JACOB BOEHME
fixés dans le bien, ni les mauvais dans le mal. Au temps est lié l'espace, qui rend les individus relativement indépendants les uns des autres. Et la vie dans l'espace et dans le temps a pour sujet la matière sensible ou matière proprement dite.
Le terme et la perfection de la création est l'homme, concentration harmonieuse et excellente des trois principes. Il y a en effet trois parties dans l'homme : l'âme ou puissance infinie du bien et du mal, l'esprit ou intelligence et volonté droite, et le corps ou réalité concrète. De ces trois parties, la première répond au principe de feu, la deuxième au principe de lumière, la troisième au principe d'essence ou de réalité. Les trois principes sont manifestés dans l'homme avec toute la perfection que comporte l'existence dans l'espace et le temps.
Le devoir de l'homme est de subordonner en soi le premier et le troisième principe au second, c'est-à-dire la volonté et l'action à la loi du bien ; et sa fin est d'engendrer le roi de la nature, que Dieu a résolu de susciter pour détrôner Lucifer. Comme Dieu le Père veut éternellement engendrer son cœur et son fils, ainsi l'àme doit fixer sa volonté dans le cœur de Dieu. Adam doit être la semence du Christ. La tâche dévolue à l'homme n'est d'ailleurs point purement spirituelle. Le paradis où il est placé et qu'il doit faire fleurir, est une nature sensible. C'est en travaillant à tirer de cette nature et à produire au grand jour tous les trésors qu'elle renferme, que l'homme prépare l'avènement du Fils. Le monde qui se développe
dans l'espace et dans le temps se compose d'individus séparés les uns des autres : il s'agit d'unir ces individus dans un commun hommage rendu à l'Eternel, et, sans effacer leurs caractères propres, de les élever au partage de l'absolue personnalité.
Cette destinée est prescrite à l'homme, mais ne lui est pas imposée. Sa volonté est libre. Il y a en lui feu et lumière, violence et douceur, égoïsme et abnégation ; il y a, de plus, comme un effet de sa nature terrestre, une volonté temporelle, placée entre ces deux principes et capable de se tourner vers l'un ou l'autre. L'homme possède donc toutes les conditions de la liberté, et il peut, selon qu'il lui plaît, s'abîmer en soi ou se trouver effectivement en renonçant à soi.
De ce pouvoir comment a-t-il usé ? C'est là une question de fait, à laquelle répondent la tradition et l'expérience. Or nous savons que l'homme, à l'exemple de Lucifer, a désobéi à Dieu et est déchu de sa noblesse primitive. La faute, selon le récit mosaïque interprété à la lumière de l'esprit, s'est accomplie de la manière suivante :
Lâchant la bride à son imagination, l'homme s'est mis à contempler et admirer la nature, de préférence à Dieu. Peu à peu il a paré son idole de toutes les perfections dont il avait l'idée : il en a fait le tout et la divinité. Alors il s'en est épris et il a brûlé de l'engendrer telle qu'il la voyait dans son imagination. Oublieux des droits de l'esprit, il a voulu que la nature fût, sans
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entraves, tout ce qu'elle pouvait être. Bientôt l'idée, selon la loi de l'être, d'image et de désir est devenue corps ; la nature a proclamé son autonomie, et l'homme est tombé sous l'empire de ces forces violentes et égoïstes qu'il avait déchaînées. Telle est l'histoire abrégée de la faute. Mais le texte sacré nous permet d'en distinguer les phases et d'en marquer le progrès.
Le point de départ fut le désir de connaître les choses, non plus dans leur union et leur harmonie, telles que Dieu les a faites, mais en les séparant, en les analysant, en leur prêtant une individualité factice. L'homme voulut savoir ce qu'étaient en soi le chaud et le froid, l'humide et le sec, le dur et le doux et les autres qualités, prises isolément. De la vie, qui organise, il voulut chercher le secret dans la mort, qui fige et disperse. Le fruit divin, la connaissance concrète, n'eut plus pour lui de saveur et d'attrait : il voulut goûter à la connaissance abstraite et morcelée, au fruit de la nature terrestre. Alors, la nature répondit à son désir en objectivant ce désir même sous la forme de l'arbre de la science du bien et du mal. Cet arbre de tentation n'est autre que la réalisation sensible de la volonté de connaître le bien et le mal séparément, en tant qu'opposés et contradictoires. Grâce à lui, l'homme voit devant soi le bien et le mal comme deux choses extérieures l'une à l'autre, selon la condition des objets situés dans l'espace : et il peut embrasser celui-ci à l'exclusion de celui-là. Le fait d'avoir suscité l'arbre de la science an a.
lytique est le premier péché, celui de Tentendement. C est une pente dangereuse, car voici que l'homme conçoit maintenant le mal et, par suite, est susceptible de le vouloir; mais ce n'est pas encore la chute, puisque l'homme possède la faculté de choisir entre le bien et le mal.
