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CHAPITRE V

LA POLITIQUE EXTÉRIEURE : LES BULGARES

Les ennemis les plus redoutables de Léon III avaient été les Arabes. II n'en sera plus de même sous son successeur. La guerre contre les Arabes devient de plus en plus lointaine et passe au second plan. Tout l'effort de Constantin V devra se porter contre des ennemis moins nombreux et moins puissants que les Arabes, mais plus redoutables à Bvzance à cause de leur proximité plus grande et de leur extrême acharnement. Les khalifes disposent d'armées innombrables et de ressources immenses ; mais aussi ils ont à lutter h la fois sur toutes les frontières d'un empire démesuré. La conquête de la Romanie est une de leurs ambitions; mais ils en poursuivent en même temps une foule d'autres, tandis que les khans des Bulgares n'en ont qu'une, qui est de devenir maîtres du littoral comme ils sont maîtres déjà h l'intérieur des terres, de jeter les Grecs à la mer et de s'emparer enfin de la ville immense qui les éblouit.

On sait que les Bulgares sont d'origine finno-ouralienne et que par une série de poussées successives, ils ont imposé leur domination à plusieurs peuples différents: aux Valaques du Balkan,aux Grecs de certaines villes, de Philippopolis notamment, mais surtout et principalement aux Slaves'. Les Slaves avaient depuis longtemps envahi et pénétré toute la péninsule, ne laissant il la race grecque que les villes du littoral ; ils avaient même débordé en Asie Mineure. Au temps de Constantin Porphyrogénète, les Bulgares avaient été complètement absorbés et assimilés par les Slaves supérieurs en nombre'. Mais au commencement du viii" siècle il n'en était pas ainsi. Les deux races étaient encore distinctes. Sans doute plusieurs tribus slaves marchent avec les Bulgares ; mais d'autres sont refoulées par eux l't 'doivent chercher un asile sur les terres de l'empire. La campagne de

t. Rambaud., op. cit., p. 262-264, 3if). 2. V. Rambaud. p. Sig.

.'|2 COiNSTASTIN V, EMPEREUR DES ROMAnS

Constantin, en 762, est amenée par un exode de Slaves chassés de leurs terres et qui implorent le secours de l'empereur. Ensuite, lorsque les Grecs marchent contre les Bulgares, ils se trouvent en présence d'une armée composée en grande partie de Slaves '.

En 679, les Bulgares s'étaient établis à demeure en Mésie, entre le Danube et l'Hémos'. C'est Justinien II qui avait reconnu olliciellemeut l'existence de l'empire bulgare. Il avait même abandonné au Khan Tervel la Zagorie, dans les montagnes de l'Hémos '; en échange de quoi les Bulgares l'avaient remis en possession de son trône. A la fin du vu" siècle, les Bulgares devenaient de plus en plus menaçants, au point d'enlever toute sécurité aux villes grecques du littoral. La seconde capitale de l'empire, Salonique, avait même été assiégée durant deux années consécutives, de 676 il 677, par les Bulgares et les Slaves insurgés. Cependant, au moment de l'invasion arabe. Théodose avait réussi à conclure avec Tervel un traité de paix. 11 semble que Léon III ait renouvelé cette convention et même l'ait translormée en un traité d'alliance, puisqu'on 718, pendant le siège de Constantinople par Maslama, un ambassadeur byzantin, Sisinnius Rhendakios, se trouvait à la cour du roi bulgare, et que finalement Tervel attaqua le campdes Arabes et leur infligea un désastre qui précipita la levée du siège '*.

Il est vrai que plus tard il s'était laissé persuader par ce même Sisinnius Rhendakios de prêter son appui a l'ancien empereur Anastase, qui, à ce moment, préparait une insurrection contre Léon risauricn. 11 s'était même avancé jusqu'à Iléraclée pour le soutenir. Mais après l'échec de la conspiration il n'avait fait aucune difficulté de livrer à l'empereur Artémius et Sisinnius. Schenk remarque qu'à partir de ces événements les Bulgares ne firent plus parler d'eux pendant tout le règne de Léon III et durant quatorze ans au delà, ce qu'il attribue au prestige de l'empereur byzantin^. Nous devons supposer que, pendant cet espace de temps, le traité passé avec Justinien II et l'accord intervenu entre

1. Nicéph., Brev., p. 68-G9; Thcoph, AM. (b.'.^.p. 432. Cf. AM. C265, p. ^7.

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