‹ Études d'archeologie orientale (volume 2)Chapitre 3 sur 9 · PA AC · texte numérisé non relu

PA AC

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cDIATATHEY^s

B leNHANeeHKEN « .

Les deux dernières lignes ont été diversement lues et restituées^; je propose tout simplement : ^Ckzâxr^^ eî)[xo|xJévr) àvéôigxev, ou plutôt 6i)[5a{jL]évrj. La formule est justifiée par l'épigraphie. Elle est en faveur particulièrement à Palmyre; par exemple : eù?a|xévo; àv£6Y;x£v ». J'invoque d'autant plus volontiers l'usage de Palmyre, que, grâce à la comparaison d'inscriptions palmyréniennes trouvées à côté des grecques, nous sommes en mesure de voir

^ Cf. YAphrodite BupX{Y) du pseudo-Lucien, de dea Syr. 6.

3 Ce vaee, qui semble jouer ici un rôle symbolique essentiel, fait songer à celui qui caractérise la déesse égyptienne Nout et qu'elle porte souvent sur sa tête : Q. Il le rappelle même par sa forme. Or Nout, qui oflEre avec Hathor d'étroites affinités, représente particulièrement là voûte céleste ; c'est donc une Oûpave(a par excellence. Elle est la parèdre de Seb-Kronos, père des dieux, et les Grecs l'identifiaient avec Rhea (Diod. Sic. I, 13; Plut, de I». et Os, 12). Sanchoniathon fait de Rhea la sœur de la Diône-Baaltis, déesse de Byblos, ainsi que d'Astarté (Sanchon. fr. éd. Obelli, p. 30).

» Ou lûmsf

* E. Renan, Mi»ê, de Fkén. p. 162, pi. XXII, 8.

* Environ deux lettres enlevées par une cassure.

* Le H et le K sont liés, ou bien il y a un I pour H par iotacisme.

^ E. Rbnan, loc. l, — Fboehneb, Imcr, gr, du Louvre, n^ 24. L'un et l'autre donnent les noms propres EùjjL^viï et EÙ7i|ji^vj) comme douteux.

^ Le nom de <I>iXtaTy] se retrouve dans une épit^phe métrique (Corpus InacripOonum Grœcarum n** 6201), comme celui d'une jeune fille dont le père s'appelait également OiXtaTo;.

« Le Bas et Waddinqton, Foy. arcfi, n*» 2571 b; cf. n*»» 2573, 2574, 2577.

14 Études d'Akchéologie Orientale.

sous le grec Fexpression sémitique correspondante. Le euÇa(Aévoç xat èicosiouoSetç àvé6v]xev du n^ 2577 ^ dn Voyage Archéologique de Lb Bas et WADDiNaTON est littéralement^ comme Ta fort bien vu M. db Vogûé^ le : .T3p1 ÎT^ VCp H de ses n<>» 92, 103, 111. Or c'est justement la locution que nous retrouvons identique à Byblos, avec la double forme sémitique et grecque, ynp, et ev^a(jiiviQ, sur la stèle de Yehawmelek et sur Fautel de PhUtaté.

Ge qui achève de rendre la coïncidence tout à fait frappante — et c'est là ce qui nous intéresse le plus en ce moment — c'est que ces deux monuments sortis du même sol, mais séparés par des siècles d'intervalle s'adressent tous deux à la même déesse. En effet, s'il est une partie de l'inscription grecque à l'abri de toute espèce de doute c'est assurément celle où l'on lit Qeôiç Oùpavstaç. Cette Aphrodite Uranie, cette Dea eeiestis, dont les origines orientales, et spécialement phéniciennes, sont un des faits les plus constants de la mythologie sémitique, n'est autre que la grande déesse de Byblos, l' Aatûiprï) ii iasyi^tiq, fille d'Ouranos 3, la Baalat adorée par Yehawmelek. Cette donnée archéologique vient s'accorder on ne peut mieux avec les diverses indications enregistrées plus haut et elle nous fournit le lien nécessaire pour les rattacher entre elles.

n faut en outre tenir compte de la vieille légende rapportée par Plutarque^ qui fait aborder Isis à Byblos, et surtout de la forme même avec laquelle la déesse est représentée sur la stèle, à savoir sous les traits de VHcUkor égyptienne. Si l'oiseau, dont elle est ici coiffée, a conservé la valeur symbolique qu'il a en égyptien, et qui est celle de la maternité, nous aurions au moins un renseignement intéressant sur la nature de cette déesse, dont nous ignorons le véritable nom : ce serait une déesse mère et non une déesse vierge, une déesse dont le roi pouvait, par conséquent, suivant l'idée antique, se réclamer logiquement comme le fils.

Pour le second point, l'omission du nom réel de la déesse, je rappellerai que les anciens avaient des raisons superstitieuses pour éviter de prononcer le nom de la divinité iutélaire d'une ville. Je ne serais point surpris que cette idée ait été pour quelque chose dans la cryptonymie bizarre dont a été frappé, à partir d'un certain moment, le nom même de Jehovah, Le nom du dieu topique avait une vertu magique; le livrer aux profanes, aux étrangers, était aussi dangereux que de révéler à l'ennemi le mot de passe. Je ne saurais mieux faire que de reproduire ici quelques lignes où M. Ch. Eobert a très bien résumé les sentiments de l'antiquité à cet égard : «On le sait, lorsqu'il s'agissait du dieu ou de la » déesse protégeant une ville, tout était mystère; son nom même ne devait pas être connu. » Il fallait que les assiégeants ne pussent invoquer cette divinité et l'attirer hors des murailles, » loin de son peuple, en lui adressant le carmen sacramentel » K

» Cf. no 2573.

2 De VoGïnfc, Syr. Centr. Inacr. êém. p. 57,

3 Avec les cornes qui caractérisent sa coiffure, selon Sanchoniathon (éd. Okelli, p. 34), signalement qui répond bien à celui de la déesse de la stèle de Yehawmelek.

