‹ Études d'histoire de la philosophieChapitre 8 sur 44 · V. — LE POINT DE VUE ET LA METHODE · texte numérisé non relu

V. — LE POINT DE VUE ET LA METHODE

L'objet qu'Aristote a en vue est essentiellement th6orique. Savoir pour savoir, comprendre, ajuster les choses a rintelligence, telle est la fin de tons ses efforts.

Tons les hommes, dit-il, ont un desir naturel de connaltre. Nous aimons la science, en dehors de tout inter^t. La sagesse est independanle de Tutilite : elle est mfeme d'autant plus haute qu'elle est moins utile. La science la plus haute est celle du but ou de la fin en vue de laquelle les 6tres existent. Cette science est seule vraiment libre, parce que seule elle n'existe qu'en vue du savoir mfeme. Elle est la moins necessaire de toutes les sciences, et, par la m^me, la plus excellente. La scienjce nous fait connaltre les raisons intelligibles des choses. L'ignorant qui observe s'6tonne que les choses soient comme elles

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sont, et cet 6tonnement mfeme est le commencement de la science : le sage s'^tonnerait que les choses fussent autrement qu'il ne les connalt.

Comment procede Aristote pour acquerir la science, ainsi entendue? Aristote n'est ni Fidealiste dogmatique que suppose Bacon, fabriquant le monde avec les seules categories du langage ni Tempiriste que voient en lui beaucoup de modernes. II est observateur, et il est constructeur : d'une maniere gen^rale, il allie et combine intimement Tetude scrupuleuse des faits et Teffort pour les rendre intelligibles. Les faits sont pour lui le point de depart, mais il ne s'y tient pas : il cherche a en extraire les Veritas rationnelles qu'il sait d'avance y 6tre contenues. Le terme qu'il a en vue, c'est la connaissance des choses sous la forme demonstrative, c'est-a-dire sous la forme d'une deduction ou les propriet6s de la chose se connaissent par son essence m^me.

Le plus souvent, et surtout quand il s'agit de choses metaphysiques ou morales, avant d'aborder Tetude des choses en elles-m6mcs, il recherche et discute toutes les opinions qui existent sur la mati^re. G'est la methode dialectique, laquelle, tirant ses arguments, non de Tessence m^me de la chose, mais de ce qui est admis par rinterlocuteur, ne d6passe pas la vraisemblance. Dans I'emploi de cette m6thode, Aristote part frequemment des conceptions populaires : il en degage un sens philosophique, qu'il utilise pour Tetablissement de sa th6orie. II part aussi du langage, qui est pour lui comme un

interm^diaire entre les choses et la raison. Surtout il a egard aux doctrines de ses devanciers, il enumere soigneusement toutes les opinions qu'ils ont soutenues ; et lors mfeme qu'il rejette ces opinions, il en cherche la raison et la verite relative. Ses dissertations philosophiques sont d'ordinaire compos6es de la mani^re suivante : 1° il determine Tobjet de la recherche, afin de n'6tre pas expose aux malentendus, comme il arrive a Platon ; 2^ il 6numfere et appr6cie les indications et les opinions existant sur la matifere ; 3^ il recherche et examine, de la manifere la plus complete, les difficultes ou aTtopiat que presente la question posec ; 4° consid6rant les choses en elles-m^mes, et utilisant dans ses raisonnements les r6sultats des discussions precedentes, il cherche la solution du probleme dans la determination de Tessence une et 6ternelle de Tobjet en question.

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