Cependant, à la première tentation en succède une seconde. Jusqu'ici Adam avait pour compagne la vierge éternelle ; jusqu'ici l'image de Dieu ou Tidéal était Tobjel de sa pensée. S'étant mis à considérer les choses du point de vue de l'analyse, sous leur forme terrestre, il s'éprit du monde de forces et d'instincts qui dès lors s'offrait à son regard. Il voulut vivre de la vie animale, et se reproduire à la manière des bêtes. Devant la passion qui s'allumait en lui, l'image de Dieu s'effaça, la vierge s'envola. Alors Adam s'endormit : car il n'en est pas de l'image du monde comme de l'image de Dieu. L'image de Dieu, qui ne dort pas, tient conslammeiit en éveil l'esprit qui la contemple. Mais l'image du monde, qui est sujette à la succession, fatigue la vue et engendre le sommeil. Un changement de condition se produisit alors. L'homme s'était endormi dans le monde des anges et de l'éternité : il se réveilla dans le temps et dans le monde extérieur. Et il vit devant lui, sous la forme d'une femme créée par Dieu pendant son sommeil, l'objeclivation humaine de son désir terrestre. Comprenant que la femme venait de lui, l'homme chercha à se réunir à elle, et à s'y réunir selon le corps.
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C'est le second péché, celui de la sensibilité. L'homme a fait un pas de plus vers la perdition. Il nest pas déchu cependant, car les désirs de la chair eux-mêmes n'ôtent pas a l-homme la possession de soi, et sa volonté lui reste.
La chute que na réalisée ni la perversion de lintel- Lgence ni celle de la sensibilité, sera consommée par a perversion de la volonté. Le diable souffla à l'homme le désir de vivre de sa volonté propre, de se suffire, de se faire Dieu. L'homme consentit à la tentation et par ia désobéissance, se posa en face de Dieu comme' son égal. Dos lors il ne fut plus seulement incliné vers le mal, Il s'y précipita. Il devint ce qu'il avait voulu être mais en un sens contraire à celui qu'il avait imaginé. li devint dieu, non le dieu d'amour, de lumière et de vie qui seul est le vrai Dieu, mais le dieu de la colère des ténèbres et de la mort, qui n'est que la personnification sacrilège et diabolique du fonds mystérieu.x de la divinité L homme alors fut maudit, ou plutôt il se déclara luimême l'enfant du diable. Sa volonté, mauvaise d'ellemême, le détacha de Dieu et le voua à la colère Par suite de cette malédiction, le monde, dont l'homme était le résumé et le moteur, passa de l'état d'harmonie à l'état de dispersion individuelle. Chaque être prétendit y vivre pour SOI et s'y développer sans souci des autres. La lutte pour la vie en devint la seule loi.
L'homme, toutefois, ne fut pas condamné par Dieu à lout jamais, comme l'avait été Lucifer; car les conditions
tu
ÉTUDES D'IlISTOIRt: DE LA PHILOSOPHIE
(le la faute étaient différentes. Le diable était, lui seul, la cause totale du péché qu'il avait commis. Avant lui, en effet, le mal n'existait pas ; mais seulement la possibilité du mal. Lucifer avait, de cette possibilité, formé le mal dans tout ce qu'il renferme, dans sa matière ainsi que dans sa forme : il était l'auteur des motifs qui l'avaient tenté, comme de la détermination qu'il avait prise diaprés ces motifs. Tout autre était la situation de l'homme. Avant lui le mal existait déjà comme réalité donnée, et, avec le mal, la pente vers des fautes nouvelles. C'est sur la sollicitation de Satan que l'homme a péché. Si la décision qu'il a prise lui appartient, les motifs de cette décision ne sont pas en œuvre. Ils étaient en lui comme des instincts, comme une nature préexistante. L'homme ainsi est responsable de sa seule détermination, non des motifs auxquels il a cédé. C'est pourquoi la faute d'Adam, qui certes serait mortelle si Fhomme était abandonné à lui-même, n'est pas irrémédiable. Il est possible, sinon à la justice, du moins à la miséricorde divine d'opposer, au sein de Tàme humaine, aux sollicitations mauvaises la tendance vers le bien, et de donner à la volonté de l'homme, laquelle est temporelle, la faculté de revenir sur sa résolution. Dieu, maintenant, va-t-il venir en aide à Thomme révolté contre lui ? Enverra-t-il à l'homme un rédempteur et un sauveur? C'est ce que nulle nécessité ne commande ni n*exclut, et ce qui se décidera dans les profondeurs mystérieuses de la volonté infinie.
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Dieu, qui déjà avait restauré l'harmonie du monde troublée par Lucifer, résolut d'appeler l'homme à la régénération. Le bien et le mal étaient maintenant en présence l'un de l'autre, non seulement dans l'éternité mais dans le temps : Dieu décida de provoquer, dans la mesure où elle était possible, la réconciliation de ces deux principes. Selon les décrets divins antérieurs à la faute de l'homme, le Fils devait naître un jour sous la forme humaine, afin que la parole fût. manifestée dans le temps. L'homme s'étant livré au diable et à la colère Dieu décréta que la venue du Christ serait, non seulement celle d'un consommateur de la perfection humaine mais encore celle d'un rédempteur et d'un sauveur. Il' prépara celle venue par la suite des événements que raconte l'Ancien Testament, et il donna enfin son Fils au monde pour y être couronné d'épines et crucifié. Pe>crucem ad luceml Le Christ est une créature humaine, et il est le Fils de la Vierge éternelle. En lui la mort est vaincue. Qui souffre avec lui, avec lui est glorifié.