^ Plut, de la. et Oa,, 16. Dans ce passage, dont j'ai donné le texte plus haut, la reine mythique de Byblos est appelée Astarté, Nsixavouç et Sàwjiç. Je parlerai plu s loin de Nefiavouç. Quant à Sawatç, l'on

pourrait songer à ce vocable obscur d'Isis à Heliopolis : ^ y^"**^^^ — **~"m ^^*^^'^> ^ grande arriwvnU, ramené par la transcription grecque vers la forme Sa«oT»)ç {aawoeur^ épithète de Zeus et de Dionysios). Il est douteux que l^acoai; ait quelque chose de commun avec ^Idcto^, nom du soleil à Babylone, selon Hesychius. ^ Ch. Robert, Étude aur quelquea inacriptiona anUquea du Muaée de Bordeaux, p. 4, note 3. Je serais tenté de voir encore quelque préjugé de ce genre dans Thabitude si curieuse, et si manifestement in-

La stèle de Btblos.

L. 4 à 6. — Vient maintenant rénomération des travaux exécutés par Yehawmelek et dédiés à la déesse. Les difficultés sont ici considérables. L'on est dans le doute non seulement sur respècC; mais sur le nombre même des objets. Une analyse rigoureuse et méthodique du texte peut toutefois^ je pense, nous permettre de déterminer ce nombre avec une certitude presque entière, et nous fournir en même temps, diverses indications utiles sur ce qu'étaient en réalité ces objets. Pour plus de brièveté, je présenterai le passage en cause sous la forme d'un tableau synoptique. Les conséquences qui s'en dégagent sautent aux yeux. J'ai fait, dit le roi:

Position relative de Tobjet Démonstratif ha Ivivîîtf ^bjet

néant

néant

nnbj? trrK

7iéant

néant

néant

néant

néant

ntrm

néant néant néant néant

nDTûn nrîSn 1 n(n)pn i ronpni

nnacDû 1

CD

On voit immédiatement qu'il n'est question que de trois objets distincts 1, 2 et 3 : un naTÛ, un nriB et une TCHS. L'objet 2B (n(*l)J?n) n'est pas en effet, comme on pouvait le croire, un objet isolé] il fait partie intégrante de 2 A (Hnfin) exactement comme les objets SB'C'D' (map, D***n, et n»Da), font partie intégrante de 3 A' (nsnpn). Ce qui le prouve c'est l'absence du déterminatif, ou pronom démonstratif : ce, que voici, après n(*l)PPl, tandis que les trois objets essentiels ont ce déterminatif caractéristique : |t ou Kt, suivant le genre. H faut comparer particulièrement 2B à 3C^ Le premier est à 2 A, pour la construction de la phrase, ce que le second est à 3 A' ou, plus rigoureusement, à 3 B'.

Nous trouverons plus bas (1. 11, 12) la confirmation à peu près absolue de cette façon de voir. En eflfet, le roi, récapitulant brièvement les œuvres qu'il vient d'achever, élimine tous les détails, pour ne garder précisément que les trois chefs reconnus ci-dessus:

pnHJtâ rhv

p pn nirS nbpi

Kt rî5np nbpi

Le mot ntrn^ a été ici supprimé. Telle est, comme on le verra, la seule lecture et la seule restitution possibles. Les deux passages, ainsi interprétés, se contrôlent et se soutiennent mutuellement.

Quels étaient ces trois objets? Sur le^premier il n'y a pas d'hésitation possible : c'est un autel d'airain. Seul, le lieu ou était disposé cet autel nous échappe par suite du mauvais état de la pierre en cette région.

tentîonnelle, à Palmyre, d*omettre dans les dédicaces sémitiques le nom même du dieu : à celui dont le nom est béni dam Vétemité, le bon, le miêérioordieux.

16 Études d'Archéologie Obientale.

Le troisième, la DyUff, comportant des colonnes, quelque chose d'indéterminé au-dessus des colonnes, et un toit, a été généralement entendu au sens de portique. Mais les éléments architectoniques que je viens d'énumérer, ne constituent pas nécessairement un portique. U n'est pas interdit de se demander, jusqu'à preuve du contraire, si ce mot, inconnu, rOlS, ne désignait pas chez les Phéniciens une espèce à!édiade de dimensions plus ou moins considérables. Le mot se rencontre ailleurs, mais dans un texte qui, loin de nous apporter de la lumière, aurait grandement besoin lui-même d'en recevoir. Cest dans l'inscription de Gaulos, où l'on lit, à la ligne 4, sans aucun doute possible sur la valeur et sur la coupe des lettres, car les mots sont séparés : ♦ ♦ ♦ p IfflU^ DS'IJ? "IIK ♦ ♦ ♦ Reste à savoir si le mot en litige a le même sens dans les deux cas*. De tpute façon, l'on est tenté de supposer que la n3*iP devait être destinée à recevoir et à abriter le second objet, trop précieux — il était en or — pour être placé en plein air, dans un parvis, par exemple, comme pouvait l'être, conmie devait l'être un autel d'airain, c'est-à-dire une table, et au besoin, un fourneau de cuisine, dont l'usage eût été des plus incommodes, et assez irrévérencieux, dans l'intérieur même de la maison de la divinité, intérieur toujours fort exigu.

Le second objet consacré à la déesse est un nDfi d'or. La préciosité même de la matière indique a priori qu'il doit s'agir d'une chose ayant un grand caractère de sainteté. Le mot HDB n'a que deux sens possibles si l'on s'en tient au lexique hébreu : porte, ou gravure, sculpture (HIDB). Les deux significations ont été successivement essayées.

* MM. DE VogOê et Renan ont admis qu'il s'agissait d'une porte monumentale, d'un pylône doré; le linteau de cette porte (nns Sj? tTK pK nariD tTK) aurait été orné, selon l'usage phénicien emprunté à l'Egypte, du disque solaire ailé, tel par exemple qu'on le voit à la partie supérieure de la stèle elle-même. C'est ce disque symbolique, également en or, ou doré, qui serait désigné par les mots J^*lH n(*l)p ; n(*l)p serait une transcription phénicienne du nom égyptien de Yurceus, c'est-à-dire du petit serpent dont le disque ailé est ordinairement flanqué à droite et à gauche.

