Théoph., .\M. 6257, p
l6o CONSTANTIN V, EMPEREUR DES ROMAINS
devenus la risée du peuple'. Les moines orthodoxes n'ont pas été, comme on se le représente, exécutés par les satellites du tyran en présence d'une population indignée mais contenue par la terreur; on les considérait comme des êtres néfastes, de véritables ennemis publics.
Le conflit avait du reste changé de caractère : on n'en voulait plus aux moines de ce qu'ils étaient idolâtres, mais simplement de ce qu'ils étaient moines. L'empereur avait reconnu sans doute que le triomphe de la réforme serait impossible tant que les moines occuperaient une place aussi importante dans l'Etat et dans l'Eglise. 11 s'était proposé de supprimer les ordres monastiques. Il ne demandait plus seulement aux moines de renoncer aux images, mais de rentrer dans la vie civile. « Il persécuta ceux qui gardèrent leur foi et ceux qui gardèrent leur vêtement (<j}(^[j.a)". « Il les obligea à violer les promesses qu'ils avaient faites à Dieu, à rejeter l'habit saint et à prendre l'habit laïque; il les força aussi à prendre des femmes, et dans le cirque fit marcher deux à deux des moines et de saintes vierges '. »
En 765, en effet, l'empereur fit avancer dans l'hippodrome un certain nombre de moines et les obligea à parcourir la piste en tenant chacun une femme par la main. Ils sont hués et conspués par la foule'. Ce que nous savons des mœurs du temps nous permet très bien de croire que Constantin a pu user de ce procédé, qui nous paraît grossier, pour humilier les moines, briser leur prestige, et rendre ridicules auxyeux delà population ces hommes qui s'obstinaient à rester en dehors de la vie normale. Le patriarche Constantin, paraît-il, fut même obligé, en sa qualité d'ancien moine, de prendre la couronne du mariage, de rompre ses vœux, de manger de la viande et d'écouter les chanteuses aux festins royaux''.
C'est cette obligation de prendre femme qui a paru la plus monstrueuse aux contemporains. Le célibat était le plus impor-
1. Èv£virjOri|j,£v yîXm; ;:av"! Xacô. Vie rl'Elienne, p. iiiO.