XXIV. — ESTllETIQUE
Aristote distinguait trois parties de la philosophic : la partie theorique, la partie pratique et la partie poe-
(1) Source : Voetique.
186 fiTUDES D'llISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE
tique ou relative k Tart. II n'a pas traite de cette dernifere avec developpement. II n'en est pas moins, par les indications et les examples qu'il fournit, le fondateur de Testh^tique.
L'esthetique aristot^licienne part moins du concept du beau que de celui de Tart ; une theorie du beau y est toutefois esquiss^e. Les caractferesessentielsdu beau sont, pour Aristote, la coordination, la symelrie et la precision. La manifestation sensible n'est pas un element essentiel du beau, car c'est surtout dans les sciences mathematiques qu'il apparait comme realise. Le beau reside dans le g^niral. La poesie, qui porte sur le general, est plus philosophique, plus serieuse et plus belle que Thistoire, qui est enferm^e dans le particulier.
Avec Platon, Aristote place Tessence de Tart dans rimitation. L'art r6sulte du penchant de Thomme a Timitation et du plaisir qu'elle lui procure. Ce que rhomme imite, c'est la nature, c'est-&-dire, selon la philosophic aristotelicienne, non pas seulement Tapparence ext6rieure, mais Tessence interne, id6ale des choses naturelles. L'art pent representer leschoses telles qu'elles sont ou telles qu'elles doivent 6tre. La representation est d'autant plus belle que Tartiste a mieux su achever, dans le sens de la nature m6me, Toeuvre que celle-ci laisse necessairement imparfaite. Tout art tend a representer le general et le necessaire. Cela est vrai m6me de la po6sie comique, dont le vrai but est la representation des caracteres.
Les arts comportent plus d'un genre d'utilit^. lis produisent le delassement, la culture morale, la jouissance intellectuelle, et cet effet particulier qu'Aristote appelle purgation (xaOapo-i?). La purgation est le propre des arts les plus 61ev6s, notamment de la poesie s^rieuse.
Qu'est-ce que cette fameuse purgation? Ce n'est pas precisement une amelioration morale, mais la suppression d'une passion qui dominait et troublait Tdme, au moyen d'un traitement homeopathique. II importe d'ailleurs de remarquer que toute excitation a la passion n'est pas capable de produire cet effet curatif. L'excitation salutaire, c'est celle qui procede de Tart, celle qui est soumise a une mesure et a une loi, et qui, agrandissant Fobjet des passions, detache celles-ci des circonstances de la vie individuelle, pour les appliquer a la destinee commune a tons les hommes,
Aristote ne donne pas de classification syst6matique des arts. Les plus eleves sont la poesie et la musique.