M. M. Halévy, qui a proposé le premier de voir dans Hns l'hébreu mriB, sculpture, comprend tout autrement l'ensemble de la phrase qiai s'étend depuis le mot controversé jusqu'à la fin de la ligne 5:

«Cette sculpture d'or (= le disque) qui est au-dessus de ma gravure que voici (= la » scène figurée, gravée au trait sur la sÛle même), et la ville d'or (== la Fortune) qui est dans > la coupole de pierre qui est au-dessus de la dite sculpture d'or. »

Il s'agirait, dans cette hypothèse, de deux objets d'or différents qui ne seraient autre chose que les appliques de métal dont on a relevé les traces au sommet de la stèle : 1^ le disque, et, 2*^, au-dessus, une petite statuette de la ville divinisée. Ce système prête le flanc à diverses objections : |fi hy ne semble pas signifier aurdessus, puisque, un peu plus loin, ce sens est exprimé, à deux reprises, par bp; nHfi aurait eu, dans la même phrase, deux acceptions difficiles à concilier, celle de ciselure métallique en relief, et celle de gravure en creux sur pierre ; n(1)P = viUe, n'est guère vraisemblable, sans parler la valeur assez forcée du mot qui désignerait une figuration plastique de la ville; les appliques, comme il a été dit plus haut, étaient probablement en bronze et non en or; il se peut même qu'il n'y eut jamais eu qu'une seule applique : le disque. Le nnfi d'or doit être une chose aussi distincte de la stèle * Cf. plus loin le paragraphe relatif à la I'* d'Onmm el-'Awâmid.

La stèle de Byblos. 17

qui le mentionne qne Vautd d'airain et la n3*1J7. Aucun archéologue ne peut hésiter sur ce point. Cest comme si^ sur la stèle de Mesa^ Ton voulait prendre les mots : DKÎ D&an tTPMI ^ < et j'ai fait cette banuxt que voici >, comme s'appliquant à la stèle^ et en conclure que n&3 est la stèle elle-même.

Si Ton retient pour nflfi le sens de sculpture, Ton pourrait peut-être chercher dans une autre voie et comprendre : cette statue d'or qui est en face de ma statue (t Tinfi |& b]7). La statue d'or, ce serait une statue de la déesse; l'autre statue^ de matière indéterminée, apparemment moins précieuse, ce serait celle de Yehawmelek lui-mêm'e, Ficone du donateur. Gela rendrait assez bien compte du tour quelque peu singulier : t "^rinfi; ce mien nnfi, c'est-àdire non pas : ce nn& qu^ fai fait, qui m'appartient (cela allait de soi et n'avait guère besoin d'être spécifié), mais : qui me représente. La statue de la déesse et celle de son adorateur auraient été placées l'une en face de l'autre, comme devaient l'être, par exemple, ces nombreuses statues votives de Cypre (hùO), véritables portraits des adorants^, rangés autour de l'image de la divinité ; comme l'était, ainsi que nous le verrons tout à l'heure dans l'inscription de Rosette, l'icône du roi Ptolémée (devant l'image du dieu principal du temple).

Les exemples historiques de pareilles dédicaces ne manquent pas. Je me contenterai de rappeler l'envoi fait à Cyréné et la consécration, par Amasis, d'une statue d'or d'Aihéné (fyoîKiM iviyjfwjos 'AOiQvatTQç) et de sa propre image, (probablement peinte, xat eSxéva éouToû Ypa?^ etxaff|iiivr)v) \

Le mot nn& peut-il s'appliquer à une sculpture en ronde-bosse telle qu'une statue? Il est souvent pris dans la Bible pour désigner la gravure en creux des cachets. Mais il semble, d'après d'autres passages, désigner non seulement des travaux de glyptique, mais des travaux de torentique. Les figures qui décoraient la proue des navires phéniciens s'appelaient, nous apprend Hérodote^, naraexoi. Bien qu'Hérodote paraisse, dans ce passage, avoir en vue le nom du dieu égyptien Ptah, il n'est pas impossible que les patéques dont il nous parle ne nous cachent le mot phénicien riDfi, dans le sens à'im>age, tel que nous l'avons ici, et tel qu'il pouvait être usité à l'époque d'Hérodote, qui est à peu de chose près l'époque de notre monument.

Dans cette hypothèse, la scène figurée au-dessus de l'inscription nous montrerait précisément la façon dont étaient disposées la statue de la déesse et celle du roi. Ce ne serait pas une scène purement symboUque, idéale, mais la reproduction matérielle, exacte quoique sonmiaire, de l'arrangement en question, une espèce de croquis des deux statues qui composaient le groupe, placées l'une en face de l'autre, |fi hy, comme le sont les deux figurines que nous avons sous les yeux. L'intérêt de Yehawmelek à dresser en quelque sorte cet état des lieux en images ressortirait assez bien de la fin de l'inscription. Ce roi dévot n'a qu'une crainte, c'est qu'on vienne après lui, dénaturer les travaux qu'il a faits, et surtout lui en

1 Stèle de Mesa : 1. 3.

^ C'est ce qu'a parfaitement compris et indiqué le premier un jeune archéologue dont la science déplore la perte prématurée, Georges Colokna-Ceccàldi, dans ses Décowoertes en Chypre (Ëxtr. de la Bev. Arch. 1872, p. 10 et 12).

3 Hérodote II, 182. Cet Amasis prodiguait d'ailleurs assez volontiers son portrait; car nous voyons, dans le même passage, qu'il avait consacré à Héra de Samos deux autres icônes de lui-même, en bois. Voir plus loin le rapprochement avec le décret de Rosette.

^ Hérodote III, 37. Cf. Hesychius, Suidas, VEtymoloffioon magnum etc. ». v. Déjà Scauger a comparé l'hébreu mrifi et noraixoç.

18 Études d'Akchéologie Orientale.

enlever la paternité. Comment pouvait s'effectuer ce plagiat qu'il s'efforce de conjurer? De deux manières : par l'érection d'une stèle portant une inscription mensongère; par la substitution de la statue de l'intrus^ supprimant^ ou dérangeant, celle de Yehawmelek, pour prendre sa place devant la statue de la déesse, et le privant ainsi du bénéfice si chèrement acheté de ce tête-à-tête permanent avec la divinité. Tels sont peut-être en effet les deux actes que vise la phrase comminatoire, si obscure, des lignes 13, 14. L'inscription de la stèle parerait autant que faive se peut, à la première éventualité, et la reproduction authentique des deux statues dessinée au-dessus parerait à la seconde. Le document plastique ferait foi au même titre que le document épigraphique, et serait destiné, comme lui, à constater, et à sauvegarder les droits de Yehawmelek quand il ne sera plus là pour les faire respecter.

