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LA PHILOSOPHIE ^COSSAISE ET LA PHILOSOPHIE FRANQAISE

en France m6me, commence a se manifester. Dans le m6me sens, TAUemagne, depuis quelque temps, recherche avecprofondeurles litres deTesprithumain. Plus precis6mentTEcosse, dans des recents travaux philosophiques, s'est propos6 pour Ikche Tobjet m6me que nous reclamons. Et elley a employ^ la vraie methode, la m6thode d'observationparlacoj;iscience,etnon, comme Condillac, un melange bfttard d'observation et d'hypothese, ou, comme les Allemands, une methode a priori qui va contre le principe de la science moderne. Ce n'est pas tout : les Ecossais ont le plus vif souci des v6rit6s morales. Hutcheson a rendu aux notions du beau et du bon un caractere propre et naturel, qui en fait des notions a part : « L'Universite de Glasgow a vu la methode exacte d'Aristote se r^concilier avec les id6es eloquentes de Platon. » Shaftesbury, Hutcheson, Reid, Beattie, Oswald, Ferguson, Adam Smith, Dugald Stewart, tous ces judicieux et penetrants esprits, en procedant avec suite et selon la bonne methode, ont fait une oeuvre solide et durable, commencement necessaire de toute vraie philosophic.

C'est ainsi que, dfes 1804, VHistoire comparee des systemesj de Degirando, en m6me temps qu'elle montrait aux philosophes frangais une voie nouvelle, les invitait a prendre les Ecossais pour guides.

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De fait, la philosophie ecossaise etait d6ja enseign6e a Genfeve par le professeur Pierre Provost, et c'etait en partie par lui que Degerando avail 6te renseigne sur cette philosophie. Provost traduisit les Essais philosophiques d'Adam Smith (1797), et les Elements de philosophie de Fesprit humain de Dugald Stewart (1808). Dans des Essais de philosophie qu'il publia luim6me en Tan XIII, il presente Fecole ecossaise comme Theritifere veritable de la m^thode de Bacon touchant la science de Tesprit humain. II loue Texaciitude scientifique de ses analyses, sa preoccupation de la pratique, son effort pour etablir les regies de la morale par Texamen de la constitution humaine ; enfin, la forme a la fois serieuse el el6gante, naturelle, precise et parfaitement claire dont elle sait revMir ses enseignements. « II est difficile, dit-il, en se livrant au commerce de ces philosophes, de se d^fendre de quelque sentiment d'enlhousiasme en leur faveur. »

Nous devious signaler ce premier essai d'introduction de la philosophie 6cossaise en France. Mais Provost melangeait, un peu au hasard, Reid avec Tracy et Condillac, et, de plus, son influence fut mediocre. Celui qui nous fit connaitre la philosophie ecossaise dans sa puret^ et dans sa beaute, et qui excita parmi nous Tenthousiasme dont elle a 6te Tobjet, ce fut Royer-CoUard.

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Le gouvernement imperial, apres avoir retabli Tenseignement philosophique dans les lyc6es, avait cr^6 deux cours de philosophie a la Faculty des Letlres de Paris. En 1810, Tune des chaires devint vacante. Le nom de Royer-Collard fut prononc6 devant Tempereur ; et celui-ci, qui se pr^occupait de ramener les esprits a des id6es conservalrices de Tordre social, le choisit sur ce qu'il connaissait de sa vie et de son caractere.

Royer-Collard avait et6 elev6dans un milieu jans6niste, Nourri par sa mfere et par ses maitres dans les traditions de Port-Royal, il avait contracte des habitudes de dignile, de gravity, de respect pour les choses morales et religieuses, qui s'alliaient en lui a une verve piquante et h une riche imagination. II avait etudie et m6me enseign6 les mathematiques. II avait lu Descartes, Bacon, Leibnitz, Pascal et Bossuet. En 1794, proscrit en qualite de moder6, il se cacha en Champagne et s'y livra aux travaux du labourage. Sur le manche de sa charrue 6tait un pupitre destine k recevoir un livre de pi6t6 : il y mit un volume de Platon. II unissait Taction a la pens6e. S'il n'avait pas conserve la foi religieuse proprement dite, il etait demeure tres hostile aux doctrines materialistes du xvni® siecle.

La nomination dont il fut Tobjet le 24 octobre 1810 ne le trouvait nuUement etranger aux preoccupations et mSme aux connaissances philosophiques. Toutefois, il n'etait pas pr6t a enseigner, et il s'y prepara pendant plus d'un an. Un jour qu'il se promenait sur les quais,

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cherchant sans doute des ouvrages propres a lui fournir des materiaux, il rencoutra la Recherche sur rentendement humain de Thomas Reid. Le nom de I'auteur et la valeur de I'ouvrage ne pouvaient manquer de lui fetre connus. II feuilleta le livre, en fut ravi, et Tacheta

pour un prix a son gre trop modique.

