‹ Études d'archeologie orientale (volume 2)Chapitre 2 sur 9 · LA STÈLE DE BYBLOS · texte numérisé non relu

LA STÈLE DE BYBLOS

Plnsienrs savants déjà se sont successivement occupés du déchiffrement et de l'interprétation de ce monument; sorti; il y a quelques années^ des ruines de Djeb&ïl; Tantique Byblos ou Gebal. La stèle de Byblos ne le cède guère en importance au sarcophage d'Echmounazar; elle lui est même supérieure à certains égards. Après les travaux de MM. db VoaûB \ Renan ^, Euting ^, Halévy * — pour ne parler que des plus considérables — il semble qu'il reste peu de chose à dire sur cette page précieuse de l'antiquité phénicienne; et qu'il y ait même quelque témérité à y revenir. Je ne crois pas cependant que la question soit épuisée. Il est encore plus d'un point obscur à élucider; plus d'un passage douteux à discuter; plus d'un détail matériel à signaler. Les personnes compétentes; qui savent avec quelle lenteur; à la suite de quels efforts réitéréS; se fait le progrès de l'épigraphie sémitique; et combien les textes gagnent à être repris et pour ainsi dire manipulés à nouveaU; ne seront pas étonnéeB si je me permets d'aborder; à mon tour; l'étude d'un monument qui a déjà subi l'examen de savants aussi autorisés. Je prends pour base de cette étude l'état même où;, grâce à ces efforts collectifs; ont été amenés le déchiffrement et la traduction. Je me contenterai d'enregistrer; sans les exposer; les résultats antérieurement obtenus et qu'on peut considérer comme acquiS; et je me bornerai à donner ici celles de mes observations qui portent sur des points nouveaux ou prêtant à la controverse.

Observations archéologiques sur l'ensemble du monument

L MatiérE; forme et dimensions de la stèle. — La matière de la stèle est un calcaire grossier; d'un grain poreux et inégal; dans lequel sont impastés des fragments de silex visibles par endroit.

Le bloC; dressé avec soin sur sa face antérieure; l'est plus négligemment sur ses faces latérales; et ne l'est pas du tout sur sa face postérieure; qu'on a laissée complètement brute.

1 8t^ de Yehaœmdek, roi de Oebal (£xtr. des Comptes- Bendua de VAc, dea Intcr. et BL, 1875).

> Journal dea Savanta (1875, p. 448 sq.).

8 Zeitachr. d. d. morg. OeaeOach, (1876, 30 : p. 132 sq.).

« Journal ÂaiaOque (1879, I : 172 sq.).

Études d'Archéologie Obientale.

L'on distingue encore, snr l'nn des côtés de cette face brute, une sorte de feoiUnre régnant tout le long du bord, de haut en bas, et semblable an refend qui sert d'encadrement anx pierres dites à bosiage. Ce ravalement caractériatiqne me porte é. penser qne le bloc dans lequel a été prise la stèle n'est autre chose qn'une des •pierre» de taSU qui restaient disponibles après l'achèvement de quelqoe construction monumentale, peut-être de la rOHS meotioDoée aux lignes 6 et 12.

L'on constate l'existence d'un grand nombre de ces blocs à refend réemployés dans la constrnction de ]& tour voisine da lieu 06 a été trouvée la stèle >.

Le bloc devait être à l'origine équarri en parallélipipëde ; l'on en a formé la stèle en arrondissant la partie supérieure. C'est à ce parailélîpipède primitif qu'il convient d'appliquer les mesures relevées par M. de VooOb sur la stèle qui n'en est qu'un dérivé:

Hauteur 1",13 X largeur 0',56 X épaisseur 0",26.

L> itAle de Byblos (les cotas Boat exprimiM «u doigta).

C'est ce qne montre le dessin ci-dessus, où l'on a inscrit la stèle dans le parailélîpipède générateur; ce dessin sommaire servira tout à l'heure à illustrer d'antres observations.

I E. Rkum, mu*, de Pkén. p. 167, 169.

La stèle de Byblos.

L'espèce de décrochement produit par le refend de la face postérieure est visible en A.

Le» proportions du bloc étaient donc sensiblement : hauteur 1 ; largeur V2 î épaisseur 74. M. DE YogOé a parfaitement montré que les dimensions devaient être exprimées en doigts appartenant au système de la cotuiée royale égyptienne : 60 X ^ X -^^^ Sans entrer dans les ingénieuses considérations que M. db YogOÉ; s'inspirant des idées si originales de M. Aurès, émet sur la valeur symbolique de ces nombres^ je fend remarquer que Ton s'attendrait; au lieu de ce dernier chiffre de 14 doigts (épaisseur)^ au chiffire de 15 doigts, en relation rigoureuse avec les précédents : 60 et 30. Cette différence de 1 doigt en moins vient peutêtre de ce que M. db YooOé a mesuré l'épaisseur du côté où le refend a ravalé une partie notable de la pierre^ au lieu de la mesurer entre les deux plans principaux des deux faceS; ce qui lui aurait peut-être fourni en plus le doigt qui paraît nous manquer.