Mais il nous faut examiner de plus près comment se réalise par Jésus-Christ le salut de l'homme.
Quand la raison entend parler de Dieu, de sa nature et de sa volonté, elle s'imagine que Dieu est quelque chose d'éloigné et d'étranger, qui habite en dehors de ce monde au-dessus des étoiles, et qui ordonne les
choses mécaniquement, à la manière d'une force située dans Fespace. Dès lors la raison, assimilant Dieu aux créatures, lui prête un mode de pensée et d'action analogue à celui de riiomme. Elle croit que Dieu, avant la création, a délibéré en lui-même pour savoir quelle place il assignerait à chaque créature. Et elle suppose que Dieu a décidé d'appeler une partie des hommes à la joie céleste pour manifester sa grâce, et de vouer l'autre partie à la damnation pour manifester sa colère. Dieu aurait ainsi fait, de toute éternité, une différence entre les hommes, pour déployer sa puissance dans le sens de la colère comme dans le sens de l'amour.
Il y a certes une élection de la grâce, mais elle ne saurait se produire de la manière que la raison imagine. Si Dieu délibérait et se décidait comme nous, s'il gouvernait les choses du dehors, il serait divisé avec lui-même, il changerait, il ne serait pas éternel. Comment d'ailleurs Dieu pourrait-il vouloir damner une partie de ses créatures ? Dieu est amour et veut le bien de tous les êtres. L'éleclion et la damnation ne sont pas le fait d'une volonté extérieure à l'homme. Uhomme est libre, absolument libre ; car la racine de son être plonge dans le fonds éternel et infini des choses. La volonté humaine n'a rien derrière elle qui puisse la contraindre. Elle est, elle-même, le premier commencement de ses actions. C'est de cette liberté même que résulte l'élection ou la damnation. Par elle, l'homme peut se tourner, selon qu'il lui plaît, vers la lumière ou vers les ténèbres, vers
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Tamour ou vers l'égoïsme : l'homme peut faire de soi un ange ou un diable. Il porte en lui-même son paradis et son enfer : le paradis et l'enfer extérieurs ne sont que des symboles de la bonne et de la mauvaise volonté. Non que l'homme se suffise à lui-même et se passe de la grâce divine. Son bon vouloir n'est qu'une prière, inefficace sans le secours de Dieu ; et cette prière même! Dieu a prévu de toute éternité qu'il la ferait ou ne la ferait pas. Mais les actions libres demeurent telles dans la prescience divine, laquelle, au sein de l'abîme primordial, ne se distingue pas du fonds commun de toutes les volontés.
Le premier signe et le premier efTet de l'élection, c'est la foi. La foi, comme l'élection, est souvent mal comprise. Chacun se vante d'avoir la foi. Où est-elle en réalité? La foi d'aujourd'hui n'est qu'une histoire apprise par cœur. Où est l'enfant qui croit que Jésus est né? S'il le croyait, il s^procherait de l 'Enfant-Jésus, le recevrait et le soignerait en lui-même. Mais non : il ne connaît que l'enfant historique; il trompe sa conscience avec une vaine érudition. Jamais on n'a tant parlé de foi, jamais la vraie foi ne fut aussi malade En voulez-vous la preuve ? Jamais on ne s'est autant disputé, jamais on ne s'est autant jugé et condamné les uns les autres. Est-ce que Dieu juge et condamne les oiseaux de la foret parce que chacun d'eux le loue à sa manière, sur un autre ton que les autres? Est-ce que l'infinie puissance de Dieu ne comporte pas une infinie
variété d'hommages ? Vous êtes, vous qui persécutez vos frères, plus inutiles que les fleurs de la prairie, plus fous que les bêtes inintelligentes. Vous êtes les oiseaux de proie qui effraient les autres oiseaux et qui les empêchent de chanter les louanges de Dieu. Croire en Jésus-Christ à un point de vue historique est chose aussi utile que de croire à une fable. Que de Juifs et de Turcs sont plus chrétiens que ces faux chrétiens, qui savent ce qu'a fait Jésus et qui font ce que fait le diable ! Mais, dira-t-on, nous croyons à la parole. Il faut entendre ce qu'est la vraie parole. L'Ecriture est utile, mais l'Ecriture n'est pas la parole, elle n'en est que la trace effacée et muette. La parole est vivante, car elle porte l'esprit. Nulle formule ne peut l'embrasser, elle est infinie comme Dieu. C'est pourquoi la vraie foi est en définitive la volonté droite, librement soumise à la loi de l'esprit. Elle consiste à renouveler en soi la naissance et la vie du Christ, son baptême, ses tentations, ses souffrances et sa mort. Imiter le Christ, voilà la marque des enfants de Dieu. Le vrai chrétien n'est ainsi d'aucune secte. Il peut vivre dans une secte, il n'en dépend pas. Sa religion est intérieure et ne peut être contenue dans aucune
forme.
