Logica, I, § 5. Voyez le texte & la note
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de le savoir : ce n*est pas Thistoire du cercfe^pie je cherche, c'est son explication : et l'explication est comi^ète pour mon esprit, quand je sais que ce cercle a certaines propriétés, comme s'ii avait été décrit de la manière susdite : je ne cherche pas sa génération réelle^ mais sa génération possible. Qu'y a-t-il donc au-dessous de cette opposition du réel et du possible, sinon l'opposition même du cercle réel au cercle idéal, de l'être à l'idée ? Dire que la philosophie cherche la génération possible des choses, n'est-ce donc pas dire qu'elle en cherche l'explication dans des éléments idéaux et purement intelligibles, accessibles non à Thistoire, mais à l'analyse, et conçus par Tesprit qui devient ainsi le centre des choses^ considérées comme les objets intelligibles de la philosophie? Ce caractère idéaliste de la philosophie de Hobbes, qui passe à bon droit pour un des plus purs représentants du matérialisme, n'a rien qui doive nous étonner, si nous songeons d'une part à tous les caractères qui rapprochent le mécanisme des savants de l'idéalisme des philosophes, et si nous n'oublions pas d'autre part que cette tendance idéaliste, marquée dans la définition de la philosophie que nous venons d'étudier, n'empêche pas Hobbes de s'en tenir à un nominalisme et à un sensualisme rigoureux : sa place est donc plutôt à côté des phénoménistes empiriques de l'école anglaise, qui sont des idéalistes à leur manière, qu'à côté des rationalistes cartésiens ; et notre but, en le rapprochant de Descartes, n'était pas de confondre entièrement sa pensée avec celle de Descartes, mais d'indiquer là source commune du mécanisme chez les deux représentants les plus célèbres de cette doctrine au xvii** siècle.
Notons, avant de quitter ce sujet, un dernier rapport entre la pensée de Hobbes et celle de Descartes : le double mouvement d'analyse et de synthèse, si nettement déterminé dans la méthode cartésienne, est indiqué dans la définition que donne Hobbes de la philosophie. « La philosophie est, dit-il, la connaissance des effets ou phénomènes par leurs causes conçues », ou, pouvons-nous dire à présent, par
leurs éléments ; c'est la recherche des éléments pour expliquer les êtres ; c'est la période analytique ; — mais la philosophie est aussi, et inversement (« rursùs ») la connaissance des modes de générations (« generationum ») par la connaissance des effets ; en d'autres termes, la philosophie n'est pas seulement analytique et ne cherche pas seulement les éléments des choses ; elle doit encore avec ces éléments reconstruire idéalement le monde connu, la réalité identique pour nous à ces phénomènes dont la somme est l'univers. Un cercle donné est par exemple l'objet d'une double recherche : P analytique : la figure donnée est-elle un cercle î pour le savoir, j'analyse ses propriétés, et je conclus de ses propriétés son mode de génération ; 2* synthétique : je sais par analyse que la figure donnée est un cercle ; j'en expose dès lors synthétiquement la génération idéale, qui en explique toutes les propriétés géométriques i. La preuve que nous ne faisons pas un vain
1. « Quomodo autem effectus cognitio ex cognita generatione acquiri potest, circuli exemple facile intelligelur. Proposita eniin figura plana, ad fîguram circuli proxime accedente, sensu quldein circulus necne dit cognosci nulle modo potest ; at ex cognita flgurae propositae generatione facillime ; facta enim sit figura ea» ex cujuspiam corporis circumductione, cujus alter terminus maneat immotus ; sic ratiocinabimur, corpus circumduclum eadem semper longitudine applicat sese primo ad unum radium, deinde ad aliuin, et ad tertium, quartum, et successive ad omnes ; itaque ab eodem puncto, attingit circumferentiam eadem longitudo undequaque, id est omnes radii sunt aequales. Cognoscitur Itaque a tali generatione procedere tlguram a cujus puncto une medio ad omnia extrema aequalibus radiis attingitur.
« Similiter a cognita figura perveniemus ratiocinando ad generationem aliquam, et si forte non eam quae fuit, tamen eam quae esse potuit ; nam cognita proprietate circuli quam modo diximus, scire, si corpus aliquod ita ut diximus circumducatur circulum generari facile est. » Logica, I, § 5.
Un passage remarquable du De Corpore, partie I, ch. VI, §§ 1 sqq, prouve que le rapprochement que nous établissons entre la méthode de Hobbes et celle de Descartes est absolument justifié. Le raisonnement fratiocinatiol est tout entier dans la composition^ et dans la division ou résolution ; la méthode est par le fait même à la fois « resolutîva », c'est l'analyse, et « compositiva », c'est la synthèse. — L'analyse va du complexe au simple, pour revenir du simple iau complexe : Hobbes donne de cette double démarche . de l'esprit un exemple remarquable : Un carré, peut-on supposer, est réductible à l'idée de plan, terminé par des lignçs, qui forment des angles droits et qui constituent les côtés égaux du carré ; on
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rapprochement, c'est que la méthodes deHobbes eslsynthéliquement constructive comme celle de Descartes, et qu'il reconstruit le monde avec les éléments simples de la figure et du mouvement par un procédé identique au procédé cartésien.
Signalons enfin le caractère pratique de la philosophie, qui, d'après Hobbes, ne doit avoir qu'un but, l'intérêt de l'humanité, la prévision des effets, et l'arrangement des causes en vue des meilleurs effets possibles : « Savoir pour pouvoir », telle est la devise de Hobbes comme de Bacon : « Scientia, propter potentiam — theorema propter prohlemata^. » Chez Hobbes, la métaphysique et la physique servent d'introduction à la philosophie pratique, c'est-àdire à la morale et à la politique.
IL — Division de la philosophie.
Il résulte de la discussion qui précède, que la philosophie est la recherche des modes de production, ou, pour employer l'expression même de Hobbes, de la génération des choses, en vue d'expliquer leurs propriétés. Or il en existe deux principales : 1** une génération naturelle, ou la Nature ; 2® une génération volontaire, qui résulte des conventions des hommes entre eux et de leurs pactes ^ dans la Cité.
passe ainsi à des idées de plus en plus simples, et on arrive en |
dernière analyse aux idées très simples de retendue et du mouvement, qu'on définit. Fuis, par la définition des mouvements les plus simples, on obtient la notion de la ligne, celle de la surface, celle du volume, et la géométrie se constitue peu à peu ; les mouvements plus complexes, considérés en eux-mêmes, deviennent l'objet de la mécanique ; la physique passe de l'étude des mouve> ments visibles à celle des mouvements invisibles des plus petites parties des corps ; enfin Véthique considère les mouvements des esprits, qui sont de tous les plus complexes et les plus délicats. Le double mouvement d'analyse et de synthèse saute aux yeux dans ce passage.