La portée de cette observation va au-delà de la stèle elle-même^ car^ envisagé à ce point de vue^ le bloc en question nous donnerait une idée de la grandeur et des proportions des i{iatériaux mêmes employés dans les constructions de Yehawmelek; et semblerait montrer^ ce qui serait parfaitement d'accord avec les autres indications du monument^ que le plaii; comme l'appareil de ces constructions^ devait être selon la norme égyptienne. •

II. Position de la stèle. — L'aspect de la face postérieure, à peine dégrossie, prouve que le monument n'a jamais dû être visible par derrière, I] devait être ou appliqué contre une paroi d^édifice, ou même engagé de beaucoup dans cette paroi.

Ce fait tend à affaiblir une hypothèse, un moment en faveur, d'après laquelle la stèle reposait sur les deux lions en ronde bosse, trouvés à côté d'elle, et dont le dos présente un ressaut longitudinal évidemment destiné à servir d'assiette à quelque chose. D'autres considérations, d'aiUeurs, sont de nature à faire écarter cette idée. Ainsi la masse totale de c^ deux animaux, d'un travail médiocre et sommaire, est tout à fait hors de proportion avec la stèle qu'ils auraient eu pour rôle de supporter. De plus, les deux lions ont, au-dessus de leurs bases respectives, des hauteurs sensiblement inégales.

' Tolérable à la rigueur, si l'on imagine une disposition où les deux animaux, évidemment destinés à se faire pendant, étaient suffisamment écartés l'un de l'autre (par exemple s'ils flanquaient un escalier, une entrée, un massif de maçonnerie etc.), cette différence de niveau aurait été absolument choquante, si les lions avaient été juxtaposés presque côte à côte, comme il est nécessaire de l'admettre du moment où l'on veut faire reposer la stèle sur leur dos.

in. Rupture de l'angle droit. — Il n'est pas sans intérêt de chercher la cause matérielle qui a pu produire la rupture de l'angle droit inférieur* de la stèle et, par suite, la regrettable mutilation qu'a subie le texte en ce point. La rupture provoquée par un choc violent, par la chute du monument etc., a eu tien selon le fil d'une grande faille qui traverse la stèle obtiquement de gauche à droite et de haut en bas. Cette faille, qui n'a pas peu contribué à l'altération des lettres se rencontrant sur son trajet, devait se prolonger, de B en C, jusqu'au côté droit de la stèle, en suivant le bord supérieur horizontal de la fracture, bord qui nous marque ainsi exactement le tracé primitif complet de cette faille. Il se peut que le reste de la fracture, en sa partie verticale, ait été déterminé par l'existence d'une seconde faille qui allait rejoindre la première presque à angle droit et s'étendait de D en B, En d'autres termes.

la grande faille se serait biforquée en BC et BD. Cette supposition, qui s'appuie sur une observation matérielle incontestable; rend aussi bien compte de Faccident que l'hypothèse d'après laquelle il serait dû à l'action d'un tenon métallique destiné à sceller le monument sur le dos d'un des lions.

TV. Les appliques métalliques. — A la partie supérieure de la stèle l'on remarque deux trous profonds, et d'antres plus petits, qui, ainsi que l'a fort bien établi M. de YogûA^ ont dû servir à fixer un ou deux ornements de métal. L'une de ces appliques représentait le disque solaire^ accosté des deux ursBUs, dont on voit encore la trace, et muni de deux grandes ailes et d'une queue d'oiseau; ces derniers détails sont gravés au trait sur la pierre même. L'autre applique pourrait avoir été un objet couronnant le sommet de la stèle, audessus de laquelle il s'élevait.

En examinant attentivement l'original, j'ai eu la bonne fortune de faire une petite découverte qui met absolument hors de doute l'existence d'une pièce métallique rapportée. J'ai reconnu, au fond des deux trous, la présence d'un grand clou de bronze enfoncé verticalement dans la pierre; en grattant légèrement la couche d'oxyde qui l'avait jusqi^'alors dissimulé aux regards, j'ai ims à nu le métal brillant, d'un beau jaune d'or. Nous avons évidemment là le reste de la tige métallique qui assujetissait l'une des appliques, peut-être mêmes toutes deux à la fois.

En quel métal étaient ces appliques ? Étant donnée la nature extrêmement grossière de la pierre, il paraît difficile de supposer, comme l'ont fait quelques personnes, que ces appliques fussent en or. Il y aurait eu entre ces deux matières, l'une si vile, l'autre si précieuse, une disparate difficile à comprendre. L'on ne peut guère songer qu'au bronze, au métal même dont j'ai matériellement constaté la présence. Il n'est pas inutile d'insister sur ce point, parceque cette observation, si on l'accepte, nous mettra tout à l'heure à même d'éliminer, avec plus de sûreté et plus de simplicité que ne le ferait tout autre raisonnement, une des explications proposées pour le passage, si difficile, des lignes 4 à 5, où l'on a cru reconnaître, à tort je crois, les appliques en question.

n est d'ailleurs fort possible qu'il n'y ait eu en tout qu'une applique^ le disque, avec une queue de métal pénétrant hoHzontalement dans la pierre. Le trou vertical pratiqué au sommet de la stèle n'aurait eu alors d'autre rôle que de recevoir un grand clou de bronze — celui dont j'ai retrouvé un fragment — destiné à s'engager dans une mortaise de la queue et à river ainsi solidement le tout.