La foi, ainsi conçue, est le commencement de la régénération. Que faut-il penser des moyens extérieurs que les Églises y ajoutent? D'une manière générale, les œuvres, par elles-mêmes, ne sont rien ; et l'Église catholique romaine, qui leur attribue une valeur, est la
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Babel du monde chrétien. Erreur aussi de croire que la foi nous sauve en tant que, grâce à elle, les mérites du Christ nous seraient appliqués du dehors, comme une forme nouvelle peut être donnée à une matière passive. Une telle opération ne changerait pas le fond de l'âme, ne serait pas une seconde naissance. La foi ne saurait nous sauver par une opération théurgique enchaînant à notre profit la justice divine : elle ne nous sauve que par la grâce sanctifiante qu'elle porte en elle, et qui engendre en nous, du dedans, la pénitence et le Christ rédempteur. Justification est sanctification. Ce n'est pas l'objet de la foi qui nous régénère, c'est la foi ellemême.
C'est pourquoi nul moyen particulier de régénération n'est efficace si la foi n'en est l'âme. La vraie prière n'est pas la demande passive de l'assistance divine, c'est l'acte d'humilité de la volonté qui reconnaît son indigence et qui va à Dieu comme à sa nourriture ; c'est l'âme appelant et recevant la grâce sanctifiante. La vraie prédicalion n'est pas l'enseignement donné spécialement par le prêtre ou même par la Bible. Toute créature enseigne le fidèle qui voit et entend avec l'esprit. Les sacrements ne sont pas des secours qui surviennent à l'homme sans qu'il y mette du sien. Le vrai sacrement est la grâce divine descendant vers l'âme : l'âme ne se l'approprie que par la foi. Et la régénération, objet de la prière, de la prédication et des sacrements, n'est pas une nature nouvelle se greffant sur l'ancienne : c'est, au fond de la
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nature, Tesprit qui se réveille et se déploie ; c'est, par le renoncement au moi individuel, la personne qui se crée, c*esl Thomme intérieur qui se substitue à l'homme
extérieur.
Quelle est maintenant la vie de l'homme régénéré? N'est-ce qu'une apathie et une indifférence, une pure réflexion de l'esprit sur lui-même, un anéantissement au sein du rien primordial? L esprit, on le sait, n'est pas ce rien inerte, à la conception duquel aboutit la logique humaine par la suppression des différences. Tout être intérieur tend à devenir extérieur, tout infini est le désir d'une forme, tout mystère est un effort pour se révéler, tout esprit est la volonté de devenir un corps . Ainsi en est-il des vertus chrétiennes. Elles ne restent pas à Fétat d'abstractions : elles se développent et se manifestent. Elles se manifestent par un complet renoncement à soi et un abandon complet à la volonté de Dieu, parThumilité, l'amour des hommes, la communion des âmes à travers toutes les différences extérieures, par l'empire sur la nature, c'est-à-dire sur les désirs terrestres, et par la joie, cet avant-goût de Téternité. Pour ce qui est de l'homme ancien et extérieur, l'homme nouveau ne le détruit pas, mais il se garde de s'oublier en lui. Tu vis dans le monde, chrétien ! tu y exerces un métier honorable. Demeures-y, agis, travaille, gagne Targent qui l'est nécessaire ; fais produire aux éléments tout ce qu'ils peuvent produire ; cherche dans la terre l'argent et For, fais-en des œuvres d'art, bâtis et plante.
Tout cela est bien. xMais écoute cet A B C de la sagesse : Ne mets pas ton âme dans cette vie extérieure. N'enchaîne pas dans cette prison ton libre esprit. Si tu gardes ta liberté, tout te réussira dans le monde. Car tout, pour qui sait entendre, chante les louanges de Dieu. Les fautes mêmes que pourra commettre ton compagnon terrestre n'atteindront pas ton âme et lui seront utiles. Une action n'est pas une habitude, et un arbre vigoureux se redresse sous le vent qui le fouette. En voyant faillir l'homme extérieur, tu comprendras mieux combien Ja nature est faible et combien grande et puissante est la miséricorde divine. Mais que l'homme ne s'imagine pas que, dans sa vie terrestre, il puisse jamais être dispensé de la prière et de l'effort. L^homme est et demeure libre, et n'est, en conséquence, jamais confirmé dans le bien. Le temps ne peut contenir l'éternité. Si forte que soit notre attache à Dieu, nous demeurons sous la puissance du diable. La lutte contre le mal est, jusqu'au bout, notre condition en ce monde. Que nous nous relâchions, et la nature nous ressaisit : la forme où se réalise l'esprit l'enserre et l'emprisonne, dès qu'il cesse d'agir. Il nous faut à tout instant nous reprendre, renouveler notre naissance nouvelle, recréer Dieu en nous. Et ce n'est qu'au terme de notre vie que, développé par nos constants efforts, se dresse indéracinable Farbre de foi, d'espérance et d'amour.