Get incident joua un rdle dans la direction de son enseignement comme cause occasion nelle. II n'en est pas d'un professeur comme d'un ecrivain. II faut que le professeur apporte, k Theure marquee, une doctrine, des idees arr6t6es, des r6sultats precis aisement saisissables. Or, souvent, ses propres idees sont encore confuses et mal 6tablies. Le mieux alors est qu'il commente un bon auteur et s'appuie sur lui pour chercher k son lour. M6thode classique, d'ailleurs, alaquelle Kant sesoumil encore, car il lut d'abord, a ses legons, Wolff et Baumgarten : son originality n'y perdit rien. Pour ce qui est de Royer Collard, un trait distinctif de son caractere etait le sentiment inquiet de la responsabilite. II resolul done de se retrancher d'abord derrifere Reid, comme derrifere le maitre eprouv6 qui avait parcouru avec succesla carri^reou lui-m6me se proposal! d'entrer.

Quand il ouvrit son cours, le 4 septembre 1811, il parla principalement de la methode qui convient a la philosophic. On s'opini^lre, dit-il, a poser d'emblee un principe unique et k en descendre par voie de synthase, au risque de ne pas rejoindre les fails. C'est la voie contraire qu'il faut suivre. II faut s'elever progressi-

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vement des fails aux causes, sans pretendre arriver quand mfime a une cause unique. Suivons en cela les Ecossais. Les celebres ecoles d'Edimbourget de Glasgow font, de Tobservalion nettement d^flnie comme observation par la conscience , la source constante de la science de I'esprit humain. Elles ne s'interdisent pas de remonler aux causes, mais elles ne songent pas a en determiner le nombre d'avance, elles admettent autant de fails primitifs que Tanalyse psychologique en laisse subsister. Et il se Irouve qu'en suivant cette m6thode vraimenl scientifique, la seule qui puisse legitimement se reclamer de Bacon et de Newton, les Ecossais ont fourni le meilleur moyen de combattre Tennemi principal de Time humaine dans la vie de Tindividu et de la societe : le scepticisme. On ne fait pas au scepticisme sa part, dira Royer-CoUard en 1813 : qui doute de la r6alit6 du monde exterieur, n'a pas de raison pour croire a Texistence des personnes et a la valeur des liens moraux qui les unissent. Or, la philosophic ecossaise detruit le scepticisme, et, par la, elle repond a nos besoins les pluis urgents, tant pratiques que speculatifs.

C'est ainsi que le difficile et independant Royer- CoUard se confia docilement a Thomas Reid. Dans les premiers temps, il se contenta de traduire et commenter devant son auditoire de nombreux passages de son auteur. Ensuite, il chercha par lui-m6me, s'enfouQant dans ce problfeme de la perception exterieure, dont r^tude formait Tune des parties les plus solides de

TcBuvre de Reid. D'abord il se sert des armes forgoes par Reid centre Hume pour r^fuler Gondillac. Puisil approfondit les consequences de la distinction de la sensation et de la perception. Puisque Y&me met du sien dans la perception, c'est que son energie propre est source de connaissance. Notre philosophe analyse les connaissances que T^me se donne ainsi elle-m6me : causalite, substance, espace, duree, et travaille k rassembler ces connaissances en une synthase rationnelle.

Royer-CoUard n'enseigna que deux ans et quelques mois, et devant un public tr^s restreint ; mais dans Tauditoire se trouvait une jeunesse curieuse et ardente, notamment les elfeves de TEcole normale appeles a devenir professeurs dans les lycees. L'efTet de ces cours fut tout de suite considerable.

On eut avant tout, nous dit Jouffroy, le sentiment d'une delivrance. On 6touffait alors dans la prison des systfemes. A peine une doctrine apparaissait-elle comme plausible, qu'elle etait censee epuiser Tobjet entier de la philosophic. Or, quand une philosophic quelconque a obtenu un tel ascendant, la philosophic elle-mdme est compromise : car la philosophic est la recherche de la y6rit6 sur Tesprit humain, et, si la y6rite tout entiere est connue sur cet objet, il reste a Tenseigner, non a la d^couvrir. On respira, quand on entendit proclamer que tout systfeme , en philosophic comme ailleurs, n'est qu'une barriere artificielle oppos6e a Teffort de Tintelligence. Une ^re nouvelle parut s'ouvrir, 6re de libre