V. La scène figurée. — La partie supérieure de la stèle est occupée par une scène figurée, gravée au trait et représentant:

1^ le disque solaire aux ailes éployées, planant au-dessus de deux personnages qui sont :

2"* la déesse de Byblos, ayant la forme et tous les attributs caractéristiques de la déesse égyptienne Hathor (Isis-Hathor). Elle est assise sur un trône, le sceptre à la main K D'un geste de la main droite, elle semble répondre à l'invocation du roi de Byblos et accepter la libation qu'il lui offre.

1 Ce sceptre consiste, comme Ta bien remarqué M. de Voafii, en une longue* tige de papyruê. Ordinairement les déesses égyptiennes ont le sceptre de lotus. Cette dérogation aurait-elle trait, plus ou moins directement, au rôle que joue le papyrus dans l'histoire légendaire de Gebal et au nom même de BûpXoc? (Cf. Eust. Comm, ad Dion, vers 912.)

La stèle de Btblos.

3^ Le roi de *Byblo8 Yehawmelek; costumé à la mode perse^ debout devant sa déesse; et lui présentant de la main gauche une coupe à deux anses ; il lève la main droite en signe d'adoration^ et est probablement dans l'acte même d'invocation, K^p^ dont il est question dans rinscription.

La nature du sacrifice n'a rien qui doive surprendre. La divinité étant une déesse^ la libation était indiquée d'avance. J'ai montré ailleurs ^ que les libations appartenaient surtout aux déesses, chez les Phéniciens; tandis que les sacrifices sanglants et ignés revenaient de droit aux dieux. Le rapprochement de cette scène avec celle où nous voyons le chasseur de la coupe de Palestrina faire une ofirande liquide à la lune, à côté d'une offrande ignée au soleil^ est tout à fait démonstratif; et l'on peut en tirer; en outre, plus d'un enseignement sur l'interprétation plastique de ces deux représentations singulièrement apparentées. Je comparerai encore une scène de libation, avec gestes et poses similaires; sur une des stèles découvertes à Garthage par M. de Sainte-Marie^.

La forme de la coupe avec ses deux grandes anses est des plus curieuses. C'est apparemment une coupe de métal battu. EUe pouvait porter, gravée tout autour de son bord, extérieurement; une inscription dédicatoire analogue à celle qu'avait reçue cette grande coupe de bronze consacrée au Baal-LebanoU; dont nous n'avons plus que des fragments; et à laquelle je consacre plus loin une étude* spéciale. Je ferai remarquer l'espèce de limbe qui règne tout autour du bord; et qui indique peut-être le champ où s'étendait l'épigraphe.

La signification générale de la scène n'est pas douteuse. Cest un sacrifice. Mais pourquoi ce sacrifice? Quelle en est la cause? Quel en est l'objet? Quel rapport a-t-il avec la teneur du texte afférent? Je crois que ce n'est pas simplement un acte pieux appartenant à la pratique courante du culte, mais que c'est le sacrifice accompagnant la dédicace des travaux exécutés par le roi en l'honneur de sa déesse, travaux énumérés par lui dans l'inscription qui se Ut au-dessous. Ce qu'en réalité le roi présente à la divinité, sous cette forme Hturgique, ce sont ses œuvres, les œuvres qu'il a faites en son honneur et sur lesquelles il appelle les bénédictions de la déesse, tout en les plaçant sous sa protection immédiate. Cest l'équivalent exact de la cérémonie qui a lieu, par exemple, à l'occasion de la dédicace du temple de Jérusalem à Jehovah^. La scène, ainsi interprétée, prend un caractère précis qui permet de la rattacher à l'inscription de la façon la plus intime; texte et image s'éclairent alors d'une vive lumière.

J'aurai à revenir plus bas sur cette intéressante question à propos de la formule d'invocation K*1p, et de son association à la cérémonie de la libation.

^ L'imagerie phénicienne, I, p. 64.

2 Photogravée dans : Ex - Voto du Temple de TanU etc., Ph. Bbrgeb, p. 30. Remarquer, pour ce qui sera dit plus bas, la présence du petit naot, de style hellénique. « I Rois, VIU; II Chroniques, VI ; etc.

Observations épigraphiques

Observations générales

Séparation des mots* — Un fait extrêmement important c'est que; en règle générale, dans Tinscription de BybloS; les mots sont séparés.