Ainsi se prépare, dans le monde du temps, le rapprochement du bon et du mauvais principe et la reconsti-
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tution consciente et définitive de l'unité primordiale. Toute fin tend à rejoindre son commencement, mais en remontant plus haut, jusqu'au point fixe d'où dépend ce commencement même. Tant que l'homme est un corps terrestre, il peut et doit choisir. Mais avec sa nature temporelle disparaît la contingence de ses actions. La mort l'introduit dans l'éternilé. Le fruit de ses libres déterminations est maintenant mûr : il se détache ; et ce qu'il est, il l'est définitivement. L'homme donc, selon la nature qu'il a créée en lui, appartient désormais à Dieu ou au diable. Son libre arbitre s'est changé, soit en liberté et en amour, soit en caprice et en violence. La fin dernière des choses est ainsi le dualisme définitif du bien et du mal, en tant qu'œuvres de la volonté libre. A l'origine, Dieu a engendré le bien et le mal en tant que possibles, c'est-à-dire qu'il a créé les conditions et les matériaux des bonnes et des mauvaises actions. De la manière dont se sont comportés les êtres libres est résultée, en fait, la réalisation des deux possibles que Dieu avait formés. Des deux côtés l'être a passé par trois phases : le possible, le fait contingent, la détermination définitive. C'est en traversant la volonté consciente que l'idée est devenue chose, le possible nécessaire. Le royaume de Dieu est l'harmonie désormais indestructible de l'esprit et de la nature. Les individus y subsistent, et continuent à se distinguer les uns des autres, sans quoi il n'y aurait plus de nature ; mais ils vivent sans lutte, chacun selon son caractère : ils sub-
rit
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sistent par lamour seul et „ ont que faire de la haine Ils ont conquis la véritable unité, laquelle n'est pas un rapprochement extérieur pratiqué en vue delà satisfaction des intérêts égoïstes, mais la participation commune des âmes individuelles à la divine personnalité. Dans le royaume du diable, au contraire, la volonté de vivre a définitivement secoué toute loi et toute direction. Elle a ce quelle voulait : la vie comme unique fin de la vie. Des lors, nulle harmonie, nulle bonté, nul amour. L egoïsme et l'anarchie rognent sans partage. L'individu est son maître; et cette souveraineté, qui repose sur la révolte et non sur l'obéissance, est la lutte sans fin et le tourment infini.
Avec l'exposition des fins dernières de toutes choses s achève la doctrine de Bœhme. Cette doctrine se présente à nous comme l'histoire métaphvsique de l'Être aperçue par l'intuition au fond de son histoire physique' Partis de l'éternel, nous sommes, à travers le temps revenus à l'éternel. Le cercle est refermé : la révélation est accomplie.
Qu'est-ce maintenant que celte doctrine qui, che^ son
auteur, s'appelle : l'aurore naissante, l'e.xpIication du
mystère céleste et terrestre, l'exposition de la genèse
de Dieu et de toutes choses, et, d'une manière géné-
'•ale, le christianisme interprété selon l'esprit?
Nul doute que ce ne soil tout d'abord une doctrine religieuse ; et il est naturel que Bœhme compte surtout des disciples parmi les théologiens. Mais serait-il légitime de s'en tenir à la lettre de la doctrine pour juger celui qui ne cessa de répéter que la vérité est dans l'esprit, non dans la lettre, et que le propre de l'esprit, c'est d'être à tout jamais inexprimable? Evidemment, par cette seule théorie, Bœhme rejette déjà au second plan la religion proprement dite, inconcevable sans quelque révélation donnée, sans quelque fait positif, pour placer au premier la philosophie, ou, si Ton veut, la religion en tant qu'elle se confond avec la philosophie. Et en effet, pour qui lit les œuvres de Bœhme ainsi que luimême nous prescrit de les lire, en y cherchant le sens spirituel sous les figures sensibles et intellectuelles, les doctrines d'un caractère philosophique transparaissent à chaque pas sous ses effusions religieuses.