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recherche, oil Ton n'aurait a compter qu'avec les fails et les realites, non avec des id6es et des formules interposees entre les fails el nous. « On ne pardonnerail pas, dil Joufifroy, a des disciples de Reid ou de M. Royer- CoUard de s'enfermer dans le cercle de leurs idees ; ne point chercher incessamment a le franchir, serail en quelque sorte manquer de respect k leur enseignemenl. »

En m6me temps, on vil avec joie la philosophic enfin en possession d'une melhode qui lui permetlait de se constituer et d'avancer pen a pen comme les aulres sciences, au lieu de se repaitre de fallacieux triomphes, sans lendemain et sans r6sultat. Gr&ce a la modestie ecossaise, que Royer-CoUard avail opposee, en veritable jans6nisle, k Torgueil des faiseurs de syst^mes, on comptait obtenir enfin des r^sultats durables, accumulables, et mettre un terme a Teternel recommencement tant reproche k la philosophic.

Sans doule aussi, on goula Taccord du nouvel enseignement avec les besoins moraux qui se manifestaient avec force dans la soci^te. Mais on n'enlendaitpassubordonner les recherches a cet int^rfit. On n'avail nuUe tendance au mysticisme. En morale m6me on cherchait des demonstrations scientifiques. G'etait par la resolution certaine des problemes th^oriques que Ton pensail se mettre en mesure de resoudre les problemes pratiques.

Dfes 1815, Royer-Collard fut supplee par Victor

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Cousin. Celui-ci, gagn6 i la philosophie par Laromigui^re, avail d'abord 6le condillacien. Les leQons de Royer-CoUard modifierent peu a peu ses idees et le forc^rent a entrer dans le sentier « alors penible et infrequent^ », dit-il, de la philosophie 6cossaise. Un troisifeme maitre, Biran, le forma de son c6t6 a Tobservation interieure. Cousin etudia, comme Royer-Collard, la perception externe. Et ses 61^ves eurent plaisir a retrouver dans son enseignement cette aversion pour Tesprit de syst^me, cette parfaite liberte d'esprit et de sincerity dans la recherche , qu41s rapportaient k Theureuse influence desEcossais. Ainsi presentee, la philosophie sSduisait les imaginations autant qu'elle satisfaisait les intelligences.

Victor Cousin etait un esprit curieux, ardent, avide Ae nouveaut^s et en quelque sorte de r6v61ations. D'un voyage en Allemagne , qu'il fit en 1817 , il revint passionne pour la metaphysique et enclin au panth6isme. II entendait toutefois demeurer fidele a la methode d'observation. N'exprimer que ce qui est dans la conscience, mais exprimer tout ce qui s*y trouve : telle est sa maxime. Et, bien que, des maintenant, il soit attir6 par Kant et les AUemands, il etudie la philosophie 6cossaise avec une sympathie 6vidente. Douze legons de son cours de 1819-1820 sont consacrees a cette philosophie. C'est une des belles parties de son enseignement. Le regrett6 Mac Cosh, dans Tintroduction a son histoire de la philosophie ecossaise, disait de cette oeuvre de Cou-

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sin : The best history of the Scottish philosophy is by a Frenchman.^, Cousin has a thorough appreciation of the excellencies of the Scottish metaphysicians^ and, when he finds faults, his criticisms are always v)orlhy of being considered. » Cousin signale la parents de notre g^nie avec celui de TEcosse. li voit pour ses contemporains, dans la philosophic 6cossaise, la transition naturelle entre Locke et la philosophic alleraande. II loue fort les qualites que les Ecossais ont contract^es dans Tenseignement : clarte, m6thode, respect du sens commun. Si Malebranche avait dii professer, dit-il, il eAt ete moins prodigue de paradoxes. II fait ressortir les m^rites de la doctrine. Les Ecossais ont 6tabli definitivement Tanalogie des sciences morales et des sciences physiques. Par son infatigable polemique contre les idees representatives, Reid a prepare Tav^nement d'une grande philosophic. II c61ebre la predilection des Ecossais pour la morale, ctrhcureuse alliance, en cette mati^rc, de leur methode d'observation psychologique et de Tel^vation naturelle de leurs sentiments.

C'est ainsi que Cousin persistait a voir, dans la psychologic, et proprcment dans la psychologic ecossaise, le commencement de toute philosophic. Mais de plus en plus il aspire a depasser cette psychologic pour aborder les grands prpbl^mcs metaphysiqucs dont s'est nourric la philosophic des Platon, des Descartes, des Leibnitz, et que les AUcmands, depuis Kant, remcttent en honneur. En 1828, la psychologic nc lui est plus qu'un trem-

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plin d'ou il s'61ance dans Tontologie , dans le systfeme de laraison impersonnelle. L'influence 6cossaise est-elle done d6cidement dorain6e par Tinfluence allemande? N'aura-t-elle servi qu'k menager une transition entre deux developpements contraires?