Tontes les personnes qui ont été aux prises avec des textes phéniciens savent tout ce qu'ajoute de difficultés à Tinterprétation l'absence de séparation entre les mots et cornprendront l'insistance que je mets à signaler cette particularité qui n'avait pajs encore été relevée. En effet; à première vue, cette séparation des mots ne semble pas exister sur la stèle de Byblos; maiS; en y regardant bien, l'on arrive cependant à se convaincre qu'en réalité la plus grande partie des mots sont isolés les uns des autres par des vides sensibles. Un certain nombre de ces coupes sont notoirement fausses; c'est-àrdire qu'on en trouve là où l'on n'en attend paS; et; qu'en revanche; l'on en cherche en vain là où; de toute évidence; il en faudrait. Mais la proportion des coupes vraies aux coupes fausses est telle qu'on ne saurait hésiter à voir; dans les premières, une règlC; et dans les secondes une exception. H serait hors de propos de chercher; en ce moment; la raison de cette intermittence dans les coupeS; intermittence qui peut être due à diverses causes^. Je me bornerai à faire observer que le principe de la coupe intermittente, plus ou moins accusée, existe non-seulement sur la stèle de BybloS; mais sur un assez grand nombre d'autres monuments phéniciens où on ne l'avait pas non plus remarquée . et que l'on avait également cru soumis au régime absolu de la scriptto contintba, par exemple sur la F® et la IT d'Oumm el-'aw&mîd.

Ce qui fait que l'existence de ces coupes peut souvent échapper à l'attention; c'est d'abord qu'il y en a de fausses; ce qui commence par dérouter ; c'est ensuite que ces coupes consistent en vides parfois très peu étenduS; et d'autant moins sensibles à l'œil qu'on examine l'inscription de très près, ce qui est généralement le cas lorsqu'on se livre au déchiffrement, souvent bien pénible, de ces caractères si menus et si légèrement gravés. Pour faire apparaître nettement ces vides, il faut au contraire considérer l'inscription de très loiU; à une distance où on ne peut presque plus la lire. On voit alors les groupes de lettres et les intervalles isolateurs se dessiner d'une façon frappante. Une personne; étrangère non-seulement à la connaissance du phénicien; mais à toute notion d'épigraphie sémitique; peut; à l'aide d'un crayou; par exemple; marquer ces intervalles avec autant; avec plus de sûreté peutêtre; et; en tout cas, avec moins de chances de prévention qu'un homme du métier. L'expérience réussit parfaitement avec la stèle de Byblos et prouve que cette observation ne repose pas sur une illusion mais sur un fait réel

L'on ne saurait donc trop conseiller; quand on aborde la lecture d'un texte phénicien; de procéder, avant tout autre exameu; à cette inspection d'ensemble. Je recommande vivement de soumettre à cette épreuve toutes les inscriptions phéniciennes tenues jusqu'ici pour avoir été écrites d'après le principe de la scriptio continua.

n y a lieU; par conséquent; dans l'interprétation de la stèle de BybloS; surtout dans

^ Je reviendrai, à une autre occasion, sur cette question qui ne manque pas d'intérêt, ainsi que sur l'impropriété de certaines coupes.

La stèle de Btblos.

les cas douteuX; de faire entrer en ligne de compte cet élément nonvean d'information : les coupes de l'original; sans oublier toutefois que, si ce sont des indications utileS; ce ne sont pas toujours des indications décisives.

Coups des lignes. — La stèle de Byblos^ comme beaucoup d'autres inscriptions phéniciennes^ a une tendance marquée à terminer chaque ligne par un mot; et à éviter de mettre un mot à cheval sur deux lignes^ la première moitié à la fin de l'une et la seconde au commencement de l'autre. Cette habitude^ déjà constatée^ n'est d'ailleurs pas plus absolue que celle de la séparation normale des mots que je viens d'exposer; ainsi sur la stèle de BybloS; il y a aux lignes 11 à 12 un enjambement certain^ un autre probable en 10 à 11. De même dans le texte d'Echmounazar l'on relève deux ou trois infractions à la règle^ L'épigraphie égyptienne et grecque ne connaissent pas cette loi; elle est au contraire absolue dans l'épigraphie assyrienne. Ne conviendrait-il pas alors d'attribuer cette tendance manifeste du phénicien (d'une certaine époque) à une influence assyrienne; s'exerçant assez tardivement; et peut-être indirectement^ par l'intermédiaire de la bureaucratie araméo-perse? Il est à noter que la stèle de Mesa; dont la date nous reporte à une époque antérieure à ce moment historique, pratique au contraire; avec la plus grande liberté; l'enjambement des mots d'une ligne à l'autre. Et cela est d'autant plus remarquable que l'inscription moàbite montre un sentiment très net de l'unité; de l'individualité des motS; qui y sont séparés par des points \

DisposrrioM du texte. — L'inscription compte quinze lignes; le milieu tombe donc matériellement à la moitié de la 8® ligne : l^k + 'J^/^' Or à ce point commence justement, avec le mot "^^Dri; une section des plus accentuées dans la teneur du texte; puisqu'elle est caractérisée par un changement d'interlocuteur; le Domine scUvum entonné par le chœur des Giblites. L'on peut se demander; quand on songe à toutes les idées superstitieuses des ancienS; si c'est là une coïncidence purement fortuite.

