Gerh., PMI., I, 23. Lettre VI à Thomasius
lanéité (hinc in solas mentes cadit libertas et spontaneum), et que le déterminisme a sa source première dans la liberté aussi nécessairement que le mouvement dans l'esprit. Même si l'on peut dire que l'existence des corps n'est que la persistance de leur figure dans l'espace, n'est-ce point dire qu'ils y sont perpétuellement renouvelés ou mieux perpétuellement créés d'abord dans le mouvement *, puis par la cause première du mouvement ou par Dieu ? Plus le monde apparaît donc à notre science humaine comme un strict mécanisme, plus il est vrai de dire, comme le répète Leibnitz, qu'il est l'horloge de Dieu 2 ; et moins il a besoin, pour la conservation des choses, du concours extraordinaire de Dieu, d'autant plus requiert-il son concours ordinaire 3 .
Jamais, avons-nous dit plus haut, la pensée de Leibnitz ne fut peut-être plus voisine de celle de Descartes que dans cette période où, ne laissant presque plus à la matière première d'autre réalité que celle de l'espace, il rapporte au mouvement, comme au principe de toute détermination, la genèse des figures et l'existence des corps. Mais dans quelles limites il en suit la doctrine, et quelle indépendance il garde à son égard, même s'il fallait avouer qu'il lui fait des emprunts, la manière dont il prouve l'existence de Dieu suffirait à le montrer : en vain, dans toute la suite des lettres à Thomasius, chercherait-on une trace de la preuve ontologique, à laquelle se ramènent toutes les preuves cartésiennes ; et c'est par la critique du mécanisme même, ce que n'a jamais fait ni même tenté Descartes, que Leibnitz s'efforce de remonter jusqu'à Dieu. En cela il ne relève, à vrai dire, que de lui-même ; et ce premier essai nous le montre déjà maintenant av€c rigueur les lois du mécanisme, bien que le mouvement lui-même et les corps qu'il détermine ne puissent, selon lui, trouver de fondement solide que dans la spontanéité