Dans le temps mfeme ou Victor Cousin s'6loignait de plus en plusde Reid pour aller rejoindre, a travers Kant et Fichte, Platon et mSmePlotin, son disciple Jouffroy, qui depuis 1819 enseignait la philosopliie it TEcole nor-

male, et qui, apres 1822, TEcole ayant et6 fermee par la contre- revolution, avait continue ses cours chezlui pour une jeunesse d'^lite, jugea utile de revenir purement et simplement a la m6thode de Reid. Ce fut comme un second appel h. Taction bienfaisante de la philosophie ecossaise.

Les inquietudes de Jouffroy n'avaient pas pour unique cause sa timidite en m6taphysique. Le materialisme, qu'on avait cru surmonte avec I'ideologie condillacienne, reparaissait , plus precis et plus declare, dans les ecrits des physiologistes et des medecins. Magendie enseignait que, selon les exigences de la mdthode scientifique, on devait desormais traiter de rintelligence humaine comme si elle 6tait le produit d'un organe du corps. II soutenait que lesidees qui nous viennent du dehors sont plus nettes de leur nature que

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celles qui nous viennent du dedans. Broussais, a Tissue de ses cours, Iraversait la place de TEcole-de-Medecine entoure d'un groupe d'eleves enthousiastes, qu'il excitait, au nom des principes de Cabanis, contre les representants de la nouvelle philosophie. II travaillait a ce c6lebre Traite de firritaiion et de la folie, qui parut en J828.

Dds 1826 , Jouffroy publie une traduction frangaise des Esqiiisses de philosophie morale^ de Dugald Stewart, avec une introduction trfes 6tendue oil il revendique pour la psychologie le droit d'exister a part, en dehors de la physiologie. II dfimontre, d'apres les Ecossais, que les faits sensibles ne sont pas les seuls qui se puissent observer; que la conscience est, elle aussi, un instrument d'obervation, un moyen de decouvrir des verites de fait d'une valeur incontestable. II ajoute qu'en pareille matifere il ne sauraitsuffire de miner une fausse methode et d'en indiquer une nouvelle. La legitimite de la methode experimentale appliqu^e aux faits de Tesprit humain ne pent fetre pleinement demontree que par les resultats. Or, en attendant que la nouvelle ecole philosophique frangaise ait produit ou publie des travaux positifs qui donnent de la consistance h ses doctrines, rien ne semble plus utile que de mettre sous les yeux du public les travaux de cette ecole ecossaise, qui, la premiere, a pratiqu6 cette methode avec rigueur, avec suite et avec succes. A lire Dugald Stewart, on voit, par les faits mfimes, que la psychologie est possible

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comme science distincte; on se rend compte, par Texemple comme par la thfiorie, des conditions de son existence et de ses progrfes.

Cetle preface de Jouffroy fut un veritable evenemcnt littSraire. Elle donna k la nouvelle 6coIe un point d'appui pr6cis pour combattre le materialisme, en m6me temps qu'une lumi^re nouTelle pour se conduire dans les recherches th6oriques.

Seconds par la faveur publique, Jouffroy entreprit, avec son elfeve Adolphe Garnier, la traduction des OBUvres completes de Thomas Reid. Le premier volume parut en 1828. La traduction fut achev(5e en 1836. Revenant sur les services rendus par la philosophic ecossaise, Jouffroy expose, dans une nouvelle preface, que ce qui a entrav6 les progrfes de la philosophic, c'est la precipitation indiscrete avec laquelle on a pose d'abord les questions m^taphysiques les plus abstruses. II faut aller des observations aux questions, non des questions aux observations. II fautsavoir ajourner les problfemes, tant que le progres des connaissances d'observation ne les fait pas naltre de lui-m6me. Ukme est-elle spirituelle, immortelle ? C'est ce qu'on ne pent examiner utilement qu'au terme de la science. Le grand m^rite des Ecossais, c'est d'avoir arrache la philosophic k la servitude des questions et de Tavoir rendue a elle-mfeme, c'est-kdire k la libre observation des phenomfenes de Tesprit humain. En proc6dant ainsi, les Ecossais ont veritablementcreela philosophic comme science. Qu'elle s'orga-

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nise dans son ensemble d'apres les principes qu'ils ont pos6s, et elle avancera, lenlement peut-6tre, mais siirement, en digne ^mule des sciences du monde physique.

Jouffroy n'adresse a la doctrine ^cossaise que deux critiques.