Les mystères théologiques de la Trinilé, de la chute, de la Rédemption sont à coup sur les sollicitations qui l'excitent à rétléchir. Mais sous ces mvstères il voit le problème de la conciliation du fini et du mal, comme réalités positives, avec l'infinie personnalité comme source première et unique de l'être. Et la manière dont il résout ce proplème est certainement une métaphysique sous l'enveloppe d'une théologie. Du fini et du mal dont nos sens constatent l'existence sont distinguées les conditions suprasensibles de la nature finie et de Taction mauvaise; et ces conditions sont
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déduites de la volonté divine en tanf nnn n ,
iviue, en tant que cette volonté
veut se manifester et se poser comme personne. Point de manifestation sans opposition. Dieu pose donc son contra.re, afin de se saisir, en se distinguant de lui et en lu. imposant sa loi. Ce contraire, ou nature éternelle l.ee a ex.stence même de Dieu, sans .tre lui-même le fini et le mal, en fonde la réalité. Le fini est la dissé- .n".at.o„ librement opérée par Dieu, au moyen du emps, des essences contenues dans la nature divine I^e mal, c'est la nature, laquelle nest qu'une partie posée comme le tout parla volonté libre des êtres créés' Le On. e. le mal, en définitive, se déduisent, quant à leur matière, des condUions d'existence de la personnalité, tandis que, pour ce qui est de la forme et de la réalisation sensibles, ils résultent de la libre initiative de la volonté. Ainsi le monde est tout autre chose qu'un simple non-être ou que l'effet sans consistance d'un acte de volonté arbitraire : il a une réalité, une existence inlerne et véritable : il n'est pas Dieu, mais il est fondé en U,eu : il repose sur la nature même dont Dieu a besoin pour se manifester.
On ne saurait nier qu'il y ait dans ces idées, clairenient exprimées par Bœhme à travers toutes ses métaphores, les germes d'un système philosophique. Mais quelle est la valeur et la signification de ce svstème > -> est-ce pas une œuvre isolée, sans relation importante avec 1 histoire générale de la philosophie? Il faut bien le dire : si Ion excepte le célèbre philo-
sophe inconnu, saint Martin, le théologien catholique Baader, et Schelling dans la dernière phrase de sa philosophie, les philosophes de profession, lorsqu'ils ont lu Bœhme et qu'ils l'apprécient, lui décernent de vagues éloges plus qu'ils ne cherchent à s'assimiler ses doctrines. Les idées de saint Martin n'ont guère trouvé en France que des historiens ; et les Allemands ont surtout développé la philosophie intellectualiste issue de Leihnitz, de Kant et de Spinoza, laquelle repousse et la réalité absolue de la nature, et le libre arbitre de la volonté, ces pièces essentielles du système de Bœhme. Mais sur ce point encore gardons-nous de nous en tenir aux apparences et aux détails. Deux traits, en somme, caractérisent principalement les spéculations de notre théosophe : le spiritualisme, posé comme vérité fondamentale, et le réalisme admis sur la foi de Texpérience et rattaché par voie de déduction au principe spiritualiste. D'une part, Bœhme tient que l'esprit seul est le premier être et l'être véritable : l'esprit, c'est-à-dire la liberté infinie qui se crée des objets et des formes, et demeure infiniment supérieure à toutes ses créations, l'être insaisissable qui est partout par son action et qui lui-même ne peut être réalisé et devenir objet d'expérience ; la personne parfaite enfin, existence vivante et vraiment métaphysique, dont toute existence donnée et déterminée ne peut être que l'imparfaite manifestation. Mais, d'autre part, Bœhme est réaliste. Il n'admet pas que le multiple et le divers soient
JACOU BŒH3IE
un vain fantôme de ria,agi„ation. ou l'effet puren^ent
que le mal ne soit qu'un moindre bien. La nature a son propre principe d'existence, contraire . celui deMl
a de r ,^ ,,^^ ^^^^^ ^^ spiritualisme comme thèse 'e reahsme comme antithèse ; et, dans une synthèse concher lar.alité desohjets de l'expérience ave ^^^ -aute de 1 esprit : telle est l'.uvre de Bœhme. '
Telle est aussi, en définitive, le fond des princinaux ;f;r7^"— «-Pour les Leihnit. les K:rC
lèl e, et lespnt est l'infini vivant que nulle forme ne peuc t i^^^
a une .eahte propre, réalité qui est pour l'esprit une
;:::: '- rr ^'^' ^^ ^^-^ -P-^ant do^ être déduite
la nature de 1 esprit. C'est dans cette antinomie de l'esprit x /
;:r. ' '''' '' '' '' '"^"^•■^ ~ réalité qu! eba la philosophie allemande ; et la monadolo.i
'deahsme transcendantal, la philosophie de l'absolu ;dea .me absolu, ne sont que les solutions diverse! 1 un seul et même problème. Ce n'est pas tout. Idéal'sme et réalisme, et recherche d'une conciliation de celu,-c, avec celui-là, ces traits de la philosophie allemande se retrouvent, semble-t-il, ainsi que l'observent les historiens, dans la nation elle-même. Et ainsi, quelle qu a.t été la communication extérieure des philosophes allemands avec J. Bœhme, ils sont unis à lui par un lien
plus fort et plus intime que la simple influence : ils sont, sinon ses fils, du moins ses frères, enfants d'un même génie, expressions d'une même face de l'esprit humain. A-t-il donc été mauvais prophète, celui qui, en 1620, après avoir lu la Psychologia vera de Jacob Bœhme, salua son auteur du nom inattendu de « Phiiosqp/ius teiitonicus » ?