Cette explication de HDB n'est hasardée ici qu'avec toutes les réserves qu'eUe comporte. Bien qu'elle donne une solution relativement satisfaisante de plusieurs des difficultés de ce passage si diversement interprété, elle ne les résout pas toutes et elle est loin d'être ellemême à l'abri de toute critique. Ainsi, au premier abord, on est quelque peu choqué de voir la statue de la déesse dite en face de la statue du roi. L'inverse semblerait plus conforme aux bienséances, à l'étiquette liturgique; c'est, à proprement parler, le roi qui est devant la déesse, l'adorant devant l'adorée. L'on aimerait mieux qu'il* y eût : cette statue d'or d, devant laquelle (V3fi bp t2^K) est ma statue que voUà. Mais admettre une omission du suffixe, comme, par exemple, dans le StTK de la I" inscription d'Oumm el-*awamîd \ est un expédient bien peu satisfaisant, d'autant plus que les suffixes sont toujours scrupuleusement exprimés dans notre inscription. Supposer qu'il s'agit d'une plaque d'or ciselée reproduisant ^ la scène gravée sur la pierre, ou même l'ensemble entier de la stèle, texte et image (= t "^nrifi) est encore plus inacceptable. En somme, il ne faut pa£i perdre de vue qu'il s'agit, avant tout, de préciser la position, et, partant, l'identité de la statue de la déesse, relativement à un point pris en dehors d'elle, comme on vient de le faire immédiatement auparavant pour l'emplacement de l'autel d'airain.

n y a un document qui me semble pouvoir être rapproché avec fruit de la stèle de Byblos, en ce qui concerne notamment ce passage épineux. Cest l'inscription de Eosette. On estimera peut-être que c'est descendre un peu bas et chercher un peu loin des analogies; mais ce sentiment de défiance ne tardera pas à se dissiper si l'on veut bien se rappeler que c'est à l'Egypte qu'il convient en toutes choses d'aller demander des renseignements sur la Phénicie ; que cela est vrai principalement pour tout ce qui a trait au culte ; que la figuration, si franchement égyptienne, de la déesse de Byblos nous y invite d'une façon expresse; et qu'enfin les usages religieux, dont le propre est un peu partout de se perpétuer par la tradition, n'ont jamais moins varié qu'en Egypte.

Entr'autres honneurs rendus à Ptolémée V Épiphane, le concile des prêtres égyptiens décide que l'on élèvera au roi une image dans chaque temple, dans le lieu le plus en vue, image qui portera le nom de Ptolémée, et qu'auprès de cette image sera placé le dieu principal du temple lui présentant l'arme de la victoire, le tout disposé à la manière égyptienne: «rnjffoi 5è tou a?(i)vop(ou ^a9tAé(i)ç nToXeixa(ou . . . 6tx6va èv éxioro) tepw, sv tû i%^Q^tQi(htù tow*)],

« L. 4 : pour 'h WK.

3 En poussant même, au besoin, Thypothëse jusqu'à prêter arbitrairement à \t bv le sens de ccnformémerU à, pour copie conforme.

La stèle de Byblos. 19

fl xpoaovopLaaôi^aeTac IlToXepkaiou . . . "^ Tcapson^^sTai ^ 6 xup((i>taTOÇ 6sbç tou Upou^ ItZohq auto) &3cXov vtxy)Ttxcv • 5 ëorat y.aTeay.euaff|jLsv[a tov AtY^rcttov] Tpéwov 2. Voilà déjà qui ressemble assez à rarrangement dont nous avons été amenés à discuter la possibilité pour Timage de Yehawmelek mise en présence de l'image de la déesse^ qui est bien la xupuaxirT] 6éoç du temple national des Giblites. Cest également l'image du dieu qui est dite placée à côté de l'image du roi et non l'image du roi à côté de l'image du dieu.

Voici maintenant d'autres détails qui sont encore plus topiques et dont on ne saurait manquer d'être frappé : les prêtres décident en outre qu'on élèvera au roi Ptolémée, dans chacun des temples^ une stcUue et un édicule dorés, ^oavov ts xal vabv y\p^S, èv éxiaro) tûv] tepôv^. Lbtronnb^ explique, avec Champollion, qu'il faut entendre par ewdiv un portrait soit peinte soit sculpté en bas-relief : le groupe hiéroglyphique correspondant a pour signe déterminatif l'image d'un homme debout^ coiffé du Pchent et costumé comme les rois qui sont si fréquemment représentés sur les bas-reliefs décoratifs des temples. Champollion suppose que le Çoo^ov est au contraire une statue en ronde-bosse, assise. Letronne ajoute^ que le ÇooEvov devait être une gtatuette de bois; il appartenait à la catégorie de ces dmuUusra hrema destinés a être sortis des temples et portés processionnellement à certaines fêteS; par les pastophoree, avec l'édicule; va6ç ou ?caoT6ç, qui les renfermaient. Ces petites chapelles portatives étaient en bois doré, comme nous l'apprend Hérodote : xb Se &^<£k^7. ècv èv vir)<^ [jLcxpû ÇuXCvo) xaTaxexpua(i>|jLéy(i> A. Diodore de Sicile nous parle également de ces statues et de ces naos dorés : ocY^XiAori xe xal xpuffoDç voob^ xaxoaxeùavaaOat ^.

Il faut avouer qu'ici encore l'on est bien tenté de croire que le passage de la stèle de Byblos concernant les objets indéterminés consacrés par Yehawmelek nous fait entrer dans un ordre d'idées analogues. Le décret de Rosette prend bien soin de décrire minutieusement ce naos de Ptolémée^ pour qu'il ne soit pas confondu^ dans le présent et dans \avemr, avec des naos similaires qui pouvaient être à côté : Sxcoç S'e{>9T){jLoç 1J vuv xe xal etç xbv eiceixa xp^vov ^. Cest peut-être pour empêcher aussi quelque confusion qu'à la fin de la stëlC; Yehawmelek fait certaines recommandations à ceux qui; après lui, voudraient exécuter quelque travail du même genre dans le sanctuaire de la déesse. Nous reparlerons dans un instant de certains détails du naos doré de Ptolémée^ à propos de ce qu'il convient de voir dans la nhlj? d'or.

En somme l'on serait assez porté à chercher dans le nnfi et la nSiP quelque chose comme \icone, le xoanon et le naos de la stèle de Bosette.

Si TCnS n'est pas le naos lui-même^ mais bien un portique, comme on l'a supposé^ on pourrait voir le naos demandé dans cet énigmatique nDfi.