D'une part, il la trouve par trop circonspecte en metapLysique. Dugald Stewart veut que les questions relatives k la nature de Tesprit humain soient insolubles et 6lrang6res k la science. C'est aller trop loin. L'humanite nepeut se d6sint6resser de ces questions ; et le materialisme demeurerait legitime, au moins comme hypoth^se, si Ton devait s'en tenir k Fassertion de Dugald Stewart. Nous saisissons ici une difference importante entre la philosophic ecossaise et la philosophic frangaise. La premiere n'a pas la pretention de suffire a Thomme. Elle ne forme pas Vkrae ecossaise : elle la suppose. Son caractfere d'6levation morale, dit Mac Cosh *, n'est autre chose qu'un reflet de la foi religieuse propre k la nation 6cossaise. Au contraire, le rationaliste Jouffroy voudrait trouver dans la philosophic les principes de vie morale qu'une experience douloureuse ne lui permet plus de demander k la religion.

D'autre part, relativement a la question de la certitude, Jouffroy remarque que Reid et Kant, d'accord pour r^tablir T^lement a priori dans la connaissance humaine, se s6parent sur le point de savoir si ces prin-

(1) The Scottish philosophy^ etc., p. 303.

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cipes de notre raison ont une valeur absolue ou ne valent que pour cette raison nificne. II ne consent pas qu'avec les Ecossais on dearie celte question en invoquant les croyances naturelles de Tesprit humain, et il conclut a Tirr^futabilite de Tid^alisme transcendantal de Kant.

Sauf ces deux critiques, Jouffroy oppose avec confiance la phiJosophie ecossaise k la philosophic allemande, dont Victor Cousin est le champion enthousiaste. G'est seulement en marchant dans la voie ouverte par les Ecossais que Ton pourra constituer la philosophic comme science.

Jouffroy trouva de z61es continualeurs dans Damiron, le moraliste et le pr6dicateur de Tecole, puis dans Garnier, le patient observateur, plus avide de resultats solides que de brillantes theories. Ce dernier, appliquant scrupuleusement la melliode ecossaise ; interrogeant, d'ailleurs, non seulement sa propre conscience, mais les poetes, les moralistes, les historiens, et mfeme les animaux, a laisse, sous le titre de Traite des facultes de rdme, un ouvrage modeste, mais substantiel, riche en fines et exactes analyses, notamment sur la puissance d'aimer, etd'une utility durable pour tons ceux qui s'occupent de philosophic morale, k quelque ecole qu'ils appartiennent.

Ainsi s'elablissait la suprematie de la philosophic Ecossaise dans le haut enseignement de la Frauce. Un brillant ecrivain, remarquable comme homme d'Etat,

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publiciste, moraliste, historien et lettr^, Charles de R^musat, se donna pour t&che de repandre dans la soci^l^ la philosophie nouvelle, encore confin^e dans les 6coles, et aussi de T^largir et de lui ouvrir des perspectives sur tons les grands objets de la philosophie classique. . II se reclame express^ment de Reid et de Royer-CoUard. « La, dit-il, est notre oHgine a tons. » Lui-m6me ecrivit avec amour une excellente Vie de Reid. Dans ses Essais de philosophie^ composes de 1829 h 1842, il dit qu'il prend pour chefs Descartes, Reid et Kant. Si Descartes a v^ritablement invents la methode philosophique des modernes, en plagant dans le moi pensant le principe de la science, c'est Reid qui a commence roDuvre elle-mfeme. II n'a fait que les premiers pas, mais ce sont ceux qui sont les plus difficiles et qui importent le plus. D'ailleurs, il faudra toujours accorder a Reid ce qui est la base de tout son dogmatisme : Texistence de faits primitifs indSmontrables. Sur cette m6me base, Remusat, plus hardi que Jouffroy, ambitionne de re^difier la m^taphysique. II conteste, en particulier, cette doctrine ecossaise, que, de notre &me, nous n'atteignons que les manifestations phenom6nales« II remarque que, par cette concession, la nouvelle philosophie a pu contenter Broussais, lequel, dans son Cours de phrinologie, trouve qu'elle debute assez bien. II veut que Tobservation aille plus loin ; que, d6passant Tanalyse, elle arrive, par la reflexion proprement dite, k d6mMer les principes mSmes qu'enveloppent les

inductions de la conscience. Le moi, ainsi, se saisira directement, comme substance et comme cause.