DESCARTES
" «" ««in ,ae le carlésianism, A »■ ■ '• Plulo»phie c„Lie„" 7 ' ''"'■°'°' '''""™° ■'"
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mands, entre autres, si préoccupés de découvrir les principes internes des développements historiques, se sont plu à démêler, dans les problèmes cartésiens, le point de départ de toutes les grandes questions agitées par les philosophes modernes. Ils ont vu, en particulier, dans le CogilOy le germe vivant d'où devait sortir, par une dialectique immanente, toute la floraison des grands systèmes qui ont paru jusqu'à ce jour. C'est ainsi que Kuno Fischer fait expressément, du cartésianisme et des antinomies où il s'engage en se développant, l'origine ou la condition nécessaire de Toccasionalisme de Malebranche, du monisme de Spinoza, de la monadologie de Leibnitz, du sensualisme de Locke, du matérialisme de La Mettrie, de l'idéalisme de Berkeley, du criticisme de Kant. Chez la plupart des historiens allemands de la philosophie on trouve des déductions analogues.
D'une manière générale, on peut dire que le problème central de la métaphysique cartésienne, c'était le passage de la pensée à l'existence. La pensée seule est indissolublement inhérente à elle-même : comment donc, de quel droit et en quel sens pouvons-nous, dans nos jugements, affirmer des existences? Il y a un cas, et un cas unique, où l'existence est immédiatement liée à la pensée dans l'intuition de l'entendement : c'est le cas où nous disons : < Cogito, ergo sum. » Comment et dans quel sens pouvons-nous étendre à d'autres existences la certitude que nous attribuons d'emblée à celle
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-tdite.!o Ln c?r •^^^'^''^"^^^^-^- -«.v,benslorsd::r:;:::::«-- 4 sa clarle que nous t'avons su voir. . Et lorsque Newton réformera le r«.i - • •
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phie naturelle traitée mathématiquement, qu'a dégagé et assuré Descartes?
Ce n'est pas tout : comme Descartes est dualiste, estimant illégitime tout mélange de la philosophie et de la religion, de la philosophie corporelle et de la philosophie spirituelle, ainsi le xvu" siècle est simultanément religieux et rationaliste, moraliste et savant, sans que ces diverses disciplines se pénètrent et s'altèrent les unes les autres. Pascal mystique ne fait nul tort à Pascal physicien, et réciproquement.
Enfin Descartes a mis la pensée hors de pair et trouvé en elle seule le principe de la certitude. De même, le xwif siècle estime qu en la pensée consiste la dignité de l'homme, et que c'est de là, non de la grandeur matérielle, qu'il est en nous de nous relever. La conviction de la puissance de la raison s'insinue à ce point dans les esprits, que l'on ne tarde pas à renverser les barrières, soit provisoires, soit même définitives, que Descartes avait dressées devant elle. Les questions sociales et politiques, qui de longtemps, à ses yeux, ne pouvaient être accessibles à la science, les questions religieuses qui la dépassaient absolument, furent livrées à l'examen de la raison. A cette œuvre se consacra le xviii* siècle, et l'on a pu dire que la Révolution française était née du Discours de la Méthode. Erreur, si l'on veut signifier que le cartésianisme contenait une telle conséquence, mais assertion soutenable, si l'on entend par là que c'est au nom du principe cartésien de
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DESCARTES
1 eWdence rationnelle ,„e ,a soC. a .. renouvelé
Ainsi le cartésianisme est une pièce essentielle de h^sto re philosophique et morale des temps moderne Ma.s „ appartient-il qu'à l'histoire? N'a-t-i plus rln . nous apprendre ? ^ '®" *
Selon le philosophe et savant anglais Huxley, loin nue le système de Descartes ne <,r,it „ > • ^
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cartésienne de tout ce mû «' , '««Jucnon
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ceHain'Tu'T""' '' "^ '"^'^"'""^ ^^^"-'-' " «st ce a.n que bon nombre des questions auxquelles s at-
oes legs de la philosophie de Descartes
cel . des rapports de la volonté et de l'entendement celu
^e a cert,ude. celui des rapports de la science e d - aphys.q„e celui des rapports de l'esprit et de la y ère. La philosophie de la science agite aujourd'L PaMessus tout peut.tre. la question du rappor ^^ mathématiques et de l'expérience. Comment e e„'
fa - 1 ue 7": "' """" P^" P^^'^^P"- -^ Comment se .1 que la physique puisse être traitée mathématique-
ÉTUDES D'HISTOIRE DE Ik PHILOSOPHIE
ment? Or cette question est celle-là môme que tout
d'abord s'est posée Descaries, et l'on peut dire que c'est pour la résoudre qu'il a édifié son système de métaphysique.
En ce qui concerne la science, l'alliance de la géométrie et de l'analyse, Finterprétation mécanique des phénomènes, l'exclusion des causes finales, le mécanisme mathématique, appliqué non seulement à la systématisation des phénomènes, mais à l'explication de la genèse du monde, non seulement à l'étude des corps inorganiques, mais à l'étude de la vie, se retrouvent, comme autant de pièces essentielles, dans la philosophie cartésienne. Et c'est encore l'esprit cartésien qui préside à la création de certaines sciences particulières modernes, telles que la psychologie expérimentale et la sociologie positive, lesquelles cherchent à considérer les faits psychiques ou sociaux dans leurs éléments ou leurs équivalents mathématiquement mesurables.