Imitation frauduleuse. — Cet important monument a déjà fourni de nouveaux aliments à l'activité infatigable des faussaires d'Orient M. le Dr. A. Mordtmamn a bien voulu m'envoyer de Constantinople une curieuse lampe en terre cuite doréC; en forme de taureaU; portant sur la hanche gauche et la hanche droite les deux mots phéniciens suivants : î?*!** p *jf?&"HT; Yehawmdék fis de Yar . . ./ Cest-à-dire le nom même du roi de Byblos qui apparaît sur notre stèlC; et celui de son père, quelque peu estropié celui-ci; parce que les caractères en sont assez frustes sur l'original. C'est toujours; comme l'on voit; aux procédés expéditifs de la céramique qu'ont recours les imposteurs travaillant d'après des modèles lapidaires. Cest l'histoire de la stèle de Mesa et de la nombreuse progéniture de poteries auxquelles elle a donné naissance.

Afin de faciliter et d'abréger les observation^ de détail qui vont suivre; je donne ici une transcription de l'inscription; en mettant entre parenthèses les lettres douteuses et entre crochets les lettres entièrement restituées. J'ai priS; en général, pour base de cette transcription; celles des divers savants qui m'ont précédé dans cette étude. Les points sur lesquels mes lectures ou restitutions s'écartent des leurs seront indiqués au cours de la discussion critique.

^ Même certains suffixes sont séparés des mots avec lesquels ils font corps.

Études d'Abchéologie Orientale.

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ObservcUions particulières

L. 1 : jaaa, petU-fiU, — Uemploi de ce tenne dans la filiation royale est remarquable, n apparaît également; dans l'inscription d'Ëchmounazar^ pour exprimer le second degré de la filiation. Il n'est pas sans intérêt de mettre ces deux filiations en parallèle; en y joignant le protocole initial de la stèle de Mesa:

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L'on comprend à la rigueur que le roi de Byblos Yehawmelek; fils de Yahdibaal; se rattache directement à son grand-père Ourimelek; roi de Gebal; en se disant paa^ petit-JUs, de ce dernier; son père Yahdibaal n'ayant pas régné et le mot paa exprimant alorS; pour ainsi dirC; la continuité de la royauté qu'on ne saurait concevoir comme interrompue; ne fût ce qu'un moment. H est impossible de deviner pour quel motif Yahdibaal n'a pas occupé le trône : peut-être quelque événement politique était-il intervenu pour l'en priver; peut-être était-il mort avant son père Ourimelek; si tant est qu'il fût le fils d'Ourimelek; ce dont on pourrait douter en se plaçant à un point de vue que j'indiquerai plus bas.

La stèle de Byblos.

L'on s'explique moins bien pourquoi Ek^hmounazar use du même tour et se dit également petit-jUs d'Ëclimounazar^ car son père Tabnit a porté le titre de roi de Sidon. Ce qui complique encore ici les choses c'est que la mère d'Echmounazar^ Amastoret^ est en même temps fille du Y^ Echmounazar. Reste à savoir si Tabnit lui-même était bien le fils de ce premier Echmounazar^ auquel cas il aurait épousé sa propre sœur^ ce qui ne serait pas une bien grosse difficulté étant donnés les usages de l'Orient antique. L'on s'est demandé si Tabnit n'aurait pas été le gendre d'Echmounazar ; maiS; comme l'a justement fait observer M. Rbnak^ dans ce cas p3D^ au sens de fih du fis, serait tout à fait inexact^ il faudrait strictement nD33; fils de la file. La même objection pourrait être faite à l'hypothèse qui voudrait également voir dans le père de Yehawmelek^ Yahdibaal, le gendre et non le fils de Ourimelek. Sans m'engager dans le détail de cet obscur problème^ je demanderai que l'on tienne compte de la possibilité suivante que je formule sous toutes réserves. Cet emploi de p3D semble propre aux filiations royales. L'on trouve bien dans la V® inscription d'Idalie une combinaison analogue : "^^2 p; mais dans des conditions tout à fait différentes : il s'agit d'une aïeule qui parle de ses trois petits-filS; des fils de son fils. Ce pU; dans les filiations royales^ venant immédiatement après le patronymique^ n'indiquerait-il pas un saut dans les générations^ saut qui nous ferait remonter au chef même de la dynastie ou de la branche de la dynastie : Un tel, fils d'un tel , . , descendant d'un tel?

Le protocole des rois phéniciens de Chypre ne pourrait pas être invoqué contre cette hypothèse. Il ne contient pas le p», parce qu'en réalité ces roiS; au nombre de deuX; forment une petite dynastie complète : (Baalram^ qui n'a pas régné); 1^ MelekyatoU; son fils, qui inaugure la dynastie; 2^ PoumayyatoU; son fils, qui la clôt. En effet, comme je le montrerai plus loin^ Poumayyaton n'est autre que le Pygmalion des historiens grecs, détrôné et mis à mort par Ptolémée Soter en 312.

La même observation est applicable à la stèle de Mesa. Le roi de Moab n'a pas d'autre ancêtre royal que son père Chamosgad ; c'est que Chamosgad est le premier qui ait reconstitué à son profit le' royaume de Moab détruit par David. Ce fait me permettra plus tard de proposer, entre la prenmère année du rlgne de Chamosgad, roi de Moab, et un certain point de l'histoire d'Israël, un synchronisme capital.