M. MasperO; qui avait déjà été consulté autrefois par M. E. Renan sur l'ensemble de ce

> Letronne {CommefnL^ note 77) pense que le dieu était figuré debout. Peut-être cependant ne convientil pas de s'attacher aussi rigoureusement au sens étymologique du verbe, qui répond exactement, avec ces deux nuances (h c6U ou en face), au ]t bj9 de la stèle de Byblos.

2 Inacr. de BoaeUe, 1. 38^ 39, avec les restitutions de Letbonhe.

» Id. id. 1. 41.

* Commentaire, note 77.

* Id. id. note 81.

* Hérod. II : 63.

7 Diod. Sic. I, 15.

B Imcr, de Boiette, 1. 43.

passage rebelle^ et aux lumières de qui j'ai fait un nouvel appel; compare maintenant l'égyptien R peihit et ses diverses variantes *.

n serait possible^ à la rigueur, sans avoir besoin de recourir à une langue étrangère; d'attribuer directement le sens d'édicule^ naos etc. au mot sémitique nnfi dans son acception ordinaire de porte. Les naos en question se présentent en effet toujours sous l'aspect d'une véritable porte aveuglée par le fond, et c'est peut-être bien là la conception primitive qui a présidé à l'adoption de ce modèle de niche servant aux dieux comme aux hommes. L'on conçoit dès lors que les Sémites aient appelé nriB ces espèces de pylônes rentrant un peu dans les conventions de l'architecture feinte. Nous serions ainsi ramenés, avec une légère nuance cependant; à la première traduction de MM. de VogOé et Renan. L'interprétation de rO^y par portique y gagnerait en probabilité, et ce serait peut-être le cas de rapprocher le Ma*bed d'Amrith, avec sa cour sacrée, ou hieron, entaillée dans le roc, le portique qui l'encadrait, le naos qui se dressait au centre, et les sièles qui étaient encastrées dans les parois de la cour 2.

Remarquons encore que l'inscription de Rosette parle d'une façon parfaitement distincte de la stèle enregistrant le décret et les diverses mesures qu'il comporte : une stèle en pierre dure, écrite en caractères sacrés, locaux et grecs, qui doit être placée auprès de l'image du roi toujours vivant^ : cela achève bien de nous montrer qu'il ne faut voir dans la stèle de Byblos que l'équivalent de la stèle de Rosette, et que ce serait faire fausse route que d'y chercher, sous forme d'appliques, les objets d'or mentionnés par Yehawmelek, objets dont la stèle n'a d'autre raison d'être que de constater l'exécution et la consécration, et non loin desquels elle était peut-être, elle aussi, posée. La stèle n'est là-dedans qu'un accessoire; elle ne fait pas partie intégrante de l'offrande, elle l'engistre. Ce n'est qu'un témoin, mais c'est un témoin important, qui valait surtout par sa position. Aussi cette position est-elle définie avec soin, dans le décret de Rosette. Sur la stèle de Turin, il est dit que cette stèle sera placée sur le soubassement du temple^ t^^ xpvjxiBoç tsû lepou^. A côté de la stèle de Yehawmelek pouvaient s'élever d'autres stèles commémoratives des travaux de ses prédécesseurs et de ses successeurs. Cest peut-être là la cause de la préoccupation que manifeste Yehawmelek à la fin de son inscription : il redoute et s'efforce de prévenir quelque confusion à son détriment entre son œuvre et ceUe des autres.

Je crois avoir nettement établi, par l'absence caractéristique du pronom démonstratif, par la construction générale de cette partie de la phrase, et par la récapitulation des lignes 11 à 12, que la n(*1)p d'or n'était pas un objet distinct, mais qu'elle faisait corps avec le nnfi. Qu'était-ce au juste? Je commencerai par faire remarquer que la lecture matérielle du mot n'est pas aussi sûre qu'on l'a admis jusqu'ici. La haste du second caractère, dont la tête est fruste, n'a pas l'inclinaison ordinaire du rech; la direction de cette haste est sensiblement la même que celle de la haste du* taw qui suit immédiatement. Or la pente normale du taw : h est l'inverse de celle du rech : à^. Cette lettre douteuse pourrait être

1 Avec interversions phonétiques. Le mot est-il foncièrement égyptien? Est-il impossible qu'il appartienne à cette catégorie nombreuse de tenues sémitiques empruntés par Tégyptien?

> E. Renan, Misnon de Phénide, p. 65, pi. X. Cavités destinées à servir de niches, ou à recevoir des plaques ou stèles.

> In$cr, de SoBette, 1. 53, 54.

* Stèle de Turin, 1. 31. Cf. Letbonnk, Comment, sur Virucr, de Ito8,j note 114.

La stèle de Byblos. 21

aussi bien un kaph ou un pM, Je reviendrai tout à Theure sur ce point, et m'occuperai pour le moment du mot lu nip. J'estime qu'il faut renoncer, pour les raisons exposées plus haut, à l'explication par *ip = T»p, 'oûle. Le lexique hébreu n'offre alors rien de satisfaisant, car Ton ne saurait guères s'arrêter à *Tip, fimp ^ peaux, dans le sens de revUements d'or. L'on a songé à recourir à l'égyptien et l'on a proposé de considérer THS comme une transcription de , àr'ay et de ses variantes. H s'agirait, dans cette hypothèse, du disque aiUAxmi,

à l'instar de la stèle elle-même, aurait été surmontée la porte, nriB, élevée par Yehawmelek.

Cet ornement symbolique d'origine égyptienne figure en effet, presque constamment, sur les linteaux des portes monumentales obser\'ées en Phénicie. Mais on peut objecter, il me semble, à ce rapprochement que le mot égyptien en question désigne proprement, non pas le dÂsque ailé — r l'égyptien a pour cela d'autres termes bien définis — mais Yurams, le cupiioç, le ^(xaïkimLoq c'est-à-dire le, ou les petits serpents sacrés qui accompagnent souvent, mais pas toujours, non seulement le disque ailé, mais la coiffure des rois et des dieux. Il n'est pas très naturel d'admettre que les Sémites aient adopté, pour dénommer le disque ailé, un mot étranger qui n'a avec lui qu'un rapport tout à fait indirect et secondaire, puisqu'il ne s'applique qu'à un accessoire du disque, pouvant même faire parfois défaut

De deux choses l'une : ou il faut entendre par n(1)P signifiant urœus, autre chose que le dùque aUé; ou la lecture du mot doit être modifiée conformément à la remarque paléographique consignée plu^ haut.

