‹ Études d'histoire byzantineChapitre 69 sur 178 · Cod. Car., I, p. !i!i · texte numérisé non relu

Cod. Car., I, p. !i!i

G/j CONSTANTIÎi V, FMPF.IiEUR DES ROMAINS

L'exarque, sans argent et sans armée, est condamné à l'impuissance. Il ne se maintient que par l'appui et la protection du pontife. C'est grâce à la milice pontificale qu'il réprime le soulèvement de l'usurpateur Pétasius'. Plus tard, chassé de Ravenne par les Lombards et réfugié à Venise, il ne rentre dans sa ville que lorsque les prières du pape ont décidé les Vénitiens à intervenir en sa faveur.

Ce n'est pas sans motifs, on le voit, que les chroniqueurs byzantins ont reculé jusqu'en 726 la date de la perte de l'Italie. Lorsqu'en 764 le pape se mit h gouverner en son nom propre les territoires qu'il avait gouvernés jusque-là au nom de Constantin V, les Byzantins ne s'aperçurent pas du changement. Depuislongtemps sans doute les services administratifs avaient cessé de fonctionner. Le produit des impots passait déjii tout entier danï la caisse pontificale.

l'elle était la situation à l'avènement de Constantin V. Quelle pourra être la politique de cet empereur ? Envoyer une armée en Italie, pour chasser les Lombards et prendre en main les affaires de la péninsule, il ne peut pas ou ne veut pas le faire, pour des motifs qui nous apparaîtront plus clairement dans la suite. Après 756, la ligne de conduite qu'il aura à suivre sera très simple : le pape ne sera plus qu'un ennemi, et tous les moyens seront bons pour lui reprendre les provinces perdues. Mais, en 7^1, la rupture n'a pas encore eu lieu. Les circonstances ont fait du pape le représentant le plus puissant et le plus autorisé de l'empire en Occident. Constantin tirera parti de cette situation. Il utilisera le bon vouloir du pape pour maintenir aussi longtemps que possible son autorité en Italie. Jusqu'en 706, les relations entre Constantin etle pape reposeront donc sur une équivoque. L'empereur considère le pape comme son fondé de pouvoirs à Rome, tout comme l'exarque est son lieutenant à Ravenne. De son côté, le pape se considère de plus en plus comme un souverain indépendant. Il apparaît comme tel aux yeux des populations de l'Italie, habituées depuis longtemps à ne plus compter sur l'exarque, et sans doute aussi aux yeux des princes de l'Occident. 'Mais cette équivoque ne signifie pas que Zacharie ait été de mauvaise foi. Les papes tenaient à conserver avec Bvzance des relations de courtoisie et de vassalité. Cet attachement s'explique sulllsamment par la force de la tradition impériale. Il n'est point nécessaire d'établir

LA POLITIQUE EXTÉIUELRE : l'oCCIDEM' (35

dans les textes une distinction absolue entre le terme de Respublica et ceux de Hespiiblica beau Pétri, Respublica Romanoruin ou Sancin respublica '. La liépubliqae des Romains peut être séparée de Byzance ; les intérêts de son chef, le pontife romain, peuvent être en conflit avec ceux de l'empereur. Elle n'en fait pas moins partie de l'ancien F^tat romain. Administrée h la romaine, elle représente l'ancienne civilisation en face des l)arljares de l'Occident. Les papes se croient les héritiers de l'empire. Lorsqu'ils doivent recourir à l'appui des chefs barbares, ils sentent le besoin de les décorer auparavant de titres romains : le consulat de Charles Martel, le patriciat de Pépin. Mais ils peuvent s'incliner aussi devant les empereurs romains de Byzance. Constantin pouvait donc, sans trop d'imprudence, compter sur l'appui du pape.

Justement le pape Zacharie, Grec d'origine, dont l'avènement est d'une année seulement postérieur il celui de Constantin, était dans les meilleures dispositions vis-à-vis de l'empire. Malgré la présence :i Rome du patrice Ktienne, il se peut que l'élection de Zacharie ait été faite à l'insu de l'empereur ou tout au moins sans son consentement. Le pape envoya cependant à Byzance, par ambassade spéciale, une lettre solennelle d'intronisation [synodicn], où il proclamait sa foi orthodoxe, mais n'en usait pas moins à l'égard de l'empereur des formes les plus soumises et les plus respectueuses-. Les faits qui suivirent montrent mieux encore l'esprit de conciliation dont le pape était animé. Les envoyés du pape trouvèrentlaville occupée parl'usurpatcur Artavasde '. Maisils restèrent lidèles au souverain légitime de l'empire. Chose curieuse, le Liber pnntificalis, qui nous donne l'opinion olFicielle de la cour pontificale, apprécie la sédition en de tout autres termes que les chronifjucurs orthodoxes de Byzance. Artavasde n'est qu'un rebelle dont le souverain légitime tire un juste châtiment après avoir assiégé courageusement la ville '. Constantin, rentré en possession de sa capitale en novembre 7^2, y trouva les envoyés pontificaux. 11 leur sut gré de leur fidélilé et prit connaissance de leur mcs-

1. Sur le sens de ces mots, v. Sickcl, Die \ erlniije der Piii)sle, p. SaS.

Page 1