‹ Études d'archeologie orientale (volume 2)Chapitre 8 sur 9 · LA STÈLE DE BYBLOS · texte numérisé non relu

LA STÈLE DE BYBLOS

Notes additionnelles

La boyauté de droit divin. — L'idée de Finvestiture royale donnée par les dieux, de la royauté de droit divin, pour l'appeler par son nom, est vieille comme le monde. Elle se retrouve en Assyrie, comme en Egypte; c'est surtout de ce dernier côté qu'il convient de chercher des analogies pour le passage de la stèle de Byblos (1. 2), qui nous révèle chez les Phéniciens l'existence de cette curieuse doctrine venue jusqu'à nous à travers siècles et peuples. Je me bornerai à citer, parmi cent autres documents, les stèles d'Abou Simbel et de Medinet Abou, publiées tout récemment par M. Ed. Na ville ^, et où cette doctrine me paraît s'affirmer d'une façon bien caractéristique et avec une force singulière. Sur ces deux monuments, pour ainsi dire copiés l'un sur l'autre et consacrés, le premier à la gloire de Ramsès II, le second à celle de son descendant Bamsès m, le dieu Rah Totounen ^ adresse la parole au monarque et dit entr'autres choses : «Roi Bamsès, j'ai fait de toi un roi » (cf. nsbjÛJÛ |nbpB) étemel, un prince qui dure à toujours ... je t'ai donné la dignité » divine et tu gouvernes l'Egypte comme souverain légitime ... tu règnes à ma place sur

»mon trône etc » Ptah va même jusqu'à dire, exactement comme Jehovah dans le

psaume XXI, 4, que j'ai cité plus haut ^ : « J'ai fixé la couronne sur ta tête de mes mains, » moi-même»^. Les ressemblances éclatent d'ailleurs entre ces deux morceaux parallèles et une foule de passages des psaumes; le psaume XLV notamment est à rapprocher d'un bout à l'autre. On y retrouve jusqu'à l'image de la princesse étrangère se présentant devant le roi victorieux.

Pour les Égyptiens, le roi était non seulement le délégué et le vicaire de la divinité sur la terre, mais son image visible, le dieu lui-même, ou son émanation directe, son propre fils. Ptah, sur les stèles en question, interpellant Bamsès II et Bamsès III, dit qu'il s'adresse : « à son fils qui l'aime, au premier-né de ses entrailles . . . Cest moi qui t'ai façonné pour

* Trcmsactiona of the Soc. of bihUcal archtieoL, VII, part. I, p. 119 seq.

2 Qualifié de : «aux hautes plumes, muni de cornes», cf. jvy^JiJ\ y>, l'Alexandre fabuleux.

* De fait le roi et le dieu portent sur la stèle d'Abou Simbel la même coiffure symbolique, composée de plumes et de cornes. La scène représente le roi terrassant un groupe d'ennemis avec l'assistance du dieu ; c'est cette image, l'une des plus fréquentes de l'iconographie égyptienne, qui a passé dans l'imagerie phénicienne et, de là, chez les Grecs, en donnant naissance au mythe d'Hercule tuant le triple Gérycn (cf. L'imagerie phénicienne etc. p. XVIII, sq.).

» être la joie de ma personne .... Il y a un dieu pareil à toi (disent à Ptah les autres

» dieux); le roi Ramsès Je suis ton fils (dit Ramsës à Ptah), tu m'as placé sur ton

» trône, tu m'as transmis ta royauté, tu m'as mis au monde à la ressemblance de ta personne < » etc. ... ». C'est exactement, comme Ton voit la théorie des Scofevéïç PaoïXiJeç et du roi d'Israël engendré par Jehovah en personne^, l'appelant son père, se disant son premier-né. La chose est même exprimée chez les Égyptiens par un symbolisme d'une énergie brutale: «C'est moi qui suis ton père, je t'ai engendré comme dieu; tous tes membres sont divins, »/at pris la forme du bélier^ de Mendès et je me suis approché de ta royale mère, afin * qu'elle enfantât ia personne t>. Voilà qui jette, soit dit en passant, un jour étrange sur l'origine et le sens de ces histoires de bestialités mythologiques dont les Grecs se sont montrés si friands^.

Œuvres pies exécutées par le roi en l'honneur de la divinité. — H convient d'attribuer d'autant plus de valeur à ces divers rapprochements, que le fait même que ces idées se trouvent textuellement répétées sur des monuments égyptiens séparés par un intervalle de temps notable, est de nature à prouver qu'elles étaient réellement populaires en Egypte. Puisque j'ai été amené à comparer à la stèle de Byblos ces deux documents égyptiens, je ferai observer, qu'ils contiennent, dans un ordre d'idées différent, d'autres renseignements non moins instructifs. Les deux Ramsès énumèrent complaisamment les travaux qu'ils ont fait exécuter en l'honneur de leur divinité, dans des termes et avec des détails qui sont de nature à éclairer l'inscription phénicienne : «J'ai agrandi ta demeure à Memphis, elle ^t » ornée de travaux d'une durée étemelle, d'ouvrages bien faits en pierres serties d'or, et en » joyaux véritables*. J'ai fait pour toi une terrasse au nord, avec un double escalier, ton parvis »est magnifique, les portes etc. ... On a construit ta demeure magnifique dans l'enceinte des »murs,* ton image divine est dans sa châsse mystérieuse, reposant dans son sanctuaire». Ptah dit lui-même au roi : « Tu as sculpté mes statues et tu as construit leurs châsses comme je > l'ai fait dans les temps anciens ».

Il est à noter que Ramsès III prend sur la stèle de Medinet Abou, dans le protocole initial, le titre de «seigneur des diadèmes», qui fait défaut, au contraire dans la partie correspondante de la stèle de Ramsès H. C'est ce titre qui, je crois, comme je l'ai déjà indiqué chemin faisant, a probablement donné naissance au titre D^blÛ |1K du protocole phénicien, usité à partir d'Alexandre et correspondant sensiblement au xuptoç ^a^cXeicov du protocole des Rolémées.

La formule 0*18 751 DS SoJÛ bs. — Cette formule phénicienne « tout mamlakat et tout homme » qui revient souvent aussi sur le sarcophage d'Echmounazar, est rigoureusement comparable à la formule grecque : dlv 8è Ttç . . . y5 apx<«)v >5 iBtwnrjç, telle qu'elle figure, par exemple dans le décret des Halicamassiens en faveur des Juifs, dont FI. Josèphe ® nous a conservé le texte.

ï Cf. Genèse I, 27.

» Psaume II, 7 ; Ps. LXXXIX, 27, 28 (cf. II, Sam. VII, 14).

3 Ou du bouc f

* Je ferai voir un jour, par exemple, que la fable de Pasiphaé et du Minotaure est issue en droite ligne du symbolisme, et surtout des imagtt plastiques de T Egypte.

* En pierres fines f

* AnUq, J, 14 : 10, 23.

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