IV. LE GENRE ECPANTHERIA
M. Boisduval a publié, dans les Annales des Sociétés entomologiques de France et de Belgique, quelques études monographiques sur des papillons appartenant à la grande division des Bombycides, préparant ainsi la voie, restée neuve encore, à un travail d'ensemble sur ces Lépidoptères que rendent si remarquables leurs mœurs et les diverses phases de leur vie évolutive.
Malheureusement M. Boisduval a publié très peu de figures et son texte, bien qu'assez clairement écrit pour l'ordinaire, ne peut dans la plupart des cas sufhire à remplacer les dessins absents.
Un auteur anglais, M. Walker, a cru devoir lui aussi accumuler, et sans jamais les éclairer d'aucune figure, les descriptions de toutes sortes d'Hétérocères. J'estime que de pareils travaux non seulement restent sans profit pour la science, mais de plus y deviennent une source indéfinie de confusion dans la nomenclature et de doute dans les déterminations.
Dans l'étude des sciences naturelles, il est impossible
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cependant de se contenter d'à peu près et de probabilités. Il faut la vérité, c'est-à-dire une précision rigoureuse dans le nom d’abord de l'être dont on s'occupe, puis dans les observations relevées à son endroit.
Mais n'est-il pas évident pour tout le monde que ces descriptions sans figures sont la négation même de la précision? Toujours elles laissent subsister le doute et elles n'engendrent en somme que l'obscurité et le chaos.
On peut affirmer qu'une détermination faite d'après une description seule ne donne jamais la complète certitude du nom, et il faut, pour obtenir ce résultat si essentiel et si désirable, recourir à l'examen de l’insecte typique luimême.
Or, ces insectes typiques sont bien fragiles; le temps et une foule d’autres causes en amènent la perte et empêchent de faire cette comparaison de l'insecte à déterminer au spécimen typique, sans laquelle on ne peut pourtant pas arriver à une exacte identification.
Tous les naturalistes déplorent ce fléau des descriptions sans figures et prévoient pour les sciences naturelles une prochaine confusion du langage.
Il y a un remède à cette situation déplorable et qui tend à s’aggraver chaque jour par la multiplicité de publications hétérogènes, où sans aucun ordre, ni aucune méthode, s'impriment dans tous les pays les diagnoses d'êtres appartenant aux ordres les plus différents. Ce remède, c’est de considérer comme nulle et non avenue toute description
que n'éclaire pas une figure sufisamment bien exécutée.
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Quoique tout le monde soit au fond d'accord sur la nécessité d’une solution sans doute rigoureuse, mais certainement très nécessaire, je nignore pas combien les réclamations intéressées d’une foule de descripteurs, aussi prodigues d'encre qu'économes de peintures, retarderont l'adoption générale de cette règle qui néanmoins s’imposera par la force des choses, si on veut affranchir la nomenclature d’une inextricable confusion.
« Pas de bonne figure à l'appui d’une description, pas de nom valable; » telle est suivant moi la loi qui doit régir la question.
Aussi, dût-il m'en coûter bien des critiques, je ne me lasserai pas de faire entendre ce qui est en définitive la voix du bon sens et de la vérité. Arrêtons-nous enfin sur cette pente fatale des descriptions sans figures qui fait déjà de notre nomenclature une véritable tour de Babel! Décrivons plutôt moins, mais ne décrivons rien sans que le dessin n'éclaire d’une façon certaine et définitive les travaux que nous pourrons écrire.
Les anciens auteurs nous ont le plus souvent donné à cet égard le meilleur exemple à suivre. Drury, Smith- Abbot, Cramer, Engrammelle, n’ont-ils pas infiniment plus aidé au progrès de la science par leurs peintures que par leurs écrits ?
D'ailleurs si la nécessité des figures a pu être évidente, c'est pour ce genre Æcpantheria dont j'ai entrepris de faire connaître les espèces de ma collection. Est-il possible raï-
sonnablement de faire comprendre par des paroles ces
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lignes si compliquées, mais qu'un dessin rendsi bien? Aussi mettant la cognée à la racine de l'arbre, je me borne à citer dans la liste des autorités auxquelles je demande les déterminations des Æcpanthertia, les noms de Cramer, Stoll, Smith-Abbot, Hübner, Geyer, Herrich-Schæffer, Felder, les seuls auteurs qui à ma connaissance aient figuré des
espèces de ce genre.