Dans ce dernier cas il faudrait lire nsp on nfij?. nSJ? est improbable. DfiP serait assurément un excellent nom du disque ailé, car il se rattacherait de la façon la plus rationnelle à P]1J?, voler, P]ip, oiseau (aile) : littéralement la volante, volucer, ^eTsivov. Cette définition s'appliquerait à merveille, en particulier, à la forme franchement omithologique de ce symbole, avec ses ailes et sa queue d'oiseau (prototype iconologique du Saint-Esprit, ou ^fflp Pin ; l'épervîer a été transposé en colombe) ; c'est cette forme qui semble avoir été le plus en faveur chez les peuples qui Font emprunté aux Égyptiens : Phéniciens, Assyriens etc. (L'emprunt de ce motif par les Assyriens me semble évident ; c'est un argument archéologique important à faire valoir pour établir la réalité d'une influence de l'Egypte sur V Assyrie.) Il est certain que ce symbole, si populaire chez les Phéniciens, qui l'ont prodigué sur leurs monuments, grands et petits, devait avoir un nom, et que ce nom pouvait être sémitique, bien que la chose fût d'origine égyptienne. D'ailleurs il semble que le mot nfij? n'ait pas été inconnu aux Égyptiens, justement dans l'acception de disque ailé : [] q j]? ^^&^) Q d D ^Of; '<^pif

*apy ^BP, P|P. Les égyptologues le rapportent à une racine 'ap, ^apij voler 2. Ce mot, il est vrai, qui ne paraît pas avoir été fort usité, peut, comme tant d'autres, avoir été pris, à une certaine époque, par les Égyptiens aux Sémites eux-mêmes. Le rapprochement n'en recevrait alors que plus de force, puisque nous aurions ainsi la preuve que n&P, ou r]P, était bien, chez les Sémites, le nom courant du disque ailé.

Dans quel rapport serait alors la flûP d'or .avec le riffi d'or qu'elle paraît avoh* surmonté? Si le nnfi est un objet de nature architecturale, nous nous trouverions encore une fois ramenés, par une autre voie, plus directe et plus sûre, à l'idée première de MM. Yogûé

> Le mot se rencontre dans le grand tarif de Marseille, sous la forme n*iP, identique extérieurement au vocable de notre stèle. {Marseille : 1. 4, 6, 8, 10*, cf. Premier tarif de Oarthage : 1. 2, 3, 4.)

3 Bbuobch, DieUarmaire 8. V. Cf. Berne ÉgypL I, 26 : ôpt m kk.

22 Études d'Archéologie Okientale.

et Renan : le dUque aUé surmontant la porte. Si le nnB est une statae de la divinité, l'on poturait songer à la coiffure de U déesse, telle qu'elle est figurée dans le registre snpérietir, «oiffnre qui se composé du disque, non ailé, entre les deus cornes de rache < (attribut orditiaire de Hathor), et d'un oiseau^ vu de profil, tourné à droite, posé sur la tête même de la déesse et semblant couver. Dans cette b^'pothëse se présente aussitôt à l'esprit le passage de Lucien ^ relatif au Çimov mystérieux de Hierapolis, ce ^imev d'or appelé <sT,<^i,<iai et surmonté de la colombe d'or qui joue un si grand rôle dans la légende de Sémiramis.

Que ai au contraire l'oo maiutient ta lecture niP, eo dépit des doutes que peut inspirer le rec^ je serais tenté de recourir à une antre explication, rns serait ie pluriel féminin sémitique de ~\S, au sens précis d'urœu< : les urœtts. H ne s'agirait nullement du disque ailé, où les deux urœus * ne sont en somme, comme je l'ai dit, que des éléments accessoires, mais plutôt d'une rangée, d'une espèce de frise d'urœus dorés, telle que celles qu'on remarque sur la comicbe de nombreux monuments égyptiens et de monuments phéniciens d'imitation égyptienne. Chez les Égyptiens cette frise est d'un usage tellement répandu, qu'elle ' caractéristique du signe hiéroglyphique détenninatif du pylône, ou de la porte aussi du linteau ^ ^. C'était devenu un motif presque banal de décoration anîEi et le mot, comme il amve souvent, avait pu finir par désigner le membre même d'architecture dont il était l'ornement pour ainsi dire obligé.

Pour fixer les idées, je donne ci-dessous la reproduction partielle d'une stèle du Louvre* nous montrant Osris asais sur un trône dans un naos unsi décoré :

u, qu Kiiv OUI arcutecturale.

Je ferai remarquer en passant comblent la pose d'Osiris rappelle celle de la déesse de

< Cf. la xEfoX^v Taùpou que, selon Sanchoniatlioii (éd. Orklu, p. 34) Aatarté la très grande avait placée sur Ba tète, comme symbole de la royauté.

' H. DK VoQL-Ë a parfaitement montré que cette coiffure de la Baaiat de Gebal, ai profondémeut marquée au coin égyptien, s'est conservée dans Jes roprésentAtions de la déesse jusqu'à l'époque grécoromidne.

' Lucien, de Syria dea, 33.

* Ce nombre, qui est le plus or^oalre, dans les figurations en bas-relief, impliquerait en entre l'emploi du duel.

' 11 se trouve que la valeur de ce dernier mot est précisément 17, 'IP, ce qui rappelle assez à propos notre niS.

* B«z de chaussée C. SO.

La stèle de Bïblos. 23

Byblos aor la stèle, La comparaison sera encore pins frappante, si l'on ne perd pas de rue qne le parèdre de cette déesse (Adonis) devait être morphologiquement & l'Osiris égyptien ce qne la déesse elle-même est à Isis-Hathor.

Je signalerai, parmi les monoments phéniciens qni nons oftvnt ces frïses d'arteus, deux fragments de Sidon conservés au Louvre et provenant l'nn et l'autre, de la mission de M. K. Renan '. Le premier, malheureusement très fruste, est une Borte de dalle sculptée en bas-relief et représentant une figurine, apparemment une divinité, assise de profil, à gauche, dans une petite cdla carrée, surmontée d'une corniche qne couronne elle-même une rangée d'une douzaine d'nrœns:

Le second consiste dans la partie snpérienre d'un petit naos du même genre (le haut du défoncement rectangulaire, formant niche, est encore visible), orné de la même frise d'urœus, et, en plus, du globe ailé^.

Qui sait si ce n'est pas à -des monuments de ce genre, de taille variable, que les Phéniciens appliquuent le nom de nrifi?