Cette question de la nature et de la port6e de Tobservation int^rieure, que de bonne heure les philosophes franQais s'^taient pos6e a propos des doctrines 6cossaises, provoqua de leur part de nouvelles recherches, des qu'ils furent au courant de la philosophic de Hamilton. Hamilton, avrai dire, n'6tait pas uninconnu pour eux. Lorsque ce philosophe se porta candidal a la chaire de logique et de m6t3.physique de TUniversit^ d'Edimbourg, Victor Cousin, dont Hamilton avait critique les idees dans la Revue (fEdimbourg (1829), 6crivit a M. Pillaus, professeur de TUniversit^ (1" juin 1836), pour appuyer sa candidature. « M. Hamilton, disait-il, repr^sente excellemment en Europe Tesprit 6cossais. II ne s'6carte jamais de la grand'route du sens commun ; et en m6me temps il a beaucoup d'esprit et de sagacite ; et je vous assure (je le sais par experience) que sa dialectique n'est nuUement commode a son adversaire. » Mais ce ne fut qu'en 1840 que Ton traduisit en frangais quelques 6crits de Hamilton. Le savant et penetrant Louis Peisse, vers6 dans la mfidecine, ami des hautes speculations, jugea qu'il contribuerait au mouvement de la pens6e philosophique en France, ainsi qu'a Teducation des intelligences, en publiant la traduction des principaux opuscules de Hamilton. Or, la principale question que lui-mSme degage de ces fragments est celle de la port^e de la methode psychologique. II nie.

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quant k lui, avec Hamilton, que cette methode puisse conduire 16gitimement a Tontologie.

A propos de cette publication, M. F^lix Ravaisson 6crivit, sous le titre de « Philosophie conteraporaine » (Revue des Deux-Mondes^ 1840), un article d'une grande beaute oik, partant de cette these de Hamilton que le sujet et Tobjet ne nous sont connus que dans leur correlation et leur opposition, il s'efForce d'amener le phiiosophe 6cossais a franchir le cercle ou celui-ci se croit n6cessairement enferme. L'observalion empirique et Tinduction ne sont pas, ditM. Ravaisson, quand il s'agit de notre 4me, nosseuls moyens deconnaitre. L'aperception qu'a dSfinie Leibnitz, la reflexion humaine proprement dite, dem^le, par deld. les phenom^nes et les lois de r^me, un moi volonte, tendance, amour, qui satisfait aux conditions de la substance et de la cause.

A rinfluence de Hamilton se rattache une phase importante du developpement philosophique de M. Renouvier. Ce philosophe, apr^s avoir d'abord admis comme connaissable la conciliation du lini et de Tinfini, declare bientot, avec Hamilton, que Tunion de ces deux termes 6chappe a notre entendement, ce qui devait le conduire a retrancher enti^rement le second.

A cet ordre d'id6es, et en particulier a la cel^bre opposition de Tabsolu et de Tiniini dans Hamilton, se rattache ^galement un grand et profond ouvrage de M. Vacherot, La metaphysiqiie et la science (1838), oil Teminent penseur, aprfes avoir savamment critique tons

les systfemes existants, nous place devant rantinomie de rihfini et du parfait, et r6sout cette antinomie en faisant du parfait Tid^al et de Tinfini le r6el.

Enfin, la grande 6cole rivale des 6coles spiritualistes qui grandissait en France depuis 1830 devait, elle aussi, beaucoup a TEcosse, puisque Auguste Gomte appelait Hume son principal precurseur en philosophie.

G'est ainsi que la philosophie 6cossaise, selon les esprits qu'elle rencon trait en France, a provoque soil de delicates et minutieuses analyses, soit d'origiuales speculations sur la portee d6' la conscience, sur la nature et la valeur des premiers principes.

Elle a joue encore un autre rdle, plus modeste, mais tr^s important, par la place qu'elle a prise dans Tenseignement des colleges. II nous reste k en considerer Taction sur ce terrain special.

L'enseignement de la philosophie dans nos colleges, au commencement de ce siecle, §tait un melange de scolastique et de condillacisme. II commengait par la logique et se continuait par la metaphysique et la morale.

Or, d^s 1816, un professeur de philosophie du College royal de Bourbon, nomme Mauger, proposait de reorganiser cet enseignement d'aprfes les principes exposes par Royer-CoUard k la Sorbonne, c'est-a-dire

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d'apr^s les principes de Reid. La philosophie ^cossaise, disait-il, est Tapplication a Tetude de Tesprit humain de la methode baconienne, qui est la vraie methode scientifique. Elle prend pour sujet d'etude Thomme, et non un homme primitif hypoth^tique. De plus, elle a un caract^re essenLiellement moral. En attendant qu*une philosophie nouvelle soil nee en France de la meditation de Descartes, de Pascal et de Bossuet, la philosophie de Reid est la meilleure que nous puissions adopter dans notre enseignement. Cette philosophie a d'ailleurs des racines en France ; car ses auteurs reconnaissent quails ont puis6 plusieurs de leurs doctrines fondamentales dans Descartes et dans le P. Buffier. Et Mauger proposait que, conformSment aux idees de Reid, on remplaQ^Tanciennedivision : logique, metaphysique, morale, par la division suivante : 1** metaphysique (ce mot signifiant T^tude des facult^s de T^me au moyen du sens intime), 2^ logique, 3** morale.

