importants; il est cependant à peu près certain qu'elle n'en avait pas encore d'originaux. Le clergé, qui est demeuré seul en possession d'enseigner parla parole et par l'écriture, compose dans la langue sacrée les ouvrages destinés à Tinstruction et au plaisir des hommes. Attentif à diriger jusqu'aux amusements du siècle, c'est lui qui a écrit en latin ces histoii*es merveilleuses des héro^ c^ans lesquelles
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le caractère théologique domine encore^ et qui vont en être peu à peu dépouillées en passant dans Fi* diome usuel et da'ns la bouche des trouvères. 1^ premier travail littéraire de la société laïque, les premiers essais de notre langue se manifestent donc tout ensemble par des traductions. On commence à traduire, à Tusage de la société qui se constitue dans les villes et dans les châteaux, quelques livres d'une utilité pratique et ces récits chevaleresques qui vont dès lors s'appeler romans. Par une analogie frappante avec ce que nous savons du commencement des lit* tératures antiques, lorsqu'on entreprend ainsi de transporter en langue romane les ouvrages latins, on met en vers ceux même dont l'original est en prose. Cet amour de la versitication semble remonter ensuite de la langue vulgaire à la langue sa* vante; c'est en vers latins que l'illustre Hildebert, évêque du Mans, puis archevêque de Tours, écrit Ses traités allégoriques sur la Liturgie. L'esprit de subtilité que la société nouvelle a trahi dès sa naissance, enhardi encore par la scolastique, se tourne en un symbolisme qui va bientôt tout envahir. Cependant, pour annoncer aussi la raison et le bon sens populaire qui s'éveillent , la poésie satirique parait, encore enveloppée, il est vrai, dans les formes de l'ancien langage.
Messieurs, je parle de la langue romane devant des personnes à qui je sais qu'elle est chère, et je ne prétends pas me soustraire à la nécessité de toucher le problème capital qu'elle présente, bien que je sente que je pourrai le résoudre de façon à heur-
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ter des opinions établies. Y eul-il, comme l'a si ingénieusement avancé mon illustre compatriote M. Raynouard, ime langue romane longtemps commune aux habitants du nord et du midi de laFrancCi et cette langue est*elle la même que j'ai parlée comme vous pendant mon enfance? Dès le commencement du douzième siècle, la langue d'oc et la langue d'oil fiont si profondément distinctes qu'il semble que cette différence ait dû procéder de leur origine. Je ne crois pas, Messietirs, qu'il y ait intérêt à soutenir la supériorité du roman méridional sur le roman wallon; la tangue d'oc, plus rapprochée du latin par la forme des mots, parleur accent, par leur arrangement , se prêta de bonne heure à des tours plus savants, à des effets plus vifs, à des. sentiments plus ingénieux. Mais avant les troubadours et après eux que produisit-elle ? Au onzième siècle nos villes n'étaient célèbres que par des écoles de musique et de chant, tandis que celles du Nord étaient pleines d'élèves qui accouraient de tous les points du monde pour apprendre, comme on disait alors, les lettres divines et hmnaines. C'est ce puissant travail accompli par les intelligences sous l'influence de la civilisation ancienne, et non pas la barbarie de Simon de Montfort , qui a donné au Nord sa suprématie définitive; c'est parce qu'elle n'a pas été fortement travaillée par la pensée antique que notre langue du Midi est demeurée sonore et impropre à l'œuvre de la civilisation moderne; c'est parce qu'elle n'a point été parlée, analysée, agrandie par des esprits philosophiques qu'elle a succombé. Qu'avons-nous besoin de nous nourrir de vaines illusions? De quoi