L'on constate la même frise d'unens sur l'une des deux ce//a monumentales d'Amrith^, si élégamment reconstituée par M. Thobois. Elles persistent encore, plus ou moins altérées dans le détail, sur des monnaies syriennes, comme couronnement de naoa, pattos, cella etc. . . . Je citerai notamment une curieuse monnaie d'Ascalon portant, au revers, une représentation qui a beaucoup intrigué les numismatistes * ; j'y reconnais un monument de cette catégorie, une façade de temple, avec les frises d'nrœns extrêmement défigurées. Je me demande même ai ce détail bizarre de l'architecture du temple juif que nous a conservé la description de

■ E. RuTAN, MUnm de Phénicùt, p. 365, 366. Voyez encore (p. 26, et pi. IV, n° 4) nn fragment d'une frise d'unens colossale à Artutasi et (p. 541) on fragment de stèle provenant de Tyr, à couraDoement analogue à celui du fragment de Sidon.

3 Je retrouve d&ns mes notes l'indication d'un troisième fragment analogue, également au Louvre, mais que je ne puis autrement désigner parce qu'il ne porte pas de numéro.

' E. Rbhhc, Mùtion de Phénkie, pp. 62—70, pi. IX et X. L'une d'elles avaient des coUamti, aujourd'hui disparues, et un auvent en pierre se projetant en forme de toit. Serait-ce là une n3ip avec les DlOV et la niBDBÏ

< Db Saulci, Numùmatique de la Terre SainU, pi. X, n* 8 et 9.

FL JosèphC; à savoir les prétendues broches d*or dont était hérissé le faîte de Tédifice; ne nous cacherait pas un dispositif de cette espèce K

Je compléterai ces divers rapprochements par la reproduction d'un monument fort instructif. C'est un de ces petits édiculeS; sortis en si grand nombre de Fîle de Sardaigne, et dont quelques-uns ont été dessinés dans le mémoire de A. della Marhora sur les antiquités sardes. Cest à ce recueil que j'emprunte le dessin ci-dessous^:

Nous y retrouvons notre motif égyptien de la frise d'uraeus associé^ de la façon la plus intéressante; à une ordonnance d'un hellénisme indiscutable. H est permis d'y voir ce qu'était devenue^ à une époque relativement basse^ cet art phénicien de SardaignC; si fortement empreint d'égyptien. Nous avonS; en effet; sur un autre édicule du même genre, une inscription phénicienne^. Je ferai remarquer le disque ailé qui décore l'épisiyle au-dessous de la frise d'urseus : c'est à peu près la même disposition que sur le fragment de Sidon cité plus haut. Cest peut-être bien là l'origine réelle du fronUm grec et de ce nom singulier qui désigne ce membre d'architecture; oL&'^o^y l'aigle : il ne faut pas oublier la valeur omithologique du disque ailé; avec ses ailes et sa queue d'^ervier, ornement symbolique presque obligé de tout entablement de porte ou de façade ^

Ici encore l'inscription de Bosette mérite d'être consultée. Elle décrit minutieusement romementation qui devait couronner l'édicule d'or portatif contenant le Ç6avov de Ptolémée: qu'il soit surmonté (è^rixeToOai); dit-ellC; des dix bcuUies d'or . du roi, devant lesquelles sera placé un aspic (àaTCt(;), comrae à toutes les basilies aspiddides, sur les autres édicules; qu'au milieu on place la basilie appelée pchent etc. ^. Letronne ^ a parfaitement reconnu dans cet âuptC; Turseus qui se dresse en avant des coiffures royales ou divines. L'égyptien porte à cet endroit: les couronnes ornées d'aspic étant sur les chapelles ''. Il semble bien qu'il s'agit d'une véritable frise d'urseus d'or; ou doréS; analogue à celle dont j'ai parlé plus haut.

Je n'ai rien à proposer pour les motS; si difficiles à lire et à traduire; qui s'étendent entre J^*1PI fl(*1)p et nflB hy tTK. Si l'on admet ^M, pierre, qui n'est rien moins que prouvé,

^ FI. Josèphe, Chierre Juive, V, 6, 6 : Katà xopu^yjv 8k yupMaioM^ o^EXoùf àvsT^E TeOriYp-^vo-j;. FL Josèphe assure gravement qu'elles étaient destinées à empêcher les oiseaux de se poser sur Tédifice et de le souiller.

^ A. DELLA Ma&mora, Sopra alcune antichUà Sarde, Tav. B : /. — Cf. p. 135.

3 Op. ciL Tav. B : e et e bis.

* Cf. encore, à ce point de vue, sur la même planche l'édicule g. En général Ton explique ce nom d'aETOf par la ressemblance qu'aurait le fronton grec avec les ailes de l'aigle, ou par l'habitude, d'inscrire l'image de cet oiseau dans le tympan triangulaire. Cf. à ce sujet Cmpisz, HisL criL des orig. et de la form. des ordres grecs, p. 199.

s Inscr, de Ros. II. 33—44.

8 Comment, note 86.

^ Chaufollion, Chamm, JSgypt.y p. 337.

La stèle de Byblos. 25

je préférerais y voir la spécification de la matière de la n(3Pl), qui serait un objet, ou une partie d'objet déterminé, et non une préposition pour *]Pl (à V intérieur de). Sans accepter la lecture et l'interprétation de ce dernier mot par PIB3, coupole^ Ton pourrait, ici encore, songer à la cella dont j'ai été amené plusieurs fois à discuter l'existence, une cdla de pierre comme la cella d'Âmrith.

Je terminerai la discussion relative à cette description, à la fois si obscure et si importante, des travaux exécutés par Yehawmelek dans le sanctuaire de la déesse de Gebal, en signalant une curieuse indication qui, pour être puisée à une source relativement moderne, n'en mérite peu^être pas moins quelque attention. Au XIP siècle de notre ère, le voyageur juif Benjamin de Tudèle, en se rendant à Beyrouth, passa par Djebâïl (qu'il nomme b''33), l'antique Byblos, alors occupée par les Génois. Il y vit encore ce qu'il appelle le lieu du sanctuaire des Ammonites (sic), avec l'idole des Ammonites, assise sur une cathedra ou un trône (HD3), en pierre dorée,

A ses côtés, à droite et à gauche, étaient deux figures de femmes assises, et, devant l'autel où, du temps des Ammonites, l'on faisait les sacrifices et l'on binilait l'encens *. H est certain que ce passage a dû être inspiré par la vue de quelque monument antique qui existait encore à l'époque des Croisades,' et qu'il ne serait peut-être pas impossible de retrouver même aujourd'hui, peut-être bien un bas-relief dans le goût égyptien, avec une triade composée d'une divinité mâle (Osiris — Adonis \ Moloch) assisté de deux parèdres femelles (Isis, Hathor^). Ce monument pouvait appartenir au vieux sanctuaire de Byblos et se rattacher à des idées mythologiques et rituelles du même ordre que celles que nous constatons sur notre stèle.

