BIOGRAPHIE
Aristote naquit k Stagire, colonie grecque ionienne de la Thrace, situ6e au bord de la mer dans la presqu'ile de Chalcidique, en Tan 384 avant J.-C, et mourut k Ghalcis, en Eub6e, en 322.
Son pere, Nicomaque, 6tait m6decin, ainsi que ses anc^tres. lis rattachaient leur famille a Machaon, fils d'Esculape ; et, avec beaucoup d'autres, ils s'appelaient Asclepikdes. Nicomaque fut medecin du roi de Macedoine, Amyntas II, le p^re de Philippe. Cette circonstance a pu contribuer k faire appeler Aristote a la cour du roi de Macedoine pour Teducation d'Alexandre, II est vraisemblable qu'en sa qualite d'Ascl6piade, Aristote fut de bonne heure instruit dans Tanatomie.
Vers r^e de dix-sept ans, il perdit ses parents. II se Irouva alors independant et en possession d'une grande fortune. L'eclat d^Athfenes Tattira dans cette ville. II y vint en 367 ou 366 avant J.-C, dans sa dix-huiti^me annee. Platon, qui y avait fonde son
(1) Les auteurs anciens qui traitent de la vie d*Aristote sont les suivants : l"" Diog^ne Laerce, V, 1-35 ; 2° Denys d'Halicarnasse, lettre a Amm2£us/i, 5 ; 3*" I'auleur anonyme d'une biographic d'Aristote publiee par Manage dans le second volume de son edition de Diog^ne Laerce, biographic compos^c peut-^tre d^apr^s Il^sychius ; 4" le Pseudo-Ammonius ; 5« le Pseudo-Hesychius ; 6o Suidas, a I'arlicle : 'ApiTTO-uiXr^;. Ces textes se trouvent h. peu prds tous dans le tome 1 de T^dition des oeuvres d'Aristote entreprise par Buhle, de 1791 h 1800. La valeur de ces dilTerentes sources ne peut 6tre ddterroinde a priori. Tout ce qu'on peut faire, c'est d'examiner une h une chaque indication au point de vue de sa vraisemblance interne et externe.
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fecole vers 387 ou 386, en etait alors absent ; il 6tait parti pour Syracuse en 368 ou 367, il devait la quitter vers 363, pour y retourner en 361 ou 360. Aristote enlra dans le cercle des elfeves de Platon, et il apparent a cette ecole pendant vingt ans, jusqu'a la mort du maitre. Par la, d^ja, se trouve refut^e la fable d'une brouille qui serait survenue, bien avant la mort de Platon, entre le mattre et le disciple, et qui aurait et6 causae par Tingratitude et le manque d*6gards de celui-ci. On dit que Platon, ayant remarque le zele et la vivacity d'esprit d'Aristote, Tappelait : « le liseur » et encore : « Tintelligence ». II est vraisemblable qu'a Athenes mfeme il etudia, non seulement le platonisme, mais les autres systemes alors en vigueur.
Longtemps avant la mort de Platon, il manifesta son independance. II est Irfes possible que, comme membre de r^cole platonicienne, il ait d6ja fait des cours pour son compte. Des cette epoque, du moins, il ecrivit ; et, si ses premiers ouvrages sont platoniciens de forme et de fond, ils n'en contiennent pas moins deja des objections contre les theories des Id6es, et Taffirmation de r^ternite du monde. C'6tait a regret, nous dit-il, et par zele pour Tintfirfet superieur de la verite, qu'il combattait ainsi son maitre. II donnait, d'ailleurs, Texemple du respect pour le genie de Platon. Dans une po6sie qui nous est parvenue, il c61^bre son maitre comme un homme que le mechant n'a pas le droit de louer, et qui a montr6, par sa vie et sa doctrine, comment
rhomme bon est. en mfeme temps rhomme heureux.