Les Orientaux attachaient une importance toute particulière à la transmission de la royauté par la voie d'hérédité directe. Cest pour cela que Mesa dit expressément : mon ph*e a régné sur Moab pendant trente ans, et moi j'ai régné aprhs mxm père ^ Cest exactement la même idée que l'on retrouve dans le protocole royal de l'inscription de Rosette, document dont nous aurons à tirer plus d'un éclaircissement pour la stèle de Byblos : Ptolémée Épiphane y est qualifié de successeur immédiat de son père, xaî xapaXa66vT0<; Tt)v pacjtXeiav xapà tou Tcatpbç^, L'inscription insiste sur ce point et y revient à diverses reprises 3. Même formule pour Ptolémée Évergète dans l'inscription d'Adulis. Letbonne, dans son commentaire, pense que la répétition de cette formule provient de ce que la monarchie égyptienne étant héréditaire dans la ligne masculine et féminine, le roi pouvait avoir pour successeur un autre que son fils, et que par conséquent celui-ci devait tenir à honneur de mentionner qu'il succédait im-

3 L. 8, et 1. 47.

médiatement à son père K Que les Sémites suivissent ou non sur ce point l'usage des Égyptiens, il n'en est pas moins sûr, par le protocole de Mesa^ que leurs rois se plaisaient tout autant que ceux des Égyptiens^ à proclamer, lorsque c'était le cas, qu'ils avaient reçu le pouvoir directement de leur père. Il est certain que Yehawmelek ne pouvait pas, comme Mesa, comme les Ptolémées cités, comme Echmounazar lui-même peut-être \ prétendre à cette icopd- Xvi^k; Tijç ^sKTiXeioç, pour ainsi dire normale.

^&^K) Ourimdek. — Cette lecture, adoptée tout d'abord par M. de Vogûé, me semble encore conserver l'avantage sur toutes ceUes qu'on a songé à lui substituer. Aux rapprochements de ce nom propre avec les noms d'homme bibliques : '^'IIK» '^IT^IK) l'on peut ajouter ceux tout à fait démonstratifs de rt^lK^ et in'**11K^. L'existence, dans les documents cunéiformes, d'un roi de Gebcd Ourmilik, existence rappelée par M. de Vogûé, est tout en faveur de sa lecture. Dans l'hypothèse émise plus haut, sur le rôle possible du mot p33, le Ourimdek de notre stèle, qui a été exécutée à l'époque perse, au lieu de n'avoir de commun avec cet Ourmilik, contemporain de Sennachérib, qu'un simple rapport d'atavisme onomastique, pourrait être, à la rigueur, identique avec lui.

MoLEK, DIEU DE Gebal. — L'apparitlou du nom du dieu Molek, ou Moloch, dans la formation de deux noms giblites sur trois, indique que ce dieu devait être, à côté de la déesse qualifiée de Baalat de Gebal, l'objet d'un culte particulier à Byblos. Gela est bien d'accord avec la tradition qui nous montre dans le Kronos phénicien, autrement dit Molek, le dieu topique, le fondateur même de Byblos ou Gebal K C'est de la propre main de Kronos que Baaltis, ou Diôné, tient la souveraineté de Byblos^, dont, à son tour, comme nous le dit l'inscription, elle investit la dynastie locale. Ce Kronos-Moloch n'est autre que ce roi fabuleux de Byblos, MaXx((xvSpoç), époux de la reine Astarté, dont nous parle l'auteur du traité sur Isis et Osirisl

L. 2 : jnbpB WK. — Le suffixe pronominal J du verbe peut être lu soit K, soit, comme l'a fait remarquer M. de Vooûb, 11 Dans la seconde lecture, vers laquelle j'inclinerais par moment^ il faudrait traduire : (nous) que la Dame la Baalat -Gebal a faits race royale^

dynastie, sur Gebal; au lieu de : (moi) qu'a fait etc Dans ce cas le suffixe se rapporterait

à la fois à Yehawmelek et à son grand-père, ou à son ancêtre, Ourimelek; littéralement: (lesquels) a fait nous . . , L'espèce d'anacoluthe d'une phrase, commençant par "^JK et reprise par 13, n'a rien d'inadmissible dans la syntaxe sémitique. L'anacoluthe est d'ailleurs, dans l'espèce, plus apparente que réelle, car *^3K a une force verbale : c'est moi qui suis, et tient sous sa dépendance toute la phrase jusqu'à t^K, point où son action cesse. Avec t2^K re-

* Letbonxe, Inacr. gr, de Bos.j p. 7.

^ Il y a p«ut-être eu, comme on Ta pensé, avant le règne d'Ëchmounazar, une régence de sa m^re Amastoret.

* Il Samuel XI : 3. — Isaïe VIII : 2. — Néhômie III : 4.

* Jérémie XXVI : 20.

* Sanchoniathon, c^. Obelli, p. 28 : . . . (ô Kpôvoç) npwTrjv j:^)av xtfÇci tt^v ItX «froivU^iç Bu^^ov. — Cf. Et. de Byzance, s. v. : B'ipXoç, ndXiç çoivfxTj, ipyonoxi^ :î«awv, Kptfvou xT(7[xa. — Cf. Eustathe, ad Dhnyê, v. 912: *H hï Bû^Xo; xT{9|jLa xai aOrv) Kpovov (comme Beryte).