Cette premiere tentative n'aboulit pas. Toutefois, la philosophie nouvelle se glissa peu a peu dans I'enseignement, avec celie de Laromiguiere, grdce a Tinfluence de TEcole normale.

En 1821, Tenseignement de Tabbe de la Rivifere au college Louis-le-Grand faisait pr6c6der la logique de considerations generales psychologiques sur Torigine de nos idees. Ge professeur enselgnait que les sensations sont les premiers moyens d'instruction fournis a rhomme; mais en m^me temps il admettait, sous le

nom de raison, des notions universelles resultant de notre constitution intellectuelle.

D^s 1820, avait commence la reaction cl^ricale. En 1822, TEcole normale fut supprim^e et Tenseignement scolastique en latin r^tabli.

A la suite de la revolution de 1830, Victor Cousin, comme conseiller de TUniversite, fit r6diger un nouveau programme, lequel fut promulgu^ en 1832 et a dure jusqu'en 1852. Les redacteurs furent Laromiguifere et Jouffroy, sous la presidence de Cousin. Ce programme fut done une transaction entre les philosophies ecos* saise et condillacienne. Mais Telemant ecossais y dominait, comme le prouve Tintroduction formeile de la psychologic d'observation, et la place d'honneur attribute a cette science. L'ordre des mati^res est : psychologic, logique, morale, histoire de la philosophic. Et les auteurs du programme n'h^sitent pas a presenter cette innovation comme obligatoire. lis s'expriment ainsi : « De la vraie m^thode philosophique. Necessity de commencer Tetude de la philosophic par Tetude de la psychologic. » C'etait la philosophic ecossaise 6rig6e chez nous en philosophic officielle. D'aprfes ces principes fut compose le traite de philosophic d'AmSdee Jacques, Jules Simon et Emile Saisset, qui fut le manuel de nombreuses generations d'ecoliers.

L'esprit qui avait dicte le programme dc 1832 etait un egal souci des conditions de la science et des besoins de la vie pratique. Mais bientdt se manifestferenl dans la

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soci6te de vives alarmes au sujet des progres du scepticisme et du materialisme. J'en trouve une preuve dans un article de la Bibliographie universelle de Geneve^ publie en 1836, sur T^tat de la philosophie en France. L'auteur signale, depuis 1830, un singulier melange de doute, d'indifF^rence, de materialisme pratique, de licence intellectuelle. Le scepticisme, dit-il, n'ayant plus lieu d'etre agressif parce que les croyances ne sont plus oppressives, se tourne en indiEference. Or, Tenseignement de la philosophie, tel qu'il est entendu, n'oppose a cette maladie des &mes que des abstractions et des theories. Dans un pays ou Ton devient gouvernant, non plus par la naissance, mais par Tintelligence, c'est de la culture de rintelligence et de T&me que depend Tavenir de la nation. La tache de la philosophie n'y est plus d'orner Tesprit, mais de diriger, de former TactivitS. Elle doit 6tre avant iout ^ducatrice, et r^gler ses enseignements sur les besoins de la soci6t^. Qu'elle se garde bien d'ailleurs de rejeter le concours des autres forces conservatrices. L'aliiance de la philosophie et de la religion notamment est n^cessaire, en un temps ou tout conspire a perdre la societe, si Ton ne sauve les moeurs.

L'homme qui etait alors k la tSte de Tenseignement en France, Victor Cousin, envisagea de plus en plus les choses k ce point de vue. Vivement attaque par le clerg6, il hesite d'autant plus k riposter qu'il juge funeste k la societe une guerre enlre la religion et la philosophie. En 1850, il dira k M. de R^musat : « II se prepare un

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grand mouvement atbee en Europe. » De ce cdt6 se tourne surtout son attention, et Tenseignement de la philosophie lui apparait maintenant comme un sacerdoce laique, dont la mission est de combattre les mauvaises doctrines. L'Ecosse est Tauxiliaire auquel il s'adresse. II trouve chez elle le modfele d'une saine et salutaire philosophie. Progressivement il remania ses ouvrages dans ce sens. Son ancien cours de 1817-18, devint le Traite dii Vrai^ du Beau et du Bien^ qui, de plus en plus amende, se trouva, finalement, tout k fait ^cossais. Et Touvrage fut reimprim^ onze fois en Ire 1845 et 1865.