L. 6. — L'on est d'accord pour introduire dans la phrase, avant nS^ipn, une coupe qui soustrait les mots suivants à l'action verbale du premier "j^K bj?S, et les fait dépendre du second qui vient un peu plus loin : J'ai fait cet autel . . .et ce PIPIÔ . . . avec le.. . . qui est au-dessus ; cette TÙP^S (?) avec ses colonnes^ les . . , qui sont au-dessus et son toit, c^est moi (aussi) Yehawmelek, roi de Byblos qui (V)ai fait(e). Car etc. . . La légitimité de cette coupe ne me paraît pas absolument établie ; j'aimerais mieux ne faire, du tout qu'une seule phrase

en mettant un point après nPl3BDtt, avec bpô en reprise : J'ai fait . . .cet autel, ce

PîPlB ... et cette . . . nS'Hp. Cest moi Yehaxmnelek qui (V)ai fait (tout cela), parce que etc. . . Le régime de bpfi ne serait pas matériellement exprimé, ou se composerait de tout l'ensemble des travaux qui viennent d'être énumérés. Cela me semble donner à la phrase plus d'ampleur et à la pensée une suite plus logique. L'enchaînement général des idées, depuis le commencement, serait à peu près celui-ci : « J'invoque la déesse et je lui ofifire ce sacrifice dédicatoire, » parce que j'ai fait tels ou tels objets ; et ces objets je les ai faits pour elle, parce que » chaque fois que je l'ai invoquée, elle m'a exaucé. »

L. 8 : Dp3 ^b ^PB. — Elle m'a fait du bien, elle m'a été favorable. Le phénicien

1 Benjamin de Tudèle, éd. Abher, p. 60 et nD : Ù^ onn D''û''3 pur "«iab irnw nosn Ûipû IKXÛ ÛW1

nmc nra t*?K)ûwdi •d-'û^d r\^yDv p"«V3 "«nB^i am nwatûi jaicû ^w Kini kdd ynp:ri Hi'^^rûp ^r an*' par ■•^a pp^ par "» |ûia vifib p*ntopûi pnans rrw r^iah natoi nnn nTûi.

2 Adoré positivement à Gebal, comme cela résulte de Lucien, de Si/r. dea, 7. Cf. Eustathe, ad Dwnys, V. 912 : 'H 0£ B6pX5ç . . . 'A8ùivi8oç lepd. (Citant Strabon XVI, 2 : 18.)

» On Nephthys. Cf. encore la triade Isis, Nephthys et Horus. Les représentations funéraires offrent très fréquemment une scène tout à fait semblable, y compris Tautel d'offrandes.

semble avoir prêté au mot Dp3 le sens spécial de bon, yitû'^ la stèle de Byblos vient sur ce point confirmer ce que nous apprenaient la Y inscription d'Oumm-el-*Awâmld \ et la bilingue de Lamax Lapithou^. dlAJLfr «jOj &JLII, disent encore les Arabes. &JLfl ivajij, ce sont les faveurs, les bienfaits dont Dieu comble ses ser\'iteurs.

Nous avons vu plus haut que, selon Fauteur du traité d'Isis et d'Osiris 3, l'un des noms donnés à TAstarté reine mythique de Byblos était NsixavoOv (à Taccusatif ) ; Ton a déjà reconnu dans ce vocable la racine DP3 et on Ta expliqué par des formes nûp3» nûp3, la gracieuse, V aimable, au sens esthétique du mot, en y voyant une épithète caractéristique de la grâce et de la beauté de lAphrodite phénicienne. Ne serait ce pas plutôt un vocable exprimant la bonté et la mansuétude de la déesse envers ceux qui, comme Yehawmelek, Fimploraient, et Timploraient peut-être précisément en se servant de ce vocable?

No'man, Anémone, Memnon. — Je suis porté à croire quAdonis lui-même a été populaire en Syrie sous le nom de JÛp3; nom qui, selon moi, a persisté dans la légende arabe-sjTienne sous la forme ^oUxj Norman. J'exposerai mi jour cette idée en détail; voici, en attendant, quelques indications. Ce No*màn, qui n'a rien de commun avec le roi arabe de Hira vient, par deux fois, recouper d'une façon singulièrement topique la fable d'Adonis.

Adonis fut changé, comme l'on sait, en anémone; cette fleur parpurea, sanguinea etc. est censée être née du sang d'Adonis ou des larmes de Vénus pleurant sa mort L'on explique en général, avec les anciens^, àvcjjiwvr, par i'vêjxo;, vent, et Ovide lui-même a en vue cette étymologie, quand il nous raconte comment Adonis fut métamorphosé en cette fleur éphémère, dont la fragilité et l'éclat symbolisaient l'existence prématurément tranchée du jeune dieu syrien :

.... Flos de sanguine eoncolor ortus, Qualem, quae lento celant sub cortice granum, Punica ferre soient: bre\i8 est tamen usus in illo. Namque maie hferentem et nimia le^itate cadiicuni Exeutiunt idem, qui praîstant nomina, veuti \

Il est permis de se demander s'il n'y a pas là une paronomasie, et si cette curieuse tradition, qui touche d'un côté au rôle de certaines fleurs emblématiques dans le rite adonisiaque ^', ne visait pas le nom de Nâ'man, Norman, exactement comme celle qu'Ovide rappelle à l'appui — le changement de la nymphe infernale Minthé'', en menthe — visait le nom même de l'enfer égyptien : Amenti^ 11 est en effet bien remarquable que les anémoîies sont encore aujourd'hui, en Syrie, les fleurs de No'man, ou du No'^mân : ^^jLiLi ^UjuJI. Bien entendu le nom est expliqué de la façon la plus .simple par les Arabes : le roi de Hira aurait le premier introduit la culture de ces fleurs ; mais Norman et àvefjLwvi; se

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