AA. SS., ibid
3. Le supplice d'Etienne est raconté, outre la Viln, dans Thcophane, AM. 6207, p. 436 ; Nicéph, Brev., p. 72 ; Cedrenus, 893 ; Zonaras, i336 ; Léon Gramm., p. 18O ; V. Baronius et Pagi, 766, XIll. L'abbé Marin, op. cit., a reproduit la plus grande partie de la Fie d'Elienne. Théophane etîsicéphore racontent l'enlèvement et le supplice d'Etienne à l'indlction IV ; Théophane place cet événement au 20 no- \embre 6257, soit en 704- Mais on voit d'après la ï te d'Etienne que les chroniqueurs ont rapproché et confondu des événements qui ont occupé en réalité une période de plusieurs années, (icdrcnus s'en était douté déjà et connaissait probablement la Vie d'Etienne, puisqu'il raconte son supplice en deux fois, avant et après la déposition de Constantin (p. 8i)3 et 89.5). Voici comment les Bollandistcs (octobre, Vlll, 128 et sqq) ont fixé la chronologie de la 1 ie d'Etienne :
En 715, naissance du saint.
Commencement de 768, Etienne reçoit pour la première fois des envoyés impériaux; mais ils sont rappelés par l'empereur qui part pour la Bulgarie.
En 763, campagne d'Anchialos.
Fin 760, enlèvement du saint ; exil à Chrysopolis, puis à Proconèsc,
763 ou 764, à 49 ans, le saint s'établit sur une colonne
765 ou 766, 2^ année d'exil, sa mère meurt.
Fin 766, Etienne est ramené à Constantinople.
767, envoi des préfets dans les provinces ; rencontre d'Etienne et des victimes de Lachanodracon à la prison du Phiale.
28 nov. 767, mort d'Etienne, à 53 ans.
Mais cette chronologie est ébranlée par la découverte de M. Hubert. En effet, les dates principales de la vie du saint ont été fixées d'après les années de son âge indiquées dans le texte. Comme la naissance du saint a eu lieu en 715, avant le changement d'indiction, les chiffres de l'âge, n étant pas modifiés par la rectification chronologique ne concordent plus avec les dates des événements politiques qui avaient été fixées, d'après Théophane, suivant l'ancien système. Il n'y a plus de campagne contre les Bulgares en 763. On pourrait admettre que la date du 20 novembre 764 indiquée par Théopliane est bien celle de la mort d'Etienne. Il peut y avoir eu une erreur dans la date de la naissance du saint ou dans les calculs qui ont établi son âge. On expliquerait ainsi son titre de Protomartyr, qui ne se comprend jias bien si l'on place son supplice à la fin de 767. On comprendrait aussi le passage de Théophane disant que Stralégius, frère du Podopagouros, est mort la même année que l'abbé d'Auxence (AM. 63.'i9, p. 443). Il faudrait renoncer à l'entrevue d'Etienne avec les victimes de Lachanodracon ; mais nous avons vu que cet épisode avait une apparence fortement légendaire. — La guerre qui précéda l'enlèvement d'Etienne
fort du respect de la foule et de sa longue vie de sainteté, était devenu une véritable puissance à Constantinople et le principal adversaire de Constantin. Nicéphore nous dit que l'on reprochait à Etienne d'enseigner aux hommes à mépriser les gloires de cette vie et à quitter leurs familles ; on abandonnait la cour et les palais royaux pour embrasser la vie monastique'.
Dès la convocation du concile iconoclaste, les moines de l'Europe et de l'Asie étaient accourus en foide auprès du célèbre abbé comme auprès de leur chef et lui avaient demandé conseil. Etienne tint contre l'empereur un langage des plus violents. Il parla des débauches de Constantin ; il rappela l'opposition que lui avaient faite le pape et les patriarches, les lettres qu'ils lui axaient écrites. Il accabla d'outrages les évèques amis de l'empereur, et finit par conseiller aux moines de prendre le chemin de l'étranger, en leur faisant l'énumération des provinces où l'hérésie du tyran n'avait pas encore sévi ^ Les moines, dociles à sa voix, se dispersèrent. Il n'est pas étonnant que Constantin ait tenu il triompher de l'opposition de cet abbé redoutable autour duquel se groupaient les rebelles et dont la cellule était le centre de la résistance. Aussi lui envoie-t-il un patrice pour obtenir sa signature aux décrets du concile. L'abbé répond qu'il ne tient aucun compte des ordres de l'empereur hérésiarque '. On l'arrête ; mais, absorbé par les guerres de Bulgarie, l'empereur le fait réintégrer dans son couvent, et, pendant plusieurs mois, ne prend contre lui aucune mesure. Il faut, pour qu'il se décide à sévir, que le patrice Calliste ait fait composer par deux faux témoins un écrit où l'on aflirnie que l'abbé outrage l'empereur, et qu'il a séduit une femme noble d'un couvent voisin. L'histoire de celte femme, nommée
pourrait aussi avoir été celle de 70'i, 3" indiclion. Le texte de Thcophanc dit en ellet a\ec beaucoup do précision : le ao novembre 7G/1, Constantin lit enlever du mont Saint- Vuxcnce l'abbé Etienne (\M. 6257, p. /|HC). On ne peut pas admettre avec les Bollandistes que Théopbane et Nicéphore soient tombés d'accord pour placer le martyre d'Etienne à une même date, etque cette date ne soit ni celle de son enlèvement, ni celle de sa mort. Etienne n'étant resté à Clirysopolis que quelques semaines aurait pu s'installer à Proconèsc en décembre 76/4, soit h .'19 ans, être ramené à Constantinople après deux ans d'exil en 7OI) ou 767 et y être supplicié en 767 ou 7G8, à 53 ans. On pourrait alors supposer qu'il a pu voir à Constantinople des victimes de Laclianodracon, puisque cet officier a été nommé en 706 et non en 7G7 comme le croyaient les Bollandistes. 11 y aurait lieu à une étude spéciale sur l'hagiographie de cette période.