Les Ecpanthertia sont des Chéloniens. Les chenilles, à en juger par celle que Smith-Abbot a figurée sur la pl. LXIX de son ouvrage Æistoire naturelle des Lépidoptères de Géorgte, sont tout à fait des chenilles d’Écailles.
Celle de l'Ecpantheria Oculatssima, Smith-Abbot (la grande hermine léopard), est noirâtre avec un certain nombre d'anneaux colorés en rouge à la partie dorsale, des touffes de poils noirs assez longs s’'épanouissant en soleil sur de petits mamelons charnus, une ligne longitudinale noire supérieurement accompagnée d’un lavis rougeâtre. Les stigmates sont rouges cerclés de noir. La chrysalide est brun noirâtre avec six taches stigmaticales rouges. La chenille est représentée mangeant le Po/ymnia Tétragonotheca, Linné, plante à belles fleurs jaunes.
Stoll figure aussi (pl. XVI, fig. 8 et 8h) la chenille et la chrysalide de l’ÆEcpantheria Cunigunda, dont Cramer représente les papillons c'et © sur la pl. CCCXLIV, fig. DE, de son grand ouvrage des Fapillons exotiques. I] la décrit ainsi : « La couleur de la tête, du corps et des six pattes
écailleuses de cette chenille est d’un noir brunâtre et la
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séparation des anneaux est placé une rangée de touftes courtes d'un poil épineux (*“). Les pattes du milieu et les postérieures sont pareillement brunes. Elle se nourrit des feuilles de l'arbre de coton, mais on la trouve aussi sur l'arbre de caffé. Elle se prépare une coque mince d’un noir fauve, après quoi elle se transforme en chrysalide brune obscure qui à son extrémité a deux pointes ou petites queues. De cette chrysalide sort la phalène dans huit jours. »
Les papillons ont les ailes généralement blanches, quelquefois partiellement dénudées d’écailles, ornées de dessins formés de nombreux cercles ou ovales, ou même de lignes irrégulières. Le thorax, les épaulettes, les deux pièces du collier ont très souvent leur part de ces dessins que limitent ordinairement de fins contours grisâtres ou noirâtres. L'abdomen est très différent suivant les espèces, tantôt jaune orangé avec des taches blanches lisérées de noir, tantôt gris ou bleu d'acier avec des taches jaunes.
La Q a les ailes plus grandes que le c'et plus entières. Le c' a très fréquemment aux ailes inférieures une saillie anale plus ou moins prononcée. Le 6 a les antennes un peu pectinées ou presque filiformes, la Q les a toujours filiformes.
Les parties thoraciques sont, à la différence des Archa,
(*) Je copie textuellement et sans y rien changer la phrase incorrecte ou incomplète
de Stoll. Le sens, du reste, est facile à établir.
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dépourvues de poils longs et soyeux et le dos est presque toujours absolument lisse.
Les ÆEcpantheria sont répandues depuis les États-Unis jusqu’à la République argentine. Le nombre des espèces doit être très grand et 1l est certain que beaucoup restent à connaître. Il est probable que les collections particulières ou celles des musées publics en contiennent beaucoup qui sont inédites, et il est hors de doute que les grandes solitudes de l'Amérique méridionale, les bords de l’'Orénoque, des Amazones, du Paraguay, les pentes des Andes et le centre du Brésil nourrissent une grande quantité d'ÆEcpantheria que nul naturaliste n’a encore possédées.
On arrivera à connaître bientôt la plupart des Lépidoptères-Rhopalocères qui habitent la zone tropicale ; mais les Hétérocères se déroberont bien plus longtemps aux recherches des voyageurs ou des entomologistes résidents.
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Eridanus, CraMER (pl. LXVIIL, ©, fig. 6); ©, OBerTHüR (pl. XII, fig. 4).
Thorax entièrement blanc, ainsi que les ailes; abdomen blanc en dessous. En dessus les deux premiers anneaux abdominaux sont également blancs, les autres jaune orange inférieurement frangés de blanc. L’anus est blanc.
