‹ Études d'histoire de la philosophie [microform]Chapitre 25 sur 42 · XX. - MORALE · texte numérisé non relu

XX. - MORALE

Chez les êtres dépourvus d'intelligence, les fms sont atteintes immédiatement et nécessairement. L'homme

(I) Source : Klhi'fue à Slco>n(Ofue.

"0 ÉTUDES D'HISTOinE DE LA PHILOSOPHIE

a une fin plus relevée, qui ne se réalise pas par le seul jeu des forces naturelles, n,ais par laction de sa liberté. 11 s agit de savoir comment il doit oi^aniser sa vie pour réaliser 1 idée de Ihomme. pour agir suivant son essence propre, et non sous l'influence de la nécessité ou du hasard^ De là l'idée de la philosophie pratique ou ph. osoplae des choses humaines. Cette philosophie , ;i'^2^' '' «" ^' J- -noyens de l'activité propre à

La philosophie pratique comprend trois parties correspondant aux trois sphères d'action qui s'olTrent

la V HT' :'!r'' ''""" ^''"' ■ '"''^"^' - 'è="'e .le av. ,„d ,„, ,, ^ V,.o.or»i,,,., ou régie de la vie de

fanulle. et la ;,o/,./,„e, ou règle de la vie sociale. Selon

ordre chronologique, l'éthique précède l'économique.

qu. précède elle-même la politique. Selon l'ordre de la

- ure et de la perfection, le rapport est inverse. La

P IU.que. en effet, est l'achèvement de l'économique.- qui

He-même détermine l'activité humaine avec plu de

precsion que l'éthique pure et simple

Nous commencerons par l'éthique ou morale. La ^o^ale se d..se en morale générale et morale parti-

Chez Aristole. la morale n'est pas avec la physique dans le même rapport que chez Platon. Le hien ne! pas ranscendant ; ,a nature n'est pas hostile ou purement passive en face de l'idéal. De même que la forme

ARISTOTE

existe en puissance dans la matière, ainsi la nature est disposée à la vertu, qui n'est que le développement normal des tendances naturelles. Sans doute nous ne naissons pas vertueux, mais de nous-mêmes nous tendons à le devenir : la culture et l'art sont l'achèvement de la nature. Il faut d'ailleurs distinguer entre le bien en soi et le bien pour l'homme. Le bien que considère la morale n'est pas le bien en soi, mais seulement le bien dans ses rapports avec la nature humaine.

Qu'est-ce que le bien moral? Toute action ayant un but, il doit y avoir un but suprême, et ce but suprême ne peut être que le bien supérieur à tous les autres biens, le meilleur. Qu'est-ce que ce meilleur ? On s'accorde généralement à dire que c'est le bonheur, mais on n'est pas d'accord sur la définition du bonheur. Nous devons chercher en quoi il consiste véritablement.

Pour tout être vivant, le bien consiste dans la perfection ou pleine réalisation de l'activité qui lui est propre. Pour l'homme donc, la félicité résidera dans la perfection de l'activité proprement humaine. Tel est le signe distinctif du bonheur véritable. Dès lors on ne peut placer ce bonheur, ni dans la jouissance sensible, qui est commune à l'homme et à l'animal, ni dans le plaisir, qui n'est pas fin en soi, mais n'est poursuivi qu'en \\Xé du bonheur, ni dans l'honneur, qui n'est pas en notre pouvoir et vient du dehors. Peut-être même la vertu à elle seule ne donne-t-elle pas le bonheur, car on ne saurait appeler heureux un homme vertueux empêché

i-n ÉTUDES U HISTOIRE DE LA PHILOSOPHIE

d'agir el accablé de souffrances. Le bonheur consis'e dans la constante activité de nos facultés proprement humaines, c'est-à-dire intellectuelles. Le bonheur, c'est l'action guidée par la raison, au sein de circonstances favorables à cette action même.

S'il en est ainsi, Télément constitutif du bonheur est sans doute la vertu ou réalisation de la partie supérieure de notre àme : la vertu remplit à l'égard du bonheur le rôle de forme et de principe. Mais le bonheur a en même temps pour matière ou condition la possession des biens extérieurs : santé, beauté, naissance, fortune, enfants, amis ; encore qu1l soit certain que les plus grands malheurs ne peuvent rendre Thomme vertueux ^véritablement misérable.

Quant au plaisir, considéré comme fin, il n'est pas un élément intégrant du bonheur ; mais, attendu qu'il accompagne naturellement 1 action, dont il est le complément, il est intimement lié à la vertu. Il s'ajoute à Faction comme à la jeunesse sa fleur. C'est la conscience de Factivité. La valeur du plaisir se mesure ainsi sur celle de l'activité qull accompagne. La vertu porte avec elle une satisfaction spéciale que possède nécessairement Fliomme vertueux. Les plaisirs sont admissibles dans la mesure où ils découlent de la vertu ou se concilient avec elle. Quant aux plaisirs grossiers ou violents, qui troublent Fàme, ils doivent être rejetés. En un mot, le plaisir, comme résultat, non comme fin, a sa place dans le bonheur.

