XXI. — ÉCONOMIQUE
L'homme, par la vie de famille, atteint un degré de perfection supérieur à celui que comporte la vie individuelle. La famille est une société naturelle. Elle comprend trois sortes de relations : la relation d'homme à femme, celle de parents à enfants, et celle de maître à esclave.
Le rapport familial de l'homme à la femme est un rapport moral d'amitié et de services réciproques. La
r Éthique &i VoUtlque, I" livre. Il existe, sons le nom d'Arislole, des OVy/outxi qui ne sont sans doute pas authentiques.
femme a sa volonté propre, sa vertu, qui n'est pas celle de l'homme : elle doit être traitée, non en esclave, mais en personne libre. Toutefois, la perfection de la femme étant moins grande que celle de l'homme, celui-ci doit avoir autorité sur elle. La famille est une aristocratie, ou communauté d'êtres libres chargés d'attributions différentes. La femme, libre compagne de l'homme, doit avoir dans la maison son domaine propre, oii l'homme ne s'ingère pas.
Le rapport des parents aux enfants est un rapport de roi à sujets. Parents et enfants forment une monarchie. L'enfant n'a, vis-à-vis du père, aucun droit, car il est encore une partie du père ; mais le père a le devoir de veiller au bien de son enfant, car l'enfant a, lui aussi, sa volonté et sa vertu, bien qu'imparfaites. Le père doit communiquer sa perfection au fils, et le fils s'approprier la perfection du père.
L'esclavage est de la part d'Aristote l'objet d'une étude particulière. Il en démontre la nécessité et la légitimité, et détermine la manière dont on doit traiter les esclaves. L'esclavage est nécessaire, car la maison a besoin d'ouvriers vivants, intelligents. L'esclavage est légitime. En effet, étant donné un être qui n'est propre qu'aux travaux corporels, cet être est la possession légitime de celui qui est capable des fonctions intellectuelles : le rapport du premier au second est celui de la matière à la forme. Or un tel rapport existe, en fait, entre les Barbares et les Grecs. Ainsi, l'homme libre est le pro-
AniSTOTE
priétaire de l'esclave. II n'en doit pas moins considérer que l'esclave est un homme, et le traiter comme tel.