Deux G pris par le D Thieme sur la route de Bogota à Buenaventura (Nouvelle-Grenade), du 14 décembre 1877 au 22 février
Eridane, HÜBNER (Sammlung exotischer Schmetterlinge, pl. CXXX, S, fig. À et 2; ©, fig. 8 et 4); OBERTHÜR (pl. XIL, ©, fig. 2; ©, fig. 3).
Guyane française.
Le G' que j'ai fait figurer diffère de celui représenté par Hübner, à cause du plus grand nombre des taches apparentes sur ses ailes, des deux premiers anneaux abdominaux blancs, des taches abdominales latéralement grises et seulement dorsalement blanches. La Q diffère elle-même à cause d’une série longitudinale de taches complète à l’aile supérieure, tandis qu’elle est incomplète dans la figure de Hübner, et de la forme des franges blanches abdominales. Cependant je n’ose, pour ces différences, ériger une nouvelle espèce. Mais il semble bien certain que Eridanus, Cramer, et Eridane, Hübner, sont deux espèces distinctes.
Muzina, OBERTHüR (pl. XII, fig. 4).
Prise à Muzo (Nouvelle-Grenade), par le Dr Otto Thieme, pendant les mois d'octobre et novembre 1877. Albicollis, OBERTHÜR (pl. XII, fig. 5).
Brésil.
Thiemei, OBERTHÜR (pl. XII, fig. 6).
Rencontrée par le D' Thieme, à qui je suis heureux de dédier
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cette nouvelle espèce, comme bon souvenir du voyage qu'il a exécuté pour nous en Colombie, près du Rio-Magdalena, en septembre et octobre 1877. Ces trois espèces ont les pièces du collier entièrement blanches et sans aucune tache. Elles diffèrent entre elles par la forme, le nombre et la position des taches, aussi bien sur les aïles que sur le thorax, l’abdomen et l’anus, et par la frange marquée de noir dans T'hiemei. Je n’en connais que les ©’. Ils ont tous l’abdomen entièrement blanc én dessous. J’ignore dans quelle proportion peuvent varier les Æcpantheria et si, malgré leurs caractères différentiels, il n’y aura pas lieu de réunir Muzina à Albicollis ou même à Thiemeri? Mais dans l’état actuel de la science, il m’a semblé utile de distinguer par des noms ces trois papillons qui seront d’ailleurs bien faciles à étudier plus tard, quand on possédera de nouveaux documents, grâce à l’exactitude des figures que je publie.
Abscondens, OBERTHÜR (pl. XI, fig. 7).
Yukatan.
Depauperata, OBERTHÜR (pl. XII, fig. 8).
Colombie.
Espèce remarquable par les taches qui sont inscrites en trois séries, dont deux latérales et une médiane, sur l’abdomen en dessous.
Je ne connais que les © d’Abscondens et Depauperata. Les mariages sont bien difficiles à établir sûrement dans ce genre Æcpantheria. Nous savons que les © ont les ailes plus couvertes de dessins que les G'; mais il paraît certain que les © doivent avoir les mêmes taches à l'abdomen, au thorax et même au collier, que les ©. J'ai longtemps étudié A/bicollis et Abscondens, me demandant si ces papillons étaient les deux sexes d’une même espèce. La conformité des dessins abdominaux me faisait incliner vers cette opinion; mais je n'ai pu asseoir cette réunion sur un raisonnement assez positif et J'ai cru devoir séparer spécifiquement les deux ÆZcpantheria.
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Bolivar, OBerTHüR (pl. XIII, fig. 1).
Colombie.
Les taches du thorax ont un reflet bleu d’ardoise, ainsi que celles des épaulettes. Les pattes sont blanches avec l’extrémité bleu d’acier et quelques taches de même nuance.
Guadulpensis, OBErTaüRr (pl. XII, fig. 2).
Guadeloupe.
Garzoni, OBERTHÜR (pl. XIII, fig. 3).
Prise à Toquiza, Ilanos de San-Martin (Nouvelle-Grenade), en avril 1878, par l’indien Eujenio Garzon.
Xanthonota, OBErTHüR (pl. XII, fig. 6).
Se trouvait dans la collection Boisduval, sans indication de patrie.
Elle diffère de la précédente par les détails de dessin des taches que fait ressortir la comparaison des deux figures. Peut-être est-ce une variété de Garzoni?
Yukatanensis, OBErTHÜR (pl. XIIL, fig. 4).
Yukatan.
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