II
Les éléments de la preuve dont Leibnitz se servira, dans es lettres à Thomasius, de 1668 (septembre) et de 1669 20/30 avril), pour établir l'existence de Dieu, étaient donc léjà comme contenus en puissance dans la Dissertatio de irle cornbinatoria, et explicitement dans la Confessio natuae. Elle y revient, en effet, à prouver que le mouvement (en oquel il voit enfin le principe prochain et universel de la déerraination des corps), dès lors qu'il ne saurait dériver de a matière, dérive, puisqu'on ne peut concevoir en dehors le la matière d'autre être que l'esprit, de l'intelligence et nême d'une intelligence suprême, c'est-à-dire Dieu. « Cum nim corpus nihil aliud sit quam materia et figura, et vero icc ex materia nec figura intelligi possit causa motus, lecesse est causam motus esse extra corpus. Cumque xtra corpus nihil sit cogitabile praeter ens cogitans seu lentem, erit mens causa motus. Mens autem universi recrix est Deus *. » L'argument n'était donc que la consécraion de celui dont il s'était servi dans la Confessio^ ave^ ette restriction qu'il n'était plus utile de l'appliquer ni à
1. A Thom. Lettre III, Gerh., Phil, I, 10. Cf. à Thomasius VI, bid., I, p. 22. Motus omnis principium Mens, et p. 26.
la grandeur, ni à la figure, ni même à la cohésion de? corps, dès lors que le mouvement devenait le principe d< toute figure, de toute grandeur et de toute cohésion, et par suite, de tout ce qu'il y a de réel et de déterminé dan* le monde des corps.
Par un retour imprévu, destiné, s'écrie Leibnitz, noi sans un certain enthousiasme, à fermer la bouche au] athées *, le mécanisme offre donc sur tous les autres sys tèmes, et notamment sur celui des formes substantielles l'avantage d'assurer et même d'assurer seul l'existence d< Dieu. Supposer, en effet, dans la nature autant d( causes prochaines et immanentes du mouvement qu'i existe de mouvements, c'est se fermer â soi-même « demonstrandi Dei viam aptissimam * » ; c'est renverser l'échelle par laquelle Aristote « ad primum moto rem enixus est 3 ». Bien plus le mécanisme, par cela même qu'il impose à la nature un déterminisme rigoureux, nécessaire à la science, revendique pour Dieu, qui est l'espri! suprême, et pour tous les esprits, Une spontanéité et une liberté en dehors desquelles il n'y a point de Dieu, et, en le ramenant à Dieu, fait du mouvement lui-même une sorte de suite de la liberté. Si tout dans la nature, en effet, est mouvement, il n'est pas plus possible d'y concevoir un phénomène qu'un mouvement échappant aux lois du mouvement. En revanche, c'est si bien la même chose à nos yeux d'être soumis à la nécessité ou de l'être aux lois du mouvement, qui sont géométriques, q.ue d'un être, semble-t-il, on aurait démontré qu'il échappe à celle-lé dès qu'on aurait prouvé qu'il échappe à celles-ci. Or, n'est-il point trop clair que si le mouvement requiert une cause motrice qui ne peut être qu'un esprit, il faut dire i la fois et que sur les seuls esprits, parce que seuls aussi ils diffèrent du mouvement, tombent la liberté 4 et la spon-