La mort de Platon (347) ouvre, dans la vie d'Aristote, line nouvelle periode. II quitta Athenes et s'en alia, avec Xenocrate, a Atarne, en Mysie, aupr^s de son ami et condisciple Hermias, tyran de cette ville, dont il epousa, dans la suite, la ni^ce ou soeur Pythias. II devait plus tard se remarier avec une femme nomm^e Herpyllis. Apr^s la chute et la mort d'Hermias, survenue en 343, Aristote alia a Mytilene. De Ik, il semble 6tre revenu a Athenes, et y avoir ouvert T^cole de rh6torique dans laquelle il se posa en adversaire d'Isocrate. En 342, il acc^da a Tappel de Philippe, roi de Macedoine, qui lui demandait d'entreprendre Teducation de son fits Alexandre, alors 4g6 de quatorze ans environ. II resta a la cour de Macedoine jusqu'^ ce qu'Alexandre entreprit son expedition d'Asie (334). Sans s'6garer a la poursuite d'un ideal trop eloign^ des conditions de la pratique, Aristote parait avoir cultive dans Tesprit de son 61feve les qualites gen6reuses. Alexandre garda loute la vie respect et amour pour son maitre, bien qu'apres le meurtre de Caliisthfene, neveu d' Aristote, 325, les relations se fussent rompues entre eux.
En 335 ou 334, Aristote revint a Athfenes; et il y ouvrit, au Lycee, une ecole qui prit le nom d'6cole peripateticienne, vraisemblablement k cause de Thabitude qu'avait le maitre de se promener avec ses disciples tout en causant science et philosophie. Le matin, raconte Aulu-Gelle, Aristote donnait, a un auditoire choisi, un
enseignemeiit acroamatiqiie ^ qui portait sur les parties les plus difficiies de la philosophie, notamment sur la philosophie de la nature et sur la dialectique. Le soir, il donnait un enseignement exotMqiie, offert a tous ceux qui se presentaient, et traitant de la rethorique, de la topique et de la politique. II enseignait, et sous forme de cours et sous forme de conferences. Son ecole etait, comme celle de Platon, une socle te d'amis qui se reunissaient, k des jours fixes, pour des repas communs.
Deja riche par lui-m6me, et jouissant de Tassistance du roi, Aristote ^tait en mesure de se procurer toutes les ressources scientifiques que comportait la societe d'alors. On a dit qu'Alexandre lui envoya huit cents talents pour la confection de son Histoire des animaux. On dit m^me qu'il mit a sa disposition des millions d'hommes charges de chercher pour lui des animaux de toute sorte, notamment des poissons, d'entretenir des jardins d'animaux et des volieres, de Tinformer de toutes les observations etde toutes les decouvertes susceptibles de faire avancer la science. Ce sont la des legendes, mais dont les faits, sans doute, ont ^te Toccasion. Aristote a certainement rassemble tous les documents de toute nature qu'il lui a ^te possible d'obtenir. Le premier, il a forme une grande collection de livres.
Bien qu'en 325 Aristote eut rompu avec Alexandre, la mort de ce dernier (323) ne Ten mit pas moins en danger. Lorsque eclata la guerre lamiaque, il fut considere
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comme un ami des rois de Mac^doine et d'Antipater, et poursuivi pour crime d'atheisme. U partit d'Athenes, afin, dit-il, que les Atheniens ne se rendissent pas une seconde fois coupables envers la philosophie. II s'enfuit k Chalcis, en Eubee. II y mourut de maladie des ret6 de 322, peu de mois avant Demosthene, qui 6tait n6 la m^me annee que lui. II avail soixante-deux ans.
Son caractere, attaque de bonne heure par des adversaires politiques et scientifiques, apparait dans ses ecrits comme loyal, humain et noble ; et nul fait confirme ne prouve le contraire. Sa vie est empreinle de dignit6 morale et philosophique. Aristote est un genie a la fois universel et cr6ateur, et un travailleur infaligable. li n'a pas r-6lan de Platon : Tesprit tourne vers la realite donnee, il tient pour chimerique ce qui serait sans rapport avec elle ; mais il n'est pas enferme dans les faits, et dans le sensible : il cherche r intelligible. En toules choses, il recommande le juste milieu, la mesure. Une moyenne fortune, le gouvernement de la classe naoyenne, telle est, selon lui, la meilleure condition pour Tindividu et pour la soci6t6.
II ^tait, nous dit-on, maigre et de petite taille ; il avait de petits yeux et une expression d*ironie dans labouche. De sa premiere femme, Pythias, il laissa une Hlle du mfeme nom. De sa seconde, Herpyllis de Stagire, il laissa un fiis, Nicomaque, celui-la mfeme dont YEthique it Nicomaque porte le nom. Dans son testament il parle en termes aflfectueux de sa premiere et de sa
seconde femme, de ses deux freres, et de leurs enfants ; et il t^moigne de la soUicitude a ses amis et a ses parents eloignes. ^