III. — L»ENSEMBLE DE L'CEUVRE D^ARISTOTE
L'universalite, tel est bien, ainsi que rindiquent deja les litres m6mes des ouvrages, le premier caractere de Toeuvre d'Aristote. Th^orie et pratique, m^taphysique et science d'observation, Erudition et speculation, la philosophic d'Aristote embrasse tout. Elle est, ou elle veut fetre, le savoir, dans sa totality. Plus netle que chez Platon, plus generaleque chez Anaxagore etDemocrite, se degage chez Aristote Tidee de la science, consid^rde comme le plus haut objet de ractivit6. Ce n'est pas une curiosite de lettr6, c'est Tambition de penetrer jusqu'a Tessence et a la cause des choses. Tout ce qui est, tout sans exception, mfeme ce qui parait vil et insignifiant, provoque en ce sens les recherches du philosophe. Dans toutes les productions de la nature, et jusque dans les plus humbles en apparence, il sait qu'il trouvera de Tintelligible et du divin.
C'est en ce sens qu'il aborda tous les objets accessibles a Tintelligence humaine ; et, pourvu de toutes les connaissauces positives que Ton pouvait alors acqu6rir, aussi penetrant dans ses intuitions que rigoureux dans ses raisonnements, il cr^a ou constitua la plupart des sciences entre lesquelles devait, par la suite, se partager le genie humain. La liste des sciences qu'il a ainsi organisees est la liste mfeme des sciences qu'il a cultiv6es : histoire de la philosophie, logique, metaphysique, phy-
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sique g6n6rale, biologie, botanique, ethique, politique, archeologie, histoire litt6raire, philologie, grammaire, rhelorique, po6tique et philosophie de Tart. Dans chacune de ces sciences Aristote est chez lui : pour chacune il pose des principes sp^ciaux et appropries. Pur ^thicien quand ii traite de la justice et do Famiti^, il est naturaliste de profession quand il traite de zoologie.
Y a-t-il done plusieurs hommes en Aristote ; et son oeuvre immense n'est-il que la juxtaposition des travaux les plus divers, tels qu'ils pourraient resulter de la collaboration de plusieurs savants? Une telle appreciation serait certainement superficielle. Entre les differents travaux d'Aristote, il y a tout d'abord communaute d'esprit et de methode. Ce fonds commun pourrait 6tre d6fini un melange harmonieux d'id^alisme, d'observation et de formalisme logique. Partout Aristote cherche Tid^e dans le fait, le necessaire et le parfait dans le contingent et Timparfait ; partout il travaille k substituer aux donn^es fuyantes de Tobservation sensible des conceptions fixes et des definitions. Mais ce n'est pas tout : les difF6rentes parties du savoir sont entre elles, selon lui, dans un rapport determine qu'il definit trSs nettement. D'une mani^re g^nerale, le sup^rieur n'est connu qu'apres Tinferieur et k Taide de la connaissance de cet inferieur m&me ; mais en m^me temps c'est dans le superieur que se trouve la raison d'etre et-la cause veritable de rinferieur. Par exemple, T^me n'est connue qu'apr^s le corps, qui en est la base et la condition
d'existence, Mais le corps n'existe que poar Ykme ; et c'est d'elle qu'il tient le mouvement regie qui le fait 6tre. Ce principe d'Aristole va nous servir k elasser les diverses formes de son activite philosophique.