® Sanchoniathon, éd. Obelli, p. 36, 37 : Kai èni toutoiç o Kpdvoç BôpXov {jl^v -rijv r^iv t^ Oca BaoXtfôi, T§ xai AtbjVT), B{$a>ai.

' Plutarque, De laide et Oairide, XV : "Ovofxa 8k tw (aèv PaaiXEÎ MaXxavopov gTvaf ^«aiv * aur^ 8è ol (xèv 'AaiapTTjV, o\ 8è Sacoviv, ol hï Ne|jl«voOv • o::ep av "EXXtjvcç 'A6r,v«f8a npooêÎTioiev.

La stèle de Byblos. 11

commence pour ainsi dire une nouvelle phrase, ou une nouvelle proposition. On peut comparer le début, identique, de la stèle de Mesa où la phrase initiale, s'ouvrant par "^^K, est fermée par la barre disjonctive du verset, sans qu'aucun verbe ait été exprimé. Deux considérations peuvent être invoquées en faveur de cette façon de voir. Cest d'abord la désignation de la déesse, sujet de jnSpB par une forme indirecte : flSpa r)a*1H, La Dame etc. . . . Chaque fois qu'il s'agit d'un rapport immédiat et exclusif entre la déesse et lui, sans l'intervention d'un tiers, Yehawmelek emploie la forme personnelle et directe : Via*1, ma Dam^ (1. 3, deux fois ; 1. 7, deux fois) ; on attendrait ici la même tournure, si le suffixe du verbe est bien ••1 Quand, au contraire, il s'agit de tierces personnes, nous avons la forme TQ!^T\ (1. 15), et même h^ nSpa tout court (1. 8, et peut-être 1. 10, dans la lacune). Cest ensuite l'emploi du mot collectif DSb&â, au lieu de *^b&; il était si simple de dire : qui m'a fait roi sur GebedK

L. 2, 3. — Aussitôt après s'être présenté à nous en déclinant ses nom et qualité, Yehawmelek adresse à sa déesse une invocation en règle : '^rOl riK ^[IK K^lpl. Ce n'est pas là une formule banale. Ces mots doivent être regardés, je crois, comme les paroles mêmes que le roi est cefisé prononcer dans la schie gravée au-dessus, paroles qu'un artiste du moyen-âge n'eût pas manqué de lui placer matériellement dans la bouche, sous forme de banderolle à légende. Il faut comparer, dans le même ordre d'idées, une curieuse inscription phénicienne de Chypre, encore inédite et que je publierai plus loin, consistant en une invocation analogue, gravée sur un rouleau, une megUlah, que tenait à la main une statue votive. Cette allocution à la divinité est une prière rituelle, dont malheureusement la seconde partie nous échappe, par suite de la dégradation irrémédiable de la pierre en cet endroit.

L'on a en général admis que cette seconde partie commençait par 3, et contenait le motif de l'invocation : parcequ'dle [a entendu mn voix], ou : car elle [a protégé Gebal], Les 1 et les "] se distinguent difficilement dans l'inscription, surtout lorsqu'ils sont tant soit peu frustes. Il pourrait dès lors bien se faire que cette seconde proposition commençât par 1 et non par 3 ; elle serait, dans ce cas, simplement consécutive à la première sans aucune nuance d'explication : et je . , .^ ou bien : f invoque ma Dame la Bacdat de Oehal, et les, ou le , . ,^ Par contre, la première lettre de la phrase suivante, devant SpB, lettre que l'on a prise jusqu'ici pour un 1, pourrait être un '^; c'est là que nous aurions alors le véritable motif de l'invocation : parceque fai fait telle et telle chose. Je n'ai pas besoin d'insister sur la modification considérable que ces deux légers changements dans la lecture reçue, introduiraient dans l'agencement général des mots et des idées ; cette manière de concevoir la construction de ce passage s'accorderait bien avec l'hypothèse, mentionnée plus haut, d'une dédicace à la déesse des ouvrages exécutés à son intention par le roi.

C'est ici le lieu de montrer, à l'aide d'un rapprochement biblique tout à fait saisissant, que l'invocation, formulée dans notre texte, et la libation, figurée dans l'image qui lui sert d'illustration, sont dans la plus étroite connexion.

^ A moins qu'il n'entende par Dsb&D non pas la race de ses ascendants, mais celle de ses descendants, sa postérité. Pour cette conception de Tinvestiture royale donnée par la divinité, cf. ce qui sera dit plus bas à propos des lignes 8 à 10.

' Un verbe au même temps et même mode que K*ip ?

' Les dieux de Oebal? h^2 {'^K nxi? Je dois faire remarquer que la dernière lettre de ce passage douteux, où Ton a généralement cru reconnaître un lamedy présente par moment les apparences d'un notm.

12 Études d'Archéologie Obientale.

Le Psalmiste dit ^ :

J^âh)e la coupe de salut (ou de victoire) et f invoque le nom de Jehovah !

