Ibid., p
l'aux derniers détails de ses doctrines, il avait raison, re qu'il n'était point cartésien ; mais il n'est pas douqu'il s'inspire de Descartes, et que dans le développe-
de sa propre pensée il ne le modifie point d'une ère essentielle. Sans doute il ne l'a point lu à fond ; son voyage à Paris, et nous n'avons aucune raison voquer en doute ses affirmations à ce sujet ; ce qu'il it, il le sait de seconde main ; mais il le connaît assez porter sur Descartes certains jugements très justes r fie lorsqu'il lui reproche d'avoir mieux défini que suivi îthode du physicien et d'avoir abusé de l'hypothèse en que : « In Cartesio ejus methodi tantum propositum
; nam cum in rem praesentem ventum est, ab illa itate prorsùs remisit, et ad Hypothèses quasdam » ex abrupto delapsus est, quod recte etiam repret in eo Vossius in libro de Luce 1 . » Au reste, qu'il té familier, même sans l'avoir lu à fond, avec le& ines capitales de Descartes, des traits nombreux iractéristiques de la lettre même à Thomasius lèvent jusqu'à l'évidence : c'est ainsi qu'il adopte la tction de la chose étendue et de la chose pensante et s'y appuie pour démontrer : 1° qu'en dehors de l'étent de la pensée, il n'y a point d'être ; 2° et qu'en consé- ;e, si la première cause du mouvement doit être cheren dehors du corps, elle ne peut être que l'Esprit, ainsi encore qu'il reprend l'analyse célèbre de Desi pour prouver que toutes les qualités sensibles étant imées, sauf l'extension (il ajoute, il est vrai, l'anti- », le corps subsiste, et qu'il ne disparaît et toutes les lés sensibles avec lui qu'avec l'extension et l'anti- ; d'où il conclut, à la manière de Descartes : « Ex atet naturam corporis constitui per extensionem et piam. » Enfin, le passage le plus frappant est celui squel il se rallie à l'opinion cartésienne qu'il n'y a nécessité d'accorder une âme aux animaux 2 .
;rh., Phil., I, p. 16.
id., pp. 25-11, 22, 26.
Bien que Leibnitz n'ait étudié de près et à fond qu'à Parib les œuvres de Descartes, notamment la Géométrie, les Règles pour la direction de V Esprit, les Principes et les Lettres morales à la princesse Elisabeth, il est donc évident qu'il était informé par ces livres « écrits un peu familièrement » des disciples ou des contradicteurs de ce qui constituait l'âme de sa doctrine et même de la plupart de ses théories plus particulières (l'âme des bêtes). Il est sûr, d'autre part, qu'il ne l'a point servilement imité, et ce n'est point non plus la lecture de Descartes qui semble l'avoir amené, comme une cause extérieure et comme un événement fortuit, à abandonner l'atomisme. Mais quand ses propres réflexions l'eurent conduit à faire la critique de ce mode d'explication et quand elles l'eurent incliné à penser qu'il fallait rendre compte non seulement de tout par la figure, la grandeur et le mouvement des atomes, mais de cette figure même et de ce mouvement, la connaissance de la solution apportée par Descartes au problème général de la genèse des éléments ne peut pas avoir été sans exercer une influence sur son propre jugement, et la parfaite ressemblance des doctrines sur les points essentiels prouve que cette influence a été décisive.
Au reste, il ne suivra jamais, dans la première période de sa vie, d'aussi près qu'en ce moment l'autorité de Descartes ; et, quoi qu'on en ait dit, dès l'année suivante, dans YHypoïhesis physica nova, et surtout dans la Theoria motus abstracti, il va s'en écarter et même s'en affranchir pour approfondir davantage la notion des principes et des lois du mouvement.
Quoi qu'il en soit, en 1669, et même dès le mois d'octobre 1668, Leibnitz a renoncé, pour n'y jamais revenir, au vide et aux atomes, considérés du moins comme les termes absolus et irréductibles qui rendent raison de tout et dont rien, en revanche, ne peut rendre raison. Et en les dérivant d'une matière inerte, incapable par elle-même de se donner le mouvement, bien qu'elle ne puisse tirer que du mouvement lui-même ses divisions, ses limites internes
58 ÉTUDES D'niSTOIRE DE LA PHILOSOPHIE.
(intrinsecos partium terminos) et ses figures, des deux causes invoquées par l'atomisme pour expliquer la variation infinie des êtres et des phénomènes, à savoir lesfigures, qui engendrent la variété des éléments eux-mêmes et la fixité des espèces, et le mouvement, qui engendre la variété et les changements des composés, il n'en reconnaissait plus qu'une, le mouvement, d'où devait naître à la fois la variété (diversitas) des éléments et l'incessante variation des composés. Quant à la matière, qui s'offrait aux déterminations à l'infini des figures réelles et corporelles par le mouvement, comme l'espace idéal à la génération des figures par le géomètre, elle tendait à s'évanouir dans l'espace et à se confondre avec lui, en sorte que Leibnitz allait bientôt pouvoir dire que le corps n'est même plus matière, mais qu'il n'est que mouvement.
Si le mécanisme ainsi se simplifie et se rapproche de l'unité de principe idéale et rêvée, c'est en revanche une question de savoir si le mouvement peut naître quelque part, même sous l'action de Dieu, dans l'espace et même dans une matière parfaitement pleine et continue sans s'y dissiper à l'infini ; car où seraient les bornes du mobile qui, avant la division demandée au mouvement, pût retenir le mouvement dans les limites du mobile ? Le mouvement lui-même semble donc requérir, avant tout mouvement, des parties primitives, en acte et définies, dans la matière elle-même ; et dès lors qu'on ne pouvait revenir à l'atome, désormais condamné, Leibnitz allait demander à la géométrie elle-même des indivisibles d'une autre espèce qui, sans tomber sous les mêmes critiques que les atomes grossiers de Démocrite, pussent concilier les exigences de la géométrie et de la physique, et devenir en même temps les sujets du mouvement.