‹ Études d'histoire de la philosophieChapitre 2 sur 44 · DE LA · texte numérisé non relu

DE LA

6 ETUDES D4IIST0IRE DE LA PIlILOSOPllIE

teur lui-m6me, les exposer selon Tesprit et jusqu'a un certain point dans le style de cet auteur : telle est la tdche essentielle, celle a laquelle toutes les autres doivent 6tre siibordonn^es.

Certes il est utile de considerer Thomme, et non pas Toeuvre toute seule, mais surtout parce que, le plus souvent, Thomme nous aide a comprendre Toeuvre. Le cartesianisme doit plus d un trait k la personne de Descartes. Quelle erreur pourtant, si Ton n*y voulait voir que I'histoire d'un esprit individuel !

De mfeme, il est interessant de se demander, k travers la succession des systfemes, ce que devient la philosophie en soi, si elle avance ou si elle reste stationnaire. Mais cette etude gen6rale ne pent remplacer Tetude des doctrines consid^rees pour elles-mftmes du point de vue de chaque auteur : elle la suppose.

Qu'on ne dise done pas que telle partie des doctrines d'un philosophe est negligeable sous pretexte qu'on la trouve ie]k chez quelque philosophe ant^rieur. C est la une raison insuffisante. Un grand esprit ne cherche pas k 6tre nouveau et original, il cherche la v6rite. Comment en d6daignerait-il une partie, sous pretexte qu'elle a ete d^couverte par un autre? Dans les ages classiques de la litterature, on ne se croit pas tenu de creer, a la manifere de Dieu, ex nihilo. Un Corneille, un Moliere puisent a pleines mains dans les oeuvres de leurs devanciers. lis seront suffisamment originaux, si, de ces elements, ils composent de beaux ouvrages. A plus forte raison un

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Aristote, un Leibnitz, unKant conservent-ils avec un soin jaloux ce que les hommes ont trouv6 de bon avant eux. Et iis se Tapproprienl en reality par la maniere dont ils en usent. « Quand on joue a la paume, dit Pascal, c'est une m^me balle dont on joue Tun et Tautre, mais Fun la place mieux. » L'id6e la plus banale prend souvent une physionomie nouvelle par les rapports nouveaux oil elle se trouve engagee.

En revanche, telle idee qui devait se reveler plus tard comme importante et Kconde pent n'avoir joue dans le systeme ou elle apparait d'abord qu'un role secondaire ou efface. Tout en la relevant comme une rencontre ou un pressentiment interessant, gardons-nous de la mettre au premier plan, sous couleur de servir Tauteur en lui donnant un air plus moderne. Ce n'est pas Descartes tel qu'on pent conjecturer qu'il serait aujourd'hui, c'est le Descartes de 1644, ramenant tons les problemes a celui de la certitude, que nous avons mission de faire connaitre.

La t&che qui nous est assignee determine avec precision les moyens qu'il nous appartient de mettre en oeuvre. Nous ne saurions chercher, dans les developpements ulterieurs qu'a pu recevoir un systdme, dans les doctrines qu'il a engendrees, dans les appreciations et interpretations des contemporains et des successeurs, ou encore dans les renseignements historiques et biographiques relatifs a la personne de Tauteur et a ses ouvrages, autre chose que des indications sur les pro-

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blemes que nous devons nous poser, ou des donnees materielles determinant en quelque sorte le terrain sur lequel nous devons operer. Quant a la source m6me de I'histoire de la philosophie, elle ne se trouve que dans les monuments laisses par les philosophes eux-m6mes. , Chaque oeuvre philosophique veut 6tre consider^e dans son ensemble et dans ses details. Le travail de Tesprit est une continuelle oscillation du tout aux parties et des parties au tout. C'est ainsi qu'on procdde pour comprendre un drame, un pofeme, une (Buvre d'art. C'est par ce mouvement alternatif d'induction et de deduction que se font les sciences. De m6me c'est en expliquant Tauteur par lui-mfeme, ses idees gen^rales par ses doctrines particuli^res et ses doctrines particuliferes par ses idees g^n^rales, que nous aurons chance de bien saisir sa pensee

II ne suffit pas de decouvrir des textes curieux, voire mfeme des textes in^dits. Qui de nous se livre tout entier dans tout ce qu'il dit ; et quelle apparence y a-t-il qu'une leltre ^crite a tel correspondant mal prepare pour comprendre le philosophe ait plus de valeur que les traites longuement miiris et destines a la post6rite? L'historien qui est en qufete, non d'anecdotes, mais d'une juste appreciation de Toeuvre d'un grand homme, s'attachera moins a mettre en ligne et a fairemanoeuvrer une quantite imposante de textes isoles, qu'a se p6n6trer de plus en plus de la pensee de Tauteur, en lisant et reli- -sant un grand nombre de fois Tensemble de ses ouvrages.

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11 voudra sereplacer a son point de vue, chercher avec lui, le suivre dans les detours de ses meditations, partager ses emotions philosophiques, jouir avec lui de rharmonie dans laquelle s'est reposee son intelligence. Les systemes de philosophic sont des pens^es vi- V antes. C'est en cherchant dans le livre le moyen de ressusciter ces pensees en soi qu'on peut esp^rer de les entendre.

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