XXV. — POÉTIQUE
Ce qui nous reste de la Poétique d'Aristote se borne presque à l'étude de la tragédie. Mais Aristote avait traité delà poétique d'une manière complète.
La poésie est née du penchant à l'imitation. Une tragédie est l'imitation d'une action sérieuse et complète, d'une certaine étendue, en un beau langage, sous forme dramatique et non narrative, imitation qui excite la ter-
ÉTLDFS D'ilISTOIUE DE LA PHILOSOPHIE
reur et la pitié, et qui, par là, purge Tàme de ces mêmes passions. Le poète tragique nous présente, dans ses héros et dans leur destinée, des types généraux de la nature et de la vie humaine. Il nous montre des lois immuables dominant et réglant les événements en apparence accidentels. De là l'efficacité de la tragédie pour purger l'àme de ses afTections désordonnées.
La parlie la plus importante de la tragédie est laclion. Laclion doit être naturelle. Non que l'auteur doive exposer simplement ce qui est arrivé, mais il doit montrer ce qui aurait pu arriver, ce qui est possible soit d'après les lois de la vraisemblance, soit d'après celles de la nécessité. L'action doit être une et complète. Il doit être impossible de déranger ou de retrancher une partie quelconque de l'ouvrage sans disjoindre et altérer l'ensemble. Car ce qui peut, dans un tout, être ajouté ou retranché sans qu'il y paraisse, ne fait pas partie du tout.
L'unité d'action est la seule dont Arislote fasse une
•règle. De l'unité de lieu, il ne parle pas. Quant à l'unité
de temps, il se borne à constater que la tragédie s'efforce
en général de renfermer l'action dans un seul jour ou
de ne dépasser que peu celte durée.
Il détermine les règles relatives aux parties de l'aclion, aux caractères, lesquels doivent être plus achevés et plus beaux qu'ils ne sont dans la réalité, et encore à la composition, à l'élocution.
Comparant la tragédie à l'épopée, il donne l'avantage
ii^.
ARISTOTE
à la première, parce qu'elle a une unité plus rigoureuse, une unité fermée, tandis que l'épopée comporte des parlies dont chacune pourrait faire une tragédie.
GRAMMAIKE •
Âristote était considéré dans l'antiquité comme le fondateur de la grammaire et de la critique. Il avait écrit, relativement à l'explication et à la critique des poètes, des ouvrages aujourd'hui perdus. Les indications relatives à la grammaire que nous possédons ne sont pas données pour elles-mêmes, mais à propos d'autre chose. Elles n'en ont pas moins une grande importance en ce qui concerne la formation de la science grammaticale. Aristote s'est occupé de grammaire avec son esprit d'observation habituel ; mais la théorie du langage était alors dans l'enfance : de là le vague et l'obscurité que présentent souvent ses assertions.
Aristote admet trois parties du discours : le nom, le verbe et la conjonction. Le verbe et le nom sont soumis à la flexion. Les noms se divisent en masculins, féminins et neutres.
Les mots sont plutôt fondés sur un accord des hommes entre eux que sur la nature. Par suite, dans leur formation, c'est moins le principe de l'analogie que l'arbitraire qui domine.
■|) Sources : De inlerprelatione, ch. i ; Rhélorique ; Poétique, ch. xx-xxi.
ARISTOTE
fil