«npK mm Dtrrai «tr» nipw-oo

La première moitié du verset est écrite pla^tiquement sur la stèle^ et la seconde moitié littéralement Notre monument jette peut-être autant de lumière sur ce passage de la Bible^ qu'il en reçoit. L'on voit avec certitude maintenant qu'il s'agit, dans l'esprit du Psalmiste^ non pas d'une métaphore plus ou moins arbitraire, mais d'une cérémonie parfaitement déterminée, d'un acte rituel. Pour lever tous Jes doutes, il suffit de comparer le verset 7 du même Psaume, rigoureusement parallèle au précédent:

A toi je sacrifierai un sacfifice de louange, et f invoquerai le nom de Jehovah,

'K*ipK mm ntrai nmn nat nntK ^h

L'on est tenté, par instant, de se demander si les mots contenus dans la lacune de la ligne 3 n'avaient pas précisément trait à la cérémonie de la libation dédicatoire : et je,,.f

Tout ce Psaume CXVI mérite d'ailleurs d'être relu, pour la pensée et les expressions mêmes, au point de vue de notre texte phénicien. Il débute par une phrase que nous retrouvons littéralement sur la stèle : J'aime Jehovah, car U exauce ma voix . . . "^nSHK ♦ ♦ ♦ "blp-riK mm pûtr'^"''3 K Cest mot pour mot ce que dit la stèle à la ligne 8 : hp pÛtîTI, et ce que répètent, comme autant d'échos de cette formule sacramentelle, des centaines d'exvoto phéniciens : ']*1D'' hp PÛtTS.

TlD*! : Ma Dame. — Aujourd'hui encore les Syriens, tant chrétiens que musulmans,

ont une prédilection marquée pour les formes ^n L, ^^ L, y a rabh, y a rahbi, lorsqu'ils

interpellent la divinité. Ion était un vocable populaire de la déesse AUât chez les Arabes païens.

nbj?a. — Faut-il voir dans le niot Baalat le véritable nom de la déesse de Gebal? Bien que les Grecs paraissent l'avoir traité comme tel, puisqu'ils nous parlent d'une Bt^^Xôt^ç *, correspondant à Héra ou Aphrodite, voire même d'une 6aaXT{<;, qui est expressément la déesse de Byblos^, je serais plutôt porté à supposer que nbp3 n'est qu'un simple vocable, comme TQ^y comme Adonis, dont les Grecs ont également fait un dieu spécial, en le tirant du vocable }*TK ou "nK. La ^Di nbj?3 pouvait parfaitement bien être une Astarié, ou telle autre déesse spécifique que l'on voudra, exactement comme le Baal de Tyr, *l5e bj?D était un Melqart «. SdH nbpD est proprement la Dam^ de Gebal, la Gibliie; c'est plus une espèce de surnom, qu'un nom réel. La valeur purement topique de cette locution ressort clairement

* Ps. CXVI : 13. Je n'insiste pas pour le moment sur le rapport qu'il peut y avoir entre la notion dé la déesse invoquée et le DV hypostatiquc de Jehovah.

2 Ps. CXVI : 17.

3 Ps. CXVI : 1.

* Hesychius : BtjXOt]; \ ''Hpa î) 'A^poôCr»).

^ Sanchoniathon, éd. Obelli, p. 37.

^ Cf. la bilingue de Malte : nx bn nnp^â. De même le Baal de Sidon, dont il est question dans Tinscription d'Ëchmounazar, pouvait, tout comme la Baalat, sa parèdre et parom/me (= bps QV?), porter un nom spécial, Melqarth lui-même n'est au fond qu'un simple vocable, le "^^Q, ou ^vhû, de la cité.

La stèle de Byblos. 13

de la ni^ inscriptioii phénicienne d'Athènes (bilingue)^ qui contient Tépitaphe d'une simple mortelle : TlitD nbj?3 K3*in = EPHNH BIZANTIA, originaire de Byzance. Les monnaies de Gades (Gadeira), et ceUes de Tingi, portent les légendes man nbpD et wan rhv^ qui rappellent singulièrement notre ^33 nbp3; et visent peut-être une. divinité protectrice de la ville, ou la ville même personnifiée et divinisée. Sur la 215® de Carthage, citée par M. J. EuTiNO, fl^pa est; comme ici, précédé de na*l et suivi d'un déterminatif imnn, dont on ne voit pas très clairement la valeur.

Si Baalat-Gehàl n'est pas le véritable nom de la déesse de Byblos, quel est ce nom, et pourquoi n'apparaît-il pas sur un monument où on l'attendrait naturellement?

Pour le premier point je me bornerai à renvoyer aux passages d'auteurs anciens cités plus haut dans lesquels la déesse de Byblos s'offre à nous comme une Astarté ou une Diôné, et où Belthès, probablement identique avec elle^, est, d'autre part, rapprochée de Aphrodite ou de Héra,

Nous possédons un autre document qui va nous permettre de préciser un peu plus. Parmi les débris antiques découverts à Djebaïl même, dans les fouilles de M. E. Benan, et déposés au Musée du Louvre, il y a une petite base de pierre, assez singulière, représentant un vase 2 au-dessus de deux protomès de sphinx ^, de face, se détachant en demi-bosse *. Des deux côtés du vase, et sur le socle, est gravée l'inscription suivante:

ee AC

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