Qu'on ne dise pas, d'ailleurs, que, pour être en possession de ces idées directrices, il suffit de les recevoir des savants actuels, telles que les ont faites deux siècles de discussion. Il n'en est pas des idées comme des faits, dont la connaissance se perfectionne presque fatalement. A qui peut connaître la mesure exacte d'un phénomène, que sert d'en recueillir une mesure grossière? Mais une idée est une plante mystérieuse qui pousse parfois autrement chez un autre que chez son auteur, et qui
DESCARTES
peut attendre longtemps avant de rencontrer le terrai prop.ce Où elle portera tous ses fruits. Voilà pourquoi n^porte de con^^^^^^^^^
ou elles sont écloses. Que de fois elles sont ainsi
dense de la Renaissance retrouvée par M. Victor
Faut-il maintenant rappeler l'excellence de Descartes
comme écrivain ' A co n«.„t i ""i-aries
«an.. ■ ^ ^^ ^""^ ^"•^'"•«' «on impor-
anee ne saura.t être exagérée. Sagit-il de son rôle
h stonque -7 M. Désiré Nisard a montré qu'il a le prem
langue cartésienne qui sera l'étoffe du style de nos
grands écrivains. Et. considérée en elle Jme ce angue, ,, ,„ ^„.„ ^^ ,^ ^ ,^^^^^ ^^
de ro7 . ■ . ^^ ^'' '''""'' '' lexpression
tt " '" '''''■ ^ '"'"'«- «t la déduction cartes.ennes ont mis leur empreinte sur le style du Dis-
-^^ ^Y« -W...... Non que cette langui soit al
a.te et impersonnelle. La raison de Descartes est une raison vivante et enthousiaste, qui ne se borne pasT
s applique a trouver, à créer, à communiquer aux intelligences son activité créatrice. Cette vie de la pensée an.me le style lui-méme. qui allie, dune façon surprt
nante, à la précision et à l'ordre démonstratif, le mouvement, raccent, Toriginalilé, la couleur, Tesprit, le charme même, ou l'ironie, ou la hauteur, selon la passion intellectuelle qui traverse Tâme de cet amant de la vérité. Quelque impression que l'on ressente au premier abord, en s'embarrassant parfois dans ces longues phrases qui veulent un lecteur actif et capable de déduction, on ne tarde pas à éprouver le prestige de ce style magistral. Et aujourd'hui même, il suffit que la manière d'un écrivain rappelle par quelque endroit celle de Descartes, pour qu'on en célèbre à Tenvi la supériorité et l'austère séduction.
Enfin pourquoi ne rappellerions-nous pas les motifs particuliers que nous avons, comme Français, pour souhaiter que les œuvres de Descartes se répandent le plus possible chez nous et à l'étranger?
Descartes est l'une des expressions les plus pures et les plus belles du génie de notre race : la diffusion de ses pensées, c'est notre vie et notre influence.
Nous aimons la raison, intermédiaire entre l'esprit de positivisme, qui s'en tient au fait proprement dit, et l'esprit de mysticisme, qui tend à croire, sans réclamer de preuves. De toutes les qualités intellectuelles, celle que nous prisons 1© plus est le jugement, aux yeux de qui l'expérience et le raisonnement mêmes ne sont sources de vérités que s'ils sont soumis au contrôle de l'esprit. C'est en ce sens que nous recherchons la clarté et l'ordre des idées. 11 ne nous suffit pas
DESCARTES
l"'»" système ..i, n.„ „.,„„,, „ J'
UA uvuis ae la chaîne, sans apercevoir les anneaux intermédiaires, <,ue de lâcher le véri
ma hen^aUque. Notre sens de la clarté et de la lo.i„„e
ia^Td "' '^"^ '''''-'"'-'' -- --ai™
a rms n d un an,onr ardent, enthousiaste, égaré parfois
et contrastant avec son objet „é.e ; mai! à trlve
"OS fluctuations, il est clair que nous poursu v «s l
accor e a liherté individuelle et de la loi ratio::;
ou n. 1 une m 1 autre ne serait sacrifiée. Et en mêm
emps que nous cherchons, dans un esprit pratique "
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0 re honheur propre, et de vouloir le bien autrement
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Or, ces dilTérents traits, qui comptent parmi les pnncipaux de notre caractère nn„, . , Dft,rar..= M .u - ""^^"ere, nous les trouvons chez Wtes Mathématicien et philosophe, profond et c a.r, supeneur par son esprit de finesse comme par
-esprU géométrique, jaloux d-indépendance et serw!
u e t r : '^"^"'^^ " '''"''^" '^ ^'"—"^ luui entière, il nous offre Pn .,». . .
oure, en un sens éminent, le
modèle et comme Tarchélype des qualités que nous aspirons à déployer.
Étudier Descaries et le faire connaître, cest travailler à Taccomplissement de la mission scientifique et civilisatrice de la France.