Des lors, les doctrines ecossaises furent v^ritablement la substance de Tenseignement philosophique dans nos colleges. Bien qu'imposees par Tautorit^ et presentees comme une sorte de philosophie d'Etat destin^e k servir des fins politiques et sociales, ces doctrines, qui, en elles-mfemes, sont de consciencieuses et patientes recherches et non des dogmes, charmferent nombre d*esprits et entretinrent dans une importante partie de la soci6te un gotit r^el pour les etudes philosophiques. EUes comportaient un enseignement simple et clair, k la portee de la majorite des eleves; elles appelaient des rapprochements continuels avec les realites de la vie morale et sociale; elles provoquaient la r^jQiexion individuelle et donnaient a chacun Tespoir de faire, en observant avec methode, quelque petite trouvaille; elles ne demandaient pas que Ton

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employat de grands mots, savants et obscurs, dont le sens varie avec les auteurs, mais elles se contentaient de la langue commune, qu'elles permettaient de manier avec esprit et elegance. Pour toutes ces raisons, la philosophie ^cossaise s'est longtemps maintenue dans notre enseignement secondaire. En 1870, elle y dominait encore; et aujourd'hui mfeme, plus d'un pfere de famille, avec ce sens des merites du pass6 qui caract6rise les vieillards, se plait a vanter devant les generations nouvelles, avides de science abstruse, les charmantes IcQons qui ont ouvert son esprit au culte des choses morales, qui I'ont excite k penser sans le jeter dans rindiscipline et le libertinage intellectuel, et qui lui ont laisse un cher et bienfaisant souvenir.

Ainsi se r6alisa en partie le vceu qu*avait forme Charles de R^musat, de voir la philosophic ficossaise pen^trer dans la society et y repandre son esprit de liberty et de respect, de critique et de bon sens, d'observation sincfere, d'adversion pour les systfemes, et d'attachement inviolable aux croyances instinctives de rhumanite.

Et cette Education des esprits fut grandement profitable a la philosophic elle-mfeme. A cette ecole se sont formes de solides ou brillants ecrivains tels que Saisset, Barni, Barlhelemy Saint-Hilaire, Jules Simon, Bersot, Franck, Caro, MM. Bouillier, Lev^que, Waddington, Nourrisson, Janet, dont recemment encore le professeur Flint presentait au public britannique le Traits des

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causes finales, traduit en anglais; toute une phalange de maitres qui, par leurs ecrits th^oriques, pol^miques, historiques, ont vaillamment soutenu, aprfes Cousin et Jouffroy, la cause du spiritualisme platonicien et cart^sien.

Bien que, depuis une trentaine d'ann^es, la philosophie ^cossaise ne fasse plus le fond de nos programmes, ce n'est pas a dire pour cela que son inJQiuence ait disparu. La preoccupation des probl^mes m6taphysiques est chez nous redevenue trfes vive. Mais, si les Frangais craignent de s'egarer a la suite des hardis dialecticiens de TAllemagne^ s'ils reviennent constamment aux r^alites vivantes et donn^es, comme k la seule source possible et a la pierre de touche necessaire des id^es les plus hautes, n'est-ce pas que quelque chose de Tesprit ecossais est demeur6 dans leur temperament intellectuel? Et si nos psychologues maintiennent la valeur de I'^l^ment psychique proprement dit et ne croient pas devoir etudier la vie mentale uniquement dans ses conditions physiques, par Tobservation exterieure, ou* dans ses elements hypolh^tiques, par Tabstraction et le raisonnement, n'est-ce pas qu'eux aussi ont retenu plus qu'on ne le dit parfois de cette prudente m^thode qui allait d'abord au r6el, au donne immfidiat, aux realites directepient pergues par la conscience, non sans demander d'ailleurs a la physiologic tons les enseignements qu'elle pent fournir pour Texplication des fails psychiques?

C'est ainsi que les Fran^ais, omettant peut-fetre, ou

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du moins^n'^tudiant qii'mcomplfetement plus d'une belle partie de la philosophie 6cossaise, comme la doctrine de Reid sur le fondement du scepticisme de Hume, ou les recherches de Dugald Slewart sur les limites du domaine de T^vidence demonstrative, ou la th6orie de Hamilton sur les conditions de la pensee, ont developpe a leur manifere et adapte aux besoins de leur vie intellecluelle et morale la methode et les principes de cette philosophie.

Les rapports de la philosophie fran^aise. aveC la philosophie ecossaise sont ainsi un chapitre important de Thistoire de la pensee en France. C'est aussi un chapitre de rhistoire g^nerale de la pensee humaine. Car, si Tart et la littfirature sont communement et sans doute doivent rester choses nationales, il n'en est pas de m6me de la vfirite, qui, de sa nature, est universelle; et ces hommes ont donn6 un exemple digne de memoire, qui, pour la trouver, ont loyalement uni leur intelligence a celle d'une noble nation, egalement eprise de libre science et de droiture morale.

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