ARISTOTE

Enfin, le bonheur implique le loisir, qui est une condition de l'activité. Celle-ci en effet a besoin de relâche ; mais le loisir n'est pas la fin du travail, c'est le travail qui est la fin du loisir. Le loisir doit être consacré à Fart, à la science, surtout à la philosophie.

Qu'est-ce maintenant que la vertu, principe du bonheur, et quelles sont les vertus principales ? La vertu est une habitude caractérisée par la réalisation parfaite des puissances de Fhomme. Or la nature humaine est double, à savoir intellectuelle et morale. La partie intellectuelle a pour objet le nécessaire, et est immobile ; la partie morale désire, agit, en tant qu'elle est en rapport avec le contingent. Il y a par suite deux sortes de vertus : les vertus dianoétiques ou intellectuelles, et les vertus éthiques ou morales.

Les vertus dianoétiques sont les plus élevées ; elles ne s'acquièrent pas par un effort de la volonté, mais par l'instruction. La vertu qui donne la plus haute félicité est la science ou contemplation. Elle est la plus noble des occupations de Fhomme, parce que le voj; qui en est l'organe est ce qu'il y a de plus divin. Elle est l'activité la plus désintéressée, celle qui fatigue le moins et qui admet le plus la continuité. Elle est la plus calme, celle qui se suffit le mieux à elle-même. C'est par la science que Fhomme se rapproche le plus de la divinité. Il ne faut donc pas suivre les conseils de ceux qui veulent que l'on n'ait que des sentiments humains, parce qu'on

ÉTUDES D'HISTOmt: DE LA PIIILOSOPIIIE

est homme, et que Ton n'aspire qu'à la destinée d'une créature mortelle, parce qu'on est mortel. Nous devons nous appliquer autant qu'il est en nous à nous rendre dignes de l'immortalité.

Mais la félicité suprême liée à la possession de la science parfaite n'est donnée à Thomme qu'en de rares instants. Ce qui lui convient véritablement, ce qui est proportionné à sa condition d'esprit uni à un corps, ce sont les vertus éthiques ou morales. La vertu éthique est une disposition ou habitude de l'àme, tendant à choisir en toutes choses le juste milieu qui convient à notre nature et que détermine le jugement pratique de l'homme intelligent.

C'est une habitude, une manière d'être de la volonté. Socrate, qui en faisait une science, oubliait que, dans la question de la vertu, il ne s'agit pas de la connaissance des règles morales, mais de leur réalisation. Il faut d'ailleurs, pour constituer la vertu, non seulement une détermination actuelle de la volonté, mais une manière d'être durable, une habitude.

Toute vertu, de plus, est un milieu entre deux vices, et ce milieu varie avec les individus. Autre est la vertu d'un homme, autre celle d'une femme, ou d'un enfant, ou d'un esclave. 11 faut également tenir compte du temps et des circonstances. Le courage est, en ce sens, un milieu entre la témérité et la lâcheté ; la magnanimité est un milieu entre l'insolence et la bassesse, et ainsi de suite.

Enfin, c'est l'homme de bien qui est la règle et la mesure du bien dans chaque cas particulier. Les règles abstraites, en efYet, ne déterminent que le bien en général. Dans chaque cas qui se présente, il y a quelque chose de singulier qu'elles n'ont pu ni n'ont dû prévoir. Le jugement vivant et universel de l'homme d'élite supplée à leur insuffisance.

Aristote étudie en détail les différentes vertus, soit dianoétiques, soit morales.

Les vertus dianoétiques sont les habitudes parfaites de la partie intelligente de l'àme. Or l'intelligence a deux degrés : l'intelligence scientifique et l'intelligence logistique. Les vertus de l'intelligence scientifique sont : l'' le voj;, qui connaît les principes des choses ; 2^ la science, qui déduit de ces principes les vérités particu* lières. La réunion du voj; et de la science constitue la sagesse (o-o'^'la . Les vertus de l'intelligence logistique sont: i° l'art ou capacité de produire en vue d'une fin ; 2"' le jugement ou intelligence pratique.

Les vertus morales sont aussi nombreuses qu'il y a de relations différentes dans la vie humaine. Ces relations étant en nombre indéterminé, il n'y a pas de liste complète possible des vertus morales ; à plus forte raison ces vertus ne sauraient-elles se réduire à un seul principe, comme le veut Platon. Aristote étudie les vertus morales les plus importantes. Ses dissertations sont très remarquables, pleines de fines observations de psychologue et de moraliste. Ses analyses de la jus-

in

lice et de Tamilié méritent particulièrement d'être citées.

La justice est, selon lui, le rétablissement de l'égalité proportionnelle ou vraie dans la vie sociale. L'équité est plus parfaite que la justice, parce que, tandis que celleci ne considère les actions qu'à un point de vue général et abstrait, Téquité tient compte de ce qu'il y a de propre à chaque action particulière. C'est un achèvement de la justice requis par la raison, la loi ne pouvant prévoir tous les cas. C'est la justice concrète et actuelle, superposée à la justice abstraite et encore indéterminée.

L'amitié est la suprême justice, une justice délicate et accomplie, où la règle aveugle et morte est entièrement remplacée par l'intelligence vivante de l'homme de bien. Il y a trois sources d'amitié : le plaisir, l'intérêt et la vertu. La vertu seule fait les amitiés stables.

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